Debout, éveillez-vous, défenseurs de Sion…
Stephen L Richards
« Debout, éveillez-vous, défenseurs de Sion ! ¶
L'ennemi est à la porte de vos foyers ; que chaque cœur soit le cœur d'un lion, ¶
Inflexible et fier tandis qu'il rôde. » ¶
Ce sont les premiers vers d'un cantique guerrier de feu Charles W. Penrose, composé à l'occasion d'un grave danger qui menaçait les communautés des Saints des derniers jours durant leur établissement initial dans les vallées de ces montagnes. L'ennemi était une armée, dont la mission était hostile aux libertés, aux intérêts et aux aspirations du peuple. Cet appel de clairon, qui ne faisait que répercuter les proclamations des dirigeants, électrisa le peuple. « Comme un seul homme » ¶
ils répondirent à leurs diverses affectations. Il n'existe aucune trace de dissension. Les défenseurs sauvèrent Sion. ¶
Un appel pressant
Je crois, mes frères et sœurs de l'Église rétablie de notre Seigneur, qu'il est conforme aux convenances et aux besoins urgents de l'heure de lancer aujourd'hui un autre appel aussi pressant. Je n'accueillerais pas volontiers l'accusation d'« alarmiste », mais je la supporterais si je pensais qu'un tel appel guerrier pouvait éveiller notre peuple à un état d'alarme face aux conditions menaçantes qui pèsent sur nous. ¶
« L'ennemi à la porte de nos foyers » n'est pas une armée d'hommes en marche munis d'un équipement militaire, comme il y a près de cent ans. Et les foyers à défendre ne sont pas les maisons dans lesquelles nous habitons. ¶
L'ennemi d'aujourd'hui est beaucoup moins tangible et discernable. Il est largement diffus et insidieux. Ses méthodes sont multiples, et il est bien plus difficile de se préparer à la défense, car l'ennemi d'aujourd'hui attaque à la fois à l'intérieur et à l'extérieur de l'Église. ¶
Si, dans le temps qui m'est imparti à cette grande conférence, je peux ajouter quoi que ce soit, si petit soit-il, aux admonestations de mes frères, qui puisse servir à alerter notre peuple sur les dangers qui l'entourent, je serai extrêmement reconnaissant envers mon Père qui est aux cieux. ¶
Sion et le monde
Je le répète, l'ennemi d'aujourd'hui prend de nombreuses formes. Je pense cependant qu'on peut les classer de façon générale sous la rubrique : « Singer les manières du monde ». Je connais peu de choses plus salutaires pour un Saint des derniers jours que de garder constamment à l'esprit la distinction entre Sion et le monde. Ces deux termes prêtent quelque peu à confusion, car ils sont employés avec des sens et des applications variés. Tous deux ont une application géographique, et tous deux ont une portée théologique et morale. ¶
Pour mon propos d'aujourd'hui, je considérerai Sion comme une condition et non comme un lieu, et le monde de même. « . . . en vérité, ainsi dit le Seigneur, que Sion se réjouisse, car c'est là Sion, — ceux qui ont le cœur pur. » (D. & A. 97:21.) Il n'y a aucune clôture autour de Sion ni autour du monde, mais, pour qui sait discerner, ils sont séparés plus complètement que si chacun était entouré de hautes murailles infranchissables. Leurs concepts, leurs philosophies et leurs buts sous-jacents sont en complet désaccord les uns avec les autres. La philosophie du monde est autosuffisante, égocentrique, matérialiste et sceptique. La philosophie de Sion est l'humilité, non la servilité, mais une reconnaissance volontaire de la souveraineté de Dieu et de la dépendance envers sa providence. ¶
Un principe de force
Les détracteurs de Sion prennent l'humilité pour de la faiblesse. Dans leur ignorance ou leur myopie, ils n'ont pas observé que, d'une manière générale, les humbles de la terre en ont été les plus grands bienfaiteurs, dans la science, dans l'art de gouverner, et dans les grands mouvements pour l'élévation de l'humanité, le premier de tous étant l'Auteur de l'humilité, notre Seigneur et Sauveur. Il est parfois difficile de comprendre comment l'humilité peut être un principe de force et de puissance, et pourquoi les grandes victoires de la vie sont revenues aux humbles. ¶
