Le prix de la paix
Spencer W. Kimball
L'orage est passé, les nuages se dissipent, le soleil brillera à nouveau. L'espoir renaît et la vision d'un monde nouveau se dessine. Car la guerre la plus destructrice de l'histoire est terminée. D'innombrables millions d'êtres rêvent et espèrent à nouveau. ¶
Le prix de la paix
Qu'est-ce que c'est, cette chose pour laquelle ils prient ? L'espoir de l'humanité, la paix. La paix est possible à obtenir, mais quel est le prix de la paix ? Laissons le Seigneur lui-même répondre : ¶
Si vous suivez mes lois, si vous gardez mes commandements et les mettez en pratique ;... je mettrai la paix dans le pays et personne ne troublera votre sommeil.... Je marcherai au milieu de vous, je serai votre Dieu et vous serez mon peuple. (Lév. 26:3-12.) ¶
En un mot donc, le fondement de la paix, c'est la droiture. ¶
Les efforts des conférences pour la paix et les prières de l'humanité souffrante peuvent apporter un armistice de durée incertaine, mais une paix totale et permanente ne peut venir que lorsque les hommes se repentent et se tournent vers le Seigneur. ¶
Qu'avons-nous appris de cette guerre ? Nous n'avons rien appris si la haine, le fanatisme et l'intolérance n'ont pas diminué ; si la convoitise, l'égoïsme et l'adultère demeurent sans faiblir ; si les parents sont moins chers et le sabbat du Seigneur moins sacré. En bref, si la droiture n'a pas augmenté, alors nos combats sont vains, les sacrifices de nos fils sont inutiles, et nos larmes sont gaspillées. ¶
L'histoire de la grandeur et de la chute des nations
Nous avons fait de grands progrès matériels au cours de ces siècles. Mais les péchés des anciens affligent encore les cœurs des hommes. ¶
Ne pouvons-nous pas apprendre des expériences des autres ? Devons-nous, nous aussi, souiller nos corps, corrompre nos âmes, et récolter la destruction comme l'ont fait les peuples et les nations avant nous ? ¶
L'Écriture sainte comme l'histoire profane nous livrent toutes deux les récits tragiques de jeunes nations s'élevant en puissance, puis, dans les années luxueuses et dégénérées de leur gloire, remplacées par des peuples vigoureux, encore intacts, non corrompus par la déchéance de la complaisance envers soi-même, des intrigues politiques et de l'impudicité immorale. ¶
Il y a de longs siècles, le Seigneur commanda au prophète Jonas : ¶
Lève-toi, va à Ninive, la grande ville, et crie contre elle ! car sa méchanceté est montée jusqu'à moi. (Jonas 1:2.) ¶
Cette « grande ville » faisait l'envie du monde antique par sa magnificence et sa puissance. Les historiens la décrivent comme entourée de murailles hautes de cent pieds et assez larges pour que trois chars puissent y rouler de front. Quinze cents tours abritaient des veilleurs pour signaler l'approche des ennemis. ¶
Jonas arriva et prêcha la repentance avec tant de puissance que le peuple réforma sa vie, et la destruction promise fut évitée. Mais Ninive retourna au péché. ¶
Par le prophète Nahum, le Seigneur les appelle de nouveau à la repentance. Il les accuse de leur débauche et leur donne un ultimatum : la repentance ou la destruction, disant : ¶
... car entrelacés comme des épines et comme ivres de leur vin, ils seront consumés comme la paille sèche, entièrement. (Nahum 1:10.) ¶
Les portes des fleuves sont ouvertes, et le palais s'écroule ! (Nahum 2:6.) ¶
En accomplissement, le fleuve déborda, inonda les murailles sur des kilomètres, les portes furent incendiées, le roi, ses concubines et ses richesses furent consumés avec les palais, et la ville imprenable, rendue vulnérable par l'inondation et le feu, fut prise par les envahisseurs pendant que ses défenseurs vantés gisaient dans une stupeur d'ivresse et se vautraient dans la licence. Aujourd'hui, les canaux de Ninive ont disparu, laissant le pays une étendue désolée. Moutons et bœufs cherchent une maigre pâture parmi les monticules de ce qui fut la plus grande cité. ¶
