La mission du père Adam
Marion G. Romney
D'une certaine façon, je n'ai pas envie de prononcer le discours que j'avais préparé pour la conférence. J'aimerais cependant m'entretenir avec vous de quelques choses qui sont dans mon esprit, sans chercher à faire un discours ni à prononcer une allocution. ¶
Tout d'abord, je souhaite la bienvenue à frère Bennion, qui a été appelé aujourd'hui au Collège des douze. Il a de grands talents et la capacité de rendre un grand service dans l'Église. ¶
Il a marqué ma vie de façon bénéfique il y a plus de trente ans, lorsqu'il m'a encouragé dans une période éprouvante. ¶
J'exprime aussi mes regrets à l'occasion du décès de frère Widtsoe, un grand homme qui fut pendant de très nombreuses années l'un des dirigeants remarquables de l'Église. Je suis sûr que nos cœurs se tournent vers sœur Widtsoe et vers sa famille. Il y a tout juste un an, frère Widtsoe a prononcé son dernier discours de conférence. Il était récemment revenu, vous vous en souviendrez, d'une mission très importante au Canada. Il a parlé de la conservation de l'eau et de la manière de la mettre à la disposition de la terre. Il a expliqué comment l'apport d'eau à la terre transforme un sol stérile en un sol fertile et productif. Il en a tiré la leçon d'Évangile suivante : ¶
Les tisserands des Midlands d'Angleterre, les mineurs de charbon du pays de Galles, les pêcheurs de Norvège, les cultivateurs danois qui avancent péniblement, des gens très communs, ordinaires, qui reçoivent l'Évangile des lèvres de quelque humble missionnaire mormon, sont à tel point transformés par ces vérités éclairantes de l'Évangile qu'ils ne sont plus les mêmes. ¶
Ils ont été fertilisés, pour ainsi dire, par l'Esprit de Dieu qui découle de la vérité éternelle, tout comme, dans l'irrigation, le sol aride et sec est fertilisé lorsqu'on détourne le courant d'eau du canal d'irrigation vers la terre assoiffée. (Conference Report, avril 1952, p. 34.) ¶
Je suis sûr que nous nous souviendrons longtemps des travaux de frère Widtsoe. ¶
J'aimerais vous dire un mot, frère Bowen, si vous m'écoutez. ¶
Nos cœurs se tournent vers vous ; nous vous aimons ; nous reconnaissons la force de votre grand caractère et votre intellect peu commun. ¶
J'aimerais consigner au compte rendu une déclaration tirée du discours que vous avez prononcé ici il y a un an. Vous expliquiez comment l'adoption des préceptes des hommes avait modifié les doctrines de l'Église chrétienne. Vous parliez, bien entendu, des Églises en général, et non de l'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours. Puis vous avez conclu — et je me souviens de ces mots tels que vous les avez prononcés : ¶
À mon avis, il n'y a qu'une seule sauvegarde ; il n'y a qu'un seul remède ; et c'est de prendre la parole pure et non altérée de Dieu, de l'ériger en norme de mesure, et de mesurer chaque credo, chaque doctrine et chaque dogme à cet étalon. Ce qui ne s'accordera pas avec les déclarations du Dieu Tout-Puissant, nous pouvons l'écarter comme impropre à répondre au besoin de l'homme. (Ibid., p. 66.) ¶
Je sais, frère Bowen, que vous aimeriez être ici aujourd'hui. Nous aimerions vous avoir avec nous, et nous vous offrons notre foi et nos prières. ¶
Permettez-moi maintenant d'attirer votre attention sur le discours de conférence que le président Richards a prononcé il y a six mois. Vous vous souviendrez qu'il a lancé une invitation aux peuples du monde. Elle commençait par ces mots : ¶
Je désire profiter de cette occasion pour lancer une invitation. . . . Pour les membres de l'Église, il n'y a rien de nouveau dans cette invitation. Bien qu'elle soit adressée aux peuples du monde depuis plus d'un siècle, il y en a encore peu, dans le monde, qui en comprennent pleinement la portée. Voici l'invitation, ainsi adressée : À tous les hommes, femmes et enfants. Chers amis : Vous êtes cordialement et instamment invités à participer à l'édification du royaume de Dieu sur la terre. Lieu — Partout. Moment — Maintenant. (Ibid., octobre 1952, pp. 97-98.) ¶
Président Richards, nous nous souvenons de ce grand discours. Nous l'avons relu. Nous prions Dieu, notre Père éternel, de vous ramener à nous afin que vous puissiez prononcer encore beaucoup de discours semblables. ¶
