Discours de conférence
Joseph Fielding Smith
Depuis un certain nombre d'années, sur la page éditoriale du Deseret News, on peut lire ceci : Nous défendons la Constitution des États-Unis avec ses trois départements de gouvernement tels qu'ils y sont exposés, chacun pleinement indépendant dans son domaine. ¶
La Constitution J'ai pensé qu'il ne serait ni déplacé ni hors de propos de dire quelque chose de la Constitution, d'en donner peut-être brièvement un petit historique ; car je suis convaincu que le peuple des États-Unis en général ne l'a pas étudiée. Beaucoup n'en ont jamais fait la lecture, et certains ne savent rien de ce dont il y est question. ¶
À la fin de la Révolution, les divers États de ce gouvernement américain devinrent indépendants de la Grande-Bretagne, mais ils étaient confrontés à des dangers de désintégration, ou d'éclatement. ¶
Ils n'avaient pas de forme de gouvernement stable. Certains des hommes d'État les plus sages parmi les patriotes virent ce danger et tentèrent de le détourner. George Washington, dans une lettre circulaire aux gouverneurs des États, écrivit en juin 1783 : ¶
Il reste encore à décider si la révolution doit en définitive être considérée comme une bénédiction ou comme une malédiction. ¶
C'est le moment d'établir ou de ruiner à jamais le caractère national [des colonies]. Il devrait y avoir quelque part un pouvoir suprême chargé de régler et de gouverner les affaires générales de la république confédérée, faute de quoi l'Union ne peut être de longue durée. ¶
Une période critique John Fisk, l'historien, en traitant de cette période, dit que la période comprise entre 1783 et 1789 fut la plus critique de l'histoire des États-Unis. John Fisk avait raison. Ce fut une période critique. Nous faisons face aujourd'hui à une autre période critique, dont la majorité des citoyens de ce pays ne réalisent manifestement pas l'existence, mais telle est néanmoins la situation. ¶
Au moment où la guerre prit fin, comme durant la période de la Révolution, les États étaient unis par une confédération très lâche. ¶
La guerre les avait tenus ensemble. Après la guerre, chaque État se considérait pratiquement comme un gouvernement indépendant. Ils formaient un certain nombre de petites nations qui avaient conclu un accord pour vivre ensemble et agir de concert en ce qui concernait leur bien-être commun. ¶
L'idée qui prévalait était que cette fédération pouvait être rompue à tout moment. ¶
Chaque État se réservait le droit de se retirer à volonté de l'union ainsi créée jusque-là. Du 4 juillet 1776 au 1er mars 1781, date de l'adoption de la confédération, les États-Unis furent gouvernés par le Congrès continental en vertu des « Articles de la Confédération et de l'Union perpétuelle entre les États ». Cette union n'avait ni président, ni cour suprême, et se composait d'une seule chambre du congrès formée de délégués élus par les assemblées législatives des États, et sa juridiction était fort limitée. Cette confédération comportait tant de défauts et de restrictions que les sages de la nation, tel Washington, perçurent aisément que quelque chose de plus parfait, de plus puissant et de plus contraignant pour les colonies était indispensable. ¶
La convention de Philadelphie C'est dans cette perspective qu'en mai 1787 une convention de délégués de tous les États, à l'exception du Rhode Island, se réunit à Philadelphie. Le nombre des délégués était de cinquante-cinq, mais trente-neuf seulement d'entre eux signèrent la Constitution après qu'elle eut été élaborée. La plupart de ces délégués étaient des hommes dans la force de l'âge, peu d'entre eux étaient âgés. Benjamin Franklin, le doyen de la Convention, était dans sa quatre-vingt-deuxième année, mais on dit de lui qu'il était très actif et alerte. Je pense que les noms de ces trente-neuf qui signèrent la Constitution méritent que nous nous en souvenions, et je vais prendre le temps de les citer. Ce sont : ¶
