Mes bien-aimés frères et sœurs, en toute humilité...
Ezra Taft Benson
Mes bien-aimés frères et sœurs, c’est en toute humilité que je prie pour la puissance de soutien du Saint-Esprit et que je sollicite votre foi et vos prières. Je me suis réjoui de cette grande conférence de l’Église et du royaume de Dieu. Mon âme a fait écho d’approbation à tout ce qui a été dit et fait. Je suis reconnaissant de mon témoignage de cette grande œuvre des derniers jours, fier d’en faire partie, et reconnaissant de voir les grands progrès qu’elle accomplit en avançant vers la réalisation de sa grande mission. Avec vous, j’ai été ému par l’allocution d’ouverture de notre bien-aimé président, David O. McKay, un grand message d’espérance, d’amour et d’encouragement. J’ai été heureux de l’entendre évoquer sa visite à l’étranger, et j’ai été content que frère Stayner Richards comble quelques-unes des lacunes que le président McKay avait laissées, par sa douce modestie. ¶
Mes pensées sont revenues à quelques années en arrière, à une année glorieuse, mais éprouvante, et profitable, passée à l’étranger. Non seulement par ces deux premiers discours, mais aussi par le chant des Saints allemands lors de nos sessions du samedi, mes pensées ont été ramenées à l’année 1946, périlleuse mais à jamais inoubliable, passée en Europe. ¶
J’ai revécu, mes frères et sœurs, les mois passés parmi ces merveilleuses personnes dans nos missions d’Europe. ¶
Je serai toujours reconnaissant envers la Première Présidence et mes frères pour l’occasion précieuse qui fut la mienne, et je suis reconnaissant envers les Saints pour les grandes leçons qu’ils m’ont enseignées. Je leur serai toujours redevable des bénédictions qui me sont venues de mes relations avec eux. ¶
Tandis que j’écoutais le chant de notre chorale de langue allemande, j’ai pensé à la première fois où j’ai entendu chanter les Saints dans l’Europe occupée, déchirée par la guerre. Dans la ville de Karlsruhe, où nous étions allés pour essayer d’assister à une conférence des Saints, nous avons eu du mal à trouver le lieu de réunion. Nous avons dû laisser notre voiture à plusieurs pâtés de maisons de là à cause des décombres qui remplissaient les rues au point qu’il n’y restait plus qu’un étroit sentier. Enfin, lorsque nous avons aperçu le bâtiment en partie bombardé, nous avons entendu les accents d’un de nos grands cantiques de Saints des derniers jours. ¶
Je ne crois pas que « Venez, venez, ô Saints » ait jamais remué plus profondément l’âme des pionniers qu’il ne l’a fait pour ce petit groupe de missionnaires, tandis que nous approchions de cette réunion des Saints. ¶
Je n’oublierai jamais leurs visages levés vers nous ce jour du sabbat. Que Dieu les bénisse tous, jusqu’au dernier ! ¶
J’ai pensé aussi à nos visites dans d’autres villes — à Francfort, à Fribourg, à Hambourg, à Hanovre, et à notre première visite à Berlin. ¶
La réunion de trois heures et demie avec les Saints à Berlin ne sera jamais oubliée, et je n’oublierai pas non plus ce que j’ai ressenti en regardant les visages des réfugiés qui avaient traversé le pays à pied depuis la Pologne — des gens à demi affamés, portant sur leur dos tous leurs biens terrestres, et dont les yeux brillaient pourtant de la lumière de la vérité et de la foi en Dieu. ¶
Je n’oublierai jamais certains des récits qui ont été faits des épreuves qu’ont endurées les membres de l’Église en Allemagne et en Autriche, tout en haut en Norvège, en Hollande et en Finlande, au Danemark, en France, en Belgique, en Tchécoslovaquie, en Angleterre et dans d’autres pays d’Europe. ¶
Je me souviens aussi, mes frères et sœurs, du moment où les premières provisions du programme d’entraide de l’Église sont arrivées à Berlin. Je présume que vous n’avez jamais vécu la grande et douloureuse épreuve de regarder le visage de gens qui meurent de faim sans pouvoir leur donner même une croûte de pain. Nous y avons été confrontés lorsque nous avons rencontré les Saints pour la première fois dans certaines régions d’Europe. ¶
Mais quand les provisions d’entraide sont arrivées, ce fut un moment que ces fidèles Saints n’oublieront jamais. Je les vois encore, en larmes, pleurant comme des enfants, lorsqu’ils ont regardé ces premières caisses de provisions d’entraide arrivées dans l’Allemagne occupée. ¶
