Défense des saints et le châtiment de l'histoire
B. H. Roberts
Lorsque je me suis assis, au début de cette conférence, et que j'ai fait face à l'assemblée, je me suis posé la question : Que diront nos frères à ce peuple pendant la conférence ? Puis je me suis souvenu d'un vers de l'un de nos cantiques familiers : « Que pourrions-nous vous dire de plus que ce que nous vous avons déjà dit » ; et je confesse que je n'ai pu, à ce moment-là, penser à rien qui pût être considéré comme présentant un intérêt particulier pour cette conférence et qui méritât d'être discuté. La conférence, cependant, n'avait pas beaucoup avancé — seuls quelques-uns des frères avaient adressé la parole aux assemblées — lorsqu'une autre pensée me vint : Comment trouverons-nous le temps d'examiner tous les sujets d'intérêt qui ont été présentés au peuple et suggérés par les remarques des frères ? Je confesse maintenant, mes frères et sœurs, que je pense que beaucoup de sujets très importants et lourds de conséquence devront être laissés de côté, à peine évoqués par les orateurs de cette conférence — des sujets qu'il nous serait profitable d'examiner, si seulement nous pouvions y consacrer le temps nécessaire. ¶
Je me suis particulièrement intéressé aux remarques de mon frère et ami, l'ancien Orson F. Whitney ; et bien que corriger les déformations et attirer l'attention sur ceux qui, sciemment ou non, calomnient notre peuple, ne soit pas toujours une tâche agréable, il est néanmoins parfois nécessaire de le faire afin que les annales de notre temps soient écrites correctement, et qu'il y ait moins d'occasions pour les malveillants de falsifier l'histoire. Je me suis donc réjoui de sa défense de notre peuple ; et en le suivant dans cette défense, j'ai souhaité dans mon cœur que notre défense soit toujours aussi bien menée, car, vous vous en souvenez, il n'a pas seulement parlé de ceux qui avaient dénaturé notre peuple, mais il a aussi rendu hommage à ceux qui avaient parlé de nous avec vérité, ou qui avaient refusé de se joindre à la déformation du peuple de Dieu. Je me suis réjoui de son éloge de ces hommes honorables ; et aux noms de l'évêque Tuttle et de l'évêque Leonard, qu'il a mentionnés, je veux ajouter un autre nom, celui d'un homme des plus honorables. En 1903, un représentant du Newark (New Jersey) News, se trouvant parmi nous, rendit visite au très révérend Lawrence Scanlan, l'évêque catholique du diocèse de l'Utah et du Nevada, et, en rapportant ce qui s'était passé, le représentant du News écrivit : ¶
« Ce vieux prêtre chevronné, l'évêque Scanlan, qui a la charge de tout l'Utah et de la moitié orientale du Nevada pour l'Église catholique, a visité tous les recoins les plus reculés de l'Utah durant les trente années qu'il y a passées. Il a dit : « J'ai trouvé chez le peuple « mormon » des gens doux et bienveillants. Je n'ai jamais été insulté, pas une seule fois. J'ai dû me rendre dans des endroits où il n'y avait pas d'hôtel, et partout où je me suis arrêté chez des particuliers, les gens se sont toujours sentis offensés si je proposais de les payer pour mon entretien et celui de mon cheval. » « Avez-vous jamais ressenti le besoin d'un revolver ? » ai-je demandé. « Je n'en ai jamais possédé un seul de ma vie. » Montrant du doigt le crucifix, l'évêque dit : « Voilà la seule arme que j'aie jamais portée. » L'Église catholique compte actuellement dix mille communiants en Utah ; je ne vois pas votre nom, Monseigneur, sur les protestations et autres écrits que certains pasteurs d'ici s'emploient activement à diffuser. » « Non, répondit-il, je ne me joins jamais à rien de tel. Ma mission ici n'est pas de faire la guerre au peuple « mormon » ni à aucun autre peuple, mais plutôt d'être porteur d'un message de paix et de bonne volonté envers tous les hommes. S'il y a une loi à faire appliquer, je laisse ce soin à mon gouvernement. » » ¶
C'est un plaisir de parler d'une conduite chrétienne honorable partout où nous la trouvons. Je ne connais pas personnellement l'évêque Scanlan, bien que j'aie échangé quelques lettres avec lui et reçu de sa part la courtoisie de contributions à notre Young Men's Magazine. Je sais qu'une amitié étroite existait entre l'évêque et feu l'ancien Erastus Snow. Cette amitié devrait servir de leçon à tout le peuple de notre État : malgré nos divergences de vues avec nos frères chrétiens en matière de religion, il est néanmoins possible à des hommes honnêtes et honorables de vivre ensemble en concitoyens de notre patrie commune, sans inimitié ni amertume l'un envers l'autre. Et j'ai pensé qu'il valait la peine de mentionner ces faits concernant cet honorable évêque catholique, avec qui, et, autant que je sache, avec la congrégation et le peuple duquel nous vivons en paix, malgré des vues religieuses aussi opposées, peut-être, qu'il est possible de l'être. ¶
