Discours de conférence
Harold B. Lee
Je prie sincèrement que l'Esprit du Seigneur guide mes quelques paroles et qu'elles soient en pleine harmonie avec tout ce qui a été dit en cette occasion. ¶
Nous avons une Écriture qui rapporte les paroles du Maître : ¶
... je suis venu afin que les brebis aient la vie et qu'elles soient dans l'abondance. (Jean 10:10.) ¶
Conceptions modernes de la vie abondante ¶
Cette Écriture a servi de texte à certaines philosophies économiques qui sont encore les nôtres aujourd'hui, et de ce texte est né un terme, « la vie abondante », que l'on a fréquemment employé pour désigner un état de plénitude, de suffisance ou de profusion des biens matériels de la vie. Mais si nous dépouillons ces philosophies de toutes leurs formules ronflantes et de leurs explications, nous pourrions les décrire en ces termes : « Donner toujours plus à un individu en échange de toujours moins de sa part. » ¶
En repensant à ma vie, je me souviens que ces philosophies n'ont pas commencé ces dernières années seulement. Quand je pense aux premières campagnes politiques dont j'ai entendu parler étant jeune garçon — et heureusement nous n'en entendions pas parler autant en ce temps-là qu'aujourd'hui — je me souviens que certains des slogans de l'époque ressemblaient beaucoup au genre de philosophie que nous avons aujourd'hui. Je me souviens que lors d'une campagne il y en avait un à peu près ainsi : « Nous ¶
défendons la gamelle pleine », et à une autre occasion : « Nous défendons un poulet dans chaque marmite », et plus tard encore : « Deux voitures dans chaque garage ». Je me souviens avoir feuilleté un magazine et vu la photo d'une famille dans une belle voiture décapotable, en route pour le cinéma, avec en dessous cette légende : « Voici le mode de vie américain. » Et plus récemment, nous avons une philosophie, ou un slogan : « Le plein emploi pour tous en Amérique et un litre de lait pour tous dans le monde. » ¶
Je vous rappelle ces formules, et vous, qui êtes plus âgés que moi, pourriez en ajouter d'autres du même genre, non pas pour les tourner en dérision, mais pour attirer votre attention sur le fait que dans ce pays, et peut-être dans d'autres, nous avons choisi comme idéaux ces avantages matériels, et nous les avons appelés le chemin vers la vie abondante. ¶
Commentant ces choses qui semblent avoir existé ici, en Amérique, le président de l'une de nos grandes universités américaines a dit ceci : ¶
Mais l'idéal de confort qui est le mieux que nous ayons su concevoir pour nous-mêmes ne saurait jamais servir de but à un ordre mondial. Les hommes ne peuvent jamais être assez à l'aise ; nous ne pouvons jamais avoir assez de biens matériels, si ce sont des biens matériels que nous voulons. Tout ordre mondial fondé sur cet idéal sera mis en pièces par les divisions auxquelles il conduit. ¶
Aussi longtemps que l'on suppose qu'il est du devoir de chacun de nous d'obtenir tout ce qu'il peut et de faire de l'idéal du confort le but de sa vie, nous pouvons nous attendre à un sort semblable pour cette nation, cette communauté ou cette famille qui bâtit sur un tel idéal. Elles seront certainement mises en pièces par les divisions auxquelles un tel idéal conduit. ¶
Je pense pouvoir affirmer sans crainte, et je crois que vous serez d'accord avec moi, que jamais, peut-être, dans l'histoire du monde, on n'a autant parlé de la vie abondante en dépensant si peu d'efforts pour obtenir les éléments essentiels qui la constituent. ¶
La déclaration du Maître ¶
Je voudrais vous lire la parabole qui précéda la déclaration du Maître sur ce texte auquel j'ai fait allusion. Voici ses paroles : ¶
En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui n'entre pas par la porte dans la bergerie, mais qui y monte par ailleurs, est un voleur et un brigand. [...] Jésus leur dit encore : En vérité, en vérité, je vous le dis, je suis la porte des brebis. [...] Je suis la porte. Si quelqu'un entre par moi, il sera sauvé ; il entrera et il sortira, et il trouvera des pâturages. (Jean 10:1, 7, 9.) ¶
Et il conclut sa leçon par cette déclaration : ¶