George Washington, président et délégué de la Virginie John Langdon et Nicholas Gilman, New Hampshire Nathaniel Gorham et Rufus King, Massachusetts William Samuel Johnson et Roger Sherman, Connecticut Alexander Hamilton, New York William Livingston, David Brearley, William Paterson et Jonathan Dayton, New Jersey George Read, Gunning Bedford, Jr., John Dickinson, Richard Bassett et Jacob Broom, Delaware James McHenry, Daniel of St. Thomas Jenifer et Daniel Carroll, Maryland John Blair, James Madison, Jr., et George Washington, Virginie William Blount, Richard Dobbs Spaight et Hugh Williamson, Caroline du Nord Benjamin Franklin, Thomas Mifflin, Robert Morris, George Clymer, Thomas Fitzsimmons, Jared Ingersoll, James Wilson et Gouverneur Morris, Pennsylvanie John Rutledge, Charles Cotesworth Pinckney, Charles Pinckney et Pierce Butler, Caroline du Sud William Few et Abraham Baldwin, Géorgie* Ces délégués, après une période orageuse de près de quatre mois durant laquelle certains d'entre eux désespérèrent presque de jamais parvenir à un accord pacifique, produisirent la Constitution des États-Unis. Comme vous l'avez entendu, certains des délégués refusèrent *Les personnes suivantes furent nommées délégués à la convention mais ne siégèrent jamais : John Pickering et Benjamin West, New Hampshire ; Francis Dana, Massachusetts ; John Nelson et Abraham Clark, New Jersey ; Patrick Henry (a décliné), Virginie ; Richard Caswell (a démissionné), Willie Jones (a décliné), Caroline du Nord ; George Walton et Nathaniel Pendleton, Géorgie. ¶
Les délégués suivants étaient absents au moment de la signature : Caleb Strong, Massachusetts ; Oliver Ellsworth, Connecticut ; Robert Yates et John Lansing, New York ; William Churchill Houston, New Jersey ; John Francis Mercer et Luther Martin, Maryland ; George Wythe et James McClurg, Virginie ; Alexander Martin et William Richardson Davie, Caroline du Nord ; William Pierce et William Houston, Géorgie. ¶
Les délégués suivants refusèrent de signer : Eldridge Gerry, Massachusetts ; Edmund Randolph et George Mason, Virginie. ¶
de signer ; certains s'absentèrent au moment de la signature. Une fois le document préparé et approuvé vint la lutte pour la ratification. Washington, Franklin, Madison, Hamilton et Marshall, à ce que nous comprenons, prirent la part principale à la rédaction de la Constitution, et après son adoption par la convention, Madison et Hamilton déployèrent des efforts infatigables pour la faire ratifier par les divers États. ¶
Certains États ratifièrent à une date rapprochée ; d'autres tardèrent. Le Rhode Island et la Caroline du Nord tardèrent quelques mois, mais finirent par se joindre à leurs États frères dans la ratification. ¶
La Constitution entra en vigueur le 4 mars 1789 et devint ainsi la loi vitale et fondamentale des États-Unis. George Washington fut élu président des États-Unis le 6 avril 1789 et fut investi le trentième jour de ce même mois. ¶
Nous, le peuple Or, dans cette déclaration du Deseret News, nous lisons : « Nous défendons la Constitution des États-Unis avec ses trois départements de gouvernement tels qu'ils y sont exposés, chacun pleinement indépendant dans son propre domaine. » J'espère que chaque membre de l'Église souscrit à cette déclaration, ainsi qu'au Deseret News. Le préambule de la Constitution ne commence pas par « le roi » ; il ne commence pas non plus par « Moi, le président des États-Unis ». Il dit : ¶
Nous, le peuple des États-Unis, en vue de former une union plus parfaite, d'établir la justice, de faire régner la paix intérieure, de pourvoir à la défense commune, de promouvoir le bien-être général et d'assurer les bienfaits de la liberté à nous-mêmes et à notre postérité, décrétons et établissons la présente Constitution pour les États-Unis d'Amérique. ¶
C'est « Nous, le peuple ». ¶
Il était entendu que le peuple gouvernerait ; bien sûr, ce devrait être par la représentation, mais le contrôle du gouvernement serait entre les mains du peuple. Comme nous le lisons dans le Livre de Mormon, quand les justes gouvernent, tout va bien. Le roi Mosiah renonça à son trône dans l'idée que le peuple aurait une république, et il attira l'attention sur les dangers d'un royaume et d'un gouvernement centralisé, ainsi que sur les dangers qui surgiraient si les méchants gouvernaient. Le Seigneur nous a enseigné à choisir des hommes sages et des hommes justes, et c'était là l'entente entre les hommes qui élaborèrent la Constitution des États-Unis. ¶
Trois départements du gouvernement Les trois formes de gouvernement dont il est question dans l'encadré et qui se rapportent à notre gouvernement sont : le législatif, le judiciaire et l'exécutif. Channing, dans A Students' History of the United States, dit ceci de ces trois branches de notre gouvernement : ¶