Dieu ne se laisse pas moquer ! Ses lois sont immuables. La vraie repentance est récompensée par le pardon, mais le péché apporte l'aiguillon de la mort. ¶
Ninive n'est pas le seul exemple. Les historiens restent perplexes quant à l'anéantissement des cités infâmes de Sodome et de Gomorrhe. Quoi qu'il soit arrivé à ces peuples, ceci nous le savons : une destruction rapide vint sur eux. Peut-être les Japonais d'Hiroshima n'ont-ils pas été détruits plus complètement ni plus rapidement. Du moins les spécialistes s'accordent-ils à dire qu'un holocauste dévastateur enveloppa les cités, laissant les monuments et le peuple dans une désolation totale, jamais redécouverts ni reconstruits. ¶
Pourquoi ces cités antiques furent-elles détruites ? Les Écritures l'établissent clairement : ¶
Et l'Éternel dit : Le cri contre Sodome et Gomorrhe s'est accru et leur péché est énorme ; je vais descendre.... Et Abraham s'approcha et dit : Feras-tu aussi périr le juste avec le méchant ? Peut-être y a-t-il cinquante justes au milieu de la ville.... Et l'Éternel dit : Si je trouve dans Sodome cinquante justes,... je pardonnerai à toute la ville, à cause d'eux. (Gen. 18:20-26.) ¶
Et Abraham continua de supplier le Seigneur pour quelques fidèles qu'il espérait trouver dans la ville. Il demanda si elle pouvait être épargnée pour quarante, puis trente, et vingt, et enfin dix. Mais comme dix justes ne furent pas trouvés, Lot et ses filles seuls échappèrent. ¶
Alors l'Éternel fit pleuvoir sur Sodome et sur Gomorrhe du soufre et du feu.... Il détruisit ces villes, toute la plaine et tous les habitants des villes, et les plantes de la terre.... Abraham se leva de bon matin... et il porta ses regards du côté de Sodome et de Gomorrhe,... et voici, il vit s'élever de la terre une fumée, comme la fumée d'une fournaise. (Gen. 19:24-28.) ¶
Les historiens disent que la région est demeurée dans une « solitude semblable à la mort et une désolation absolue et suprême ». ¶
Dans la fameuse cité de Babylone, nous retrouvons l'iniquité effrénée d'un peuple dissolu. Nous entendons les prophètes appeler à la repentance, et, à la fin, de terribles menaces. Nous voyons de nouveau un peuple disparaître dans l'oubli parce qu'il refuse de suivre les commandements de Dieu. ¶
Babylone la grande est tombée ! Son temple de Bel et le palais royal étaient des édifices magnifiques, somptueusement ornés. Ses jardins suspendus étaient anciennement considérés comme l'une des sept merveilles du monde. Le fleuve Euphrate traversait le centre de la ville. Les murailles de défense s'élevaient à trois cents pieds de hauteur. Les portes, au nombre de cent, étaient d'airain. ¶
Mais le roi Nabuchodonosor oublia les fondements de la paix. Son peuple sombra dans une complaisance sensuelle. ¶
Les prophètes suppliaient à la repentance. Mais pourquoi Babylone se serait-elle inquiétée ? Babylone n'était-elle pas la souveraine des nations ? Nabuchodonosor n'était-il pas roi des rois ? ¶
... et à cause de la grandeur qu'il lui avait donnée, tous les peuples, les nations, les hommes de toutes langues étaient dans la crainte et tremblaient devant lui. Le roi faisait mourir ceux qu'il voulait et il laissait la vie à ceux qu'il voulait ; il élevait ceux qu'il voulait, et il abaissait ceux qu'il voulait. (Dan. 5:19.) ¶
Cette cité n'était-elle pas imprenable ? Qui aurait pu escalader ses murailles ? Qui aurait pu forcer ses portes ? Mais le monstre du péché vint. Bien qu'imprenables fussent les murailles, et nombreux les défenseurs armés, tout doit tomber et s'effondrer, car le péché rend impuissant, faible et empâté le peuple qui en devient l'esclave. ¶