Suivant, dans une certaine mesure, la voie tracée par l'ancien Whitney dans la correction des déformations, je vais maintenant vous lire une brève citation du Historical Magazine de juillet 1906, qui contient une insinuation que je désire corriger. L'auteur dit : ¶
« Les saints, où qu'ils se soient établis, ont eu des difficultés avec leurs voisins, ayant été successivement expulsés de l'Ohio, du Missouri et de l'Illinois. Ils se rendirent dans ce dernier État en 1839, et y furent reçus avec l'hospitalité à bras ouverts que seul un peuple très généreux et épris de liberté peut offrir à ceux qu'il croit honnêtement victimes d'une oppression injuste. La conduite des saints, en cinq ans, transforma ce sentiment de sympathie extraordinairement profonde, qui avait suscité de grandes œuvres de charité concrètes, en un sentiment de haine très amère, menaçant de dégénérer en violence populaire. » ¶
Il est devenu assez courant, ces derniers temps, que paraissent dans la presse des articles dans cet esprit, évoquant les épreuves de l'Église dans l'Ohio, le Missouri et l'Illinois, pour justifier la guerre qui est maintenant menée contre l'Église dans ces terres de l'Ouest. Dans un article récent publié dans le Lewiston (Maine) Journal, revenant sur certains commentaires favorables parus dans ce journal au sujet du peuple mormon et de son système religieux, le passage suivant se trouvait : ¶
« Les mormons ont vécu dans cinq États différents. Si leur système est aussi pur moralement et aussi patriotique qu'on le prétend, comment se fait-il que leur séjour dans chacun de ces États ait été marqué par un conflit continu et croissant avec le gouvernement établi et les lois de ces États et des États-Unis, alors que les grandes confessions chrétiennes vivent en paix et en harmonie sous ces mêmes lois ? » ¶
On soutient, du fait que les saints des derniers jours ont eu des difficultés dans ces États où l'Église s'était autrefois établie, qu'il est manifeste qu'il y eut de leur part quelque mauvaise conduite qui justifiait les cruautés exercées contre eux et qui conduisit à leur expulsion de ces États ; et que la même justification à l'opposition envers l'Église existe aujourd'hui qu'alors. En examinant cette idée, et, je l'espère, en la réfutant, je vais aborder un peu d'histoire. Je ne puis, bien entendu, couvrir tout le terrain, et pour des raisons bien particulières, qui deviendront, je l'espère, apparentes au fil de mon exposé, je vais prendre le cas du Missouri dans son traitement des saints des derniers jours. Je prends le cas du Missouri pour la raison que les accusations que l'on porte maintenant contre l'Église du Christ, d'illégalité et de manque de patriotisme américain, n'étaient pas portées alors, et n'auraient pu l'être durant les épreuves de l'Église dans le Missouri. Il était alors impossible à nos adversaires de porter ces accusations, ou de justifier les agressions exercées contre les saints sous prétexte de réprimer un système de mariage plural, ou une domination de l'État par l'Église ; aucune plainte ne fut formulée sur l'un ou l'autre de ces points. ¶
Tout d'abord, permettez-moi de vous exposer, autant qu'un résumé le permette, les résultats nets de la persécution des saints des derniers jours dans le Missouri : d'après les estimations les plus soigneuses que l'on puisse faire, plus de cinquante âmes, hommes, femmes et enfants, furent tuées sur le coup. Autant furent blessées ou battues. Combien périrent d'une mort lente, dans des souffrances indicibles, par suite des intempéries et des cruautés subies, nul ne le sait, et cela ne saurait se calculer. Plus de 250 maisons furent brûlées ou autrement détruites, et les familles qui y demeuraient furent rendues sans abri ; et bien que, dans certains cas, ces demeures aient été humbles, il faut néanmoins se souvenir qu'elles étaient tout ce que ce peuple possédait, et qu'elles étaient pour lui des foyers. Entre douze et quinze mille personnes furent expulsées de l'État du Missouri, dans des circonstances entraînant des souffrances atroces, et furent chassées, en plein hiver, à travers le Mississippi jusque dans l'État de l'Illinois. Ces gens souffrants furent dépossédés de plus de 250 000 acres de terres ; et, le plus grave et le plus honteux de tout pour ceux qui en furent coupables, la chasteté de femmes fut violée par la force brutale. Ceci n'est qu'un résumé de cette persécution. Or, qu'invoque-t-on pour justifier une telle cruauté — cruauté infligée à un peuple, qu'on s'en souvienne, non pas dans une terre sauvage, non pas à une époque reculée, mais au dix-neuvième siècle, sous les garanties constitutionnelles de la liberté d'adorer Dieu, dans la grande République du Nouveau Monde ? Autant qu'on puisse le résumer, d'après les déclarations mêmes de la populace, ces gens avaient osé croire que Dieu avait parlé des cieux, que des anges étaient revenus visiter la terre, qu'un volume d'écriture américaine avait été révélé et traduit par le pouvoir de Dieu ; ils avaient osé croire le blasphème (ce sont là les termes mêmes de la populace) que les malades