Nous n'y serons pas
Clifford E. Young
Mes frères et sœurs, permettez-moi de vous exprimer ma profonde gratitude pour le privilège d'assister à cette conférence. ¶
L'allocution d'ouverture, si impressionnante, du président Clark, que nous venons d'entendre, a stimulé notre foi et nous a donné une espérance renouvelée, et j'espère donc ne rien dire qui lui retire de sa portée, car j'ai à cœur, en cette occasion, de ne dire que ce qui ajoutera à l'esprit de ce jour glorieux. ¶
Il y a une ou deux choses qui me viennent à l'esprit lorsque je contemple la mission de notre Seigneur et Sauveur, Jésus-Christ : des choses qui s'appliquent à nous dans notre vie quotidienne. Vous vous souviendrez que, lorsque le Sauveur était suspendu à la croix, ses souffrances étaient telles qu'il suait de grosses gouttes de sang, et pourtant il fit cette prière mémorable : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font. » ¶
(Luc 23:34.) ¶
Quelques jours après que le Sauveur fut monté au ciel, Pierre et Jean allèrent au temple pour prier. C'était la neuvième heure du jour, et, comme ils entraient dans le temple, ils remarquèrent un mendiant, un homme que l'on amenait chaque jour au temple pour demander l'aumône. Il était infirme depuis sa naissance et incapable de marcher. Pierre, le voyant, dit : ¶
. . . Je n'ai ni argent, ni or ; mais ce que j'ai, je te le donne : au nom de Jésus-Christ de Nazareth, lève-toi et marche. ¶
Et le prenant par la main droite, il le fit lever. Au même instant, ses pieds et ses chevilles devinrent fermes ; ¶
d'un saut il fut debout et il se mit à marcher. Il entra avec eux dans le temple, marchant, sautant et louant Dieu. (Actes 3:6-8.) ¶
Cet incident fit sensation, car, plus tard, des foules suivirent Pierre et Jean, cherchant à en savoir davantage sur le pouvoir par lequel ce grand miracle avait été accompli. Et alors Pierre, reconnaissant que certains de cette foule même étaient ceux qui avaient pris part à la crucifixion, leur dit : ¶
« Et maintenant, frères, je sais que vous avez agi par ignorance ainsi que vos chefs. » (Ibid., 3:17.) Nous lisons qu'il y avait des chefs avec la foule lors de la crucifixion. « Je sais que c'est par votre ignorance que vous l'avez fait », voilà ce que Pierre leur dit ; en accord, ainsi, avec ce que le Sauveur avait dit : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font. » (Luc 23:34.) Puis Pierre poursuivit : ¶
Repentez-vous donc et convertissez-vous, afin que vos péchés soient effacés, quand viendront de la part du Seigneur les temps de rafraîchissement ; ¶
Et il enverra Jésus-Christ, qui vous a été prêché auparavant : ¶
Que le ciel doit recevoir jusqu'aux temps du rétablissement de toutes choses, dont Dieu a parlé par la bouche de tous ses saints prophètes depuis le commencement du monde. (Actes 3:19-21.) ¶
C'est là une leçon impressionnante. C'est une leçon pour vous et pour moi, qui avons été rendus participants de la vérité. On attend beaucoup de nous, parce que nous savons. Jésus l'a clairement montré. Pierre l'a clairement montré : dans les cas d'ignorance, le Seigneur serait miséricordieux, et bon, et juste, mais pour ceux qui savent et qui ont la responsabilité, c'est une tout autre affaire. C'est la connaissance qui apporte la responsabilité. ¶
Je me souviens d'une occasion où le président Grant assista à l'une des réunions de notre pieu d'Alpine, que je présidais alors. Nous avions convoqué toute la prêtrise et invité les membres de l'Église qui avaient été indifférents à leurs responsabilités, et, durant cette réunion, le président Grant fit un discours caractéristique sur la Parole de Sagesse. À la fin de la réunion, l'un des frères remarqua qu'il trouvait le président Grant plutôt dur dans son appel aux Saints des derniers jours à observer la Parole de Sagesse. Je rapportai ce commentaire à frère Grant, et il répondit : « Je ne parlais pas aux gens de l'extérieur, je vous parlais, à vous, aux Saints des derniers jours, qui devriez mieux savoir. » Je le répète, c'est la connaissance qui apporte la responsabilité. ¶
