Pulpit

Mes frères et sœurs, ceci est une…

Arwell L. Pierce

1951 April General Conference·Sunday Morning Session·1951-04-08

Mes frères et sœurs, c'est pour moi une expérience qui rend humble.

Cela fait 47 ans que je viens à ce Tabernacle pour assister aux conférences. La première fois, ce fut en 1904, lorsque je vins à Salt Lake City pour être mis à part comme missionnaire au Mexique. Quelques années plus tard, je suis venu ici dans mes appels de président de branche et d'évêque à El Paso, au Texas, et de membre de la présidence du pieu de Juarez. De même, pendant les plus de sept ans et demi où sœur Pierce et moi avons présidé la mission du Mexique, nous sommes venus fréquemment à ces conférences générales, où nous avons reçu des instructions et une inspiration pour nous aider dans notre travail. C'est cependant la première fois que je prends la parole à une conférence générale. Sœur Pierce et moi sommes reconnaissants du privilège que nous avons eu de vivre à Mexico et de travailler en de nombreux endroits de la République du Mexique, ainsi que dans les républiques d'Amérique centrale, à faire de l'œuvre missionnaire pour l'Église.

Je suis reconnaissant au Seigneur de ce que mes grands-parents du côté de mon père aient accepté l'Évangile et soient devenus membres de l'Église en 1833, trois ans seulement après l'organisation de l'Église. Mon grand-père Pierce perdit la vie dans les persécutions de l'Église à cette époque lointaine, alors qu'il n'avait que trente ans. Ma grand-mère, devenue veuve, traversa les plaines et vint en Utah avec ses trois petits garçons en l'an 1852, cinq ans seulement après l'arrivée des premiers pionniers dans cette grande vallée. Je suis fier de cet héritage. Je suis fier aussi du fait que mes ancêtres Pierce comptaient parmi les premiers colons de ce grand pays qu'est l'Amérique. Ils sont venus d'Angleterre dès 1620 à 1625.

Je suis reconnaissant de ce que mon père ait été un pionnier dans les colonies S.D.J.

du Mexique. Il s'y rendit avec sa famille en 1890, cinq ans seulement après l'arrivée des premiers pionniers, et aida à établir ces colonies. Je me suis souvent demandé pourquoi mon père était allé au Mexique avec sa famille à cette époque. Il ne s'y installa pas seulement pour pouvoir vivre sans être molesté avec sa famille, mais aussi pour que sa postérité devienne missionnaire parmi le peuple mexicain. Les enfants et les petits-enfants de mon père ont accompli 47 années de service missionnaire dans la mission du Mexique. Sœur Pierce et moi avons énormément apprécié nos travaux missionnaires au Mexique et en Amérique centrale.

Je me souviens qu'il y a plusieurs années, c'était en 1906, deux membres du Conseil des Douze, frère John Henry Smith et frère Francis Marion Lyman, se trouvaient en visite de conférence de pieu dans les colonies du Mexique. Lors de leur voyage de retour vers la frontière, je les ai rencontrés à Ciudad Juarez, de l'autre côté du fleuve, au sud d'El Paso, au Texas, et les ai conduits au bureau du consul américain, où je les ai présentés comme apôtres de l'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours.

En réponse à la présentation, frère John Henry Smith, avec cette manière diplomatique bien connue qui était la sienne, dit de façon très impressionnante : « Oui, monsieur le consul Edwards, nous sommes membres de l'Église du Christ, qui est l'Église première-née d'Amérique. De même que le Christ est le premier-né de son Père, de même l'Église qui porte son nom, l'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, est l'Église première-née d'Amérique. » Pour autant que je sache, cette affirmation est vraie, car toutes les autres Églises de cette époque avaient leur origine dans l'Ancien Monde, l'hémisphère oriental.

Le président George Albert Smith visita El Paso en l'année 1926, en route pour rendre visite à la mission du Mexique. Le président Rey L.

