Pulpit

Discours de conférence

Albert E. Bowen

1947 April General Conference·Third Day Morning Session·1947-04-06

Sermon « Church of the Air »

Amis de la Church of the Air,

Le récit de l'événement transcendant qui marque ce jour et lui vaut de compter parmi les premiers des jours commémoratifs est bref et simple.

Le récit de la résurrection

Jésus de Nazareth, qui s'était proclamé Fils de Dieu, avait été crucifié et son corps cruellement torturé mis au tombeau dans un sépulcre emprunté. À l'aube du troisième jour, « à la fin du sabbat », des femmes dévouées y retournèrent pour accomplir certains offices inachevés envers les morts. Elles trouvèrent le tombeau vide, et son linceul plié à part. Leur trouble fut apaisé par un messager céleste qui, leur annonçant qu'il savait qu'elles étaient venues chercher Jésus, les reprit doucement en leur demandant :

. . . Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant ?

Il n'est pas ici, mais il est ressuscité. Souvenez-vous de quelle manière il vous a parlé, lorsqu'il était encore en Galilée,

et qu'il disait : Il faut que le Fils de l'homme soit livré entre les mains des pécheurs, qu'il soit crucifié et qu'il ressuscite le troisième jour.

Et elles se souvinrent des paroles de Jésus. (Luc 24:5-8.)

Le récit n'ajoute que peu de chose à cette histoire qui a marqué une époque, si ce n'est que le Seigneur ressuscité se fit reconnaître de Marie, l'une des femmes ; puis, en diverses occasions, de ses disciples intimes, et finalement d'un nombre considérable de personnes lorsqu'il prit congé d'eux ici-bas.

Selon le décompte communément admis, tout cela s'est produit il y a plus de dix-neuf cents ans, mais ce simple récit, largement répandu et accrédité par des millions de personnes, a persisté sans interruption à travers tous les siècles qui se sont écoulés depuis. Aujourd'hui, témoignant de la profondeur avec laquelle il a pénétré le cours de leur vie et de l'étendue considérable de son emprise, des gens, sur toute cette vaste partie de la terre que l'on appelle le monde chrétien, afflueront en foule vers leurs églises, ou l'ont déjà fait, pour rendre hommage à celui qui a couronné son ministère terrestre de miséricorde et de rédemption par son triomphe sur la mort, donnant l'assurance de l'indestructibilité de la vie et de sa perpétuation au-delà de la tombe pour toute la race des hommes. Voilà le sens et le message du tombeau vide.

Les réalisations de Jésus tout au long de sa vie

Mais l'histoire comprend davantage qu'un simple récit de l'incident de la résurrection. Celui-ci, pris isolément, n'aurait probablement pas pu prévaloir contre l'opposition soulevée à son encontre. Il devait être associé à la vie, aux œuvres et aux enseignements de celui dont le corps sortit du sépulcre couvert de pierre et gardé par des sentinelles. Ni la vie seule, ni les enseignements seuls n'auraient suffi. Ils devaient être couronnés par la sanction de l'immortalité issue de la victoire sur la tombe. Tout cela — la vie, les enseignements, la mort et la résurrection — est indissociablement lié en un tout, et ne saurait être considéré comme des parties séparables.

L'intégrité de ce récit unifié se trouve immensément fortifiée par les événements ultérieurs, car il a profondément changé le cours de l'histoire du monde et a été l'influence déterminante qui a longtemps assuré la prédominance de l'homme occidental parmi les peuples de cette terre.

Il est clair que cette conséquence phénoménale n'était pas attribuable au rang mondain ni à la fortune terrestre de Jésus. Il n'avait ni l'un ni l'autre. Je ne souhaite pas, cependant, m'attarder sur les circonstances humbles de sa naissance ni sur la condition modeste de sa vie. Tout cela a été, de tout temps, le sujet de discours éloquents.

