Discours de conférence
Scott Taggart
Mes frères et sœurs, je suis certain que ce sera probablement la tâche la plus difficile de mon expérience, si je n'étais pas sûr de bénéficier de la foi et des prières de beaucoup de mes amis dans l'auditoire. ¶
De peur de l'oublier, dans les quelques minutes qui me sont accordées, j'aimerais maintenant exprimer ma gratitude, et celle de ma famille, pour l'expérience que nous avons vécue ces dernières années, pour le privilège de présider l'une des missions de l'Église. ¶
Nous sommes allés en Europe avec d'autres frères et leurs épouses, parmi les premiers à retourner en Europe après la guerre. C'était une période intéressante pour s'y trouver, une période difficile, et nous sommes retournés à des problèmes assez nouveaux pour des présidents de mission. Ces problèmes ont cependant été résolus, avec l'aide des saints et avec l'aide du Seigneur, et nous sommes heureux de rapporter qu'en Suisse et en Autriche, ainsi que dans d'autres missions que nous avons eu le privilège de visiter, des progrès substantiels ont été accomplis. ¶
Nos saints pensent énormément à vous ici. Probablement sont-ils quelque part aujourd'hui en séance, en séance de conférence, car nous tenons habituellement la conférence au début d'octobre. Il y a un an aujourd'hui, nous nous réunissions à Vienne, en Autriche, et je me souviens que nous vous avons envoyé des salutations à la demande des saints. ¶
Ils désirent tellement être parmi vous, être comptés avec le corps de l'Église, ne pas être la petite minorité qu'ils sont là-bas. En fait, leur désir de venir ici constitue l'un des principaux problèmes auxquels nos missions sont confrontées. Je pense que c'est un problème dans toutes les missions européennes, sauf celles où les conditions sont telles qu'ils ne peuvent pas partir, comme l'Allemagne. La question de l'émigration est là-bas un problème très constant. Et il y a des raisons pour lesquelles ils veulent émigrer, et je crains que beaucoup d'entre eux ne se laissent pas refuser le privilège d'émigrer et de rejoindre le corps de l'Église. Tout d'abord, comme je l'ai suggéré, ces frères et sœurs veulent appartenir avec vous. Ils veulent, pour une fois, être avec la majorité de l'Église, et non une petite minorité impopulaire. Ils veulent venir ici où ils peuvent recevoir leurs bénédictions patriarcales. ¶
Ils ont été très assidus dans le travail de recherche, et ils possèdent maintenant les registres généalogiques de leurs ancêtres. Ils veulent venir ici où ils ont accès aux temples du Seigneur, où ils peuvent être scellés les uns aux autres et accomplir l'œuvre du temple pour leurs ancêtres. ¶
Ils veulent venir ici, dans bien des cas, et c'est toujours l'une des raisons, pour améliorer leur situation économique. Je pense que c'est une raison légitime, bien que nous ne les encouragions jamais à venir ici si c'était la raison principale. ¶
Et encore, ils veulent venir, frères et sœurs, parce qu'ils veulent échapper à cette menace constante de guerre. La Suisse a vu la menace de la guerre, la menace d'invasion, à diverses époques. L'Autriche a goûté à l'effroi de la guerre, et ils ont reconnu que la guerre est là-bas une possibilité toujours présente. Les cieux ne sont jamais complètement libres des nuages de la guerre, de la menace de la guerre. Nous avons ressenti cette tension par moments et senti combien il nous était nécessaire de jouir de la présence de l'aide du Seigneur dans la conduite de notre mission. ¶
Nous voulons vous dire que vos missionnaires, vos fils et vos filles qui nous ont aidés là-bas, ont accompli un travail remarquable. Ils ont beaucoup fait pour ramener des membres de l'Église qui étaient devenus indifférents. Bien que nous ayons perdu environ vingt pour cent de nos membres actifs par l'émigration, la fréquentation a été plus élevée que depuis plusieurs années, et le paiement de la dîme et des offrandes de jeûne a atteint un sommet historique dans la mission. J'attribue cela très largement à l'aide des missionnaires qui, avant tout, ont rendu visite aux saints, non seulement à ceux qui viennent régulièrement, mais à ceux qui, pendant un temps, s'étaient dissociés de l'Église. Beaucoup de bien a été accompli à la suite de cela. ¶
