Discours de conférence
David O. McKay
Je suis sûr que chacun de ceux qui sont ici éprouve le désir de dire sincèrement dans son propre cœur : merci au Seigneur pour l'esprit de fraternité du Christ. Je suis accablé devant cette vaste assemblée. Je crois que c'est la plus grande réunion de la prêtrise jamais tenue dans l'histoire de l'Église. Nous sentons, même si c'est confusément, que la force de Sion est de « se revêtir de l'autorité de la prêtrise ». ¶
Je prie pour l'inspiration du Seigneur, et pour votre sympathie, tandis que je tente de dire quelque chose qui vous intéressera et vous sera utile, à vous, dirigeants de Sion. ¶
« Mauvaises intentions et desseins » ¶
L'une des déclarations les plus significatives de Doctrine et Alliances, l'une de celles qui portent en elles la preuve de l'inspiration du prophète Joseph Smith, se trouve dans la section 89 de Doctrine et Alliances : ¶
En conséquence des mauvaises intentions et des desseins qui existent et existeront dans les derniers jours dans le cœur des conspirateurs, je vous ai avertis et je vous préviens en vous donnant par révélation cette parole de sagesse . . . (D. & A. 89:4.) ¶
Les méthodes des intérêts du tabac ¶
« Les mauvaises intentions et les desseins qui existent et existeront dans le cœur des conspirateurs. . . . » La portée de cela m'a frappé dans les années vingt et trente de ce siècle. Je vous demande simplement, ce soir, mes frères, de vous rappeler les méthodes employées par certains intérêts du tabac pour amener les femmes à fumer des cigarettes. ¶
Vous vous rappelez avec quelle insidiosité ils ont lancé leur plan. D'abord, en disant que cela ferait maigrir. Ils avaient un slogan : « Prenez une cigarette au lieu d'une friandise. » ¶
Plus tard, certains d'entre nous qui aiment le théâtre ont remarqué qu'ils faisaient allumer la cigarette du monsieur par une jeune dame. Ensuite, on montrait sur les panneaux d'affichage la main d'une femme allumant ou prenant une cigarette. Une année ou deux passèrent et bientôt ils eurent l'effronterie de montrer la dame à l'écran ou sur le panneau d'affichage en train de fumer la cigarette. ¶
Je trouve ici une coupure de presse que j'ai mise de côté au début des années trente, qui corrobore cette idée. Nous sommes en 1931 : ¶
On sait bien que les fabricants de cigarettes s'en prennent maintenant aux jeunes femmes et aux jeunes filles. Ils disent qu'il y en a vingt-cinq millions aux États-Unis, et que s'ils peuvent y populariser le tabagisme, ils pourront faire passer leurs ventes de trois milliards six cents millions de dollars par an à six milliards de dollars. C'est leur prétention et leur but. ¶
La publicité pour les cigarettes ¶
Or, il est courant de voir de belles jeunes femmes représentées sur les panneaux d'affichage, et dans les revues populaires, en train de faire la publicité de certaines marques de cigarettes. « L'an dernier, trois des grands fabricants de cigarettes, nous dit-on, ont dépensé cinquante-quatre millions de dollars pour faire la publicité de leurs produits. C'est probablement une dépense plus importante que celle jamais consacrée à populariser quelque sorte de marchandise que ce soit. ¶
« Il n'y a guère de mur aveugle dans le pays ni de bord de voie ferrée qui échappe aux affiches de cigarettes. Le revenu d'un seul panneau d'affichage de Broadway, à New York, couvrant la façade d'un immeuble, dépasserait, dit-on, le loyer de l'immeuble lui-même. ¶
« La radio est devenue l'un des moyens les plus efficaces de faire la publicité des cigarettes. On présente des émissions attrayantes, non dans le but de divertir la jeunesse, mais dans le but de l'attirer et de l'encourager à tendre la main vers une cigarette. ¶
« Les parents s'y soumettent docilement et le déplorent plus tard quand leurs enfants sont des fumeurs invétérés sans espoir. » ¶
Je me trompe peut-être, mais il m'a semblé voir récemment un indice que des conspirateurs ont maintenant des desseins mauvais sur notre jeunesse. Gardez les yeux et les oreilles ouverts pour observer s'ils ne prennent pas maintenant les mêmes mesures pour s'emparer de nos jeunes hommes qu'ils ont prises pour attirer les femmes à faire usage de cette plante infecte. Vous savez que : ¶