Le président McKay, dans le discours d'ouverture de cette conférence, a dit qu'il y avait deux choses que nous devrions faire. L'une était de mettre de l'ordre dans nos foyers ; l'autre était de rendre témoignage du Rédempteur. Il a été cité ainsi dans la presse : ¶
Le président McKay, dans son message d'ouverture aux membres de l'Église, a souligné ce qu'il a appelé deux grands devoirs des Saints des derniers jours : (1) mettre de l'ordre dans leurs foyers, et (2) proclamer le caractère divin de la mission de Jésus-Christ. ¶
J'aimerais dire un mot de mon témoignage de la mission de Jésus-Christ. Je veux remonter un peu plus loin un instant, si je peux être guidé par l'Esprit du Seigneur pour dire la vérité avec exactitude, et mentionner la grande condition préalable à l'efficacité de la mission de Jésus-Christ. Cette condition préalable est la mission du père Adam, car sans la mission d'Adam il n'y aurait pas eu besoin de la mission — l'expiation — de Jésus-Christ. ¶
J'ai reçu de la Première Présidence la mission de siéger au comité des publications de l'Église. Ce comité est censé lire et approuver la documentation dont on propose l'usage dans les cours d'étude de nos organisations auxiliaires. ¶
Cela me ferait immensément plaisir que, dans la préparation de cette documentation, nous puissions cesser d'employer le langage de ceux qui ne croient pas à la mission d'Adam. Je fais allusion à des mots et à des expressions tels que « homme primitif », « homme préhistorique », « avant que les hommes aient appris à écrire », et autres semblables. Nous employons parfois ces termes d'une manière qui heurte mes sentiments ; d'une manière qui m'indique que nous nous embrouillons dans notre compréhension de la mission d'Adam. ¶
La connotation de ces termes, tels que les emploient les incroyants, n'est pas en harmonie avec notre compréhension de la mission d'Adam. ¶
« Adam tomba afin que l'homme fût. » (2 Néphi 2:25.) Il n'y avait pas d'hommes préadamiques dans la lignée d'Adam. Le Seigneur a dit qu'Adam était le premier homme. (Moïse 1:34, 3:7 ; D&A 84:16.) J'ai du mal à concevoir l'idée d'un homme avant Adam, avant le premier homme. ¶
Le Seigneur a dit aussi qu'Adam était la première chair (Moïse 3:7), ce qui, à ce que je comprends, signifie le premier être mortel sur la terre. Je comprends, d'après une déclaration du livre de Moïse, faite par Hénoc, qu'il n'y avait pas de mort dans le monde avant Adam. (Moïse 6:48 ; voir aussi 2 Néphi 2:22.) Hénoc a dit : ¶
. . . la mort s'est abattue sur nos pères ; néanmoins, nous les connaissons et nous ne pouvons le nier, et nous connaissons même le premier de tous, Adam. ¶
Car nous avons écrit un livre de souvenir parmi nous, selon le modèle que le doigt de Dieu nous a donné. Et il est donné dans notre langue. (Moïse 6:45-46.) ¶
Je comprends par là qu'Hénoc pouvait lire au sujet d'Adam dans un livre qui avait été écrit sous la conduite du Dieu Tout-Puissant. Il n'y avait donc pas d'hommes préhistoriques qui ne sussent pas écrire, puisque les hommes qui vivaient du temps d'Adam, qui fut le premier homme, écrivaient. ¶
Je ne suis pas un scientifique. Je ne prétends rien connaître, sinon Jésus-Christ, et lui crucifié, et les principes de son Évangile. Si toutefois il y a, dans les couches de la terre, certaines choses indiquant qu'il y a eu des hommes avant Adam, ils n'étaient pas les ancêtres d'Adam. ¶
Adam était le fils de Dieu. Il était notre frère aîné, non pas plus âgé que Jésus, mais il était notre frère dans le même sens que Jésus était notre frère, et il « tomba » dans la vie terrestre. Il n'est pas issu d'une lignée ininterrompue d'évolution organique. Il fallait qu'il y ait une chute. ¶
« Adam tomba pour que les hommes fussent. » (2 Néphi 2:25.) Je vais poursuivre maintenant et lire ce passage d'Écriture avant de l'oublier : ¶
Car nous avons écrit un livre de souvenir parmi nous, selon le modèle que le doigt de Dieu nous a donné. Et il est donné dans notre langue. ¶
Et tandis qu'Hénoc disait les paroles de Dieu, le peuple trembla et ne put demeurer en sa présence. (Moïse 6:46-47.) ¶