Je pense que l'explication est celle-ci : les gens autosuffisants ne sont pas en mesure de faire appel à leur aide la force la plus grande et la plus efficace du monde — l'Esprit de Dieu. Les humbles comptent sur cette puissance ; elle ne leur fait pas défaut. Les combats pour la justice et pour la liberté, qui est un don divin, peuvent toujours être gagnés si ceux qui mènent la guerre sont dignes de la victoire. C'est là l'explication et la leçon dont le monde a besoin aujourd'hui plus que de toute autre. ¶
J'hésite à le dire, mais je me sens contraint d'affirmer, même si cela peut sembler hautement présomptueux à beaucoup de ceux qui l'entendent, que l'Église rétablie de notre Seigneur, L'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, est mieux placée, est plus expressément chargée de la responsabilité, et possède plus de connaissances révélées que toute autre institution pour enseigner au monde cette leçon vitale dont il a si cruellement besoin. ¶
En faisant cette déclaration, je n'entends aucunement dénigrer les justes et les cœurs purs du monde. Je n'ai pas le temps d'essayer de définir leur relation avec la Sion du royaume. Ils recevront du Seigneur la récompense de leur propre bonté, ainsi qu'une gratitude durable pour leur contribution au bien-être de l'humanité. ¶
Nous ne pouvons apporter efficacement cette leçon au monde qu'en édifiant Sion et en la protégeant de ses ennemis. Je me propose d'énumérer, avec votre indulgence et, je l'espère, sans offenser, certaines des attaques que l'ennemi subtil et insidieux, venu du monde, de sa philosophie et de ses pratiques, mène contre Sion. ¶
Des attaques contre le foyer
Je commencerai par le foyer, l'institution la plus fondamentale de notre société. L'ennemi attaque notre conception, donnée par Dieu, selon laquelle le mariage est une alliance éternelle entre un prêtre et une prêtresse du Très-Haut, chargés de la mission sacrée de mettre des enfants au monde, puis de les guider en toute sécurité pour qu'ils retournent en la présence de Dieu, d'où leurs esprits sont venus. Le président Clark nous a donné hier un discours des plus éclairants et des plus impressionnants sur ce sujet. L'accomplissement de cette mission comporte des sacrifices. La pratique sans cesse plus répandue du monde voudrait supprimer ce sacrifice. ¶
Elle émanciperait les femmes (je crois que c'est ainsi qu'on l'appelle). ¶
Elle ne voudrait pas qu'elles restent à la maison autant qu'elles l'ont fait par le passé. ¶
Elle voudrait qu'elles soient mieux instruites en culture générale et en responsabilités civiques, ce qui semble très bien et paraît hautement souhaitable, à l'exception d'un grave défaut dans le programme. ¶
Cette pratique mondaine éloigne en bien des cas la femme de son foyer pendant une si grande partie de son temps, et absorbe à tel point son attention, qu'elle ne peut donner et ne donne pas à sa famille les soins aimants, patients et intelligents qu'elle mérite si bien et dont elle a tant besoin. ¶
Il y a des mères dont le travail de club a ostensiblement été consacré à l'amélioration sociale, et dont les propres enfants ont été les problèmes de la société qu'elles cherchent à servir. ¶
Il y a d'autres distractions plus frivoles qui éloignent les mères de leur foyer. On les justifie par l'allégation que les mères ont besoin de plus de détente et de plus de liberté à l'égard des responsabilités du foyer. Nous concédons que de telles allégations doivent être vraies pour les femmes qui n'ont jamais découvert l'art de vivre heureuses et contentes chez elles et avec leur famille. À Sion, nous disons aux mères : c'est vrai, vous avez besoin de quelque distraction. Même si vous aimez votre vie de foyer, un répit dans votre travail et vos soucis est souhaitable. ¶
