Pulpit

Des questions posées

Ezra Taft Benson

1945 October General Conference·Sunday Afternoon Session·1945-10-07

J'ai senti avec confiance que ce moment viendrait. C'est une expérience qui incite à la réflexion, mes frères et sœurs. Notre grand bienfaiteur et chef a dit un jour, au sujet de cette grande responsabilité : « On ne peut cacher le cœur quand la bouche est ouverte. Si vous voulez garder votre cœur secret, gardez la bouche fermée. » Mais il a ajouté aussi que lorsqu'il devient de notre devoir de parler, nous devons être disposés à le faire.

Des questions posées

Je désire répéter une phrase de la révélation que frère Romney a indiqué avoir déjà été citée deux ou trois fois au cours de cette conférence :

Et j'ai l'intention de pourvoir aux besoins de mes saints, car tout est à moi. (D. et A. 104:15.)

Ces dernières semaines, j'ai eu le plaisir de m'entretenir avec de nombreux jeunes gens et quelques hommes plus âgés, au cours desquels ils m'ont posé plusieurs questions concernant certaines affaires temporelles touchant les saints des derniers jours. Ils m'ont posé des questions sur l'intérêt de l'Église pour l'agriculture et le travail de la terre. Ils ont fait remarquer que l'on n'entend plus autant parler de ces choses aujourd'hui qu'autrefois dans l'Église. Certains d'entre eux ont laissé entendre qu'ils aimeraient savoir si l'Église voit d'un bon œil que de jeunes gens partent vers diverses régions du pays pour s'y établir dans l'agriculture et les affaires, ou s'ils devraient rester près du siège de l'Église. D'autres m'ont interrogé sur les entreprises coopératives et d'autres activités de même nature.

Je me rends compte, mes frères et sœurs, qu'en abordant les questions temporelles, le Seigneur a dit :

... pour moi toutes les choses sont spirituelles, et je ne vous ai jamais donné, en aucun temps, de loi qui fût temporelle... (D. et A. 29:34.)

La place importante de l'homme dans le monde

L'objectif, bien sûr, est spirituel. Nous vivons cependant dans un monde matériel, physique, temporel. L'homme est le centre de la philosophie mormone.

Car voici mon œuvre et ma gloire : réaliser l'immortalité et la vie éternelle de l'homme. (Moïse 1:39.)

La terre sur laquelle nous vivons a été établie pour l'homme. L'Église est pour l'homme, et non l'homme pour l'Église.

Nous sommes aveugles tant que nous ne voyons pas que, dans le plan de l'humanité, Rien ne vaut la peine d'être fait s'il ne fait pas l'homme. Pourquoi bâtir ces cités glorieuses si l'homme, lui, reste inachevé ; En vain bâtissons-nous le monde si le bâtisseur, lui aussi, ne grandit pas.

Mais pour nous, l'homme est un être double, temporel et spirituel, et dans les premières révélations données à ce peuple, le Seigneur a saisi l'occasion, à maintes reprises, de donner des directives et des commandements concernant les affaires temporelles. Il a dirigé les saints et les dirigeants de l'Église dans l'achat de terres et d'autres biens ; dans la construction de temples ; jusque dans l'établissement d'une presse d'imprimerie, d'un magasin, et dans la construction d'une pension pour le « voyageur fatigué ». Dans la grande révélation connue sous le nom de Parole de Sagesse, il n'a pas seulement indiqué ce qui est bon et ce qui ne l'est pas pour l'homme, mais il a exposé un plan pour l'alimentation du bétail, plan qui, pendant plus de cent ans, a été progressivement confirmé par les recherches scientifiques de l'homme. Tout ce qui touche au bien-être humain a toujours été et sera toujours le souci de l'Église. Notre peuple a toujours été conseillé dans les affaires temporelles.