Ce fut pour moi un grand plaisir d'apprendre que le président Bringhurst a pu envoyer des missionnaires en Autriche, ce que nous n'avions pas encore réussi à faire lorsque nous sommes partis, et je connais l'enthousiasme avec lequel ces gens en Autriche ont accueilli ces missionnaires. Nous voudrions pouvoir être là pour les aider. ¶
Nous avons apprécié l'attitude amicale des autorités en général et de la presse. À aucun moment pendant que nous étions en Suisse un article virulent ne fut écrit contre les mormons dans la presse suisse. Leur attitude était plutôt d'indifférence, d'indifférence amicale, mais en aucun cas ils ne s'opposèrent ouvertement à nous. La seule exception fut dans un ou deux cas où des périodiques, publiés par des organisations ecclésiastiques qui voyaient d'un mauvais œil notre présence dans leurs communautés, ont écrit les articles habituels contre l'Église en exhortant leurs gens à n'avoir rien à faire avec nos missionnaires. ¶
Les autorités, en général, furent très aimables et très serviables, et bien que nous ayons eu à traiter avec des individus, et à traiter avec la paperasserie et la bureaucratie là-bas, autant que nous devrions le faire chez nous, d'une manière générale, nous avons été bien accueillis et ils nous ont donné la coopération qu'ils pouvaient. ¶
Je parle aussi, en particulier, de ceux de nos militaires, hommes et femmes, qui sont en Europe ou qui y ont été depuis l'occupation. Il vous est probablement difficile de vous rendre compte de tout le bien que ces gens ont fait en s'associant aux saints dans des endroits comme Vienne, Lizst et Salsburg, en Autriche, et divers endroits en Allemagne, pour apporter un peu d'aide et d'encouragement aux saints, en se réunissant avec eux dans leurs services, en partageant avec eux leurs témoignages. Cela sera toujours grandement apprécié par les gens là-bas, et je veux qu'ils sachent, s'ils se trouvent dans l'auditoire, et leurs proches s'ils sont ici, que leur travail est apprécié ; leur aide là-bas dans le champ missionnaire est appréciée. ¶
Ce fut notre grand privilège d'être situés en Europe de façon telle, au carrefour de l'Europe occidentale, qu'il était possible de temps en temps de voir les présidents des autres missions, et je vous dis que ce fut un privilège que nous n'oublierons pas de sitôt, un privilège d'une grande valeur pour nous, que de rencontrer ces hommes et ces femmes merveilleux qui sont à la tête des missions de l'Église en Europe, depuis le président Benson qui s'y trouvait le premier, le président Sonne, et jusqu'à chacun de ceux dont nous avons apprécié la fréquentation là-bas à l'occasion. Ce sont des hommes de Dieu, ce sont des travailleurs assidus pour l'Église et ils font beaucoup de bien là-bas. Nos cœurs sont avec eux, bien que nous soyons loin d'eux depuis quelque six mois. ¶
Maintenant, juste un mot au sujet de l'entraide que vous avez envoyée là-bas. Puisque nous sommes parmi les premiers à revenir, vous avez le droit de savoir que votre entraide, que vous avez donnée, très souvent au prix d'un sacrifice, a fait un grand bien parmi les gens. Heureusement, il ne nous a pas été nécessaire d'en utiliser en Suisse, bien qu'il nous ait été nécessaire d'en envoyer des quantités substantielles en Autriche, en particulier dans les grandes villes comme Vienne, mais nous l'avons vu aller en Allemagne et nous avons vu comment elle y était distribuée, sous l'habile direction* du président Wunderlich. Presque tout a dû être distribué en Allemagne de l'Ouest parce qu'il n'était pas possible d'entrer en Allemagne de l'Est derrière le rideau de fer, sauf à le remettre aux forces d'occupation russes pour qu'elles le distribuent comme elles l'entendaient. ¶