pouvaient être guéris par l'imposition des mains ; et, de plus, « ils croyaient à tous les miracles prodigieux de l'ancienne religion chrétienne. » Ces expressions ne sont pas de moi ; mais elles sont restées gravées dans ma mémoire, tirées des aveux mêmes de la populace. Les saints furent avisés par le général Clark, à la chute de Far West, alors qu'ils allaient être chassés de l'État et dépossédés de leurs terres, qu'ils ne devraient plus jamais se rassembler en communautés, avec des apôtres et des prophètes, avec des évêques et des grands conseillers ; en d'autres termes, leur croyance en l'organisation de l'ancienne Église chrétienne était, en partie, la pierre d'achoppement de leur offense. Nous ne pouvons nous attarder sur ces choses, mais afin que vous ayez sous les yeux la preuve que l'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours n'avait violé aucune loi du pays, et n'était donc pas justiciable de la loi du pays, écoutez ceci, tiré d'un document de la populace promulgué comme une « constitution secrète », qui formulait ces griefs contre notre peuple et cherchait à justifier les actes de violence commis contre lui, exprimant son intention de débarrasser sa société de notre peuple, « pacifiquement si possible, par la force s'il le fallait ». Il disait : « Le bras de la loi civile ne nous offre aucune garantie, ou du moins aucune garantie suffisante, contre les maux qui nous sont maintenant infligés et qui semblent s'accroître par le fait de ladite secte religieuse. Le mal est de ceux que nul n'aurait pu prévoir, et que les lois n'ont donc pas prévus ; et les délais inhérents à la législation rendraient le mal irrémédiable. » Voilà un aveu franc, quoique peut-être inconscient, qu'il n'y avait, chez notre peuple, aucune faute susceptible d'être corrigée par la loi. Or, permettez-moi de dire que je ne prétends nullement devant vous que notre peuple était sans défauts ; en aucune façon ; il y eut beaucoup d'imprudence dans certaines de leurs paroles et de leurs actions, beaucoup de choses insensées et vaines ; beaucoup qui résultaient d'un zèle dépourvu de sagesse, quelques choses, peut-être, qui tenaient du fanatisme ; je vous accorde que des individus se rendirent coupables d'une grande imprudence, mais les fautes dont notre peuple se rendit coupable étaient des fautes contre la loi morale stricte et élevée et les exigences de l'Évangile, et non contre les lois du pays, de sorte que si les saints étaient, dans ces circonstances, justiciables devant Dieu, ils n'étaient pas justiciables devant l'État. Ils vivaient au-dessus de la loi de l'État — en ce sens qu'ils observaient la loi, et n'étaient donc pas soumis aux peines de la loi des hommes. Malgré cela, les cruautés précédemment décrites — dont j'ai résumé la somme — furent exercées contre les saints. ¶
Or, de cette expérience du Missouri, je veux tirer, si je le puis, une leçon, à la fois pour les saints des derniers jours et, je l'espère et le souhaite sincèrement aussi, une leçon pour ceux qui s'opposent, dans l'iniquité et par la violence, à l'œuvre du Seigneur. Je vais vous tracer un parallèle : les Missouriens, entre 1832 et 1839, se plaignirent bruyamment de notre peuple, et, comme raison de leur hostilité envers lui et de leur désir de s'en débarrasser, déclarèrent qu'il s'agissait d'un peuple venu du Nord, aux manières et aux coutumes différentes, et même à l'accent différent de celui des anciens colons du Missouri ; mais les Missouriens durent apprendre à tolérer un peuple aux manières et aux coutumes différentes, et apprirent à supporter l'accent nasillard de la Nouvelle-Angleterre avant d'en avoir fini. Les Missouriens se plaignaient de la rapidité avec laquelle les saints s'assemblaient dans l'État ; mais les Missouriens apprirent à tolérer un afflux de gens du Nord plus important et plus rapide dans leur État que celui qu'ils n'avaient jamais connu durant le séjour des saints parmi eux, avant d'en avoir terminé avec leurs propres épreuves. Les Missouriens accusèrent faussement l'arrivée du « camp de Sion » parmi eux d'être pratiquement une invasion armée de l'État. Le « camp de Sion », permettez-moi de l'expliquer, était une compagnie d'hommes de moins de 200 personnes, venus avec des provisions et des instruments agricoles, pour prêter assistance et soutien à leurs frères qui avaient été expulsés du comté de Jackson dans des circonstances de grande cruauté ; et puisque le gouverneur de l'État avait refusé d'établir une force militaire permanente pour les maintenir en possession de leurs foyers lorsqu'ils y seraient réinstallés par son acte officiel, on jugea bon de renforcer le nombre du peuple, afin qu'il pût se protéger lui-même, si l'État ne le protégeait pas — et l'État avait refusé de le protéger. L'arrivée du « camp de Sion », je le répète, fut donc qualifiée d'invasion armée de l'État. Eh bien, le Missouri, avant d'en avoir fini, apprit ce que signifiait une véritable invasion armée de