La coopération, chose importante dans les affaires temporelles

J'ai relu récemment quelques-uns des premiers discours du président Brigham Young et d'autres dirigeants de l'Église, à l'époque où les saints arrivaient dans ces vallées. Le peuple était véritablement conseillé dans les affaires temporelles. Divers types de projets furent lancés sous leur direction. On leur apprenait à préserver les pâturages et les forêts et à préserver l'eau. On leur apprenait aussi à préserver la nourriture, le fourrage et d'autres denrées. On les encourageait à produire des récoltes plus rentables et à employer des méthodes de production plus efficaces. On leur apprenait à travailler ensemble, à coopérer, à se soutenir mutuellement. Écoutez les paroles du président Young :

Tout peuple qui coopérera sur des principes justes croîtra en richesse matérielle et en prospérité... Si le peuple appelé les saints des derniers jours ne devient pas un dans les choses temporelles, comme il l'est dans les choses spirituelles, il ne rachètera pas et n'édifiera pas la Sion de Dieu sur la terre. Ce mouvement coopératif est un tremplin. Nous disons au peuple : profitez-en, c'est votre privilège. (Journal of Discourses 13:3.)

Plus tard, il apporta un soutien coopératif à l'entreprise privée et encouragea les hommes à se lancer dans les affaires privées. Le conseil donné par le président Brigham Young aux premiers jours de la colonisation de ces vallées ne devrait-il pas être suivi aujourd'hui ? Les principes de coopération et de travail en commun ont servi à développer les ressources de ces vallées et à permettre au peuple de survivre. Nous devons adopter ces mêmes principes, éprouvés par l'expérience de ces cent dernières années, pour préserver et conserver ces ressources et relever notre niveau économique. Je ne veux pas dire par là que notre peuple devrait, dans chaque collège de la prêtrise et dans chaque paroisse, organiser des entreprises commerciales coopératives. On a lancé un avertissement, et c'est sage, selon lequel les entreprises coopératives, les coopératives commerciales, exigent une gestion et une direction commerciales efficaces. En même temps, on reconnaît qu'il y a une place pour l'entreprise coopérative, en particulier parmi nos groupes agricoles et ruraux, tout comme il y a aussi une occasion et une place pour l'entreprise privée.

Sion embrasse toute l'Amérique

Nous vivons, mes frères et sœurs, dans une région où nous faisons face à des problèmes assez particuliers, et, dans une certaine mesure, à certaines limitations. L'eau est le facteur le plus limité de l'agriculture dans la région où se concentrent les saints des derniers jours. La topographie de notre pays présente d'autres problèmes sérieux. Nous avons, dans de nombreuses régions où vivent les saints des derniers jours, une pression démographique très sérieuse sur la terre. Nos fermes et nos unités agricoles ont tendance à être divisées et redivisées jusqu'à devenir, bien des fois, quelque peu rentables en raison de leur taille limitée. À cause de cette pression, beaucoup de nos jeunes gens ont eu tendance à se rendre dans d'autres régions où la terre semble plus abondante et où les occasions sont probablement plus grandes. Ce n'est pas une chose à décourager s'ils agissent sagement. Toute l'Amérique est le pays de Sion.

J'ai été heureux, en visitant récemment la Mission des États du Nord-Ouest, de constater que beaucoup de nos jeunes gens se sont établis dans cette région fertile, se sont installés dans l'agriculture et les affaires, et enracinent profondément leur vie, devenant partie intégrante de la vie de la communauté et un soutien pour les branches dont ils sont des membres loyaux. Pour moi, c'est une condition qui ira probablement en s'accroissant avec les années. À mesure que l'Église grandit et augmente en nombre, aucun État ni aucune région ne pourra contenir à lui seul les saints des derniers jours.