Alors que nous nous préparions à partir, le dernier grand envoi de fournitures d'entraide qui était arrivé fut acheminé en Allemagne de l'Est par la Tchécoslovaquie. Je dis qu'il a été distribué grâce à l'habile direction du président et de sœur Wunderlich et de leurs aides. ¶
Votre travail a été apprécié et un effort a été fait dans toutes les branches d'Europe pour amener nos frères et sœurs de là-bas à comprendre que ces secours, cette entraide, ne leur sont pas venus de votre superflu, mais que, dans de très nombreux cas, ils représentent un véritable sacrifice de votre part. Nous avons essayé de leur faire comprendre cela et de l'apprécier. Nous leur avons rappelé que, dans bien des cas, certains d'entre eux étaient mieux lotis que certains des hommes et des femmes qui contribuaient à leur bien-être. ¶
Nous admirons et aimons beaucoup les saints de Suisse et d'Autriche. Il nous est arrivé d'entendre la plainte qu'ils étaient des membres de seconde classe de l'Église, mais, frères et sœurs, permettez-moi de vous assurer qu'ils ne le sont pas, quelque sens que l'on donne à ce mot, des membres de seconde classe de notre Église. Ce qu'ils voulaient dire par là, c'est qu'ils étaient privés de l'accès aux temples du Seigneur. Ils étaient privés du privilège de recevoir leurs bénédictions patriarcales, d'accomplir eux-mêmes leur œuvre du temple, d'être membres avec vous du corps, de la majorité de l'Église, mais ce sont des membres véritables et fidèles, et seuls pourraient être classés comme membres de seconde classe ceux qui se sont eux-mêmes rendus tels, comme certains d'entre nous ici, en ne vivant pas à la hauteur des normes et des préceptes de l'Église. ¶
La mission est en de bonnes mains, entre les mains du président et de sœur Bringhurst. Nous avons toute confiance que la mission continuera de progresser et de se développer. Ils ont des dirigeants capables ; chaque branche en Suisse et en Autriche était sous la direction de frères du pays, et chaque organisation, chaque organisation auxiliaire avait sa direction locale, de sorte que nos missionnaires étaient libres de prêcher l'Évangile. Ils ont tous fait un travail splendide. ¶
Nous sommes très reconnaissants de l'occasion que nous avons eue de servir, et nous espérons que notre influence se sera fait sentir pour le bien partout où nous sommes allés. Nous apprécions la coopération que nous avons reçue des autorités, tant suisses que des autorités d'occupation représentant notre gouvernement. Sans exception, elles ont été serviables et bienveillantes envers nous. ¶
Maintenant, pour terminer, j'aimerais attirer l'attention sur l'écrivain O. Henry. Sur son lit de mort, O. Henry aurait demandé que son lit soit rapproché de la fenêtre. Il fit cette remarque : « Je ne veux pas rentrer chez moi dans le noir. » ¶
Je pense que c'est pourquoi nous sommes ici aujourd'hui, frères et sœurs : nous cherchons la lumière aujourd'hui. Nous ne voulons pas anticiper un avenir dans les ténèbres, et aujourd'hui nous recevons de la bouche de ces autorités générales la lumière qui rendra la vie agréable pour nous, qui rendra la vie sûre pour nous, qui rendra l'avenir plus sûr. ¶
Et puis, pour répéter une partie d'une prière qui fut prononcée au Sénat des États-Unis : « Aide-nous, Seigneur, à faire ce qui est juste quand nous le voulons mais ne savons pas ce qui est juste, mais aide-nous surtout, Seigneur, à faire ce qui est juste quand nous savons très bien ce que c'est et ne voulons pas le faire. » ¶
Maintenant, ma prière, frères et sœurs, est que nous nous en tenions strictement et fidèlement aux exhortations de ces grands dirigeants qui sont les nôtres. Il y aura des moments où l'Esprit du Seigneur ne sera pas avec nous, où nous ne pourrons pas compter sur son accompagnement, à cause de nos propres fautes, à cause de la nature de notre propre vie. Nous sommes en sécurité si nous dépendons de la direction et de la conduite de ces hommes qui vivent près de lui, et qui apprécient et jouissent de sa présence constante. Et que nous puissions le faire est ma prière, au nom de Jésus. Amen. ¶