Mes chers frères et sœurs, je me réjouis...
Stephen L Richards
Mes chers frères et sœurs, je me réjouis avec vous de cette grande conférence de l'Église. Je viens aux conférences depuis un demi-siècle. Je crois avoir rarement manqué une session. Je ne me souviens pas d'avoir jamais assisté à une session plus éclairante et plus inspirante que celle de ce matin. Je suis certain que tous ceux qui étaient présents ici ou qui ont entendu les débats ont dû en être profondément impressionnés. ¶
Naturellement, j'ai le désir sincère et priant d'apporter une petite contribution à ces débats, et je sollicite instamment votre coopération, votre sympathie et vos prières dans une entreprise qui va dans ce sens. Je prends la liberté d'adresser mes remarques, en grande partie, à nos amis qui nous font la courtoisie et l'honneur de prêter quelque attention à ces débats. ¶
Nous approchons du temps de Pâques, comme nous en avons été si bien avertis ce matin dans les beaux discours de frère Lee et de frère Brown. En ce moment, le monde entier peut fixer, du moins dans une certaine mesure, son attention sur le christianisme, car je ne puis penser que, même dans les pays aux philosophies adverses, l'on ne portera pas attention à la marche de ce que nous appelons le christianisme, et je me propose, si vous le permettez, de traiter certains aspects de ce grand thème : le christianisme. ¶
Récemment, j'ai entendu un pasteur, dans une éloquente allocution à la radio, définir le christianisme comme « la Société des amis de Jésus ». Le dictionnaire définit le christianisme comme « l'ensemble des croyants chrétiens ». Y a-t-il une distinction significative entre ces deux définitions ? Une conception adéquate du christianisme est-elle à notre disposition et à celle du monde, et est-elle importante ? J'ai pensé que les questions qui se rapportent à ce sujet pourraient mériter que nous les considérions pendant quelques instants. ¶
« La Société des amis de Jésus » est une expression agréable à l'oreille. Je ne l'avais jamais entendue auparavant. L'emploi du mot société peut être assez difficile à justifier, parce que société suppose généralement quelque chose de plus qu'une unité intégrée de personnes ayant compagnonnage et relations, en général de caractère amical et de but commun. Il y a tant de diversité dans l'interprétation, l'effort et le but au sein de la chrétienté qu'on peut mettre en doute l'application du mot société. Cependant, cette considération pourrait être regardée comme quelque peu technique, et je n'insiste pas. ¶
La différence plus importante entre les deux définitions que j'ai citées est la distinction entre amis et croyants. ¶
Je suis peut-être indûment inquiet, mais je crois discerner, dans cet emploi aimable du mot amis, une tendance, appuyée par bien des circonstances qui viennent à notre attention, à abandonner et à quitter la conception selon laquelle nul ne peut être classé comme chrétien s'il ne « croit » pas en Jésus-Christ et aux principes qu'il représente. Nous avons tous des amis avec lesquels nous sommes cordiaux, mais dont nous ne partageons pas les principes de conduite et de vie. Un ami du personnage historique, Jésus, peut avoir de l'estime et de l'admiration pour sa vie, ses enseignements et ses accomplissements, sans être un croyant chrétien au sens où l'ancienne définition désigne celui qui doit être compté dans l'ensemble du christianisme. ¶
Je n'arrive pas à me persuader que le Sauveur lui-même serait satisfait de cette nouvelle définition, si bien intentionnée qu'elle ait pu être. Le Seigneur a employé le terme amis de la façon la plus impressionnante, non tout à fait, je le crains, dans le même sens que celui dans lequel il est employé dans la définition. Vous vous rappelez tous la grande déclaration qu'il fit à ses disciples : ¶
« Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. ¶
« Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande. ¶
« Je ne vous appelle plus serviteurs, parce que le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; mais je vous ai appelés amis, parce que je vous ai fait connaître tout ce que j'ai appris de mon Père. » (Jean 15:13-16.) ¶