Et voilà donc cette leçon. Le Seigneur est miséricordieux, juste et bon parce qu'il reconnaît qu'il existe une différence de degré, que ses enfants ne sont pas tous élevés dans le même milieu. Certains viennent de bons foyers, de foyers de Saints des derniers jours, où on leur a enseigné la vérité et où ils connaissent, ou devraient connaître, la vérité. D'autres viennent de foyers brisés, où ils ont quelque doute quant à la divinité de cette œuvre et où il y a un manque de compréhension de la vérité et de sa grande puissance. À ceux-là, le Seigneur est miséricordieux et bon. Cela est magnifiquement illustré dans l'histoire de Jonas. Vous vous souviendrez que le Seigneur avait dit à Jonas d'avertir Ninive, et qu'il avait manqué à sa responsabilité. ¶
Il pensait en savoir plus que le Seigneur et, finalement, après une grave épreuve sur la mer, et après avoir été rejeté sur le rivage par un grand poisson, le Seigneur lui apparut de nouveau et dit : « Maintenant, Jonas, fais ce que je t'ai dit de faire. » Et cette fois Jonas alla à Ninive et avertit le peuple que, s'il ne se détournait pas de ses mauvaises voies, il serait détruit. Il ne comprenait pas qu'il y avait une possibilité de se repentir. Après avoir prêché au peuple, il alla de l'autre côté sur le flanc d'une colline et s'assit sous un ricin que le Seigneur avait fait pousser pour le protéger du soleil. Peu à peu le ricin se flétrit et, comme Jonas attendait et que la ville n'était pas détruite, il bouda et s'apitoya sur lui-même et sur le ricin. Alors le Seigneur vint à lui de nouveau et dit : ¶
. . . Tu as pitié du ricin qui ne t'a coûté aucune peine et que tu n'as pas fait croître, qui est né en une nuit et qui a péri en une nuit. ¶
Et moi, je n'aurais pas pitié de Ninive, la grande ville, dans laquelle se trouvent plus de cent vingt mille hommes qui ne savent pas distinguer leur droite de leur gauche. (Jonas 4:10-11.) ¶
Et ainsi je dis, mes frères et sœurs, que le Seigneur connaît et comprend le cœur des enfants des hommes. Il connaît nos intentions, nos désirs, et il sait aussi ce que l'on attend de nous. Et nous devrions savoir ce que l'on attend de nous-mêmes. En harmonie avec cette pensée, j'aimerais lire une déclaration faite par frère Albert E. Bowen depuis cette chaire il y a environ deux ans. ¶
Il a dit : « La mesure de ce qu'un homme accomplit ne réside pas tout à fait dans l'endroit où il arrive. Il faut tenir compte du lieu d'où il est parti ; et le degré de son avancement, même s'il n'a pas atteint une place aussi haute que l'un de ses semblables, peut être plus grand en raison du handicap de la position d'où il est parti. » ¶
Nous ne partons pas tous de la même source. ¶
Une autre pensée à ce propos me semble fondamentale pour le repentir. Le Seigneur a dit que c'est sa gloire et son œuvre de réaliser l'immortalité et la vie éternelle de ses enfants. Nous savons, par notre expérience terrestre, combien notre cœur est attiré vers nos enfants, et le grand amour et la grande compassion que nous avons pour eux, même dans leurs faiblesses. Combien grandes doivent être la compassion et l'amour de notre Père céleste pour nous, ses enfants ! Il ne tolère pas le péché, mais il exerce la miséricorde envers ses enfants. ¶
Il connaît leurs faiblesses et, à cause de cette compréhension, il exerce la justice et la miséricorde dans le fonctionnement de sa loi divine. ¶
Il y a une autre question sur laquelle j'aimerais attirer l'attention. Je ne peux que l'effleurer brièvement. C'est pourtant une question qui souligne la nécessité, de notre part, d'un cœur compréhensif envers nos enfants et qui nous impressionne aussi par cette doctrine fondamentale de l'Église : la vie éternelle, le fait de vivre de nouveau. ¶
Nous avons un glorieux privilège qui nous est donné grâce au rétablissement de la sainte prêtrise, par lequel il nous est permis d'aller dans les temples du Seigneur et d'y officier dans de saintes ordonnances où les parents peuvent être scellés à leurs enfants pour le temps et pour toute l'éternité. Avez-vous jamais songé à ce que cela signifie, mes frères et sœurs ? C'est la vie éternelle. Le don même qui a été rendu possible en ce premier matin de Pâques par Jésus-Christ, à savoir que nous puissions vivre de nouveau, que nous ne fassions pas que vivre, mais que nous ayons aussi ceux que nous aimons et qui nous sont plus chers que la vie elle-même. Pensez à ce que cela signifie. C'est une autre des bénédictions qui nous ont été accordées par le ministère de Jésus-Christ. ¶