Je tiens cependant à souligner que la vie de Jésus n'a été vécue ni sa doctrine proclamée parmi un peuple obscurantiste ou naïvement crédule. Il a vécu et œuvré au milieu, et, après sa mort, ses disciples portèrent son message à des peuples qui s'enorgueillissaient d'une civilisation vieille de deux mille ans. La bannière de Rome s'étendait sur toutes les terres baignées par les eaux de la Méditerranée. Là convergeaient le savoir des anciens ; les lois et les croyances théistes d'Israël avec sa noble littérature et les messages majestueux des prophètes hébreux ; l'art, la littérature, la poésie et la musique de la Grèce ; les fruits du génie organisationnel et gouvernemental de Rome. C'est là, au cœur de la culture mondiale, que le christianisme est né. C'est là, parmi les peuples qui avaient créé cette culture, que l'Église trouva ses premiers adhérents et enfonça ses racines profondes. C'est là qu'elle conquit sa place et se fit accepter comme le culte de la majorité du peuple de l'empire qui l'avait naguère persécutée, et qu'elle se répandit sur toutes les nations du monde occidental, les marquant du nom même du Christ. Dès lors, elle a influencé et façonné le cours des nations, leur fournissant, jusqu'à ce jour, leurs idéaux les plus nobles, leurs meilleures normes d'évaluation du comportement selon lesquelles la conduite est louée comme étant juste ou condamnée comme étant mauvaise, introduisant le concept de la fraternité humaine et de la valeur et de la dignité individuelles de l'homme. L'histoire n'offre aucun parallèle à la puissance et à l'influence de Jésus-Christ. Dans toutes les réalisations des dix-neuf siècles écoulés depuis sa mort, rien n'est venu contester cette prééminence. En ce jour merveilleux où l'étude des forces physiques semble avoir porté notre connaissance de celles-ci presque à son sommet, il n'y a, dans tout notre savoir, physique ou métaphysique, mystique ou philosophique, rien qui saisisse le cœur des hommes comme ils ont été saisis par la puissance irrésistible de l'Homme de Galilée. « D'où cet homme tient-il ce pouvoir ? »

La spiritualité mise en avant dans les enseignements de Jésus

Dans tous ses enseignements, Jésus mettait l'accent sur la suprématie de l'esprit. Le message qu'il confia à ses disciples était un message spirituel, dont la puissance était inhérente à lui-même et ne provenait d'aucune source matérialiste ni ne dépendait du caprice de la faveur humaine.

Voilà le secret de sa conquête. Il vint enseigner non pas un simple code d'éthique, mais une religion.

C'est ce qu'il chargea ses disciples de répandre partout. Sa consigne fut :

Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit,

et enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit. . . . (Matthieu 28:19, 20.)

La réalité et l'autorité directrice de Dieu, il en fit le thème central de tout son enseignement, déclarant qu'il était venu du Père, vers qui il retournerait, et dont il n'était venu faire que la seule volonté. Il priait avec ferveur le Père et enseignait à ses disciples à en faire autant. C'est à ceux qui croient au Père qu'il promit la vie éternelle. Les dernières paroles qu'il prononça en mourant sur la croix furent : « Père, je remets mon esprit entre tes mains. » (Luc 23:46.) Est implicite dans tout cela la doctrine selon laquelle il vécut prémortellement auprès de Dieu et est son Fils. Il distingua également l'homme en tant qu'être éternel, enfant de Dieu, le mettant ainsi en relation directe avec le Père et le Fils. Rien d'autre ne dignifie autant l'homme ni ne stabilise autant son comportement, une fois que son âme est pénétrée de cette conviction.

Ce concept, fondamental dans la religion chrétienne, façonna le processus de pensée des hommes et s'exprima non seulement dans leurs formes de culte, mais aussi dans les affaires séculières de leur vie et jusque dans les structures mêmes des gouvernements civils. Il est au fondement de toute la civilisation et de la culture des nations chrétiennes du monde.

L'état actuel de désordre du monde

Où en est cette civilisation, si nous prenons un moment pour l'évaluer en ce jour de Pâques ?

Elle est malade, terriblement malade, le monde entier l'est, et chacun le sait. La haine, la suspicion, l'envie, la convoitise et la soif de pouvoir parcourent la terre, maintenant le globe entier dans le tumulte. Saisies par la peur, les nations se figent dans la terreur. La civilisation chrétienne a subi un tragique effondrement moral. Nul esprit réfléchi ne le conteste. Mais il est fort douteux que nous ayons correctement diagnostiqué le mal. Il semble plutôt que nous nous attardions sur les symptômes tandis que les causes profondes de la maladie sont laissées libres de prospérer et de se propager, et que nous administrons des palliatifs au lieu de remèdes.