Le péché est un monstre d'une mine si hideuse Qu'il suffit de le voir pour le haïr, Mais, vu trop souvent, familiarisés avec son visage, Nous l'endurons d'abord, puis le plaignons, puis l'embrassons. ¶
La confiance dans la jeunesse ¶
De crainte que vous ne pensiez, d'après ce que je vais dire en donnant quelques statistiques, que je perds confiance dans la jeunesse, je tiens à dire ici que ma confiance en elle est inébranlable. Chaque semaine, je siège avec mes frères et j'entends de vous, évêques, des recommandations de jeunes hommes et de jeunes femmes pour partir en mission. Bien qu'il y en ait certains que nous pensons que vous n'auriez pas dû recommander, la grande majorité de ces jeunes hommes et de ces jeunes femmes sont les plus nobles du pays. Ils ne sont pas des intoxiqués ; ils ne recherchent pas les mauvaises voies ; ils ont de hauts idéaux. ¶
Les jeunes hommes, même les garçons de l'École du Dimanche, en particulier ceux des collèges des diacres, des instructeurs et des prêtres, et les filles de l'âge correspondant, font honneur à leurs parents, font honneur à l'Église. À titre d'illustration, dans l'Uintah, récemment, j'ai eu le privilège de dédier trois édifices de l'Église. J'ai appris par le président du pieu que beaucoup de gens avaient « donné tout ce qu'ils avaient ». ¶
Exemples de dévouement ¶
J'ai entendu cette expression ailleurs, et j'ai d'abord pensé qu'elle n'était qu'une expression exagérée de dévouement. Mais quand j'ai appris, à cette occasion, l'histoire d'une veuve qui avait donné tout ce qu'elle pouvait possiblement donner — d'autres, dont chacun avait vendu sa dernière vache, et d'autres qui avaient pris l'argent des impôts qui avait été mis de côté, alors j'ai commencé à comprendre qu'il y avait quelque chose dans cette expression. Et le tout a atteint son point culminant avec l'incident suivant. ¶
La paroisse faisait tous les efforts pour achever le bâtiment de l'Église, mais il n'était pas payé. Il fallait plus d'argent. Je ne suis pas sûr que le père de ce jeune garçon soit dans l'Église. Je pense que oui, mais il ne voulait pas contribuer, et je dois imaginer le dévouement de sa mère. Mais ce jeune garçon, d'environ quatorze ans, avait économisé de l'argent en cirant des chaussures, en lavant des automobiles, en faisant de menus travaux, et avait mis de côté cent cinquante-neuf dollars. ¶
Il avait entendu parler d'un récent appel à de nouvelles contributions et dit au président du pieu, qui était le caissier de la banque : « J'ai besoin des neuf dollars, mais je voudrais que vous preniez les cent cinquante et que vous les donniez à l'évêque pour aider à payer le coût de ce bâtiment de l'Église. » ¶
« Mais, dit le président, vous ne pouvez pas vous le permettre. » ¶
« Si, je le peux. » ¶
Il donna ses cent cinquante dollars en contribution. Plusieurs mois passèrent et la paroisse eut besoin de plus d'argent, et ce jeune garçon, sur ses maigres économies, donna un total de deux cent vingt-cinq dollars. ¶
Tout un groupe de la moindre prêtrise, se relayant par équipes, transporta chaque brique d'un vieux bâtiment de l'Église jusqu'au nouveau. ¶
Eh bien, je pourrais multiplier les exemples du dévouement de la jeunesse, aussi n'ai-je pas perdu confiance en elle, mais nous ne devons pas fermer les yeux sur les loups qui approchent et voudraient ravager le troupeau. Nous ne devons pas fermer les yeux sur le fait qu'il y a des conspirateurs qui voudraient souiller de jeunes garçons, et des filles de l'âge correspondant, pour accroître leurs profits. J'ai ces choses à l'esprit tandis que je vous lis les statistiques suivantes : ¶
Un vice à fuir ¶
Je pense que le tabac est un vice qui devrait être fui comme la morsure d'un serpent à sonnettes. En disant cela, je n'ignore pas que, bien qu'il semble y avoir de jeunes hommes qui peuvent utiliser le tabac sans grand dommage, il y en a beaucoup d'autres qui sont empoisonnés, dont le caractère est affaibli et la santé sapée par les ingrédients de la cigarette. Le Seigneur a dit que le tabac n'est pas bon pour l'homme. Cela devrait suffire aux Saints des Derniers Jours. ¶
Trop de nos garçons touchent aux cigarettes. Je n'aime pas entendre des émissions de tabac à la radio. Les jeunes disent : « Eh bien, ce sont les meilleures que nous ayons. » Bien sûr qu'elles le sont, parce que les intérêts du tabac peuvent payer les plus hauts salaires et s'assurer les meilleurs acteurs et chanteurs pour servir leurs « desseins » mauvais. ¶