l'État. Le compromis du Missouri — j'oublie maintenant la date exacte de son adoption — mais le compromis du Missouri fut pratiquement annulé — ce compromis qui interdisait l'introduction de l'esclavage dans le territoire des États-Unis au nord de la frontière méridionale de l'État du Missouri — ce compromis fut pratiquement annulé par une loi présentée au Congrès national par Stephen A. Douglas, par laquelle la question de savoir si les États seraient des États esclavagistes ou des États libres, lors de leur admission dans l'Union américaine, devait être laissée au peuple lorsqu'il viendrait à former la constitution de son État. Cela précipita, comme vous vous en souviendrez, une lutte pour la possession du Kansas. Des agences d'émigration de la Nouvelle-Angleterre et des partis abolitionnistes entreprirent de faire du Kansas un État libre, et envoyèrent donc un grand nombre d'émigrants dans l'est du Kansas, qui faisait face aux comtés occidentaux du Missouri, où les saints avaient autrefois établi leurs foyers. Il en résulta l'une des guerres de frontière les plus cruelles (commençant vers 1855) que connaisse l'histoire des États-Unis ou l'histoire du monde. Les bandes de « jayhawkers », d'un côté — ces brigands sans loi venus du Nord — et les bandes de « bushwhackers », de l'autre, envahirent ces comtés occidentaux du Missouri jusqu'à ce que l'anarchie y règne et que la violence y abonde partout ; et c'est ce que je veux dire lorsque j'affirme que le Missouri entra en contact avec des hommes, et fut finalement contraint de tolérer des hommes aux manières, aux coutumes et à l'accent de langage différents des siens. ¶
Mais pour poursuivre le parallèle. Le Missouri accusa faussement les saints d'être abolitionnistes, de manipuler leurs esclaves, d'encourager l'arrivée de « personnes de couleur libres », ce qui, selon eux, menaçait leur système économique fondé sur l'esclavage ; et pour cette raison, ils complotèrent contre les saints et justifièrent les outrages commis contre eux — parce que leur institution du travail servile était menacée par l'arrivée de prétendus abolitionnistes. Je désire dire, pour les saints des derniers jours, et pour le prophète Joseph Smith en particulier, qu'ils furent très prudents sur la question de l'esclavage. Le prophète Joseph aborda ce redoutable problème dans le véritable esprit d'un homme d'État, et si la nation avait eu la sagesse de suivre le conseil qu'il lui donna à ce sujet, il est fort possible qu'il n'y aurait pas eu de guerre civile, avec sa triste histoire de destruction de biens et de vies. Plus de vingt ans avant que Ralph Waldo Emerson ne préconise le rachat des esclaves du Sud avec l'argent tiré de la vente des terres publiques, Joseph Smith avait déjà présenté cette politique au peuple des États-Unis. Le philosophe de la Nouvelle-Angleterre reçut toutes sortes d'éloges pour sa proposition, et fut salué comme un grand philanthrope chrétien et un homme d'État humain pour avoir présenté cette politique au pays ; mais un écrivain célèbre, Josiah Quincy, attire l'attention sur l'attitude du prophète « mormon » à ce sujet, dans son livre « Figures of the Past », et demande en substance : si l'on doit louer le philosophe chrétien pour avoir avancé cette doctrine alors que les nuages de la guerre étaient déjà visibles dans le ciel (1855), que dire du prophète « mormon » qui l'avait devancé d'une onzaine d'années, en annonçant la même politique ? ¶
Voici les termes exacts de M. Quincy : « Nous qui pouvons aujourd'hui mesurer le coût terrible de la guerre fratricide qui mit fin à l'esclavage, nous disons maintenant qu'une telle solution du problème [le rachat des esclaves] eût été digne d'un homme d'État chrétien. Mais si le savant retiré [Emerson] était en avance sur son temps lorsqu'il préconisa cette disposition des biens publics en 1855, que dirai-je du chef politique et religieux [Joseph Smith] qui s'était engagé, par écrit comme en conversation, dans la même voie dès 1844 ? Si l'atmosphère des opinions des hommes fut remuée par une telle proposition alors que les nuages de la guerre se discernaient déjà dans le ciel, n'était-ce pas là une parole digne d'un homme d'État, onze ans plus tôt, quand les cieux paraissaient tranquilles et bienveillants ? » ¶
Il n'était pas vrai, je le répète, que les saints étaient abolitionnistes, ni que le prophète Joseph était un abolitionniste, au sens où ce terme s'appliquait aux premiers agitateurs de la Nouvelle-Angleterre sur cette question. Mais le Missouri finit par trouver, dans son propre sein et dans la nation, des agitateurs de cette question qui poursuivirent l'agitation jusqu'à ce que le Missouri perde 115 000 de ses esclaves, représentant, en biens, pour son peuple, plus de quarante millions de dollars. ¶