... je suis venu afin que les brebis aient la vie et qu'elles soient dans l'abondance. (Jean 10:10.) ¶
À ses disciples, en une autre occasion, il dit : ¶
... Je suis le chemin, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père que par moi. (Jean 14:6.) ¶
C'était le même message qu'il donna à Nicodème, qui lui demanda ce qu'il devait faire pour être sauvé, et à qui le Maître répondit : ¶
... En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît d'eau et d'Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu. (Jean 3:5.) ¶
Ceux qui cherchent la vie abondante par un autre chemin que celui que le Maître a tracé dans le plan de l'Évangile agissent, pour reprendre les propres mots du Maître, « comme un voleur et un brigand ». Mais la tragédie, c'est que celui qui vole de la sorte est aussi la victime de son propre larcin, et sa propre maison lui est laissée déserte au jour de son grand besoin spirituel. Un tel homme est donc bien pauvre en vérité, et il est semblable à l'homme dont parle le Maître dans son Sermon sur la montagne : celui qui bâtit sa maison sur le sable, et quand les orages viennent, que les vents soufflent et que les pluies tombent, sa maison s'écroule, parce qu'elle est fondée sur le sable. (Voir Matthieu 7:26-27.) ¶
Les Écritures tracent le chemin de la vie abondante ¶
Mais les Écritures nous ont indiqué, de manière indubitable, un chemin tracé pour vivre la vie abondante et pour s'y préparer. C'est l'apôtre Paul qui dit aux Hébreux : ¶
C'est pourquoi, laissant les éléments de la parole de Christ, tendons à ce qui est parfait. (Hébreux 6:1.) ¶
En expliquant ce que signifie le salut, le prophète Joseph déclara : ¶
Le salut n'est ni plus ni moins que de triompher de tous nos ennemis et de les mettre sous nos pieds. Et lorsque nous avons le pouvoir de mettre tous les ennemis sous nos pieds dans ce monde, et la connaissance pour triompher de tous les mauvais esprits dans le monde à venir, alors nous sommes sauvés. (Teachings of the Prophet Joseph Smith, p. 297.) ¶
Mais apparemment, à la lecture des Écritures, le Seigneur n'avait pas l'intention de donner à entendre qu'une plénitude de la vie abondante était accessible même dans cette vie, car nous le trouvons disant, dans une révélation au prophète Joseph Smith : ¶
C'est pourquoi, ne craignez pas, même pas la mort ; car votre joie n'est pas pleine en ce monde, mais elle l'est en moi. (D&C 101:36.) ¶
L'apôtre Pierre a réduit cet enseignement à une formule, un modèle, une manière de vivre. Voici ses paroles : ¶
à cause de cela même, faites tous vos efforts pour joindre à votre foi la vertu, à la vertu la science, à la science la tempérance, à la tempérance la patience, à la patience la piété, à la piété l'amour fraternel, à l'amour fraternel la charité. Car si ces choses sont en vous, et y sont avec abondance, elles ne vous laisseront point oisifs ni stériles pour la connaissance de notre Seigneur Jésus-Christ. Mais celui en qui ces choses ne sont point est aveugle, il ne voit pas de loin, et il a mis en oubli la purification de ses anciens péchés. C'est pourquoi, frères, appliquez-vous d'autant plus à affermir votre vocation et votre élection ; car, en faisant cela, vous ne broncherez jamais. C'est ainsi, en effet, que l'entrée dans le royaume éternel de ¶
notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ vous sera pleinement accordée. (II Pierre 1:5-11.) ¶
Quand je saisis toute la portée des paroles de l'apôtre Pierre, décrivant cette manière de vivre par laquelle nous pourrions obtenir cette abondance, ou, en d'autres termes, cette « entrée pleinement accordée » dans le royaume de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, je prends conscience que nous ne pouvons l'obtenir par des largesses spirituelles, pas plus que nous ne pouvons obtenir une vie abondante temporelle en recevant des largesses temporelles, car le Seigneur a déclaré : ¶
Ceux qui me disent : Seigneur, Seigneur ! n'entreront pas tous dans le royaume des cieux, mais celui-là seul qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux. (Matthieu 7:21.) ¶