L'Église offre de nombreuses occasions de vous rendre utiles dans les domaines social, éducatif, caritatif, missionnaire et récréatif. ¶
Vous trouverez un bonheur et une satisfaction plus durables dans une réunion de la Société de Secours que dans un club de bridge ; et, en général, vos distractions sociales feraient mieux d'avoir lieu en compagnie de votre mari. ¶
Le monde fait des papillons des femmes et une prison du foyer. ¶
La limitation des familles
L'aspect le plus grave de cette attaque que l'ennemi dirige contre nos foyers est peut-être la limitation arbitraire de la taille des familles. Les partisans de cette doctrine mondaine se font chaque année plus hardis. Ils invoquent à l'appui des pronostics mathématiques quant aux besoins croissants des populations et à la quantité limitée des ressources de la terre. Ils prétendent que la race s'améliore en se limitant. Ils avancent ces arguments depuis de nombreuses années, et ils ont gagné de nombreux adeptes à leur cause, en particulier parmi ce qu'on appelle l'intelligentsia du monde. ¶
Pour l'essentiel, le monde est depuis de nombreuses années sous la direction de cette intelligentsia partisane de la restriction des naissances. Et où en sommes-nous ? Nous avons plus de confort matériel, plus d'instruction peut-être. Avons-nous un meilleur gouvernement ? Progressons-nous davantage dans le développement des vertus chrétiennes parmi les hommes ? Avons-nous plus de fraternité, de paix et de désintéressement ? ¶
Je doute qu'il existe dans le monde entier un lieu ou une institution comparable à une famille nombreuse pour inculquer le principe du désintéressement et de la considération mutuelle, ces hautes qualités de caractère si indispensables à la solution des problèmes du monde. Je sais qu'il y a de mauvaises familles nombreuses et de mauvaises familles peu nombreuses ; mais, en prenant les choses dans l'ensemble, je supposerais qu'il y a mille pour cent de meilleures chances qu'un grand chef au service d'une bonne cause sorte d'une famille de dix enfants que d'une famille d'un seul. ¶
Maintenant, si je ne fais pas attention, je vais me mettre à débattre de cette question. Je ne veux pas le faire, d'abord parce que je suis sûr de ne pas être muni de tous les arguments, et que je pourrais être battu, selon les juges ; et ensuite parce que nous, de Sion, nous n'avons pas à débattre de cette question. Nous connaissons la doctrine qui émane des révélations du Seigneur. ¶
Nous savons qu'il a commandé de repeupler la terre à partir des foyers de son peuple, comme l'a dit hier le président Clark. Que le Seigneur ait pitié de ceux qui s'exposent à sa réprimande en refusant l'entrée aux enfants d'esprit qu'il voudrait envoyer dans la condition mortelle, et que le Seigneur ait pitié de ces couples sophistiqués qui pervertiraient l'institution sacrée du mariage en un arrangement de commodité sociale et de satisfaction personnelle égoïste. ¶
La compassion pour les parents
Maintenant, pères et mères de l'Église, certains concluront, après avoir entendu ces remarques, que je n'ai aucune compassion pour le sacrifice que font les mères, ni pour les difficultés imposées aux pères qui élèvent une famille en ces temps économiques oppressants. Ceux qui concluent ainsi ont en partie raison et en partie tort. Je n'ai pas beaucoup de compassion pour un père, un père Saint des derniers jours, qui décide qu'un bébé ne peut pas venir dans le foyer avant qu'une maison de dix ou quinze mille dollars ait été construite et meublée, et que l'argent soit à la banque pour payer les dépenses, et qui laissera sa femme aller travailler pour réaliser cette prétendue sécurité économique. Je n'ai pas beaucoup de compassion pour les couples Saints des derniers jours qui n'ont pas la foi que, s'ils font la volonté de Dieu, il les bénira. ¶