Il y a quelques années, nous avons visité Rome, la Ville éternelle, mais ce que nous avons vu n'était pas la Rome qui gouverna le monde, mais une nation depuis longtemps reléguée à une place inférieure. Nous avons trouvé ses monuments imposants en ruines, ses arcs somptueux, ses obélisques et ses portails de sombres témoins de jours glorieux. Le squelette du Colisée témoignait de bêtes déchirées, de sang humain répandu, de chrétiens martyrisés dans les arènes, tandis que des êtres lubriques trahissaient leur dépravation sadique. La Rome impériale, ornée de chefs-d'œuvre artistiques et de trésors inestimables volés aux cours des vaincus, était maintenant en ruines. Les fontaines de Rome, ses théâtres et ses villas somptueuses rappelaient tous à notre esprit la magnificence de cette Rome de suprématie mondiale. ¶
Nous avons vu l'image de la débauche romaine dans les fouilles de Pompéi, la station balnéaire méditerranéenne, où les riches oisifs de Rome se livraient à une vie de désordre effréné. L'éruption du Vésuve ensevelit la ville sous son vomissement de poussière, de pierres et de cendres. ¶
Nous avons parcouru les rues de Pompéi où les chars avaient creusé des ornières dans la pierre. Nous avons vu les maisons du peuple, ses boulangeries, ses hôpitaux et ses cirques. Nous avons vu leurs blanchisseries, leurs pharmacies et leurs bains ; leurs débits de boisson et leurs maisons closes. Ces dernières étaient cadenassées, trop révoltantes pour être ouvertes au regard du public en général, car les murs portaient des peintures en couleurs, encore conservées, dépeignant la profondeur de leur dégradation. ¶
L'histoire se répétera-t-elle ? Qu'en est-il de notre monde d'aujourd'hui ? N'oublions-nous pas, dans notre propre grande Amérique, les principes élevés et nobles qui peuvent préserver la nation ? Il est réconfortant de constater que nos hommes de guerre eux-mêmes perçoivent les besoins spirituels de l'heure. Voici les paroles du général Douglas MacArthur à l'occasion de la reddition japonaise : ¶
Alliances militaires, équilibres des puissances, Société des Nations, tout a échoué tour à tour,... nous avons épuisé notre dernière chance. Si nous ne concevons pas maintenant un système plus grand et plus équitable, Armageddon sera à notre porte. Le problème est fondamentalement théologique et implique... l'amélioration du caractère humain. Il doit venir de l'esprit si nous voulons sauver la chair. (Général Douglas MacArthur, « Last Chance », sous « Religion », 10 sept. 1945, Time.) ¶
Les conditions dans notre propre nation
Comment pouvons-nous sauver la chair alors que notre nation boit cent soixante-cinq millions de gallons de spiritueux par an ; alors que nous dépensons sept milliards de dollars par an en boissons alcoolisées, soit plus du double de notre budget de l'éducation (World Almanac, New York World Telegram ; The Foundation Says, déc. 1944, janv. 1945) ; et alors que nos films présentent la boisson comme la chose élégante et convenable pour la jeunesse et les adultes ? Ne sommes-nous pas en train d'imiter les empires déchus par la désintégration des foyers, la profanation du mariage, en rendant le divorce trop courant ? L'accroissement incroyable des divorces, de cinq cents pour cent depuis la guerre de Sécession, et la prédiction que, dans vingt ans, la moitié de tous les mariages seront légalement dissous, devraient certainement retenir notre attention. (Life Magazine, 3 sept. 1945.) Dieu ne tolérera pas un peuple dépourvu de vertu. Un magazine récent indique que quatre-vingt-dix pour cent de tous les divorces croissants sont causés par le péché d'adultère. ¶