Au milieu de leur détresse, les saints du comté de Jackson demandèrent au gouverneur Dunklin d'établir une protection militaire pour le peuple, jusqu'à ce qu'il fût certain que la loi civile serait respectée ; mais le gouverneur affirma qu'aucun mandat constitutionnel ne l'autorisait à agir ainsi ; mais le peuple de l'ouest du Missouri, qui s'était élevé contre une telle mesure en faveur des « mormons », se trouva plus tard dans la nécessité de demander cette même protection contre les bandits de frontière venus du Kansas ; et le gouverneur Stewart, contrairement au gouverneur Dunklin, trouva le moyen d'établir cette protection militaire. Il se produisit alors une chose étrange : lorsque les saints, à Far West et en d'autres lieux, prirent les armes pour se défendre eux-mêmes et déclarèrent qu'ils ne céderaient plus sans résistance à la violence des bandes, cette même populace réclama alors une protection militaire contre les « mormons », et elle lui fut accordée ; et les chefs de la populace furent convertis en généraux, en colonels, en capitaines et en lieutenants, ad infinitum ; je doute que cette race — celle de ces officiers à titres — se soit encore éteinte. Et c'est ainsi que les chefs de la populace devinrent les commandants de la milice ; et la milice n'était qu'une populace convertie en divisions et subdivisions d'une armée. Les saints souffrirent d'une injustice incommensurable d'un tel arrangement ; car s'opposer désormais à cette milice-populace, c'était s'opposer à l'autorité constituée de l'État ; et leur légitime défense mettait les saints dans la position de résister au gouvernement. Eh bien, l'ouest du Missouri, au cours de sa propre expérience, reçut une dose du même remède ; car lorsque les bandes de « jayhawkers » du Kansas s'aperçurent que le Missouri était susceptible de leur opposer une résistance armée efficace, elles firent appel au gouvernement général ; et en réponse à cet appel, les chefs jayhawkers furent constitués généraux, colonels, capitaines et lieutenants dans l'armée régulière des États-Unis ; et leurs troupes — les divisions et subdivisions de leur armée — étaient ces mêmes bandes de jayhawkers qui, peu de temps auparavant, n'étaient qu'une populace ; et le peuple du Missouri se trouva placé dans la position de lutter contre l'autorité constituée ; et ce scélérat, le général James H. Lane, et cet autre scélérat tout aussi grand, le général Jennison, perpétrèrent des atrocités que des officiers de l'armée régulière des États-Unis, dont le général Halleck, eurent la virilité, le courage et l'humanité de dénoncer comme le genre de guerre le plus sauvage, une honte pour l'uniforme des soldats des États-Unis ; et à cette dénonciation se joignit le gouverneur Charles Robinson, le gouverneur unioniste du Kansas. ¶
Le Missouri accusa faussement les saints d'entretenir des relations illicites avec les Indiens, et feignit de craindre que son État ne fût envahi par des sauvages et ses foyers réduits en désolation. C'était faux, comme les autres accusations portées contre les saints étaient fausses ; mais le Missouri apprit ce que c'était que de voir se réaliser cette crainte mensongère ; car le gouverneur de l'État voisin, l'Arkansas, autorisa Albert Pike, durant la guerre civile, à enrôler deux régiments d'Indiens choctaws et chickasaws, et avec eux (lui-même vêtu en chef indien et peint aux couleurs de guerre de la tribu, pour plaire aux Indiens), Pike marcha sur l'État du Missouri, et cette troupe fut employée à la bataille de Pea Ridge. Avant d'entrer en action, dit-on, on donna de l'alcool aux Indiens et on les enivra, afin d'ajouter à leur nature sauvage cet autre adjuvant de la sauvagerie ; et la mutilation des morts, la désolation et la terreur répandues par ces sauvages amenèrent la réalisation des craintes mensongères que le peuple du Missouri avait exprimées à ce sujet, lorsqu'il accusait faussement les saints de relations illicites avec les tribus indiennes. ¶
Les Missouriens, au lieu de faire respecter la loi pour la protection des saints des derniers jours dans l'État, se réunirent dans leurs assemblées publiques et exprimèrent la crainte que si les « mormons » demeuraient, il en résulterait forcément une guerre civile, et que leurs foyers seraient réduits en désolation. La question, disaient-ils, était de nature telle que nul ne pourrait, en pareil cas, rester neutre ; tous devraient être partie prenante d'un côté ou de l'autre. C'est sur ce fondement qu'ils exigèrent que les saints des derniers jours se déplacent, du moins d'un comté à un autre, et ils soutenaient toujours que la présence des saints constituait une menace de guerre civile. Eh bien, comme dans les autres cas de ce parallèle, le Missouri apprit ce qu'était la guerre civile avant d'en avoir fini. Vous vous souviendrez que le Missouri était comme un « cap de l'esclavage » enfoncé dans un territoire libre — c'est-à-dire qu'il y avait des États libres à l'est, à l'ouest et au nord de lui, et il fut assailli de tous côtés pendant toute la guerre civile. Par une majorité de huit mille voix, son peuple décida que le Missouri ne quitterait pas l'Union ; et