J'ai toutefois de la compassion pour tous les parents, en ces jours, pour l'effort herculéen requis afin de garder les enfants dans les sentiers de la vertu et de la vérité. J'ai de la compassion pour l'endurance, pour les nuits sans sommeil d'angoisse atroce des parents qui ne savent pas où sont leurs enfants ni ce qu'ils font ; et mon cœur saigne pour les innocents qui sont victimes de la disgrâce que les péchés des égarés attirent sur leur famille. ¶
Je suis persuadé, mes frères et sœurs, qu'il n'existe aucune mesure de redressement qui offre plus de promesses pour soulager la détresse domestique, qu'elle touche le mari et la femme, ou les parents et les enfants, que l'établissement ferme du caractère sacré et religieux de la vie de famille, du mariage dans l'Église et au temple ; et, comme adjuvant nécessaire, le rétablissement du principe du sacrifice, donné par Dieu, dans l'accomplissement des obligations des parents et des enfants. ¶
Nous voulons décharger la mère des corvées. Si je le pouvais, je mettrais un lave-vaisselle dans chaque foyer, mais les bonnes mères et les bons pères, avec la vision du foyer qui leur est accordée dans l'Évangile rétabli, ne veulent pas être déchargés de l'obligation de dépenser leurs forces et leurs énergies, et de donner leur vie pour les enfants de Dieu confiés à leurs soins. ¶
L'attaque contre la pureté morale
Il y a une autre menace pour Sion qui transcende peut-être toutes les autres par sa gravité. C'est l'attaque de l'ennemi contre notre conception et notre norme traditionnelles de la pureté morale personnelle. Cette attaque est si mauvaise et si répugnante à notre sens de la décence et de la vertu que je ne la discuterai pas en cette révérencieuse présence. ¶
Je dois me contenter de la prière que Dieu, qui voit notre besoin, vienne à notre secours, et qu'il éveille la puissance de Sion contre cet ennemi dévastateur, afin que chaque homme, chaque femme et chaque enfant parmi nous soit fortifié de l'armure de la justice et de la vertu, que les coupables soient réprimandés et se repentent dans le sac et la cendre ; et que les sentinelles sur les tours, les dirigeants et la prêtrise de l'Église, soient alertés de la présence de l'ennemi, s'acquittent de leurs devoirs solennels et nous protègent. ¶
J'ai pris tant de temps pour essayer de signaler ce que nous avons à craindre dans l'empiétement des conceptions et des pratiques du monde sur la vie de famille et sur la vertu qu'il me reste peu de temps pour mentionner d'autres aspects des grands dangers qui nous menacent. J'espère cependant que la gravité de ces points justifiera qu'on leur accorde une brève considération. ¶
La critique de l'unité
L'ennemi attaque notre unité. À Sion, nous avons joui d'une réputation tout à fait peu commune d'unité dans le but et dans la réalisation. ¶
Cela est venu de ce qu'il a toujours été dans nos dispositions de suivre nos dirigeants et de leur obéir. Nos critiques, qui n'ont pas compris nos conceptions, qui ont observé notre vote unanime pour soutenir les dirigeants et d'autres preuves de notre action concertée, ont appelé cela de l'obéissance aveugle, provoquée par une sorte de crainte ou d'autre contrainte. ¶
Je n'ai pas le temps d'analyser et de relever la fausse prémisse de cette critique, mais j'en nie catégoriquement la validité. L'obéissance que nous rendons est volontaire et non aveugle, mais intelligente ; et l'unité que nous manifestons découle d'une compréhension commune de nos buts et d'un dévouement commun à leur réalisation. Nous recherchons et goûtons l'influence du Saint-Esprit, qui, dans les aspects plus vastes de la vie, nous motive tous de la même manière. Notre unanimité répond à cet Esprit. ¶