Je me suis également rappelé, durant cette conférence, avoir traversé les villes en voiture, par les rues, en descendant l’avenue Unter den Linden, autrefois la plus belle, et en regardant de l’autre côté le Tiergarten, jadis si beau, à Berlin. Je me souviens que les Saints nous ont montré l’hôtel Kaiserhof, en ruines, où le président Grant et le président Clark étaient descendus lors de leur visite en Allemagne, ainsi que la destruction des bâtiments du gouvernement et de l’université. Oui, je me suis rappelé avoir traversé en voiture la Ruhr industrielle, autrefois la fierté d’une grande nation, mais maintenant dévastée et silencieuse comme la mort. ¶
J’ai pensé aussi, ce matin et pendant la conférence, à notre visite en Pologne, à notre arrivée dans la ville de Varsovie par avion-cargo, à notre réunion avec les Saints tout en bas, à Breslau, récemment reprise par la nation polonaise sous la direction des communistes. ¶
Je me suis souvenu de notre réunion avec les Saints tout en haut, en Prusse-Orientale, près de la frontière russe, des Saints qui avaient connu le travail forcé, qui avaient souffert de privations et d’épreuves indescriptibles, pires que la mort, et dont la foi et les témoignages brûlaient pourtant encore d’un vif éclat. ¶
Je me suis rappelé avoir visité les grands centres de destruction où, sous le règne d’un despote et dictateur puissant, des centaines de milliers d’êtres humains ont été massacrés, comme en témoignent des monceaux de cendres humaines. À Dachau seulement, il y en eut 138 000 détruits, et ce n’est qu’une faible partie d’un total d’environ vingt millions de personnes qui ont été brutalement massacrées. ¶
Je me souviens, mes frères et sœurs, de vastes étendues de terres jadis fertiles et productives, laissées en friche. L’anomalie de terres en friche et de gens qui mouraient de faim parce qu’il n’y avait ni semence à planter, ni machines avec lesquelles planter, cultiver et récolter, ni force motrice, parce que les machines à moteur avaient été détruites et que les chevaux avaient été tués pendant les bombardements, tandis que beaucoup d’autres avaient été abattus et mangés pour nourrir les hommes ! Toutes ces choses, et bien d’autres, me sont passées par l’esprit ces derniers jours, alors que nous étions rassemblés ici en conférence. ¶
Les suites de la guerre sont généralement pires que le combat physique lui-même. ¶
Partout, il y a la souffrance des personnes âgées, des femmes et des enfants innocents. ¶
Les économies sont ruinées, le moral des gens est écrasé, les hommes et les femmes sont désemparés et un esprit de frustration prévaut. C’est une chose attristante de voir des gens qui ont perdu leur liberté — le droit de choisir —, qui ont perdu leur droit de se déplacer librement, de se réunir comme nous nous réunissons ici aujourd’hui. Je me suis rappelé aussi le péché et la corruption, l’immoralité et la famine qui suivent toujours la guerre. ¶
Après avoir été témoin de ces conditions, j’ai senti naître dans mon cœur une profonde gratitude pour une foi persévérante, ainsi qu’une reconnaissance envers nos fidèles Saints pour les leçons qu’ils m’ont enseignées. J’en suis venu à apprécier d’une manière nouvelle certains de nos principes et de nos enseignements, grâce à la dévotion et à l’exemple de ces braves gens. ¶
J’en suis venu à aimer la Parole de Sagesse plus que jamais auparavant, en voyant ses effets dans la vie de notre peuple. Je les ai vus recevoir leurs maigres rations, dans certaines desquelles se trouvait une petite quantité de tabac. Les Saints échangeaient alors cette petite quantité contre davantage de nourriture, tandis que 'ceux qui avaient l’habitude du tabac échangeaient leur maigre quantité de nourriture contre davantage de tabac, même au risque de mourir de faim. Je suis convaincu que beaucoup de Saints sont sans doute vivants et en bonne santé aujourd’hui parce qu’ils ont accepté et vécu cette loi de santé simple, et souvent, je crois, méconnue, donnée aux Saints par la bonté du Seigneur. ¶
J’ai vu des gens dont l’envie de drogues et de stimulants s’était accrue sous l’effet de la faim. Des hommes et des femmes proposaient de vendre leurs vêtements, de troquer la nourriture de leurs enfants et, dans certains cas, de livrer leur propre corps à des fins immorales afin de satisfaire l’envie de cigarettes. ¶