Conseil au sujet des dettes Il y a certaines choses, mes frères et sœurs, en particulier ceux qui vivent dans les communautés rurales, que j'aimerais porter à votre attention, choses qui, je pense, pourraient nous aider à améliorer l'efficacité de nos opérations. L'une d'elles a été évoquée hier par frère Clifford Young dans son excellent discours : la question de la dette. Nous faisons face en ce moment à une grande période d'ajustement. Si l'histoire se répète, nous pouvons nous attendre à une baisse du niveau des prix, en particulier pour les produits agricoles. Cela signifiera qu'il faudra davantage de boisseaux de blé, davantage de tonnes de betteraves à sucre et davantage de produits agricoles en général pour rembourser une dette donnée. Il est bon que les saints des derniers jours fassent un effort particulier pendant cette période où les prix sont relativement élevés, pour réduire nos dettes au strict minimum, afin d'être prêts à affronter la période d'ajustement à venir sans perdre nos fermes et sans faire de sacrifices excessifs.

Moyens de rendre l'agriculture plus efficace

Il y a bien des choses que nous pourrions faire pour agrandir nos exploitations, non seulement par l'acquisition de terres, mais par un usage plus efficace de l'eau d'irrigation, dont une grande partie se perd par infiltration et par un arrosage excessif. On peut souvent amener sous irrigation davantage d'acres sur une même ferme grâce à un usage plus judicieux et plus efficace de l'eau. Nous pouvons ajouter à notre programme agricole des unités intensives sans agrandir la surface, par exemple l'aviculture, l'engraissement du bétail, la production de légumes de marché, la production de semences, de nouvelles cultures, et bien d'autres choses. Sur beaucoup de nos fermes, je crois que nous pourrions réduire les surfaces perdues, les coins, les lignes de clôture, les talus de fossés et les cours.

Il est nécessaire d'accroître la production de fourrage pour compléter nos pâturages qui, dans bien des régions, s'épuisent sérieusement. Nous devons utiliser les renseignements mis au point par le Service forestier des États-Unis, par nos collèges d'agriculture, et éprouvés par les meilleurs éleveurs, pour planter des herbages améliorés sur nos pâturages, augmentant ainsi le nombre de têtes de bétail qu'ils peuvent porter. Beaucoup de nos communautés reposent largement sur une économie d'élevage.

Souvent, le réaménagement et l'agrandissement des champs permettent un usage plus efficace de la force motrice et des lourdes machines agricoles tirées par des chevaux, dont beaucoup de fermes ont un besoin courant. L'usage d'un meilleur bétail reproducteur et de meilleurs aliments et semences tendra tout entier vers un type d'agriculture plus efficace, une exploitation agricole plus rentable et une vie communautaire plus satisfaisante.

Nous devons travailler ensemble davantage que nous ne le faisons. Par la propriété commune de gros équipements comme les moissonneuses-batteuses, les presses à foin, les tracteurs, les semoirs, et par la propriété coopérative de reproducteurs, et de bien d'autres manières encore, nous pouvons nous unir en tant qu'agriculteurs dans nos communautés afin de rendre nos exploitations plus efficaces et plus performantes.

Dans bien des régions, notre système de commercialisation et de distribution de nos produits agricoles, ainsi que d'achat des fournitures de production agricole, doit être amélioré. Les agriculteurs doivent améliorer leur pouvoir de négociation. Il existe, parmi beaucoup de nos gens, et pas seulement parmi eux, une tendance à vendre leurs produits en assez grandes quantités en gros, puis à racheter, ici et là, par petites quantités, les fournitures dont ils ont besoin, au prix de détail. Comme l'a dit l'un de nos financiers distingués, Bernard M. Baruch :

L'agriculteur, qui vend en situation de concurrence illimitée avec lui-même, achète à des prix plus ou moins contrôlés à des industries qui ont organisé leur production et leur commercialisation.

Nous devons améliorer la distribution de nos produits agricoles. Cela ne veut pas dire que, dans chaque région, il faille organiser des associations coopératives. Ces organisations ont leurs limites. Il faut d'abord déterminer le besoin. Il est possible que le travail se fasse déjà efficacement par des voies privées. Nous devrions déterminer s'il existe, dans une région donnée, un besoin d'amélioration de la commercialisation et de la distribution de nos produits.