il ne la quitta pas. Mais un très grand nombre de ses habitants — près de la moitié d'entre eux — sympathisaient avec le Sud et la lutte qu'il menait pour se séparer de l'Union. Cela amena dans le Missouri un état de choses des plus terribles. Cela fit souffrir cet État plus qu'aucun autre État de l'Union n'eut à souffrir ; d'abord, en ceci : alors que les autres États eurent quatre longues années de guerre civile, le Missouri en eut pratiquement dix, si l'on tient compte de sa guerre de frontière, car il connut cinq années de guerre de frontière avant même la sécession du Sud, et il connut, après la fin de la guerre civile, un certain nombre d'années de guerre civile, ou plutôt de guerre de guérilla, à l'intérieur de ses frontières ; oui, et jusqu'en 1881, les comtés occidentaux du Missouri, où les saints avaient demeuré et d'où ils avaient été si injustement expulsés, furent troublés par des bandits, qui firent de cette partie du Missouri une honte pour l'État, et de l'État une honte pour la nation. Pendant la guerre civile, le Missouri fournit à l'armée de l'Union son contingent de troupes, s'élevant en tout à 109 000 hommes, dont 8 000 de ses anciens esclaves. Mais, par sympathie pour la Confédération, ses habitants fournirent aussi 30 000 soldats pour cette cause, portant son contingent total de troupes sur le terrain à 139 000 hommes. La proportion de troupes par rapport à la population, dans les États de l'Ouest et du Centre, s'élevait à 13,6 pour cent de la population ; en Nouvelle-Angleterre, à 12 pour cent de la population ; mais le Missouri envoya sur le terrain plus de 14 pour cent de sa population — soit un peu plus de 60 pour cent de ceux, dans l'État, astreints au service militaire. Sur ce nombre envoyé au front dans les deux armées, 27 000 périrent au combat, de leurs blessures, ou de maladie. D'un seul coup, quarante millions de dollars de biens appartenant au peuple du Missouri furent anéantis par l'émancipation de ses esclaves. Le Missouri versa sept millions de revenus pour soutenir ses troupes sur le terrain. Quatre ans après la fin de la guerre, dont certaines années furent prospères, les statistiques officielles révèlent que la valeur imposable des biens dans le Missouri était inférieure de 46 000 000 de dollars à ce qu'elle était en 1860 ; et cela, c'était la guerre civile ! Pardonnez-moi, je vais m'y attarder encore un peu, et j'espère que cela vous intéressera. ¶
En 1864, Sterling Price (l'homme qui rivait les fers aux membres de Joseph Smith, Hyrum Smith, Parley P. Pratt et Sidney Rigdon, dans la prison de Richmond, comté de Ray, Missouri), à la tête de douze mille hommes, entra dans l'État du Missouri par ses frontières du sud-est, et traça à travers l'État un sillon de destruction en zigzag, sur une distance de plus de quatorze cents milles. Durant cette période, il livra 43 batailles et escarmouches ; il détruisit plus de dix millions de dollars de biens, et principalement chez ses propres amis. Son raid s'étendit à travers les comtés mêmes qu'avaient autrefois habités les saints, d'où il s'échappa ensuite dans l'État du Kansas. En 1863, l'ouest du Missouri étant devenu un foyer de trahison, de rébellion et de guerre de guérilla où les partisans du Sud pouvaient recruter chevaux et provisions, le général Thomas Ewing, alors commandant à Saint-Louis, décida de mettre fin à cet état de choses, et publia à cet effet son célèbre « ordre militaire n° 11 », reconnu comme l'un des ordres militaires les plus draconiens jamais publiés dans ce pays ou tout autre, si l'on tient compte de la manière dont il fut exécuté. Il accordait aux habitants des localités nommées quinze jours pour quitter leurs foyers, et désignait les lieux où ils pouvaient se rendre. Les ordres furent exécutés avec la plus grande rigueur. Les scènes de souffrance vécues par les saints des derniers jours en 1833 furent reproduites à une plus grande échelle. Des maisons furent incendiées, le mobilier fut entassé dans les cours et brûlé sous les yeux mêmes de leurs propriétaires ; la vieillesse ne fut pas respectée ; des hommes et des femmes furent abattus de sang-froid. Partout régnait la désolation, et les routes étaient encombrées de gens fuyant l'exécution cruelle de cet ordre. C'est de cet épisode que G. E. Bingham, le célèbre artiste, tira, à partir de scènes vécues dans le comté de Jackson, Missouri, son célèbre tableau, aujourd'hui conservé au Capitole, à Washington, intitulé « Civil War », qu'il « dédia aux amis de la liberté civile ». Dans ce tableau, on peut voir le vieux patriarche, la tendre jeune fille, l'esclave noir, la matrone en pleurs, les enfants effrayés quittant la grande et vieille demeure de style sudiste en flammes, et, partout, les cheminées des maisons voisines dressées comme autant de monuments de la désolation générale. Cela me rappelle un fait touchant le prophète Joseph Smith et le général Doniphan. Le général Doniphan était l'ami de Joseph Smith ; un ami