Communément, nous attribuons nos maux à la guerre. C'est une explication si facile à portée de main. La guerre est de toute façon hideuse, et source d'un mal si grand qu'il est aisé de lui attribuer seule la responsabilité de toutes nos afflictions. Mais il est clair que la guerre n'est pas la cause profonde de nos désordres. Elle n'en est qu'un symptôme, la preuve d'un mal fondamental qui l'a produite. Si la guerre en avait été la cause, alors la cause aurait été supprimée lorsque les combats ont cessé, et il ne nous serait resté qu'à nous remettre du mal. Ce n'est pas ce qui s'est passé. Nous semblons aujourd'hui plus éloignés de la paix que lorsque la bataille faisait rage. La pression du conflit possédait un certain pouvoir de cohésion et d'unification qui fait maintenant défaut. Bien des petites nations semblent seulement avoir changé de maîtres, et leur sort ne s'en trouve pas amélioré. Elles semblent avoir perdu toute perspective immédiate de maîtriser leur propre destinée. La guerre est à juste titre reconnue comme un fléau destructeur, et il existe un désir fiévreux d'empêcher qu'elle ne se reproduise. Mais la guerre naît de causes antérieures, et le seul moyen de la prévenir est de supprimer ces causes.

Des influences destructrices à l'œuvre

La vérité, c'est que notre problème est un problème spirituel, et à moins qu'il ne soit résolu, notre civilisation est perdue. Le remède ne réside pas, comme tant de gens l'imaginent avec complaisance, entièrement dans la reconstruction technique et économique. J'ai déjà dit que la civilisation de la Chrétienté est fondée sur la croyance en Dieu. Vous détruirez cette civilisation si vous laissez périr son fondement. Pour vivre, elle a besoin d'être constamment nourrie à sa source. La jeunesse nazie fut complètement coupée des pratiques chrétiennes qui avaient été le fondement de la vie de l'homme pendant des siècles. On lui enseigna à renier les enseignements du Christ ; il en fut de même pour la jeunesse fasciste. Vous connaissez le résultat, et il ne fut pas bon. Malheureusement, l'érosion de la foi chrétienne ne s'est pas limitée au nazisme, ni aux territoires sous contrôle fasciste, ni aux révolutionnaires bolcheviques. Il est vrai que les mêmes méthodes n'ont pas été employées dans la plupart des régions de la Chrétienté, mais des influences destructrices n'en ont pas moins été à l'œuvre, et depuis longtemps, dans tout le monde chrétien.

Jésus est réduit, de sa divinité, au statut d'un simple moraliste, et ses enseignements, d'une religion, à un code d'idéaux estimables sans force contraignante. Le credo humaniste centré sur l'homme, par lequel on cherche à supplanter la religion chrétienne centrée sur Dieu, est ainsi formulé par l'un des grands esprits du monde de la pensée éducative.

Le cosmos dans son ensemble, d'où émerge la vie humaine, ne donne aucune preuve d'être, ou de vouloir être, intelligent. L'esprit humain est seul dans un univers par ailleurs non humain, non spirituel. Tout ce qu'il possède, ou pourra jamais posséder, de sensibilité, de sagesse, de générosité, de liberté, de justice, il se l'est fait, et se le fera, lui-même (Alexander Meiklejohn, Education Between Two Worlds.)

Face à cet athéisme humaniste, je pose la confession d'un docteur en philosophie, professeur dans l'une de nos grandes universités, qui fut envoyé en Allemagne pour consigner les émotions et les réactions des accusés lors des procès de Nuremberg. Au fil de ce qu'il y vécut, et après avoir été témoin de la désolation de cette terre ravagée, il aurait dit :

J'étais l'un de ces esprits brillants qui, à l'université, se moquaient de l'idée de Dieu et qui aidaient leurs élèves à s'en moquer aussi. Mais maintenant que je me tiens en ce lieu de ruine totale et que je vois le jugement de Dieu qui s'est abattu sur cette ville, sur ce peuple, et qui écrase ces accusés, les dirigeants de l'Allemagne, je m'en retourne en Amérique pour crier de toute la force de ma voix : « Il est temps de nous retourner vers Dieu, de peur qu'un sort plus funeste encore ne nous frappe. »

L'état affaibli de la Chrétienté

On ne saurait oublier que la guerre dévastatrice qui vient de ravager la terre a éclaté au cœur même de ce qu'on appelle la Chrétienté. Nation chrétienne détruisant nation chrétienne. La déchéance laissée dans son sillage, l'effondrement tragique des mœurs, la désolation qui a tout calciné partout répandue, et le vacillement de tout l'ordre social parmi des peuples qui ont oublié Dieu, devraient nous enseigner des leçons d'humilité et nous faire comprendre que l'homme chétif, laissé à lui-même, debout au milieu de cette ruine universelle, « n'est pas plus capable de sauver le monde qu'il ne le fut de le créer au commencement. »