L'essence de l'amitié exposée ici réside dans la croyance en la divinité du Maître et l'acceptation de celle-ci. Il est inconcevable qu'il étende l'amitié qu'il a si admirablement décrite à d'autres qu'à ceux qui étaient croyants. Nous connaissons sa compassion, sa miséricorde et sa sollicitude pour tous les enfants de notre Père, mais il ne faut jamais oublier qu'il a exposé en termes sans équivoque les conditions requises de ceux qui étaient admis dans le cercle de son amitié. ¶
« Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande. » (Ibid., 15:14.) ¶
Si je pouvais sentir que l'orateur que j'ai écouté avait à l'esprit une telle qualité d'amitié que celle que dépeint le Sauveur, j'hésiterais peu à accepter sa définition, mais je n'ai rien entendu dans son sermon qui indique que telle était sa conception. ¶
Maintenant, mes frères et sœurs, il peut bien vous sembler que j'ai trop insisté sur cette question de définitions, mais l'autre aspect du sujet que j'ai mentionné, j'en suis sûr, ne saurait être trop fortement souligné. Existe-t-il aujourd'hui, à la disposition de l'humanité, une interprétation du christianisme et une définition du chrétien qui puissent être acceptées et sur lesquelles on puisse s'appuyer en toute sécurité ? En tant que croyant chrétien, j'ai l'assurance que oui, et que tous les hommes peuvent savoir, s'ils veulent acquérir cette connaissance, qui est un chrétien agréable à l'auteur du christianisme, le Seigneur Jésus-Christ. ¶
J'espère que vous garderez à l'esprit que je ne présente pas ces questions en supposant que j'aie le droit de juger de la condition chrétienne de mes semblables. Personne, selon la déclaration du Sauveur, n'a le droit de juger ses semblables à moins d'y avoir été spécifiquement commis. À peine quelqu'un pleinement conscient de la responsabilité que comporte l'exercice d'un tel jugement le rechercherait-il jamais, car le Seigneur a dit : « Car on vous jugera du jugement dont vous jugez. . . . » (Matthieu 7:2.) ¶
Mon but, en signalant certaines caractéristiques d'un chrétien, est de permettre à chacun de déterminer par lui-même l'état de sa dignité de porter cette honorable désignation. ¶
Je crois qu'aucun homme ne peut se compter chrétien s'il ne se soucie pas de la religion, s'il n'a pas égard aux choses divines et à sa propre situation à leur égard. Quels qu'aient pu être et que soient ses antécédents et ses affiliations, il est très difficile de comprendre comment il peut être justifié de porter la désignation de chrétien s'il a perdu ou n'a jamais eu un intérêt vital pour la religion. ¶
Je regrette de dire qu'il peut y en avoir de très grands nombres dans cette catégorie. Beaucoup ne s'offusquent pas d'être classés parmi les chrétiens. Beaucoup accueillent, et certains recherchent, la réputation de pratiquer des vertus chrétiennes. Je connais peu d'hommes, voire aucun, qui ne soient pas flattés qu'on les appelle « un gentleman chrétien », bien que, dans bien des cas, il n'y ait jamais eu de signe évident d'intérêt ou d'activité pour la religion chrétienne. ¶
Il y a deux articles significatifs dans un numéro récent d'un magazine populaire. L'un s'intitule « De quoi nous inquiétons-nous ? » et le titre de l'autre est « 64 000 000 d'Américains ne vont pas à l'église. Que croient-ils ? » ¶
Je mentionne le souci de la religion comme un élément essentiel de la foi chrétienne. Selon le premier article, environ cinq mille personnes de milieux très divers et de différentes localités ont été interrogées sur la question : « De quelles sortes de choses vous inquiétez-vous le plus ? » Le rapport dit qu'« une majorité écrasante a répondu uniquement en termes de problèmes personnels ou familiaux (santé, finances, emploi, bien-être des enfants, etc.) — 43 % s'inquiétaient des finances de la famille, des salaires, des dépenses, etc. 30 % mentionnaient des problèmes personnels tels que des difficultés conjugales, le bien-être des enfants, et ainsi de suite. 24 % s'inquiétaient de la santé — la leur ou celle d'un membre de la famille. Seulement 8 % s'inquiétaient de problèmes mondiaux, occasionnés principalement par la possibilité d'être mobilisés. » ¶
L'article ne dit pas que la question de la religion ait été écartée, mais il ressort du rapport que personne parmi ceux qui ont répondu ne s'inquiétait de la religion sous aucune forme. Il se peut qu'un article ultérieur, qui est promis, prête attention à ce sujet. ¶
