Discours de conférence
Richard L. Evans
Je suis certain de ne jamais mesurer pleinement à quel point j'ai besoin d'aide avant d'arriver réellement à ce moment et à cet endroit, et j'espère sincèrement que je l'aurai. ¶
Le conseil donné à Moïse ¶
J'aimerais lire, en guise de préface aux quelques remarques que je vais faire, quelques versets du dix-huitième chapitre de l'Exode : ¶
Le lendemain, Moïse s’assit pour juger le peuple, et le peuple se tint devant lui depuis le matin jusqu’au soir. ¶
Le beau-père de Moïse vit tout ce qu’il faisait pour le peuple et il dit : Que fais-tu là avec ce peuple ? Pourquoi sièges-tu seul et tout le peuple se tient-il devant toi depuis le matin jusqu’au soir ? ¶
Moïse répondit à son beau-père : C’est que le peuple vient à moi pour consulter Dieu. ¶
Quand ils ont quelque affaire, ils viennent à moi ; je prononce entre eux et je fais connaître les ordonnances de Dieu et ses lois. ¶
Le beau-père de Moïse lui dit : Ce que tu fais n’est pas bien. ¶
Tu t’épuiseras toi-même et tu épuiseras ce peuple qui est avec toi ; car la chose est au-dessus de tes forces, tu ne pourras pas y suffire seul. ¶
Maintenant écoute ma voix ; je vais te donner un conseil et que Dieu soit avec toi ! Sois le représentant du peuple. . . . ¶
Enseigne-leur les ordonnances et les lois ; fais-leur connaître le chemin qu’ils doivent suivre et ce qu’ils doivent faire. ¶
Choisis parmi tout le peuple des hommes capables, craignant Dieu, des hommes intègres, ennemis de la cupidité ; établis-les sur eux comme chefs de mille, chefs de cent, chefs de cinquante et chefs de dix. ¶
Qu’ils jugent le peuple en tout temps ; qu’ils portent devant toi toutes les affaires importantes, et qu’ils jugent eux-mêmes les petites causes. Allège ta charge et qu’ils la portent avec toi. ¶
Si tu fais cela et si Dieu te donne des ordres, tu pourras tenir bon et tout ce peuple parviendra en paix à sa destination. ¶
Moïse écouta la voix de son beau-père et fit tout ce qu’il avait dit. (Exode 18:13-24.) ¶
La délégation des responsabilités ¶
Il y a une sagesse profonde dans cette parole ancienne sur la délégation de l'autorité, des responsabilités et du travail. Il doit sûrement être évident pour toute personne qui réfléchit qu'il vient un moment où, si capable ou si bien disposé que soit un homme, il ne peut plus étendre son action, du moins pour ce qui est de la communication et de l'effort de personne à personne. À mesure que cette Église grandit, il doit être manifeste pour chacun qu'un plus grand sens des responsabilités doit peser sur tous ceux qui en sont membres et qui, de ce fait même, en sont responsables. ¶
J'ai attiré l'attention, une fois déjà, je crois, sur le nombre de jours qu'un homme peut raisonnablement s'attendre à vivre, en supposant que la durée de soixante-dix ans fixée par les Écritures nous soit accordée à chacun. Si vous prenez un crayon et du papier et multipliez soixante-dix par trois cent soixante-cinq, vous obtiendrez environ vingt-cinq mille jours, ce qui signifie que si nous devions passer un jour avec chacune de vingt-cinq mille personnes différentes, nos vies seraient terminées. Cela indiquerait la limite de notre capacité personnelle à consacrer du temps à des personnes prises individuellement. Mais nous pouvons étendre notre action par d'autres moyens. Nous l'étendons aujourd'hui par la télévision. Depuis de nombreuses années, nous l'étendons par la radio. Nous pouvons l'étendre par l'imprimé et par tous les autres moyens de communication de masse, ainsi qu'en déléguant des responsabilités à d'autres personnes. Mais pour ce qui est des entretiens de personne à personne, dans cette Église comme hors d'elle, il y a une limite à laquelle un homme peut étendre son action — vérité que le beau-père de Moïse a découverte et exprimée il y a bien des siècles, et qui s'impose plus pressamment encore à notre époque, à mesure que l'Église et ses responsabilités croissent. ¶