Pratt, avec l'apôtre Melvin J. Ballard, était en Amérique du Sud pour y ouvrir l'œuvre missionnaire. Frère Smith ne pouvait pas alors entrer au Mexique à cause de troubles révolutionnaires, aussi resta-t-il chez moi, avec moi, plusieurs jours, à se reposer. Un dimanche matin, l'un de mes bons amis, un avocat qui était instructeur de la classe biblique dans son Église, téléphona et m'invita à faire un exposé à sa classe ce matin-là. Je fus heureux de lui dire que frère George Albert Smith, l'un des apôtres de mon Église, était en visite chez moi. L'avocat invita alors frère Smith à parler à sa classe biblique ce dimanche matin, ce qu'il fit volontiers. Debout devant cette classe biblique, frère Smith éleva un livre et dit : « Voici la Bible mormone. » Les hommes étaient, bien sûr, extrêmement intéressés. Frère Smith retourna alors le livre afin qu'ils puissent en voir le titre.

Il dit alors : « Voici la traduction du roi Jacques de la Bible. C'est la même Bible que la vôtre, et c'est aussi notre Bible. » Frère Smith fit ensuite cette remarque : « Vous êtes bien sûr désireux de voir ce que le monde appelle la Bible mormone. » Il éleva alors le Livre de Mormon et dit : « Eh bien, voici la soi-disant Bible mormone, connue de nous sous le nom de Livre de Mormon. » Frère Smith expliqua alors à la classe biblique de ces hommes que le Livre de Mormon est réellement la Bible du peuple d'Amérique, et qu'il contient la parole de Dieu tout autant que le livre connu du monde sous le nom de Bible.

Je me rappelle avec beaucoup d'intérêt la visite du président George Albert Smith à la mission du Mexique en mai 1946. La raison particulière de sa visite était d'accueillir de nouveau officiellement dans la mission et dans l'Église quelque 1200 membres qui, pendant dix ans, avaient été séparés de l'Église sous la direction de leurs propres dirigeants. Il fut convenu, pendant la visite du président Smith au Mexique, qu'il rendrait visite avec sa suite au président du Mexique, le général Manuel Avila Camacho, et lui présenterait un exemplaire du Livre de Mormon en langue espagnole. Le secrétaire à l'Économie Gustavo P. Serrano, qui présenta le président Smith et sa suite au président du Mexique, nous avait demandé de parler au président Camacho de nos colons mormons du nord du Mexique, ce que nous fûmes heureux de faire. Le président Camacho fit alors ce commentaire : « Je veux que vous sachiez que j'ai reçu de nombreux bons rapports sur vos colons américains Saints des derniers jours à Chihuahua. Je sais que c'est un peuple vertueux, un peuple honnête et un peuple travailleur. S'il y a quoi que ce soit que je puisse faire à tout moment pour vous ou pour votre peuple, je suis prêt à le faire. »

Après avoir expliqué brièvement au président Camacho notre mission et notre œuvre au Mexique, nous avons dit : « Monsieur le Président, nous ne sommes pas simplement une secte de plus qui est venue parmi vous, car nous venons avec un message particulier pour vous et pour votre peuple. Nous sommes ici pour vous parler de vos ancêtres et de l'Évangile rétabli de Jésus-Christ. »

Nous avons alors demandé : « Monsieur le Président, avez-vous une histoire qui donne l'origine de votre peuple ? » Le Président répondit : « Non ; malheureusement, nous ne connaissons pas notre origine. » Nous lui avons alors dit : « Nous avons un livre qui se présente comme l'histoire de votre peuple. Il parle d'un grand prophète qui, avec sa famille et d'autres, quitta Jérusalem 600 ans avant le Christ et vint dans ce pays, cette grande terre d'Amérique, qu'ils appelaient une ‹ terre de promission, préférable à toutes les autres terres ›. Ce Livre de Mormon parle aussi de la visite de Jésus-Christ sur ce continent, et du fait qu'il y organisa son Église et choisit ses douze disciples. »

Après avoir entendu parler de ce livre, le président Camacho devint très intéressé et impatient, disant qu'il n'avait jamais entendu parler du Livre de Mormon. Il demanda alors : « Me serait-il possible d'obtenir un exemplaire du Livre de Mormon ? Je n'en ai jamais entendu parler auparavant. »

