Effets de la dureté et de la bonté
Joseph F. Merrill
Frères, nous sommes seuls ce soir, le microphone ayant été coupé de la puissante station de radio KSL. Nous devenons donc une réunion de direction de la prêtrise du même genre que celle que nous tenons habituellement dans le cadre des conférences trimestrielles de pieu. Il me sera donc permis, je l'espère, de parler de sujets qui concernent principalement les officiers de la prêtrise. ¶
Effets de la dureté et de la bonté
À la réunion des évêques d'hier soir, dans cette salle, l'évêque M. O. Ashton a raconté deux histoires qui m'ont profondément impressionné. Chacune concernait un évêque et des garçons. Dans la première, un groupe de garçons se livra à des farces d'Halloween d'une nature assez sérieuse et provocante. L'évêque obtint les noms des garçons et leur ordonna de venir à la réunion de sainte-cène demander publiquement pardon pour les farces commises, sous peine d'excommunication en cas de refus. En conséquence, il y a aujourd'hui dans cette communauté un certain nombre de familles qui ont grandi en dehors de l'Église. ¶
Dans le second cas, un groupe de garçons et un évêque étaient également impliqués. Une réception de mariage se tint chez l'évêque. Un grand bac de crème glacée attendait sur la véranda arrière pour l'heure de la collation. Quand vint le moment de servir la crème, on constata que le bac était vide. Après réflexion, l'évêque décida d'inviter les garçons coupables à une fête de crème glacée et fournit deux bacs de crème glacée pour l'occasion. Tous les garçons acceptèrent l'invitation. Lorsque les jeunes furent assis pour le festin, on remarqua que des larmes se mirent à couler sur le visage de l'un d'eux. Bientôt, tous les autres garçons pleuraient aussi. C'est de ce groupe que sont issus certains des meilleurs dirigeants de leur communauté. ¶
Ce furent là les histoires véridiques racontées par l'évêque Ashton. En les entendant, je me suis souvenu de la section 121:39-41 des Doctrine et Alliances, qui se lit comme suit : ¶
Nous avons appris par triste expérience qu'il est de la nature et des dispositions de presque tous les hommes de commencer à exercer une domination injuste aussitôt qu'ils reçoivent un peu d'autorité ou qu'ils croient en avoir. C'est pour cela que beaucoup sont appelés, mais peu sont élus. Aucun pouvoir, aucune influence ne peuvent ou ne devraient être exercés en vertu de la prêtrise autrement que par la persuasion, par la longanimité, par la gentillesse et la douceur, et par l'amour sincère. ¶
Les deux évêques de ces histoires étaient sans aucun doute animés des meilleures intentions. Je ne mettrais pas cela en doute un seul instant. Mais l'un des évêques était sage, et l'autre ne l'était pas. La pensée de l'un était d'user de persuasion, de longanimité, de gentillesse, de douceur et d'amour, si magnifiquement exprimées dans la révélation citée. Dans le cas de l'autre évêque, il semble avoir agi de manière impulsive, cédant ¶
à l'influence du pouvoir du mal. Il oublia l'injonction scripturaire des Doctrine et Alliances 64:9-10 : ¶
C'est pourquoi je vous dis que vous devez vous pardonner les uns aux autres ; car celui qui ne pardonne pas à son frère ses offenses est condamné devant le Seigneur, car c'est en lui que reste le plus grand péché. Moi, le Seigneur, je pardonne à qui je veux pardonner, mais de vous il est requis de pardonner à tous les hommes. ¶
Je ne trouve pas dans les enseignements du Maître le mot « doit » employé au sens de contrainte. Mais nous trouvons le message de l'Écriture précitée exprimé dans un beau cantique, contenu dans le L.D.S. Hymn Book, 24e édition, 1905, dont voici les deux premières strophes : ¶
Sache-le, chaque âme est libre De choisir sa vie et ce qu'elle sera ; Car cette vérité éternelle est donnée, Que Dieu ne forcera personne à venir au ciel. ¶
Il appellera, persuadera, dirigera avec justesse, Et bénira de sagesse, d'amour et de lumière ; De mille façons sans nom, il sera bon et bienveillant, Mais jamais il ne forcera l'esprit humain. ¶
Le libre arbitre, un principe donné par Dieu
Nous nous souvenons tous, d'après les Écritures anciennes et modernes, qu'à ce grand conseil tenu dans les cieux, lorsqu'un plan était examiné pour offrir aux enfants du Père, lorsqu'ils viendraient sur la terre, Lucifer, le fils du matin, était présent. Il voulut être envoyé sur la terre pour en avoir la charge, promettant au Père que tous ses enfants lui reviendraient -- aucun ne serait perdu -- pourvu que le Seigneur donnât à Lucifer sa gloire. (Voir Moïse 4:1-4.) Satan se proposait d'accomplir son dessein par l'usage de la force -- en privant les hommes de leur libre arbitre, leur ôtant ce droit inaliénable que le Père avait donné à tous ses enfants, tant dans le monde des esprits que dans le monde mortel. Le libre arbitre et la responsabilité vont de pair -- ils se complètent l'un l'autre. ¶