À cet égard, en tant que parents, nous avons l'obligation d'aider nos enfants à se préparer à ces bénédictions. Je pense parfois que nous sommes un peu négligents en ne préparant pas mieux nos enfants aux responsabilités des mariages au temple. ¶
Je pense que les évêques pourraient faire beaucoup dans ce domaine, en aidant nos jeunes à se préparer à cette grande responsabilité afin qu'ils aient un cœur compréhensif et apprécient les grandes bénédictions d'aller à la maison du Seigneur et d'y contracter de saintes alliances qui les préserveront, eux et leur famille, à jamais. ¶
Si tous les jeunes de l'Église pouvaient être impressionnés par l'importance du mariage au temple, avec toute la sainteté qui l'accompagne, l'observance des alliances, la préservation de l'amour et de la vertu dans chaque foyer, ce serait en effet l'un des plus grands facteurs pour bannir les haines, pour éliminer les foyers brisés et tous les chagrins qui en découlent. Cela apporterait finalement la paix dans le monde. C'est une autre des grandes bénédictions qui vous viennent, à vous et à moi, par le ministère de Jésus-Christ. ¶
Maintenant, une dernière pensée — ma grand-mère maternelle était quaker. Elle se joignit à l'Église à Westchester, en Pennsylvanie, et émigra avec sa famille à Nauvoo. Après le martyre du prophète, elle fut de ceux qui partirent pour Winter Quarters, puis vinrent vers l'ouest en 1847. ¶
J'aime la considérer comme faisant partie de ceux du « Dernier chariot » dont le président Clark parle si admirablement dans son livre. Avant sa mort, elle vécut avec ma mère, et je me souviens d'une occasion où, assis autour de l'ancienne cheminée, grand-mère semblait avoir conscience qu'elle ne serait plus ici très longtemps. Elle avait un fort témoignage et une foi très profondément enracinée. Elle n'avait aucune crainte de la mort. Elle semblait comprendre pleinement qu'il ne s'agissait que du passage de cette vie à l'autre côté. Après avoir évoqué certaines des bénédictions de l'Évangile et exprimé sa gratitude que sa famille et elle aient été rendues participantes de ses bénédictions, elle dit à ma mère, dans son style typique de quaker : « Ibbie, quand je serai partie, tu ne dois pas venir au cimetière. Je n'y serai pas. » Je ne pouvais pas tout à fait le comprendre alors, mais je le comprends maintenant. Il a déjà été fait mention de la déclaration de l'ange aux femmes au tombeau du Sauveur : « . . . Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant ? » (Luc 24:5.) Et je le répète : pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant ? ¶
Nous n'y serons pas. Tel est le message d'espérance dont nous parlons et auquel nous pensons aujourd'hui. Nos esprits sont éternels. ¶
Ils ne meurent pas. C'est le manteau qui couvre nos esprits que nous déposons. Je sais, mes frères et sœurs, que nous ne comprenons pas les processus, mais cela ne change rien à la vérité éternelle. ¶
Chaque jour, nous apprenons de grandes découvertes qui se font — le travail des astronomes, les galaxies que l'on découvre — des millions. d'entre elles, innombrables. Cet âge scientifique est un âge de miracles, et lorsque nous les contemplons, nous ne pouvons nous empêcher de penser combien il est présomptueux de notre part de mettre en doute le miracle de pouvoir déposer ce corps, le manteau de notre esprit, tandis que nos esprits peuvent continuer à vivre. Je le répète encore, nous n'y serons pas, parce que nos esprits sont immortels ! Un jour nous reviendrons, tout comme le Sauveur revint ; et nos corps seront guéris par les grands processus naturels ; nos esprits y entreront de nouveau ; et nous deviendrons des âmes vivantes. Cela ne signifie pas que nous vivrons de nouveau ; nous avons vécu tout le temps, tout comme le Sauveur, tandis que son corps était dans le tombeau, prêchait à ces esprits en prison. ¶
Nous aurons des responsabilités. Mais n'oublions pas qu'au cimetière nous n'y sommes pas. Je ne veux pas diminuer la sacralité que vous ressentez dans votre cœur lorsque vous allez au lieu de repos de ceux que vous aimez, pas du tout. Mais, mes frères et sœurs, il y a quelque chose qui va bien au-delà de tout cela. Comme Jésus était le Christ, le Rédempteur du monde, et a vécu de nouveau, ainsi nous vivons de nouveau des vies éternelles, et nous continuerons à vivre. ¶
Que Dieu nous aide à apprécier cela et sanctifie pour notre bien les leçons tirées de ce grand jour de Pâques, je le demande au nom de Jésus. Amen. ¶