Cette condition n'est pas généralement répandue dans le monde. La division, les vues divergentes et le débat qui s'y rapporte y sont recommandés. Peut-être, quand les gens ne savent pas où ils vont et n'ont pas d'objectifs définis, la critique et le débat sont-ils recommandables. Des hommes et des femmes, dans l'Église et hors de l'Église, omettent d'observer cette distinction. Ils veulent débattre de nos objectifs. Ils ont oublié que ceux-ci nous sont divinement fixés et hors de débat. Ils semblent penser que notre unité nous rabaisse. C'est une doctrine mondaine. Elle n'a pas sa place à Sion. ¶
Une menace pour notre unité découle des antagonismes personnels déplacés qui se développent dans les controverses politiques partisanes. L'Église, tout en se réservant le droit de défendre les principes de bon gouvernement qui sous-tendent l'équité, la justice et la liberté, l'intégrité politique des responsables, la participation active de ses membres et l'accomplissement de leurs obligations dans les affaires civiques, n'exerce aucune contrainte sur la liberté des individus de faire leurs propres choix et de nouer leurs propres affiliations. Je suis autorisé par le président McKay à dire que tout homme qui affirme le contraire le fait sans autorité et sans justification dans les faits. ¶
L'équité dans les opinions politiques
Il est raisonnable de supposer que des hommes puissent avoir de sincères divergences d'opinion à propos de la politique gouvernementale. En Amérique, et dans de nombreux autres pays, un système ordonné a été conçu pour trancher les questions issues de telles divergences. ¶
Avec de telles méthodes à disposition, pourquoi des hommes, en particulier ceux qui sont dans la fraternité de Sion, se permettraient-ils d'entretenir des animosités personnelles envers leurs adversaires ? Il n'y a certainement rien de chrétien à mettre en doute les motifs d'autrui simplement à cause d'une différence d'opinion. ¶
J'espère de tout mon cœur que les hommes de la prêtrise, du même collège peut-être, et les femmes de la sororité de l'Église ne se laisseront en aucune mesure éloigner les uns des autres par ces considérations, et qu'ils subordonneront toujours ces divergences et leurs propres ambitions personnelles à la réalisation du but noble et élevé auquel ils ont engagé leur allégeance éternelle — l'édification du royaume de Dieu. ¶
Je parcours cette Église depuis près de trente-cinq ans, en remplissant des affectations pour installer des dirigeants dans les pieux, les paroisses et les missions, et je n'ai jamais encore demandé à une seule personne quelle était sa politique, et, dans très peu de cas, j'ai eu la moindre connaissance à ce sujet. Je pense que ma propre expérience a été comparable à celle de mes frères. Nous avons été équitables envers vous, mes compagnons membres de l'Église. Maintenant nous vous demandons d'être équitables les uns envers les autres. ¶
La menace de l'indifférence
La plus grande menace pesant à la fois sur notre unité et sur notre progrès à Sion est peut-être celle de l'indifférence et de la négligence. Ces déficiences ne sont pas nouvelles. Elles ont existé à quelque degré tout au long de notre histoire. ¶
Je suis contraint de croire qu'elles se sont accrues comme force de dissuasion ces dernières années. Je crois aussi que cette regrettable indifférence envers le devoir et les occasions est en grande partie attribuable au fait de « singer les manières du monde ». ¶
Un homme de la prêtrise, disons, est associé en affaires, dans la vie de club et dans d'autres domaines, à un homme du monde. Cet homme peut être son voisin. Il voit son voisin un dimanche matin sur le porche, en train de fumer sa pipe et de lire le journal, ou il le voit partir jouer au golf ou en excursion de pêche. Tout cela lui paraît reposant et agréable, et alors il oublie qui il est et où il est. Il oublie qu'il a été chargé comme serviteur de Dieu, et il oublie qu'il est à Sion ; et, en oubliant, il sort de Sion pour entrer dans le monde, non pas d'un seul pas, mais parfois si graduellement que le changement lui est presque imperceptible, et qu'il répugne à reconnaître son nouvel état. Il se persuade que cette vie confortable et facile est fort agréable. ¶