Rapport sur la délinquance ¶
J'ai eu la faveur récemment, comme je vous l'ai déjà dit une fois, de recevoir un rapport mensuel sur les jeunes gens qui sont arrêtés dans le comté de Salt Lake. Notez d'après ce qui suit combien de délinquants sont des consommateurs de tabac : ¶
En janvier, il y en a eu 94 dont on a relevé les empreintes digitales. Quatre-vingts d'entre eux étaient des consommateurs de tabac, et soixante-huit consommaient de l'alcool. Vingt-deux d'entre eux appartenaient à notre Église ; trente aux catholiques, vingt-sept aux protestants, et quinze à aucune religion. Il y avait parmi eux cinq diacres, trois prêtres et cinq anciens. ¶
En février, il y en eut soixante et onze dont on releva les empreintes. Cinquante-six consommaient du tabac et cinquante et un buvaient de l'alcool. ¶
En mars, quatre-vingt-huit. Soixante-dix-huit consommateurs de tabac, et soixante-quatorze buveurs. ¶
En avril, il y en eut cent quatre. Quatre-vingt-sept consommaient du tabac, quatre-vingt-six de l'alcool. ¶
En mai, quatre-vingt-treize. Soixante-quinze de tabac, soixante-sept d'alcool. ¶
En juin, quatre-vingt-quatorze. Quatre-vingt-douze consommateurs de tabac, quatre-vingt-six de whisky. ¶
En juillet, cent six. Quatre-vingt-quatorze consommateurs de tabac, quatre-vingt-huit d'alcool. ¶
Sur les six cent cinquante, cinq cent soixante-deux consommaient du tabac, cinq cent vingt buvaient de l'alcool. ¶
Le tabac et le cancer du poumon ¶
Est venu récemment dans cette ville un monsieur qui se spécialise dans le cancer, le docteur E. L. Winder, département de chirurgie, faculté de médecine de l'Université Washington, St. Louis, Missouri. Il est rattaché à la Fondation nationale du cancer et est l'un des hommes les plus éminents du pays dans le traitement du cancer. Il a passé quelques jours ici, à Salt Lake City, la semaine du 29 août. ¶
Il est venu au laboratoire où travaille le docteur George R. Hill, fils, parce que l'entreprise qui l'emploie avait publié un article sur la teneur en arsenic de la fumée de tabac. Ce monsieur a déclaré qu'il était venu dans l'Utah pour faire une étude du cancer du poumon parce qu'il avait entendu dire que la consommation de cigarettes est sensiblement plus basse dans l'Utah que dans tout autre État, « parce que les mormons ne fument pas ». Il rapporte que le cancer du poumon, pratiquement inconnu il y a cent ans, et ne se produisant que rarement en 1912, emporte aujourd'hui plus d'hommes que tout autre type de cancer. Plus de vingt pour cent des cancers attribués aux hommes sont des cancers du poumon. Ils se sont efforcés de découvrir pourquoi cette augmentation du cancer du poumon, et ont trouvé la réponse — la consommation de cigarettes, de manière définitive et sans équivoque. ¶
Il a personnellement examiné plus de cinq cents cas de cancer du poumon et dit que, dans tous les cas sauf quatre, ces hommes fumaient des cigarettes, d'un à deux paquets par jour, depuis quelque vingt à trente ans. Et il ajoute : « Ce pourcentage est bien trop grand pour être sans signification. » ¶
Il dit que le patient moyen atteint d'un cancer du poumon meurt à cinquante-deux ans, et que le cancer du poumon moyen ne dure que treize mois avant de se révéler fatal. ¶
Il a interrogé onze ou douze mormons qui s'appellent eux-mêmes « Jack-Mormons », atteints d'un cancer du poumon, et a trouvé que, dans tous les cas sauf un, celui d'un homme de soixante-quatorze ans, c'étaient de gros fumeurs. ¶
Le docteur Hill lui a demandé s'il avait trouvé des cas semblables parmi les femmes. Le docteur a répondu : « Non, mais je m'attends à une très grande augmentation des cancers du poumon chez les femmes au cours des dix ou quinze prochaines années. » ¶
L'alcool en augmentation ¶
La consommation d'alcool augmente. Dans le comté de Salt Lake, nous avons des rapports de sept de ces magasins d'alcool. Du 1er au 5 juin 1948, un magasin cette semaine-là — notez qu'il n'y a que quatre jours environ — a vendu pour 62 381 dollars. La semaine correspondante de cette année, 72 000 dollars. Du 14 au 19 juin, 65 900 dollars, pratiquement 66 000 dollars. Et cette année, la semaine correspondante, 78 900 dollars, soit 79 000 dollars. L'augmentation de la première semaine a été de 9 700 dollars, de la deuxième de 13 000 dollars, de la quatrième de 4 000 dollars, de la cinquième de 3 000 dollars, de la sixième de 12 000 dollars, de la septième de 19 000 dollars, de la huitième de 13 000 dollars, et en août de 10 000 dollars. ¶