J’ai ici un extrait d’un article de Louis Hagen, correspondant du London Sunday Express, qui avait rendu compte des conditions en 1946, en Allemagne en particulier. Cet article est intitulé « Comment la cigarette règne sur l’Allemagne ». Il déclare : ¶
Par moments, ils sont devenus tout à fait déments, vendant la nourriture de leurs enfants, leurs biens, et même eux-mêmes pour obtenir des cigarettes. ¶
On ne peut absolument pas imaginer jusqu’où vont les gens privés de tabac pour obtenir de quoi fumer. C’est bien pire que la faim. ¶
Si l’on a faim et que l’on fume, on n’a plus tellement faim. Mais la faim multiplie par dix l’envie de fumer. La plupart des Allemands ont généralement faim. ¶
Si quelqu’un pense que l’Allemagne n’est pas encore suffisamment punie, il pourrait suggérer le retrait de toutes les cigarettes. Ce serait pire que n’importe quelle autre punition que l’on pourrait concevoir. ¶
Nous nous sommes tenus aux coins de rues de certaines villes des zones occupées et nous avons regardé des hommes se battre littéralement pour un mégot que des soldats américains avaient jeté dans la rue. Nous avons vu des mères se tenir aux coins des rues et envoyer leurs petites filles le long des trottoirs pour ramasser des bouts de cigarettes jetés depuis des jeeps et d’autres véhicules militaires et les rapporter, pendant que ces mères restaient aux coins des rues à fumer. ¶
Oui, les Saints m’ont appris à apprécier la Parole de Sagesse d’une manière nouvelle. ¶
Ils m’ont aussi appris à apprécier plus profondément cette chose intangible que nous appelons un témoignage — cette chose qui offre une ancre aux hommes et aux femmes en des temps de grande tension, d’épreuve et de difficulté ; oui, un témoignage qui apporte la paix à l’âme même en temps de guerre, de lutte et de privation, qui donne de l’espérance aux personnes épuisées et abattues. ¶
Oui, un témoignage qui met une grande puissance dans le cœur des hommes et des femmes durant leurs heures les plus sombres. ¶
C’est l’une des particularités de ce grand peuple — les Saints des derniers jours — : un témoignage personnel et individuel. J’ai vu des gens paisiblement heureux dans leur cœur, debout au milieu des ruines qui les entouraient. J’ai entendu des gens rendre témoignage de la bonté du Seigneur envers eux, bien qu’ils fussent le seul membre restant d’une famille jadis prospère et heureuse, tous les autres ayant été anéantis dans la grande lutte. Pourtant, leur esprit était doux. Ils remerciaient Dieu pour la connaissance qui était la leur et pour l’assurance qu’ils avaient qu’un jour, dans la Providence de Dieu, ils seraient réunis à ceux qu’ils aimaient. ¶
J’en suis venu à savoir, mes frères et sœurs, par la vie de nos Saints à l’étranger, que les hommes et les femmes qui ont un témoignage de cette œuvre peuvent endurer tout ce qu’on pourra leur demander d’endurer et garder malgré tout un esprit doux. ¶
Les Saints d’Europe m’ont appris à apprécier d’une manière nouvelle la prêtrise de Dieu. ¶
Je les ai entendus rendre témoignage de leur gratitude pour la prêtrise dans leurs foyers. Beaucoup de familles qui avaient été isolées des autres représentants de la prêtrise pendant les bombardements et pendant la maladie ont dit leur gratitude d’avoir eu dans leur foyer l’autorité et le pouvoir d’imposer les mains aux membres de leur famille et, sous l’inspiration du ciel, d’invoquer sur eux la puissance de guérison de Dieu. ¶
Mes frères et sœurs, c’est une bénédiction inestimable. Je les ai entendus dire leur gratitude de pouvoir, dans leur foyer, alors qu’ils étaient isolés du reste des membres de la mission, administrer les emblèmes sacrés. Oui, même à des moments où ils n’avaient pas de pain, ils utilisaient des pommes de terre ou des épluchures de pommes de terre comme emblème, mais faisaient administrer la sainte-cène aux membres de leur propre maisonnée. ¶
Oh, mes frères de la prêtrise, aucun honneur qui nous viendra jamais, conféré par des hommes du monde ou par un corps honorifique institué par les hommes, n’approchera en importance le grand honneur et la grande bénédiction qui nous sont venus le jour où nous avons été ordonnés à la sainte Prêtrise de Melchisédek. C’est une bénédiction inestimable, une bénédiction éternelle, et j’espère et je prie que nous l’honorerons tous les jours de notre vie. ¶
La richesse, le pouvoir, la position ne sont rien, en comparaison, de l’honneur et de la bénédiction qui viennent par la prêtrise du Dieu vivant. Je sais que beaucoup de nos frères font aujourd’hui face à des responsabilités alors que nous allons aux urnes. ¶