Certains hommes parlent des anciens comme s'ils étaient des sauvages, comme s'ils n'avaient aucune intelligence. Je vous le dis, cet homme, Hénoc, avait de l'intelligence, et Adam avait de l'intelligence, autant que n'importe quel homme qui ait jamais vécu depuis ou qui vive maintenant. Ils étaient de puissants fils de Dieu. ¶
Et il leur dit : C'est parce qu'Adam tomba que nous sommes ; par sa chute, la mort est venue, et nous avons pour lot la misère et le malheur. (Moïse 6:48.) ¶
Si Adam et Ève n'avaient pas mangé du fruit défendu, ils n'auraient pas eu d'enfants, et nous n'aurions pas été. (2 Néphi 2:23-25 ; Moïse 5:11.) ¶
Je ne considère pas l'acte d'Adam comme un péché. Je pense que ce fut un acte délibéré de libre arbitre. Il a choisi de faire ce qui devait être fait pour favoriser les desseins de Dieu. Les conséquences de son acte ont rendu nécessaire l'expiation du Rédempteur. ¶
Je ne dois pas entrer dans une discussion plus longue, mais je répète que je serais très heureux que, dans notre enseignement de l'Évangile, nous puissions garder clairement dans notre esprit la vérité révélée et ne pas la confondre avec les idées et les théories des hommes qui ne croient pas ce que le Seigneur a révélé au sujet de la chute d'Adam. ¶
Maintenant, je crois avec Hénoc : « . . . C'est parce qu'Adam tomba que nous sommes ; par sa chute, la mort est venue ; » (Moïse 6:48) que tout homme doit mourir, comme frère Petersen l'a dit hier. Je crois que, pour répondre aux exigences de la justice, il a fallu l'expiation de Jésus-Christ pour racheter les hommes de cette mort, afin qu'ils ressuscitent et que leurs esprits et leurs corps, qui sont séparés par la mort, soient réunis de nouveau. Je crois que, par l'expiation de Jésus-Christ, quelque « transgression » qu'Adam ait commise a été payée, et que, comme tous meurent en Adam, de même aussi tous revivront en Christ, toute créature vivante. (1 Corinthiens 15:22 ; D&A 29:24, 77:2.) ¶
Je crois aussi que, par l'expiation de Jésus-Christ, mes péchés individuels, vos péchés individuels et les péchés individuels de tout être humain qui ait jamais vécu ou qui vivra jamais sur la terre ont été expiés, à condition que nous acceptions l'Évangile et le vivions jusqu'à la fin de notre vie. ¶
Je sais que mon Rédempteur vit. Je ne le saurai pas mieux lorsque je me tiendrai devant la barre de Dieu pour être jugé. Je sais que Jésus est le Rédempteur. Je vous rends ce témoignage, non pas d'après ce que des gens m'ont dit ; je le rends par une connaissance qui m'a été révélée par le Saint-Esprit. Au sujet de cette connaissance, le Seigneur, après avoir commandé aux premiers apôtres de cette dispensation de témoigner que les paroles qu'il leur avait dites venaient de lui, a dit : ¶
Car c'est ma voix qui vous les dit ; car elles vous sont données par mon Esprit ; et par ma puissance, vous pouvez vous les lire les uns aux autres ; et si ce n'était par ma puissance, vous ne pourriez pas les avoir ; ¶
C'est pourquoi, vous pouvez témoigner que vous avez entendu ma voix et que vous connaissez mes paroles. (D&A 18:35-36.) ¶
Je suis disposé à rendre ce témoignage à tous les Saints et à tous les hommes et femmes partout, saints et pécheurs, dans le monde entier, car c'est la vérité éternelle. ¶
Je sais que le prophète Joseph Smith était un prophète de Dieu. Je sais qu'il a vu Dieu, le Père éternel, et son Fils, Jésus-Christ, comme il dit l'avoir fait. Je n'y étais pas, mais j'ai lu son récit de très, très, très nombreuses fois. De son récit je me forme une image mentale, mais ce n'est pas de cette source que j'ai tiré ma connaissance qu'il a eu la vision. Je l'ai reçue par les murmures du Saint-Esprit, et j'ai eu ces murmures dans mon esprit comme Énos les a eus quand il a dit : « . . . la voix du Seigneur parvint à mon esprit. » (Énos 1:10.) ¶
Je sais que Dieu a révélé au prophète Joseph Smith tous les principes de salut nécessaires au salut des hommes. ¶
Je sais que son successeur, qui siège ici aujourd'hui, David O. McKay, détient tout pouvoir, toute autorité et toute la prêtrise que possédait le prophète Joseph — à moins que ce ne soient les clés de cette dernière dispensation — mais tout pouvoir qui est nécessaire au salut des hommes, il le détient. ¶