Or, si l'inquiétude suppose de l'anxiété et un souci profond, n'est-il pas significatif qu'aucune personne de ce grand nombre d'interrogés n'ait exprimé d'anxiété ni de souci craintif au sujet des choses religieuses ? Si ce sondage peut légitimement être interprété (et peut-être ses auteurs n'approuveraient-ils pas une telle interprétation) comme une nouvelle gravitation du peuple de notre pays vers le matérialisme, alors je pense qu'il a une portée grave pour nous tous. ¶
Je pense parler au nom de toute cette assemblée qui écoute ces services, et je sais que je parle pour moi-même, lorsque je dis qu'il n'y a, parmi tous les problèmes qui nous confrontent, aucune question chargée de plus d'anxiété et de souci profond que le bien-être religieux de nous-mêmes, de nos familles et de nos semblables. Je crois fermement que c'est une caractéristique essentielle d'un chrétien, et j'en appelle instamment à tout homme qui découvre en lui une tendance croissante à hausser les épaules devant la pensée et la pratique religieuses, afin qu'il s'arrête et considère l'effet de sa léthargie spirituelle sur lui-même, sur sa famille, sur ses amis et sur sa condition de chrétien. ¶
J'ai mentionné un autre article du magazine qui a quelque rapport avec la mesure que l'on peut appliquer à sa propre condition de chrétien. Je ne vois pas comment quiconque peut logiquement et de façon cohérente prendre la désignation de chrétien s'il n'accepte pas la divinité du Christ selon le récit scripturaire du Christ. Sans le récit, bien sûr, il n'y aurait pas de Christ pour nous. Le Christ est notre Seigneur des Évangiles, comme le président Clark l'a si justement désigné dans son livre. Si les Évangiles constituent le récit et l'histoire, comment pouvons-nous, sans nous bâtir un récit artificiel et imaginaire, manquer d'accepter la divinité du Père et du Fils et nous dire encore chrétiens ? ¶
L'article affirme que les 64 000 000 d'Américains qui ne vont pas à l'église ne sont pas nécessairement irréligieux ; que beaucoup ont une foi profonde en Dieu mais ne croient pas qu'aucune religion organisée existante soit une expression satisfaisante de la volonté de Dieu. Je ne tente pas de réfuter cette affirmation, bien que je croie que nous conviendrons tous que le fait d'aller à l'église et le culte sont des preuves de son acceptation d'un Être suprême et sont destinés à favoriser et à développer cette acceptation. ¶
Cet article fait remarquer en outre que le grand Lincoln ne s'est jamais affilié à aucune Église, mais il n'y aurait bien sûr aucune justification à affirmer qu'il n'était pas un homme croyant et chrétien. Il y a bien des choses dans sa vie et ses paroles qui appuient la conclusion que c'était un homme de foi et de prière qui aurait rejeté avec indignation l'accusation de ne pas être un croyant chrétien. ¶
Il me semble que, dans l'état actuel des affaires du monde, il est particulièrement important que les hommes examinent l'état de leurs sentiments intérieurs à ce sujet. On dit fréquemment, de bien des sources différentes, que le conflit qui domine actuellement le monde oppose essentiellement ce qui est chrétien à ce qui est antéchrist. Je reconnais qu'il peut y en avoir beaucoup, sans inclination religieuse, qui n'accepteraient pas cette généralisation. Beaucoup préféreraient probablement définir les enjeux comme opposant les conceptions et systèmes politiques du monde dit libre et les idéologies de l'étatisme et du communisme. Quelle que soit la manière de définir l'enjeu, je suis personnellement convaincu que la cause du monde libre peut être immensément promue et servie par une acceptation plus large de la conception chrétienne. Cette conception, mieux que toute autre chose, me semble-t-il, fournit la compréhension fondamentale du droit inhérent de l'homme à la liberté. Si nombreux que soient les exemples du passé qui peuvent servir à justifier la quête et la lutte éternelles pour la liberté, il n'y a rien dans toute l'histoire qui soutienne aussi complètement cette lutte que la connaissance et la compréhension de la nature et de l'origine de l'homme lui-même. ¶