Beaucoup d’entre eux seront élus dans des assemblées législatives ; d’autres seront choisis comme chefs de l’exécutif dans des municipalités, à des postes de confiance dans des comtés et des États. ¶
Nous vous honorons en raison de l’intérêt que vous portez aux affaires politiques, et nous avons la certitude que vous vous souviendrez toujours qu’aucun pouvoir ni aucune charge politique qui pourra jamais vous échoir n’approchera en importance la grande bénédiction et le grand honneur qui vous sont venus lorsque vous avez été ordonnés à la sainte prêtrise de Dieu. ¶
Je remercie les Saints de l’étranger parce qu’ils m’ont donné une plus profonde appréciation des bénédictions des saints temples. ¶
Parfois, mes frères et sœurs, j’ai le sentiment que nous tenons largement ces bénédictions pour acquises. Parfois, nous vivons presque sous l’avant-toit, à l’ombre du temple, et négligeons de profiter des bénédictions inestimables qui nous sont offertes dans la maison du Seigneur. Les plus riches bénédictions de cette vie et de l’éternité sont liées à ces ordonnances sacrées. ¶
Lorsque j’ai entendu et vu l’aspiration qui brûlait dans le cœur des Saints d’aller un jour au temple et de voir s’ouvrir devant eux les plus riches bénédictions connues des hommes et des femmes en ce monde, j’ai acquis une nouvelle appréciation des bénédictions dont nous disposons dans ces édifices sacrés. Je me réjouis dans mon cœur de l’annonce de la Première Présidence qu’un temple sera construit en Suisse. C’est la réponse à une prière que je porte dans mon cœur depuis des années, celle que, un jour, des temples puissent être érigés près de ces Saints dévoués d’Europe. ¶
J’espère et je prie que, un jour, des temples seront bâtis dans d’autres parties du monde. ¶
Beaucoup de Saints donneraient tout ce qu’ils ont s’ils pouvaient seulement entrer dans la maison du Seigneur et y faire accomplir ces ordonnances sacrées. ¶
Je me souviens d’une charmante vieille dame, une sœur dévouée que j’ai rencontrée lors d’une réunion des Saints tout en bas, à Vienne, en Autriche. C’était une petite vieille dame, fidèle et sincère. Elle avait été mise au ban par les siens, par sa communauté. ¶
Elle avait été jetée en prison parce qu’elle avait refusé de s’incliner aux pieds de l’homme qui avait été à une certaine époque le ministre de son Église. Elle avait enduré des épreuves ; elle avait été dans un camp de concentration ; et après beaucoup de luttes et d’efforts de la part des membres de sa famille ici, en Sion, et de membres du Congrès de l’Idaho et de l’Utah, elle était enfin arrivée en Sion. Lorsque je l’ai vue dans une petite communauté du sud-est de l’Idaho, elle a exprimé, par l’intermédiaire de sa fille, car elle ne pouvait pas parler anglais, sa gratitude d’être arrivée en Sion, puis elle a ajouté : ¶
« Les médecins américains ne me donnent pas beaucoup d’espoir que je redeviendrai un jour forte. Ils disent que j’ai été affamée trop longtemps. » Puis son visage s’est illuminé et elle a ajouté : « Mais cela n’a pas d’importance, pourvu que je devienne assez forte pour monter à Idaho Falls ou descendre à Logan et passer par le temple. Alors je serai prête à partir. » ¶
Je suis reconnaissant envers les Saints pour les leçons qu’ils m’ont enseignées pendant que je vivais parmi eux. Mes frères et sœurs, puissions-nous apprécier les bénédictions qui sont les nôtres. Puissions-nous comprendre que toutes ces choses matérielles ne sont qu’un moyen en vue d’une fin. Nous ne sommes ici, dans la condition mortelle, que des intendants. Dieu nous demandera compte de l’usage des choses matérielles dont il nous a bénis. Souvenons-nous toujours que la fin est spirituelle. ¶
Puissions-nous, en tant que membres de l’Église à titre individuel, comprendre que toutes nos bénédictions viennent d’en haut. Puissions-nous être fidèles à nos alliances. Puissions-nous vivre l’Évangile. Puissions-nous apprécier les bénédictions de la Parole de Sagesse, de la prêtrise de Dieu, les bénédictions de la maison du Seigneur, et les bénédictions inestimables d’un témoignage personnel de la divinité de cette œuvre. ¶
Que Dieu nous bénisse à cette fin, c’est ce que je prie humblement, en ajoutant mon témoignage à ceux qui ont été rendus, au nom de Jésus-Christ. ¶
Amen. ¶