Nul n'a un témoignage de l'Évangile qui le sauvera s'il ne le sait pas lui aussi. ¶
Il est facile de croire aux prophètes morts, mais c'est une plus grande chose de croire aux prophètes vivants. Je vais vous en donner une illustration. ¶
Un jour, du vivant du président Grant, j'étais assis dans mon bureau, de l'autre côté de la rue, après une conférence générale. ¶
Un homme est venu me voir, un homme âgé. Il était très bouleversé par ce qui avait été dit à cette conférence par certains des frères, moi y compris. ¶
À sa façon de parler, je voyais qu'il venait d'un pays étranger. Après l'avoir calmé suffisamment pour qu'il m'écoute, je lui ai dit : « Pourquoi êtes-vous venu en Amérique ? » ¶
« Je suis venu ici parce qu'un prophète de Dieu m'a dit de venir. » ¶
« Qui était ce prophète ? » ai-je poursuivi. ¶
« Wilford Woodruff. » ¶
« Croyez-vous que Wilford Woodruff était un prophète de Dieu ? » ¶
« Oui », a-t-il dit. ¶
« Croyez-vous que son successeur, le président Lorenzo Snow, était un prophète de Dieu ? » ¶
« Oui, je le crois. » ¶
« Croyez-vous que le président Joseph F. Smith était un prophète de Dieu ? » ¶
« Oui, monsieur. » ¶
Vint alors la « question à soixante-quatre dollars ». « Croyez-vous que Heber J. Grant est un prophète de Dieu ? » ¶
Sa réponse : « Je pense qu'il devrait se taire au sujet de l'aide aux personnes âgées. » ¶
Or je vous le dis, un homme dans sa position est en chemin vers l'apostasie. Il compromet ses chances d'obtenir la vie éternelle. ¶
Il en va de même de quiconque ne peut suivre le prophète vivant de Dieu. ¶
Je veux dire encore une chose avant de m'asseoir. Aujourd'hui étant le vingtième anniversaire de l'appel de frère Clark à la Première Présidence, je veux lui rendre hommage. Je l'aime. Bien que le Seigneur ait dû aller jusqu'à Mexico pour le trouver, je suis reconnaissant qu'il l'ait ramené pour nous donner ces vingt années de service. Je veux lire une déclaration tirée du message qu'il a donné il y a vingt ans. Il y parlait de sa grande humilité et de l'appréhension qu'il éprouvait à se demander s'il pourrait répondre aux exigences de sa nouvelle position. En parlant des joies qu'il escomptait, il a dit : ¶
Nous aurons aussi la joie du travail, car l'homme est aussi afin de travailler ; il est sorti de l'innocence d'Éden pour la connaissance divine du bien et du mal, avec la bénédiction divine — et non la malédiction — comme il me semble : « C'est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain. » Et sauf dans un cas extrême, nul ne peut légitimement violer cette loi en vivant de la sueur du front de son frère. C'est la loi éternelle et inéluctable que la croissance ne vient que du travail et de la préparation, que la croissance soit matérielle, intellectuelle ou spirituelle. Le travail n'a pas de substitut. ¶
L'oisiveté n'apporte ni profit, ni avantage, ni bien — seulement un dépérissement desséchant et la mort. Le monde est près d'oublier tout cela ; j'espère que nous, en tant que peuple, le garderons toujours en mémoire, car à mesure qu'on l'oublie, le mal régnera. (Conference Report, avril 1933, p. 103.) ¶
Je l'ai regardé travailler tout au long de ces années, comme l'ont fait les autres frères. ¶
Nous apprécions grandement l'exemple qu'il nous a donné. ¶
Pour conclure, permettez-moi de dire ceci en guise de déclaration générale. Travaillez, frères et sœurs, travaillez dans le royaume. Obtenez le témoignage de l'Évangile. Je pense que c'est une honte pour des hommes et des femmes de rester sur le même terrain jour après jour dans leur témoignage, leur connaissance de l'Évangile et leur travail dans l'Église. Nous devrions aller de l'avant. Nous devrions être constamment prêts à donner le meilleur de nous-mêmes, à tendre vers l'avant, à perfectionner notre vie, à faire davantage de travail, à avancer en nous préparant à rencontrer le Rédempteur. Nous vivons à l'époque qui précède immédiatement sa venue. Nous devons hâter le jour, hâter l'œuvre en préparation de ce grand jour, afin que nos âmes se reposent dans le royaume de Dieu, ce que j'espère que nous pourrons tous faire, et je le demande dans mes prières, au nom de Jésus-Christ. ¶
Amen. ¶