Le président Smith remit alors au président Camacho un exemplaire relié en cuir du Livre de Mormon en espagnol. Nous avons attiré son attention sur la feuille de références particulière que nous avions fixée au début du livre et fait remarquer qu'il pourrait ne vouloir lire que les passages qui y étaient indiqués, faute de temps. Le président Camacho répondit : « Je lirai le livre en entier, car il présente pour moi et pour mon peuple un grand intérêt. »

J'étais si heureux que le président Smith ait pu faire ce voyage, car il semblait y prendre un immense plaisir. Comme vous le savez peut-être, le président Smith avait un vif sens de l'humour. Eh bien, il était déterminé à gravir jusqu'au sommet la pyramide du Soleil, aussi deux missionnaires, des anciens, l'un de chaque côté du Président, l'aidèrent-ils à gravir ces nombreuses marches abruptes jusqu'au sommet. À peu près à mi-hauteur, le président Smith s'arrêta et, avec un sourire, regarda d'abord l'un puis l'autre des anciens et dit : « Eh bien, je pourrais aider l'un de vous à monter jusqu'ici, mais pourquoi devrais-je aider deux d'entre vous ? » (rires) Frères et sœurs, l'œuvre du Seigneur progresse rapidement au Mexique et en Amérique centrale. Nous avons trouvé parmi ces gens beaucoup de personnes profondément religieuses. Ils aiment le Livre de Mormon, une fois qu'ils l'ont reçu et appris ce qu'il se présente comme étant, l'histoire de leurs ancêtres. Ils le portent avec eux et enseignent l'Évangile à partir de lui.

Le Livre de Mormon est un grand missionnaire au Mexique.

Depuis notre retour dans notre maison d'El Paso, au Texas, j'ai eu de nombreuses conversations sur l'Évangile avec des amis, tant américains que mexicains. Récemment, le Rotary Club de Juarez (Juarez se trouve juste au sud, de l'autre côté du fleuve, d'El Paso, au Texas), dont j'étais membre avant de partir en mission au Mexique, m'a invité à leur parler et à faire un compte rendu de mes huit années d'absence de chez moi et du club. Debout devant le groupe, j'ai fait cette remarque : « Amis du Rotary, je ne puis vous faire un compte rendu de ce que j'ai fait au Mexique au cours des huit dernières années sans dire quelque chose de mon Église et de ce qu'elle enseigne. » Ils ont répondu : « Allez-y, nous serons heureux d'écouter ce que vous avez à dire. » Je leur ai alors raconté notre entretien avec le président Manuel Avila Camacho, et l'histoire du Livre de Mormon, qui est l'histoire de leurs ancêtres, et leur Bible. Ces hommes ont écouté attentivement tout ce que j'avais à dire, et lorsque j'ai eu terminé mon exposé, ils ont applaudi bruyamment, en se levant. Le président s'est avancé et m'a donné l'accolade mexicaine traditionnelle, pour montrer sa gratitude. Après la réunion, plusieurs membres du club ont demandé à mes fils, qui étaient présents, s'il leur serait possible d'obtenir l'un de ces exemplaires du Livre de Mormon.

J'aimerais dire, frères et sœurs, qu'il m'a été donné le privilège de rendre visite à de nombreux hommes occupant de hautes fonctions politiques au Mexique et en Amérique centrale. Outre trois présidents de républiques et plusieurs membres de cabinets, j'ai rendu visite à des gouverneurs d'États, à des maires de villes, à des présidents d'universités, à des médecins, à des avocats et à des hommes d'affaires, — qui m'ont tous reçu avec bienveillance. Pas un seul n'a refusé de me recevoir, moi et mon message. Chacun s'est déclaré reconnaissant envers le Seigneur et envers nous de leur apporter des messages aussi intéressants et merveilleux.