Chacune reçoit le pouvoir de se défendre contre les empiétements des deux autres, et chacune fait office de contrepoids pour les autres. Les auteurs de la Constitution avaient de bonnes raisons de tenter de réaliser ce difficile dessein ; aux anciens temps coloniaux, dont la plupart d'entre eux se souvenaient, le gouverneur des provinces royales avait exercé les trois fonctions, au grand mécontentement des colons ; et l'organe législatif de la Grande-Bretagne avait détenu le pouvoir suprême. Pour éviter d'établir un gouvernement qui évoluerait vers l'une ou l'autre de ces formes, les auteurs de la Constitution s'efforcèrent de donner à chaque département sa juste part de pouvoir et d'empêcher qu'aucun département ne se rende suprême. Par exemple, le pouvoir exécutif est confié au Président ; mais celui-ci exerce aussi d'importantes fonctions législatives par son veto, et le pouvoir judiciaire par son droit de grâce. Le pouvoir législatif est placé dans le Congrès, mais le Sénat fait office de conseil consultatif du Président — sans son consentement, aucune nomination importante ne peut être faite ni aucun traité ratifié. Le pouvoir judiciaire est confié à la Cour suprême et aux tribunaux inférieurs ; mais, comme aucune loi ne peut être appliquée si la Cour suprême la déclare inconstitutionnelle, la Cour suprême exerce en fait des fonctions législatives suprêmes. Enfin, la Chambre des représentants, par son initiative en matière d'impôt, exerce un contrôle très efficace sur le département exécutif. ¶
Le pouvoir législatif est limité à certains sujets énumérés dans la Constitution et est en outre restreint par les dix premiers amendements, particulièrement par le dixième, qui déclare que « les pouvoirs non délégués aux États-Unis par la Constitution, ni interdits par elle aux États, sont réservés aux États, respectivement, ou au peuple ». La Cour suprême est l'interprète autorisé de la loi fondamentale, et elle a interprété la Constitution de la manière la plus large possible ; à la suite de ces décisions, le Congrès a exercé des pouvoirs dont beaucoup n'ont probablement jamais été rêvés par les auteurs de cet instrument ni par les membres des conventions de ratification, dont les votes lui ont donné force de loi. Les lois du Congrès sont « la loi suprême du pays », à moins que la Cour suprême ne les déclare inconstitutionnelles, et par conséquent nulles et non avenues (Channing, Ibid., p. 240-241.) Le peuple devrait veiller avec un soin jaloux à ce que ne vienne jamais le temps où l'une de ces trois branches abandonnerait ses droits à une autre ou serait engloutie et vaincue par quelque autre branche du gouvernement. Aujourd'hui, il y en a beaucoup qui préconisent la destruction de ces garde-fous que nous ont donnés les auteurs de la Constitution, hommes inspirés pour rendre ce document aussi proche que possible, dans les circonstances, des doctrines fondamentales du royaume de Dieu. (The Progress of Man, p. 297.) La Constitution proclame ce qui suit : ¶
La présente Constitution et les lois des États-Unis qui seront faites en application de celle-ci, ainsi que tous les traités conclus, ou qui seront conclus, sous l'autorité des États-Unis, seront la loi suprême du pays ; et les juges de chaque État y seront liés, nonobstant toute disposition contraire de la Constitution ou des lois de tout État. ¶
Les sénateurs et représentants susmentionnés, ainsi que les membres des diverses assemblées législatives des États, et tous les fonctionnaires exécutifs et judiciaires, tant des États-Unis que des divers États, seront liés par serment ou par affirmation de soutenir la présente Constitution ; mais aucune profession de foi religieuse ne sera jamais exigée comme condition d'accès à une fonction ou à un emploi public sous l'autorité des États-Unis. ¶
La Constitution mérite la vénération Il y aurait bien davantage à dire, et je souhaite lire une autre déclaration. L'homme d'État anglais James Bryce, dans son excellent ouvrage The American Commonwealth, a dit : ¶