Seul peut recevoir cette joie et cette vie abondante celui dont la vie est conforme aux normes établies dans l'Évangile de Jésus-Christ. Nous avons une splendide illustration que je voudrais porter à votre attention pour montrer comment cela peut être obtenu. ¶
La vie de Saul de Tarse ¶
Saul de Tarse était un homme vaillant et animé de conviction dans son effort pour éradiquer le christianisme, qu'il croyait être une secte souillant la parole de Dieu. Il alla jusqu'à garder les vêtements de ceux qui lapidèrent Étienne, et, ayant obtenu des lettres d'autorité, il était en route pour Damas afin d'y poursuivre son œuvre, et c'était environ midi : ¶
Comme il était en chemin et qu'il approchait de Damas, tout à coup une lumière venant du ciel resplendit autour de lui. Il tomba par terre et il entendit une voix qui lui disait : Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? Il répondit : Qui es-tu, Seigneur ? Et le Seigneur dit : Je suis Jésus que tu persécutes. Il te serait dur de regimber contre les aiguillons. Tremblant et saisi d'effroi, il dit : Seigneur, que veux-tu que je fasse ? Et le Seigneur lui dit : Lève-toi, entre dans la ville et on te dira ce que tu dois faire. (Actes 9:3-6.) ¶
Il alla trouver Ananias, un homme humble et de Dieu. Ananias lui enseigna le chemin vers la vie abondante. Il baptisa Paul, puis l'envoya vers les apôtres, où il reçut la charge qui devait faire de lui l'un des plus grands missionnaires parmi les Gentils, et nous le connaissons depuis lors sous le nom d'apôtre Paul. ¶
Les récompenses qui découlent d'une vie de sacrifice et de service sont également illustrées par un épisode de sa vie. Vous vous souvenez qu'il était alors prisonnier, en route pour Rome. Comme ils quittaient une île de la mer Méditerranée, il eut le pressentiment que tout n'irait pas bien, et à peine avaient-ils perdu la terre de vue qu'une violente tempête éclata, et pendant quatorze jours ce frêle navire fut ballotté ; et comme le disent les Écritures : ¶
Le soleil et les étoiles ne parurent pas pendant plusieurs jours, et la tempête était si forte que nous perdîmes enfin toute espérance d'être sauvés. (Actes 27:20.) ¶
C'est alors que l'apôtre Paul se retira dans un lieu à l'écart et pria, et voici les paroles consignées dans les Écritures qui décrivent son expérience : ¶
On n'avait pas mangé depuis longtemps. Alors Paul, se tenant au milieu d'eux, leur dit : [...] Maintenant je vous exhorte à prendre courage ; car aucun de vous ne périra et il n'y aura de perte que celle du navire. Un ange du Dieu à qui j'appartiens et que je sers m'est apparu cette nuit, et m'a dit : Paul, ne crains pas ; il faut que tu comparaisses devant César, et voici, Dieu t'a donné tous ceux qui naviguent avec toi. (Actes 27:21-24.) ¶
Puis l'apôtre Paul rassura ses compagnons de voyage par ce témoignage : ¶
C'est pourquoi, ô hommes, rassurez-vous, car j'ai cette confiance en Dieu qu'il en sera comme il m'a été dit. (Actes 27:25.) ¶
Nous pourrions y trouver illustrées les étapes essentielles vers la vie abondante dont a parlé le Maître. La première étape consiste à vivre le genre de vie qui nous permet de recevoir la lumière du ciel, et un témoignage que Jésus est une réalité vivante, et qu'il peut nous parler. Celui qui possède un tel témoignage dira alors, du fond de son cœur, comme le fit l'apôtre Paul : « Seigneur, que veux-tu que je fasse ? » ¶
Faire la volonté de Dieu ¶
Je me demande si vous voudrez bien y réfléchir, vous qui présidez dans les missions et dans les pieux de l'Église, dans les diverses organisations et les collèges de la prêtrise, nous qui siégeons dans les conseils dirigeants de l'Église, lorsque vient le moment de choisir un dirigeant ou de déterminer une politique pour le bien-être de Sion, comme il serait bon que nous disions toujours, nous qui avons ce témoignage de Jésus : « Père céleste, que veux-tu que je fasse ? » Et si nous nous en souvenions, en tant que pères et mères face à un enfant rebelle, si nous nous en souvenions lorsque nous jugeons le pécheur, dans toutes nos affaires, et le jeune homme dans ses amours ! Puissions-nous, qui avons ce témoignage, nous souvenir de cette leçon de l'apôtre Paul et crier du fond de notre cœur vers notre Père : « Seigneur, que veux-tu que je fasse ? » ¶