Récemment, j'ai rencontré un pasteur de mes amis, éminent, dans un hôpital local d'El Paso. J'étais allé à l'hôpital rendre visite à un malade de mon collège des grands prêtres. Le pasteur était à l'hôpital pour rendre visite à l'un des membres de son Église. Le pasteur et moi sommes bons amis depuis de nombreuses années, si bien que lorsque nous nous sommes rencontrés, il a demandé : « Évêque Pierce, quand êtes-vous rentré chez vous ? Nous sommes vraiment heureux de vous avoir de nouveau parmi nous. Avez-vous apprécié vos années au Mexique ? » Je ne prendrai pas le temps de raconter tous les détails de notre conversation très intéressante. J'ai fini par demander à mon ami pasteur s'il avait jamais lu le Livre de Mormon. Il a dit qu'il ne l'avait jamais lu et a laissé entendre qu'il ne tenait pas à le lire. Je lui ai dit que le Livre de Mormon est la Bible de l'Amérique, et tout autant la parole de Dieu que la Bible, car c'est un nouveau témoin pour le Christ. J'ai souligné qu'il était raisonnable que les Amériques aient leur Bible tout comme l'hémisphère oriental, car les peuples des deux hémisphères étaient enfants de notre Père céleste. Je lui ai alors suggéré qu'il négligeait son instruction en ne lisant pas le Livre de Mormon.

Je lui ai expliqué que le Livre de Mormon parlait de la visite du Christ sur ce continent américain, ainsi que de bien d'autres choses intéressantes au sujet du livre. Il a paru content des vérités du Livre de Mormon telles que je les lui présentais, puis il a demandé : « Où puis-je me procurer un Livre de Mormon ? Je crois que j'aimerais lire ce livre. »

J'ai dit à ce pasteur qu'il avait tout autant droit que moi aux vérités de l'Évangile, et que j'étais sûr qu'il aimerait lire le Livre de Mormon. Je pense comme le président George Albert Smith l'exprimait souvent : « Nous ne pouvons pas forcer les gens à faire des choses, mais nous pouvons les amener par l'amour à faire ce qui est juste et à la justice. » Les pasteurs sont eux aussi des candidats, pour peu que nous puissions toucher leur cœur par le message de l'Évangile rétabli.

Je désire exprimer ma gratitude à la Première Présidence et au Conseil des Douze, ainsi qu'à d'autres Autorités générales, pour le magnifique soutien et les encouragements que sœur Pierce et moi avons reçus d'eux pendant que nous présidions la mission du Mexique. Nous avons eu l'honneur et la bénédiction de recevoir la visite de deux membres de la Première Présidence pendant notre présidence.

Une visite du président George Albert Smith, comme je l'ai déjà relaté, et deux visites du président David O. McKay. Lors de ses visites, le président McKay a beaucoup fait pour nous encourager et nous aider dans la planification de la construction de bâtiments de l'Église. Lorsque sœur Pierce et moi sommes entrés dans la mission en 1942, nous n'avions pas de beaux bâtiments de l'Église comme nous en avons maintenant. Certains de nos membres anglo-américains ont exprimé l'idée que, puisque les membres mexicains sont pauvres et habitués à des maisons mal équipées, n'importe quelle salle d'adobe bon marché suffit pour eux comme bâtiment de l'Église. J'estime cependant que, puisque nous avons dans l'Évangile rétabli de Jésus-Christ la toute meilleure philosophie de vie à donner au peuple mexicain, pourquoi ne leur donnerions-nous pas des bâtiments de l'Église dont la valeur corresponde aux vérités de l'Évangile que nous leur donnons.

Que Dieu nous bénisse, et puissions-nous continuer d'être fidèles et loyaux à l'Évangile que nous avons reçu. Sœur Pierce et moi sommes maintenant de retour chez nous à El Paso, après notre mission et 45 années de service de direction dans l'Église. Nous jouissons de notre foyer et d'un bref repos. Que le Seigneur nous bénisse tous, je le prie au nom de Jésus-Christ. Amen.

Citer ce discoursArwell L. Pierce, « Mes frères et sœurs, ceci est une… », 1951 April General Conference, Sunday Morning Session (1951-04-08). Pulpit Vault, 1951-04-pierce-my-brothers-and-sisters-this-is-a. Traduction de la présente édition, par méthode de glossaire, catalog.churchofjesuschrist.org.Pulpit Vault, édition du 23 septembre 2026 (commit 4bdc6ac627).