L'activité des membres ¶
L'un des grands éléments de force de cette Église est l'activité de ses membres, le témoignage individuel et la responsabilité de chacun de ses membres, dans les collèges de la prêtrise et ailleurs. Et nous devons, bien entendu, déléguer l'autorité et la responsabilité. Le Seigneur l'a fait envers nous ; il nous a fait confiance ; et nous devons faire confiance de la même manière à nos frères et à nos semblables. Nous commettrons tous des erreurs, mais si le Seigneur, avec sa patience et sa sagesse, peut supporter si longtemps nos tâtonnements et nos défaillances, s'il peut se tenir là et regarder ses enfants œuvrer à leur propre salut, nous pouvons certainement nous permettre d'observer les uns les autres à l'œuvre, tandis que chacun de nous s'efforce d'œuvrer à son propre salut et de prendre en charge l'œuvre de l'Église dans son ensemble et le salut de son prochain. ¶
Je me souviens qu'il y a quelques mois, lorsque frère George Q. Morris fut appelé à présider la mission des États de l'Est, un des comités généraux de la M.I.A. donnait en son honneur une réunion d'adieu. Comme on lui remettait un livre à cette occasion, sœur Emily Bennett, je crois, qui faisait la remise, présenta quelques excuses parce qu'elle ne savait pas s'il possédait ou non ce livre en particulier dans sa bibliothèque, mais on le lui offrait quand même. Le président Clark, si mes souvenirs sont exacts, lui succéda et dit, quelque peu par plaisanterie (et pourtant, je crois, quelque peu sérieusement) : « Pourquoi n'avez-vous pas demandé à la Première Présidence si frère Morris avait ce livre dans sa bibliothèque ? Les autres, semble-t-il, n'hésitent pas à lui demander à peu près n'importe quoi. » ¶
Or la Première Présidence, et tous les autres frères, j'en suis sincèrement persuadé, sont tout disposés à faire ce qu'ils peuvent, dans toute la mesure de leur temps et de leurs forces, et certainement, quand les gens ont des questions et des problèmes, ils doivent se sentir libres de demander à quelqu'un les réponses. Un homme ne devrait pas porter avec lui une question sans réponse et la laisser le ronger de l'intérieur sans pouvoir demander la réponse. Mais je suis certain que, pour ce qui est de l'Église dans sa vaste étendue, les audiences individuelles avec la Première Présidence et avec les autres frères seront proportionnellement moins nombreuses. Et une responsabilité de plus en plus grande et de plus en plus large de la part de chacun de nous, jusqu'au plus jeune et au moins capable, doit être le mot d'ordre pour l'accomplissement des choses qui doivent être accomplies. ¶
Les raccourcis ¶
Je ne sais pas pourquoi le Seigneur se contente de nous laisser avancer par les moyens lents, ou du moins par les moyens apparemment lents par lesquels il nous semble parfois avancer. Mais le fait qu'il se contente de nous laisser avancer si lentement doit être significatif, et il se peut que certains des raccourcis qui sont parfois proposés ne seraient pas bons pour nous, individuellement ou en tant qu'Église. ¶
Je me rappelle qu'une personnalité d'une grande brillance nommée Lucifer avait à proposer des raccourcis très radicaux, et qu'ils furent rejetés par notre Père qui est aux cieux. ¶