Et si nous prions avec une réelle sincérité et une réelle foi, il nous reviendra, tiré des Écritures, la réponse à cette prière. La réponse est venue, répétée maintes et maintes fois, que tout ce que nous faisons devrait l'être « d'un œil unique, tourné vers la gloire de Dieu ». Qu'est-ce que la gloire de Dieu ? Le Seigneur dit à Moïse : ¶
... Car voici mon œuvre et ma gloire : réaliser l'immortalité et la vie éternelle de l'homme. (Perle de Grand Prix, Moïse 1:39.) ¶
Ce but toujours présent devant nous, voyant chaque acte de notre vie, chaque décision que nous prenons, comme façonnant le développement d'une vie qui nous permettra d'entrer en la présence du Seigneur notre Père céleste — obtenir cela, c'est obtenir la vie éternelle — combien plus de sagesse y aurait-il dans les nombreuses choses de la vie. Ne pouvez-vous pas ¶
le voir, mères, si c'est votre responsabilité, et que vous la ressentez, telle que le Seigneur vous l'a confiée, d'enseigner à vos petits enfants qu'il y a un Père céleste et que la vie a un but, et que ce but est de se préparer à retourner en sa présence en un jour qui n'est pas loin ; alors, lorsque cet enfant, ainsi rempli de foi grâce à un tel enseignement maternel, en vient à faire un choix parmi les matières scolaires — sera-ce un cours d'économie domestique, ou une carrière dans les arts de la scène — je me demande si cet enfant ne saura pas bien choisir en une telle question. ¶
S'il devait survenir un problème quant au genre de commerce dans lequel un homme devrait s'engager, s'il devait investir dans telle affaire ou dans telle autre, s'il devait épouser telle jeune fille ou telle autre, où il devrait se marier, et comment il devrait se marier, lorsqu'il s'agit de poursuivre l'œuvre à laquelle nous sommes assignés, combien plus sûrement ces décisions seraient-elles prises si nous nous rappelions toujours que tout ce que nous faisons, et les décisions que nous prenons, devraient l'être en ayant ce but éternel à l'esprit, d'un œil unique tourné vers la gloire ultime de l'homme dans le monde céleste. ¶
La direction divine à notre portée ¶
Si tous nos mobiles égoïstes, tous nos désirs personnels et toute considération d'opportunité étaient subordonnés au désir de connaître la volonté du Seigneur, on pourrait avoir la compagnie de la vision céleste. Si vos problèmes sont trop grands pour l'intelligence humaine ou trop lourds pour la force humaine, vous aussi, si vous êtes fidèles et si vous faites appel comme il se doit à la source du pouvoir divin, pourriez avoir à vos côtés, à l'heure du péril ou du grand besoin, un ange de Dieu, à qui vous appartenez et que vous servez. Celui qui vit ainsi, digne d'un témoignage que Dieu vit et que Jésus est le Christ, et qui est disposé à se tourner vers lui dans une constante recherche pour savoir si sa conduite est approuvée, est celui qui vit ici-bas la vie dans sa pleine abondance, et se prépare pour le monde céleste, c'est-à-dire à vivre éternellement avec son Père céleste. ¶
Je vous rends mon humble témoignage, comme l'un des plus humbles parmi vous : je sais qu'il existe des pouvoirs qui peuvent rapprocher de lui celui qui remplit son cœur du genre d'amour dont le président Richards a parlé si magnifiquement cet après-midi. Je suis parvenu, une nuit, il y a quelques années, alors que j'étais couché, à réaliser que, pour être digne de la haute charge à laquelle j'avais été appelé, je devais aimer et pardonner à toute âme qui marchait sur la terre ; et à ce moment-là, j'ai connu, et j'ai reçu une paix, une direction, un réconfort et une inspiration qui m'ont annoncé des choses à venir et m'ont donné des impressions que je savais provenir d'une source divine. Je sais que ces choses sont vraies, que Dieu vit, que Jésus est le Christ, et que chacun de nous peut vivre la vie abondante en se rapprochant ainsi de lui, et je vous en rends témoignage, au nom du Seigneur Jésus-Christ. Amen. ¶