qui, en une occasion, s'opposa noblement à l'exécution d'un ordre de cour martiale rendu par la milice-populace — et certains de ceux qui participèrent à cette cour martiale étaient, du reste, des pasteurs, ou soi-disant pasteurs, du Seigneur Jésus-Christ. Cette cour martiale condamna le prophète Joseph à être fusillé sur la place publique de Far West, en présence de son peuple. En une occasion, alors que le général Doniphan s'entretenait avec le prophète, un Missourien vint régler une dette avec Doniphan, et lui offrit en règlement quelques terres du comté de Jackson ; Doniphan lui dit qu'il y réfléchirait. Alors le prophète dit à Doniphan : « Doniphan, je vous conseille de ne pas accepter ces terres du comté de Jackson en paiement de cette dette ; la colère de Dieu pèse sur le comté de Jackson ; le peuple de Dieu en a été impitoyablement chassé, et vous vivrez pour voir le jour où il sera visité par le feu et par l'épée ; le Seigneur des armées le balaiera du balai de la destruction ; les champs, les fermes et les maisons seront détruits, et seules les cheminées resteront pour marquer la désolation. » Ces paroles furent prononcées en 1834. En 1863, L. M. Lawson, homme en vue dans le monde commercial, dans l'État de New York, beau-frère du général Doniphan, lui rendit visite. Ceux d'entre vous qui connaissent l'histoire de Doniphan savent que, bien que vétéran de la guerre du Mexique, il ne prit aucune part à la guerre civile, si ce n'est comme spectateur affligé. Avec son beau-frère, M. Lawson, il se rendit à cheval dans le comté de Jackson, à l'occasion de la visite mentionnée ci-dessus, et, parvenu au sommet d'une colline, ne voyant à des lieues à la ronde que les cheminées de maisons dressées, monuments de foyers autrefois splendides, le général Doniphan raconta l'épisode de la prophétie de Joseph Smith, et dit qu'il avait été profondément impressionné par ce que le prophète « mormon » lui avait dit. Je m'attarde trop sur ce sujet ; laissez-moi en tirer la conclusion. ¶
Vous qui m'avez suivi tout au long de ce parallèle, vous trouverez qu'à chaque crainte mensongère feinte par les Missouriens, en raison de la présence de notre peuple parmi eux, correspond une réalité, une terrible réalité ; les pires de toutes leurs craintes mensongères se sont réalisées, mais non par le fait des « mormons ». Toute fausse accusation portée contre les saints de Dieu retomba sur les Missouriens eux-mêmes, mesure comble, tassée, et débordante. Pouvez-vous douter qu'il n'existe entre ces deux choses qu'un rapport de cause à effet ? Cela m'amène à cette réflexion, qui est la leçon que je veux rapporter à vous, saints des derniers jours, à savoir : cette expérience du Missouri nous donne l'assurance que l'œil de Dieu est sur son peuple. Vous vous tenez à l'ombre de son bras qui protège tout. Vous ne sauriez être attaqués sans juste cause, sans que de graves conséquences ne s'ensuivent pour les coupables de l'offense. Le commandement est toujours en vigueur : « Ne touchez pas à mes oints, et ne faites pas de mal à mes prophètes » ; et bien que, dans des cas particuliers — et il est fort possible que ce soit vrai aussi, parfois, dans le cas des nations — nous ne vivions pas assez longtemps pour voir tomber le jugement de Dieu sur les hommes ou les États coupables d'injustice, il est néanmoins bon qu'un tel jugement, prompt et certain, survienne parfois, de peur que les hommes n'en viennent à penser que la justice sommeille, ou, ce qui serait pire, qu'elle n'existe pas du tout. J'accepte, pour ma part, cette terrible expérience du Missouri, dans les guerres de frontière et dans la guerre civile de 1855 à 1865, comme son châtiment pour les torts qu'il infligea aux saints de Dieu. Il a semé le vent. Qui niera qu'il a récolté la tempête ? Je me suis tenu au milieu des splendeurs de l'Exposition qui célébrait l'acquisition de la Louisiane, tenue à Saint-Louis, Missouri, en 1903, et j'ai vu le Missouri honoré, parmi ce groupe d'États, plus qu'aucun autre État, car c'est dans ses frontières que se tenait l'Exposition, et que s'y trouvaient rassemblées les richesses et les splendides réalisations de notre civilisation moderne. Jour après jour, j'ai marché au milieu de la « Cité blanche », et je me suis rappelé que le gouvernement avait affecté quarante millions de dollars pour soutenir cette grande exposition, dont le Missouri était le principal bénéficiaire ; et je me suis alors demandé, avec étonnement, pourquoi il devait en être ainsi — que cet État qui avait si cruellement dépouillé et blessé le peuple de Dieu, et l'avait envoyé, littéralement sanglant, de son territoire vers l'exil. « Pourquoi est-il si honoré ? » me suis-je demandé cent fois. C'est en cherchant la réponse à cette question que j'ai été amené à examiner ces faits de son histoire sur lesquels je me suis attardé ; et cela m'a conduit à croire que le Missouri avait payé, jusqu'au dernier centime, en tant qu'État — ce qu'il en sera du