La Constitution de 1789 mérite la vénération avec laquelle les Américains ont coutume de la considérer. Il est vrai que beaucoup de critiques ont été formulées sur son agencement, sur ses omissions, sur le caractère artificiel de certaines des institutions qu'elle crée, […] Pourtant, toutes déductions faites, elle se classe au-dessus de toute autre constitution par l'excellence intrinsèque de son plan, son adaptation aux circonstances du peuple, la simplicité, la brièveté et la précision de son langage, son judicieux mélange de netteté dans le principe et de souplesse dans le détail. (The American Commonwealth, vol. 1, p. 25.) Quelle est la position que prend l'Église à l'égard de ce grand document ? Nous avons la parole du Seigneur : ¶
Et maintenant, en vérité, je vous dis ceci au sujet des lois du pays : Ma volonté est que mon peuple veille à faire toutes ces choses que je lui commande. ¶
Et cette loi du pays, qui est constitutionnelle et qui soutient le principe de la liberté en préservant les droits et les garanties, appartient à toute l'humanité et se justifie devant moi. ¶
C'est pourquoi, moi, le Seigneur, je vous justifie, vous et vos frères de mon Église, lorsque vous êtes en faveur de cette loi qui est la loi constitutionnelle du pays. Et pour ce qui est de la loi de l'homme, tout ce qui est plus ou moins que cela vient du mal. (D. & A. 98:4-7.) Dans la section 101, le Seigneur a dit : ¶
Selon les lois et la constitution du peuple, dont j'ai permis l'établissement, et qui doivent être maintenues pour les droits et la protection de toute chair, selon des principes justes et saints, afin que tout homme puisse agir en doctrine et en principe, en ce qui se rapporte à l'avenir, selon le libre arbitre moral que je lui ai donné, afin que, le jour du jugement, chacun soit responsable de ses propres péchés. ¶
C'est pourquoi, il n'est pas juste qu'un homme soit asservi à un autre. ¶
C'est dans ce but que j'ai établi la Constitution de ce pays, par la main des sages que j'ai suscités dans ce but même, et que j'ai racheté le pays par l'effusion du sang. (Ibid., 101:77-80.) Voici une déclaration selon laquelle ce document doit être maintenu, afin que tout homme puisse agir en doctrine et en principe, en ce qui se rapporte à l'avenir, selon le libre arbitre moral que le Seigneur lui a donné, afin que tout homme soit responsable de ses propres péchés le jour du jugement. ¶
Déclarations de Joseph Smith S'il m'est permis, j'aimerais citer les paroles du prophète Joseph Smith sur ce sujet : ¶
La Constitution des États-Unis est un étendard glorieux. Elle est fondée sur la sagesse de Dieu. C'est une bannière céleste ; elle est, pour tous ceux qui ont le privilège de goûter les douceurs de sa liberté, comme l'ombre fraîche et les eaux rafraîchissantes d'un grand rocher dans un pays aride et las. Elle est comme un grand arbre sous les branches duquel des hommes de tous les climats peuvent s'abriter des rayons brûlants du soleil. […] ¶
Nous disons que Dieu est vrai ; que la Constitution des États-Unis est vraie ; que la Bible est vraie ; que le Livre de Mormon est vrai ; que le Livre des Alliances est vrai ; et que le Christ est vrai. (History of the Church 3:304.) C'est l'un des premiers principes de ma vie, et un principe que j'ai cultivé depuis mon enfance, mon père me l'ayant enseigné, que de laisser à chacun la liberté de conscience. Je suis le plus grand défenseur de la Constitution des États-Unis qu'il y ait sur la terre. Dans mes sentiments, je suis toujours prêt à mourir pour la protection des faibles et des opprimés dans leurs justes droits. (Ibid., 6:56-57.) Je ne dois pas prendre plus de temps, mais j'ajouterai ceci : on a dit que le Prophète avait déclaré qu'un temps viendrait où cette Constitution ne tiendrait plus qu'à un fil, et c'est vrai. Il y a eu toutefois une certaine confusion quant à ce qu'il a dit ensuite. Je pense que frère Orson Hyde nous a donné une interprétation exacte, où il dit que le Prophète a déclaré que la Constitution serait en danger. Voici ce que dit Orson Hyde : ¶
Je crois qu'il a dit quelque chose comme ceci : qu'un temps viendrait où la Constitution et le pays seraient en danger d'être renversés ; et il dit : « Si la Constitution doit être sauvée, ce sera par les anciens de cette Église. » Je crois que c'est là à peu près le langage, autant que je puisse m'en souvenir. (Journal of Discourses, 6:152.) Maintenant, je vous le dis, il est temps que le peuple des États-Unis s'éveille à la compréhension que, s'il ne sauve pas la Constitution des dangers qui la menacent, nous aurons un changement de gouvernement. ¶
Que le Seigneur vous bénisse, au nom de Jésus-Christ. Amen. ¶