La ferme est en grande partie une usine de fabrication où la terre, le travail, les engrais, les fournitures, les semences et le fourrage se combinent pour produire un produit destiné au marché. Il n'est pas facile aujourd'hui de devenir un exploitant agricole efficace.

Il est important que nous gardions notre pensée droite, mes frères et sœurs. Gardons toujours à l'esprit que toutes les choses matérielles ne sont qu'un moyen en vue d'une fin, que cette fin est spirituelle, bien que le Seigneur soit désireux et disposé à bénir temporellement son peuple. Il l'a indiqué ainsi dans plusieurs de ses révélations. Il a souligné, à maintes reprises, que nous devrions prier sur nos récoltes, sur notre bétail, sur nos foyers, nos maisons, et invoquer les bénédictions du Seigneur sur nos affaires matérielles. Et il a promis qu'il serait là, prêt et disposé à nous bénir.

La solidité des principes de l'entraide personnelle

Tenons-nous debout sur nos propres pieds. Coopérons pour atteindre ces objectifs dits matériels. Une agriculture saine est vitale pour l'économie nationale. J'aime les paroles de ce grand pionnier irlandais de l'effort coopératif, Horace Plunket, qui a travaillé de nombreuses années parmi les fermiers pauvres et accablés d'Irlande, lorsqu'il a dit :

Car plus je vis, plus je deviens certain que ce que les meilleurs gouvernements peuvent faire pour les agriculteurs est d'une importance insignifiante comparé à ce que, par une coopération réfléchie et loyale, ils peuvent faire pour eux-mêmes.

Tenons-nous, nous, saints des derniers jours, debout sur nos propres pieds. Ne soyons pas enclins à courir vers un gouvernement paternaliste pour obtenir de l'aide chaque fois qu'un problème se présente, mais attaquons nos problèmes ensemble et, par un effort coopératif efficace, résolvons-les chez nous.

Pour moi, l'un des plus grands remparts que nous ayons dans ce pays contre tous les ismes étrangers, les théories farfelues et les réformes sociales malsaines, ce sont les gens qui vivent sur la terre, près du sol.

Le docteur Widtsoe a souligné, il y a un an à notre conférence, le rôle important que joue la population rurale de l'Amérique dans la sécurité de ce grand pays. Assurément, aucun groupe de gens au monde ne sait aussi bien que « comme on sème, on récolte ». Et comme l'a dit frère Widtsoe dans cet excellent discours que je vous recommande : « Une population rurale forte apporte à l'Église une sécurité qu'on ne peut obtenir autrement. Il en est de même pour la nation. »

Les principes de l'entraide personnelle sont sains économiquement, socialement et spirituellement. Le Seigneur ne fera pas pour nous ce que nous pouvons et devons faire nous-mêmes. Mais son but est de prendre soin de ses saints. Tout ce qui concerne le bien-être économique, social et spirituel de la famille humaine est et sera toujours le souci de l'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours.

Que le Seigneur nous bénisse de l'inspiration nécessaire pour nous guider dans toutes nos affaires matérielles, afin que nous réussissions. Et puissions-nous toujours garder à l'esprit le grand objectif de la vie et les desseins de Dieu en nous établissant ici sur la terre, c'est-à-dire réaliser notre immortalité et notre vie éternelle dans le royaume céleste, je le prie au nom de Jésus-Christ. Amen.

Citer ce discoursEzra Taft Benson, « Des questions posées », 1945 October General Conference, Sunday Afternoon Session (1945-10-07). Pulpit Vault, 1945-10-ezra-taft-benson-questions-being-asked. Traduction de la présente édition, par méthode de glossaire, archive.org.Pulpit Vault, édition du 23 septembre 2026 (commit 4bdc6ac627).