Où pouvons-nous trouver cette explication d'une importance capitale ? Je crois pouvoir répondre, au nom de tous les croyants chrétiens, que c'est dans la théologie chrétienne, où l'on accorde à l'homme une dignité et une majesté de naissance et de but qui transcendent toute sphère que pourrait lui créer la rationalisation imaginative de l'homme. Cet homme d'origine chrétienne est, de droit divin, un homme libre, investi du pouvoir de choisir, sans contrainte, sauf celle qui est nécessairement imposée pour accorder à tous ses semblables la même mesure de liberté. ¶
Je pense, mes frères et sœurs et mes amis — et j'espère que beaucoup l'ont entendu ce matin —, qu'aucun meilleur exposé de la conception chrétienne fondamentale de la famille, fondement de la société, et des éléments essentiels qui touchent à notre liberté et la sous-tendent, n'a jamais été présenté à nous et au monde que celui qui est venu de ce discours inspirant, complet et puissant du président McKay ce matin. Puissent tous les hommes du monde entier l'avoir entendu ! ¶
Cet homme de la conception chrétienne n'est pas seulement libre d'agir par lui-même, mais il est aussi destiné à vivre dans une société libre, fonctionnant selon la conception qui ennoblit et élève, que tous les hommes sont frères dans la famille d'un parent divin. Dans le combat pour la liberté des hommes, existe-t-il un substitut satisfaisant et prometteur à cette conception chrétienne ? Je pense que non, et je doute qu'après sérieuse réflexion il y en ait beaucoup dans le monde libre pour soutenir qu'il en existe un. ¶
Face aux problèmes qui confrontent le monde sous la pression des angoisses que suscite la menace d'une guerre dévastatrice et anéantissante, est-ce aller trop loin que de demander aux hommes et aux femmes de ce pays, qui est devenu le chef de file dans la cause de la liberté, de se soumettre eux-mêmes, leur vie et leurs sentiments à leur propre examen, afin de répondre à leur conscience s'ils sont véritablement chrétiens de croyance et de but ? Tous ceux qui peuvent ainsi se classer en conscience sont en mesure d'apporter une contribution à la noble cause que notre pays défend, contribution qui, j'en suis sûr, ne peut venir d'aucune autre source en égale mesure. ¶
Je me contente, en cette occasion, de laisser la question de la définition du chrétien avec ce commentaire : je serais disposé à accepter la déclaration du pasteur selon laquelle « le christianisme est la Société des amis de Jésus », si l'on pouvait interpréter les amis comme le Sauveur l'a prononcé : ¶
« Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande. » (Jean 15:14.) ¶
Je me dois à moi-même, ainsi qu'à mes compagnons membres de l'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, de faire une déclaration supplémentaire, particulièrement à l'intention de ceux qui ne sont pas des nôtres et qui peuvent écouter ces débats. Nous aimerions que tous sachent que des preuves supplémentaires de la divinité du Christ, et à l'appui de la conception chrétienne, sont providentiellement parvenues au monde en ces derniers jours, et qu'une plénitude de l'Évangile du Seigneur, ainsi que l'autorité et le pouvoir de le dispenser, ont été rétablies sur la terre par l'intermédiaire de son serviteur choisi pour l'illumination et la bénédiction de toute l'humanité ; et en outre que cette compréhension élargie de la vraie nature du christianisme est à la disposition de tous ceux qui chercheront sincèrement et humblement à la connaître ; et que la connaissance qu'ils en auront, l'adoption de l'Évangile rétabli comme mode de vie, accroîtra immensément les perspectives de triomphe des forces de la liberté sur leurs adversaires. J'adresse à tous une invitation sincère à examiner par eux-mêmes. ¶
En conclusion, je laisse cette parole d'adieu. J'ai dans le cœur un profond respect, de l'estime et de l'amour pour tous les hommes et toutes les femmes, partout, qui peuvent à juste titre être comptés chrétiens. J'ai de la considération pour tous ceux qui pratiquent les vertus chrétiennes. Je sais que le Christ aime ceux qui l'aiment et qui le servent, même avec une connaissance limitée de sa vraie nature et de son véritable Évangile. ¶
Que Dieu bénisse le christianisme, « l'ensemble des croyants chrétiens », et les vrais amis de Jésus, je le demande humblement au nom de notre Seigneur Jésus-Christ. Amen. ¶