Puis il va plus loin — plus loin qu'il ne l'avait voulu. Il succombe à de nombreuses pratiques qu'il abhorrait autrefois. Il cesse de payer la dîme, et les remords de conscience qu'il éprouvait jadis à l'idée d'abandonner son devoir s'apaisent peu à peu. Il est confortablement hors de Sion. Au bout d'un certain temps, il en vient à s'apercevoir que ses fils qui grandissent sont disposés à singer ses propres pratiques, comme il singe celles du monde. ¶
Il commence aussi à se rendre compte que sa chère et dévouée épouse souffre d'une grande déception. Elle attache un grand prix aux promesses faites lors de leur mariage et se rend compte que les bénédictions éternelles ne peuvent s'obtenir que par la fidélité d'elle-même et de son mari. ¶
Elle le voit perdre sa prêtrise par négligence. Cela la peine, et, si sa conscience n'est pas trop endormie, il perçoit son chagrin. ¶
Il a le pouvoir de changer, de réjouir le cœur de sa femme et de ses enfants, mais il manque de courage et de résolution. ¶
Les habitudes mondaines se sont fixées par cent tentacules jusque dans son âme même. Il ne peut pas s'en défaire. Il désespère ; puis un jour quelque chose le touche — un décès, une tragédie, un ami, son évêque peut-être, ou un président de collège, ou un missionnaire. ¶
Finalement, la lumière qu'il avait perdue se rallume en lui. L'Esprit revient demeurer en lui. Dans la pénitence et l'humilité, il s'écrie : « Ô Dieu, pardonne-moi ma négligence. » Grâce soit rendue au Seigneur, il y a pardon et miséricorde pour ceux qui se repentent, et une joie surpassante dans la reconquête de ceux qui se sont égarés. Que nul parmi nous n'ait honte de sa prêtrise. Rien de plus grand n'entrera jamais dans sa vie. ¶
Le dénigrement de l'orthodoxie
Encore un point, et je conclurai. Il y a une menace mondaine contre notre enseignement théologique et contre la foi de la jeunesse. Il en a toujours été ainsi de façon sporadique, mais ces dernières années elle est plus prononcée. ¶
Ce n'est pas une attaque frontale de l'ennemi. Nous n'avons jamais eu trop de difficulté à répondre aux accusations ou aux critiques ouvertes. L'ennemi frappe en embuscade, avec des tireurs isolés et des membres de la cinquième colonne, avec des pièges pour les imprudents. ¶
Une partie de la propagande consiste à dire qu'il n'y a aucune justification à une interprétation officielle des doctrines et des normes de l'Église, que chacun peut lire et interpréter pour soi-même, n'adopter de la doctrine que ce qu'il choisit, et classer les révélations comme essentielles ou non essentielles. Ces propagandistes ignorent ou négligent la déclaration du Seigneur selon laquelle « aucune prophétie de l'Écriture ne peut être un objet d'interprétation particulière » (II Pierre 1:20.) Ils dénigrent l'orthodoxie en tant que telle et s'enorgueillissent de leur pensée libérale. Beaucoup d'entre eux maintiennent leur loyauté envers l'Église, et certains peuvent croire honnêtement rendre à l'Église un service en prônant leurs conceptions dites larges d'esprit. ¶
Malheureusement, certaines personnes au sein de l'Église qui souscrivent à ces vues ne se rendent pas compte qu'elles tombent elles-mêmes dans un piège. Elles apportent aide et réconfort à l'ennemi ; elles minent leur propre témoignage et celui des autres. Je mets l'Église en garde contre elles, et je les mets en garde contre elles-mêmes ; et je les supplie de cesser, d'abandonner leurs discussions agnostiques et de se joindre aux fidèles pour promouvoir la cause qu'elles aimaient jadis dans leur cœur, et que je pense qu'elles aiment encore. ¶
Les attaques contre Joseph Smith