« En conséquence des mauvaises intentions et des desseins qui existent et existeront dans le cœur des conspirateurs, je vous ai avertis et je vous préviens . . . » ¶
Or, nous ne voulons pas condamner les malheureux, mais nous voulons avertir nos garçons et nos filles contre ces maux. Nous ne devons pas fermer les yeux sur le fait que tout ce tabagisme et toute cette consommation d'alcool ne sont pas le fait de ceux qui ne sont pas membres de l'Église. Même si nous n'avons qu'un faible pourcentage, il vaut la peine que nous soyons sur nos gardes et que nous essayions de sauver nos garçons et nos filles de ces maux. ¶
Les résultats de l'alcoolisme ¶
Un jeune homme qui, adonné à la boisson, devint alcoolique et finit par se donner la mort dans un hôtel de New York, laissa son dernier testament ainsi rédigé : ¶
Je laisse à la société un caractère ruiné. Je laisse à mes parents autant de misère qu'ils peuvent en supporter. Je laisse à mes frères et sœurs le souvenir d'une vie gâchée. Je laisse à ma femme un cœur brisé. Je laisse à mes enfants le souvenir du nom d'un ivrogne. ¶
James L. Gordon, qui cite ceci, dit que cela devrait être gravé dans la mémoire de tout jeune qui est enclin à se dire : « Je peux boire et je peux m'en passer. » ¶
Nos obligations envers la jeunesse ¶
Certaines de nos filles insensées, ici en ville en particulier, deviennent dépendantes de la nicotine. Nous devrions les avertir, œuvrer auprès d'elles, ne pas les chasser de chez nous, les amener dans nos Associations d'amélioration mutuelle, nos Écoles du Dimanche et nos soirées sociales où elles pourront se mêler à ceux qui chérissent de plus hauts idéaux. Je tiens à vous dire, mes frères, que nous ne pouvons pas impunément rester les bras croisés et nous contenter de voir le meilleur de nos garçons et de nos filles venir aux réunions des auxiliaires et de la prêtrise et laisser les autres sans visite. ¶
Si les parents échouent à guider la jeunesse, alors c'est le devoir des instructeurs de paroisse, des collèges de la prêtrise et des instructeurs des auxiliaires de suppléer dans la vie de ces enfants l'amour qu'ils perdent peut-être à cause de foyers brisés. ¶
La fréquence du divorce ¶
Si j'avais le temps de vous donner le nombre de ces jeunes dont on a relevé les empreintes digitales et qui viennent de foyers brisés, vous verriez où se trouve l'une des sources de ce mal. Les divorces sont tout à fait trop courants dans notre Église. J'espère que viendra bientôt le temps où aucun divorce ne sera accordé, aucun scellement annulé, à moins que ce couple ne vienne d'abord trouver un membre de la prêtrise, du pieu ou de la paroisse, et ne fasse de son mieux pour éviter une séparation. ¶
Les normes des militaires ¶
Maintenant, je conclus par une référence aux normes de nos garçons pendant la guerre. Beaucoup d'entre eux, dans des conditions difficiles, se sont montrés assez forts pour résister aux tentations. Aujourd'hui même, un soldat de retour est venu et m'a mis ceci entre les mains en disant : « J'ai recueilli ceci outre-mer pendant les années de guerre. » ¶
Quoi que vous fassiez d'autre, ¶
Depuis le berceau jusqu'à la fin ; Vous écrivez l'histoire secrète de votre vie, ¶
Chaque nuit voit une autre page rédigée. Chaque mois clôt un chapitre de trente pages. ¶
Chaque année, la fin d'une partie ; Et jamais un acte n'est mal rapporté, ¶
Ni même un souhait du cœur. Chaque matin, à votre réveil, le livre s'ouvre, ¶
Révélant une page nette et blanche ; Quelles pensées, quelles paroles et quels actes, ¶
En couvriront la surface avant la nuit ! Dieu vous laisse cela, vous êtes l'écrivain, ¶
Et pas un mot ne s'estompera ; Jusqu'au jour où vous écrirez le mot « fin » ¶
Et rendrez à Lui le livre de votre vie. ¶
Que Dieu nous aide, en tant que détenteurs de la prêtrise, à garder pures et blanches la vie de nos garçons et de nos filles, afin qu'ils reviennent, avec nous, en la présence de notre Père céleste, dignes de l'accueil : « C'est bien, bons et fidèles serviteurs », je le demande au nom de Jésus-Christ. Amen. ¶