compte des individus, il ne m'appartient pas de le dire — mais en tant qu'État, je crois que le châtiment du Missouri l'a purifié de cette grave iniquité, et que de nouveaux honneurs commencent, dès lors, à lui échoir. Puisse-t-il ne jamais plus perdre la faveur de Dieu, mais, châtié par ces tristes expériences, puisse ce grand État, dans lequel se trouve la place centrale de Sion, être comblé de bénédictions et de paix. Puisse-t-il continuer comme il a commencé, à accueillir à bras ouverts le peuple qu'il a autrefois expulsé de ses frontières ; et s'il le veut, il le pourra, au nom de Dieu, il trouvera faveur et bénédiction, là où il n'a trouvé auparavant que condamnation et châtiment. Puissent les jours de sa paix se poursuivre et durer ! Que Dieu bénisse le Missouri, la place centrale de Sion. ¶
Or, je vous ai montré le fait que vous, saints des derniers jours, êtes sous la protection de Dieu ; et, ô, quelle force cela nous donne ! quel réconfort, quelle consolation ! Comme cela devrait nous rendre courageux ! Comme cela devrait nous inspirer de la force ! Mais cela ne devrait pas nous rendre orgueilleux ; cela devrait plutôt nous rendre humbles ; cela devrait nous remplir de miséricorde, de douceur et de considération envers autrui — car les forts et les courageux sont toujours doux et généreux — et, ressentant autour de nous, comme nous le devons, la force de Dieu, ces qualités de douceur, de générosité et de justice envers autrui devraient toujours caractériser l'Église de Dieu, les saints des derniers jours. ¶
Encore un mot seulement : que ceux qui, dans leur orgueil, l'amertume de leur cœur et la méchanceté de leur disposition, s'attaquent à cette œuvre, tirent une leçon du Missouri ; car nous parlons ici de ce qui est, de la vérité, et non de sophismes ou de chimères ; et c'est pourquoi, avec bienveillance, je porte à leur attention cette triste expérience du Missouri, afin qu'elle les avertisse contre le mal de leurs voies. Je veux rendre témoignage de la vérité de ce que mon ami et frère, l'ancien Whitney, a dit l'autre jour, que les déformations qui sont fulminées ici, à notre siège, et répandues dans toute la nation, se trouvent dans un rapport de cause à effet, écrit en violence. Je suis témoin de la réalité de cela : j'ai vu, dans le Tennessee, les corps mutilés, déchirés par les balles, d'hommes martyrisés, non pas tant de la main d'ignorants et grossiers habitants des bois, que de la part de ceux qui fulminèrent le mensonge malfaisant d'abord publié ici, à Salt Lake City, dans l'Utah, et qui fut ensuite colporté, de maison en maison, par de soi-disant pasteurs de l'évangile dans le comté de Lewis, Tennessee, jusqu'à ce que des hommes ignorants de cette localité s'enflamment de passion, et sans doute certains d'entre eux crurent-ils réellement accomplir le service de Dieu en assassinant les serviteurs de Dieu. Je dis que ces pauvres hommes ignorants qui abattirent nos frères de sang-froid se tenaient, par rapport à ceux qui fulminèrent le mensonge qui alluma les flammes de la haine dans leurs cœurs, dans le même rapport que la main à l'esprit — la main de l'homme à son acte. Et ce n'est pas là le pire. Le gouverneur d'alors du territoire de l'Utah, Eli H. Murray, dut entreprendre de convertir ce meurtre en un moyen d'accomplir le but du complot qui se tramait alors dans l'Utah contre le peuple de Dieu. Dans un télégramme au gouverneur Bate, depuis devenu sénateur des États-Unis, il se permit de remercier son excellence du Tennessee d'avoir offert une récompense que l'ancien Golden Kimball, ici présent, et moi-même avions réussi à lui faire offrir, par des pétitions répétées et de la persévérance en la matière — je dis que le gouverneur de l'Utah remercia le gouverneur du Tennessee de ses efforts pour traduire en justice les auteurs de ce crime, mais il prit soin, à deux reprises dans son télégramme, de préciser au gouverneur que ces hommes n'étaient que des « agents du crime organisé », et lui dit aussi que, tant que les représentants du Tennessee au Congrès refuseraient leur assentiment à la législation alors pendante devant le Congrès, ces scènes se répéteraient sans doute contre les agents du « crime organisé ». De tels actes, qui aident et encouragent le crime, sont infâmes ; et les hommes qui, par le mensonge et sa diffusion, exaspèrent les ignorants et les incitent à des actes de violence, sont les plus grands criminels. Les individus coupables de tels actes en seront tenus responsables, soit maintenant, soit dans le monde à venir ; et les États et les nations qui participent à des actes d'injustice, comme ce fut le cas de l'État du Missouri dans sa conduite envers les saints des derniers jours, rencontreront, quelque part et un jour, un juste châtiment. ¶
Mes frères et sœurs, l'Évangile est vrai ; nous en avons reçu une dispensation particulière. Il nous appartient de lui rester fidèles et vrais, ce que je prie que nous fassions, au nom de Jésus. Amen. ¶