N'invitons-nous pas une destruction éventuelle en profanant tout ce qui est saint et sacré, jusqu'à l'usage courant et irrévérencieux, dans nos propos quotidiens, des noms de la Divinité, et en faisant de son jour saint, le sabbat, un jour de travail et de plaisir ? ¶
Comment alors pouvons-nous espérer la paix ? La réponse retentit du mont Sinaï et demeure la réponse aujourd'hui : ¶
Tu n'auras pas d'autres dieux devant ma face. ¶
Tu ne prendras pas le nom de l'Éternel, ton Dieu, en vain.... ¶
Souviens-toi du jour du repos pour le sanctifier.... ¶
Honore ton père et ta mère.... ¶
Tu ne tueras pas. ¶
Tu ne commettras pas d'adultère. ¶
Tu ne déroberas pas. ¶
Tu ne porteras pas de faux témoignage.... ¶
Tu ne convoiteras pas.... (Ex. 20.) ¶
L'imprenable muraille de Ninive la méchante fut invincible jusqu'à ce que Dieu atteigne la limite de sa patience et permette aux éléments de miner la muraille et au feu de consumer les portes, en sorte qu'une destruction rapide s'ensuivit. ¶
La muraille de trois cents pieds de Babylone l'ivrogne, impénétrable par échelle ou bélier, fut violée lorsque les habitants dissolus, hébétés dans le péché, permirent au fleuve d'être détourné, et la nation périt. ¶
Israël souffrit la captivité pour son adultère, la perte de ses trésors pour son idolâtrie, et fut dispersé aux quatre vents pour sa corruption. Les lois de Dieu ne peuvent être enfreintes impunément ! ¶
Rome, débauchée et sensuelle, se décomposa et mourut parce qu'elle ignora les fondements de la paix et méprisa les principes de la droiture. ¶
Et maintenant, en l'an de grâce 1945, il existe parmi nous ces mêmes vices que nous avons vus détruire des empires, et nous les voyons devenir flagrants dans notre propre nation bien-aimée. Allons-nous, comme Balthazar, semer le vent et récolter la tempête ? Allons-nous permettre au foyer de se détériorer, et au mariage de devenir une moquerie ? Allons-nous continuer à maudire Dieu, haïr nos ennemis et souiller nos corps dans des pratiques adultères ? Et lorsque la patience du Seigneur envers nous sera épuisée, allons-nous rester tremblants pendant que la destruction s'abat sur nous ? Ou bien allons-nous sagement voir l'écriture sur le mur et tirer profit de la triste expérience du passé, et revenir au Seigneur et le servir ? ¶
La parole du Seigneur
Troisième jour ¶
À notre propre terre, les Amériques, la terre de Sion, le lieu de sépulture des empires décadents, il existe une promesse divine. Puissent tous les Américains la connaître ! Elle fut prononcée par le Seigneur aux anciens habitants de ce pays et mise au jour par Joseph Smith, le prophète des derniers jours. Voici la promesse : ¶
Voici, ceci est un pays de choix, et toute nation qui le possédera sera libre de la servitude, et de la captivité, et de toutes les autres nations sous le ciel, du moment qu'elle sert le Dieu du pays, qui est Jésus-Christ.... (Livre de Mormon, Éther 2:12.) ¶
Je témoigne qu'il est le Dieu de ce pays et je sais que nous ne pouvons accomplir notre destinée et bâtir une paix durable que sur le fondement de sa droiture. ¶
Nous appelons les nations et nos semblables partout à se repentir, à purifier leur vie et à se mettre en harmonie avec le Seigneur notre Dieu. ¶
Puissent nos cœurs s'élever dans la louange et l'action de grâces pour que la terre qui trembla soit maintenant apaisée. Puisse le sang précieux de nos jeunes fils, leurs agonies et leurs sacrifices, et la douleur profonde de nous tous, nous recommander au Père, et puisse-t-il nous aider dans nos efforts pour vivre ses lois et pour bâtir une paix durable sur la terre, je le prie au nom de Jésus-Christ. Amen. ¶