Un bon nombre de ces tireurs isolés se plaisent à tirer sur Joseph Smith. D'une façon surprenante, il est devenu assez à la mode, stimulé, je présume, par des livres écrits pour des étudiants et des érudits, d'entreprendre des recherches exhaustives sur la vie de ce grand homme. Dans certains cas, peut-être, le but de ces projets de recherche peut être louable : mettre en valeur les choses grandes et nobles de la vie et de l'œuvre du Prophète ; mais, dans beaucoup trop de cas, je crains que le but de la recherche ne soit simplement exploratoire, dans l'espoir de découvrir quelque chose qui ferait une lecture sensationnelle et peut-être un profit pour l'auteur. Je n'ai jamais pu découvrir de raison très substantielle à ces recherches autre que celle que je viens de mentionner. ¶
Voici une vie vécue récemment. Beaucoup d'entre nous, ici dans cette assemblée aujourd'hui, ont connu et parlé avec des personnes qui ont connu le Prophète, et pourtant on croirait, à la manière dont les chercheurs s'attaquent à lui, qu'il était une personne de très haute antiquité, et que quelque chose comme des fouilles pour découvrir des matériaux préhistoriques devait être entrepris pour découvrir les faits de sa vie. Je doute qu'il existe une personne ayant vécu au cours des deux derniers siècles dont la vie soit plus complètement documentée que celle de cet homme, à moins que ce ne soit par hasard parmi les membres de la royauté ou ceux qui occupent de hautes fonctions publiques. ¶
Presque tous les événements importants de sa vie ont été consignés par lui-même, par sa mère et par ceux qui l'ont connu de près. Sa vie n'est pas un mystère ; c'est un livre ouvert, du moins pour les membres de l'Église qui ont accès à la connaissance qu'il a apportée au monde. ¶
Je réprimande les membres de l'Église qui jettent l'opprobre sur le nom honoré du prophète Joseph Smith, et qui, de quelque manière que ce soit, dénigrent son œuvre noble. Ce faisant, ils détruisent la foi, la leur et celle des autres, et le Seigneur les tiendra pour responsables. ¶
Témoignage d'une mission divine
Je répète ce que j'ai déjà dit à cette chaire : mon grand-père était l'ami intime et le compagnon de cet homme. Il le connaissait aussi intimement qu'un homme peut en connaître un autre. Il a eu maintes occasions de déceler des défauts dans son caractère et de découvrir quelque tromperie dans son œuvre. Il n'en a trouvé aucune, et il a laissé son témoignage à sa famille et au monde entier que cet homme était vrai, qu'il avait été divinement mandaté pour l'œuvre qu'il avait à accomplir, et qu'il a donné sa vie pour l'accomplissement de sa mission. J'ai l'entière assurance que Willard Richards n'a pas menti au sujet de son ami, et, pour ma part, indépendamment du témoignage de mon grand-père, porté par l'esprit qui est en moi, je sais que Joseph Smith était un prophète du Dieu vivant, et que l'œuvre qu'il a contribué à établir sur la terre est le véritable royaume de notre Père qui est aux cieux. ¶
Ayant cette connaissance et une profonde révérence pour son nom illustre, je déplore et je ressens vivement les misérables tentatives faites pour le discréditer ; et je prédis qu'elles n'aboutiront toutes à rien, qu'il survivra à toute attaque, qu'il gagnera encore l'estime et le respect de tous les hommes bons, et que le Père l'a déjà glorifié. ¶
La préservation de Sion
Si j'ai pu, à quelque degré, clarifier notre compréhension de Sion et de sa relation avec le monde, si l'Esprit du Seigneur est entré dans votre cœur, mes frères et sœurs, pour vous donner un plus grand amour de Sion et éveiller en vous une plus vive perception des dangers que l'ennemi a amenés jusqu'à nos portes, et si la résolution s'empare maintenant de votre cœur pour vous lever et défendre Sion, je serai profondément reconnaissant. Et, un jour, les justes du monde en seront reconnaissants, car « Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel perd sa saveur, avec quoi la lui rendra-t-on ? » (Matthieu 5:13.) Ô Dieu, aide-nous, tes enfants favorisés, à préserver Sion, telle est ma prière, offerte avec humilité au nom du Seigneur Jésus-Christ. Amen. ¶