Il est facile de nier la divinité et de dire que l'homme doit se créer lui-même tout ce qu'il possède ou pourra jamais posséder. Des hommes peuvent professer accepter Jésus comme un grand maître de morale et ses doctrines comme constituant le meilleur code d'éthique que le monde ait connu. Mais ses enseignements éthiques et moraux tirent leur influence sur la vie des hommes de la majesté de l'autorité divine dont l'évangile du Christ les a investis. C'est là qu'ils ont leurs racines. Ils ne peuvent soutenir une civilisation s'ils sont coupés de leurs racines nourricières, pas plus que la fleur ne peut se conserver une fois cueillie de la tige qui la portait. Nous avons essayé de maintenir la foi en une éthique chrétienne sans la foi en la religion qui l'a produite. Cela ne se peut pas ! Certes, une civilisation et sa culture peuvent continuer un temps, d'une certaine manière, après avoir perdu la foi dans la puissance dont elles sont issues, portées par leur élan acquis. Mais si elle n'est pas nourrie à ses racines, elle finira par épuiser le surplus auquel elle puise. On ne peut pas plus continuer indéfiniment à puiser dans les réserves morales sans les reconstituer que l'on ne peut continuer à puiser dans un compte en banque sans le tenir à jour par de nouveaux dépôts. Depuis trop longtemps déjà, la civilisation de la Chrétienté vit sur les restes d'une foi abandonnée. Son état affaibli se manifeste dans le manque de direction morale qui caractérise notre époque. L'histoire enseigne que la décadence morale suit toujours le dépérissement de la croyance en Dieu.

Un comité composé des membres les plus éminents du clergé d'Angleterre, après une longue étude, a rapporté :

... un net recul de la franchise, de l'honnêteté personnelle, une propagation alarmante du relâchement sexuel et de la fièvre du jeu. Les magistrats ont exprimé leur inquiétude devant la montée de la délinquance juvénile. Les enseignants se plaignent de la difficulté d'inculquer à leurs jeunes élèves l'horreur du mensonge et du vol qu'ils copient de leurs aînés à la maison.

Le plus triste de tout, c'est que les vices les plus avilissants sont pratiqués sans honte ni remords. Mais ces choses, elles aussi, ne sont que les symptômes d'un mal qui ronge, profondément ancré dans l'âme des hommes. Le comité a constaté :

La dépravation est le symptôme certain d'une maladie spirituelle. L'idée de l'homme en tant que personne responsable risque de disparaître avec la perte de la croyance en un Dieu vivant.

Il vous suffit de lire notre propre presse pour savoir que les conditions dans notre pays se rapprochent étroitement de celles que déplore le clergé anglais. Si vous en doutez, lisez la rubrique du Los Angeles Times donnant la liste des crimes commis en une seule journée dans cette ville.

La foi des premiers disciples de Jésus

Il faut se rappeler que c'est la religion que Jésus a apportée — l'évangile — qui a triomphé de Rome contre des obstacles aussi écrasants. Les hommes qu'il choisit et laissa derrière lui pour le représenter, et qu'il chargea de répandre son évangile de par le monde, étaient des hommes humbles, sans pouvoir politique ni puissance armée. La seule ressource qu'ils possédaient était le message que le Maître leur avait laissé et leur avait ordonné de proclamer. Ils durent lutter à chaque pas contre la fureur déchaînée du plus puissant empire de la terre. Ils croyaient jusqu'au plus profond de leur âme à la vérité de ce qu'ils proclamaient. Leur force résidait dans leur foi inébranlable en le Dieu vivant et en la mission rédemptrice de Jésus-Christ.

Nos célébrations de ce jour de Pâques, même si nous nous sommes pressés en foule vers nos églises, seront vaines à moins que nous n'en revenions ranimés dans cette foi et fortifiés dans la volonté de la restaurer comme la puissance capable de sauver le monde.

Citer ce discoursAlbert E. Bowen, « Discours de conférence », 1947 April General Conference, Third Day Morning Session (1947-04-06). Pulpit Vault, 1947-04-albert-e-bowen-conference-address. Traduction de la présente édition, par méthode de glossaire, catalog.churchofjesuschrist.org.Pulpit Vault, édition du 23 septembre 2026 (commit 4bdc6ac627).