Je me rappelle une autre histoire de raccourci, que mon habile collègue de Temple Square, frère Marion D. Hanks, m'a signalée il y a quelque temps. C'est un incident rapporté par le regretté juge Sutherland, de la Cour suprême des États-Unis. Il y a quelques années, il se rappelait un groupe d'hommes qui étaient montés au sommet de l'Arc de triomphe à Paris, et parmi eux un jeune homme très brillant élaborait des théories sur les diverses manières d'en descendre. Il y avait les escaliers, par lesquels ils pouvaient descendre péniblement et lentement, ou bien on pouvait sauter par-dessus le bord du monument et être ainsi en bas beaucoup plus tôt. Puis le jeune homme brillant se mit à démontrer sa théorie : il sauta par-dessus le bord, et le lendemain on l'enterrait. ¶
Je pense que certains des raccourcis proposés de nos jours dans le monde (et peut-être certains des raccourcis proposés parmi nous) sont peut-être de cette catégorie. Il sert apparemment les desseins de Dieu d'œuvrer par l'intermédiaire des hommes, tout imparfaits qu'ils soient. Il y a certainement bien des choses qu'il pourrait accomplir plus rapidement qu'en nous laissant les faire à notre manière tâtonnante et défaillante. Il pourrait certainement envoyer des armées d'anges accomplir les choses qu'il a placées sur nos épaules, s'il le voulait. Jésus a dit à sa propre génération que Dieu pouvait faire naître des pierres mêmes des enfants à Abraham. Je pense que tout cela ne peut nous mener qu'à une seule conclusion, qui est fondamentale dans cette Église : que le Seigneur nous laisse avancer comme nous avançons parce que son dessein et sa gloire sont de réaliser notre salut éternel et sans fin, notre immortalité et la vie éternelle ; et que s'il prenait certains de ces raccourcis, cela pourrait accomplir l'œuvre sans développer l'individu. ¶
« Nous, le peuple » ¶
Les hommes ne sont à leur meilleur et le plus efficaces que dans des conditions de coopération volontaire, et jamais dans des conditions de contrainte. Lorsque le président Smith a mentionné, plus tôt ce matin, la Constitution des États-Unis, la première ligne du préambule m'est venue à l'esprit : ¶
Nous, le peuple des États-Unis, afin de former une union plus parfaite, ¶
« Nous, le peuple » — ce n'était pas un édit venu de quelque haute tour ordonnant à une masse de gens de faire quelque chose sans égard à leurs propres désirs. « Nous, le peuple » faisons ceci. Les hommes sont le plus efficaces dans des conditions de coopération volontaire, et c'est l'un des grands piliers de force de cette Église. Le libre arbitre de l'homme est fondamental. Nous y sommes attachés, et son corollaire est notre propre initiative individuelle et notre libre coopération à une grande cause. ¶
Or je n'ai aucune inquiétude quant à la capacité de notre Père qui est aux cieux d'accomplir ses desseins sur la terre. Il pourrait faire naître des rochers mêmes des enfants à Abraham. Il pourrait envoyer des armées d'anges. Il pourrait prendre ces raccourcis et d'autres. Il pourrait sans aucun doute faire bien des choses beaucoup plus vite, mais il s'intéresse à nous, à notre initiative, à notre développement, à notre libre arbitre, à notre bonne volonté de coopérer les uns avec les autres et d'avancer vers ses desseins pour le salut de notre propre âme aussi bien que pour le bien de son œuvre sur la terre. ¶
Je prie pour que chacun de nous perçoive sa responsabilité dans le monde et dans l'Église, et pour que ceux d'entre nous qui ont la responsabilité d'une partie quelconque de l'œuvre apprennent à déléguer les détails selon les circonstances et à faire confiance à ces hommes, nos frères, et à ces femmes, nos sœurs, pour qu'ils fassent leur part afin de faire avancer les choses qui doivent être faites, et à éprouver un sens des responsabilités en ce qui concerne la poursuite de cette œuvre. ¶
J'aimerais vous laisser ma conviction quant à la véracité et à la destinée ultime des choses auxquelles nous sommes attachés dans cette Église, que nous acceptons avec sincérité comme l'Église de Jésus-Christ, et je le fais au nom du Seigneur Jésus-Christ. Amen. ¶