Mais je me suis écarté du sujet ; laissez-moi y revenir. Rien n'indique, dans les histoires racontées par l'évêque Ashton, que l'un ou l'autre des évêques ait voulu ôter le libre arbitre des garçons, mais ils voulaient certainement réformer ces garçons. L'un réussit, et l'autre échoua, en raison des méthodes employées. Et cela suggère la nécessité de soin, d'étude et de prière, non seulement dans nos rapports avec les garçons, mais dans nos rapports avec tous les autres. Il n'y a peut-être pas deux individus exactement semblables. Ce qui est bon pour l'un peut être mauvais pour l'autre. Ce qui réussit avec l'un peut échouer complètement avec l'autre. J'ai entendu des médecins dire que c'est là l'une des raisons qui rendent la pratique de la médecine intéressante -- le fait que le médecin soit continuellement confronté à un défi ; car ce qui est la nourriture de l'un peut être le poison de l'autre. ¶
Les devoirs des évêques
Dans une large mesure, un évêque traite avec des individus plutôt qu'avec des masses de personnes. S'il n'en était pas ainsi, il y aurait souvent des raisons insuffisantes de diviser une grande paroisse, car les grandes paroisses ont certains avantages que ne possèdent pas habituellement les plus petites. Mais le besoin d'un traitement individuel exige de l'évêque sagesse, discernement, tact, sympathie, amour, afin qu'il puisse réussir, sans offenser, à servir au mieux son peuple. Parmi ses autres devoirs, il est tenu d'administrer des programmes conçus pour aider les garçons et les filles de sa paroisse. À mon avis, ces devoirs ne sont, en général, inférieurs en importance à aucun autre. Si nous pouvons sauver la jeunesse de l'Église, nous sauverons l'Église. Je ne voudrais toutefois pas que quiconque pense que l'individu existe pour l'Église. C'est l'inverse qui est vrai -- l'Église existe pour ses membres. Parce que cela est vrai, l'Église est peut-être le plus bel exemple d'une grande organisation démocratique que l'on trouve dans le monde entier. Aucun individu ne peut y grandir, tirant parti des occasions qui lui sont offertes en son sein, sans connaître une grande croissance personnelle et un grand développement de personnalité, d'attributs, de talents, de pouvoirs et d'autres qualités de direction. ¶
La progression éternelle
Oui, l'Église enseigne que chacun de nous est un enfant de Dieu, à la fois dans l'esprit et dans la chair. Puisque, dans le domaine de la vie, le semblable engendre le semblable, nous devons normalement posséder, même en quantités ultramicroscopiques, les attributs de Dieu, notre Père. Et un enseignement caractéristique de l'Église est que « ce que Dieu est maintenant, l'homme peut le devenir » -- énoncé en langage poétique de notre magnifique doctrine de la progression éternelle. L'homme est véritablement le sommet de la création. Dans le langage du Psalmiste, nous aussi pouvons demander : ¶
Qu'est-ce que l'homme pour que tu te souviennes de lui ? Et le fils de l'homme pour que tu prennes garde à lui ? Tu l'as fait de peu inférieur à Dieu, Et tu l'as couronné de gloire et de magnificence. (Psaumes 8:4-5.) ¶
Ainsi, dans le plan de la progression éternelle, la vie ici-bas sur la terre est un maillon essentiel, et dans ce maillon, la chose la plus importante est l'homme -- l'individu. Cela ressort clairement du plan qui, s'il est suivi avec succès, ramènera les participants en présence du Père. Le Seigneur révéla à Moïse que : ¶
... Car voici mon œuvre et ma gloire : réaliser l'immortalité et la vie éternelle de l'homme. (Moïse 1:39.) ¶
Pour accomplir ses desseins, le Seigneur a établi son Église hautement organisée comme un instrument au service de ses enfants. C'est pourquoi l'Église existe pour nous et pour tous ceux qui accepteront son service. ¶
Le service apporte occasion et responsabilité
Et nous qui sommes ici ce soir, et bien d'autres milliers encore, avons eu l'honneur d'être appelés au service de l'Église et avons ainsi reçu l'occasion de servir notre prochain. Si nous servons bien, nous serons bénis. Je me souviens à ce propos des paroles que Shakespeare mit dans la bouche de l'un de ses personnages : ¶
... elle [la miséricorde] est deux fois bénie ; elle bénit celui qui la donne et celui qui la reçoit. ¶
Et des deux, c'est généralement celui qui donne qui est le plus béni -- toujours ainsi s'il bénit avec un motif sincère et désintéressé. ¶
Souvenons-nous maintenant, nous aussi, qu'accepter une occasion offerte de servir, c'est accepter aussi une responsabilité. Nous devenons alors, en fait, dans une certaine mesure, les gardiens de notre frère. Et dans une mesure plus ou moins grande, le bien-être d'un frère, un enfant de Dieu, est entre nos mains. De ce point de vue, combien est digne de la condamnation divine celui qui, ayant accepté une responsabilité, manque à son devoir envers ses frères. Cette pensée ne devrait-elle pas nous inciter à l'accomplissement du devoir ? Ne devrait-elle pas nous porter à nous mettre révérencieusement à genoux pour chercher avec ardeur et sincérité l'aide du Seigneur, adaptée à nos besoins ? Sans son aide, frères, aucun de nous ne peut pleinement réussir dans son œuvre. Mais en réussissant, quelle grande joie et satisfaction remplissent nos poitrines -- un sentiment délicieux que tout l'argent d'un millionnaire ne pourrait nous acheter. Ce genre de sentiment est une récompense de notre Dieu pour le service rendu à sa cause. C'est une preuve de son acceptation de nos efforts. ¶
Le pouvoir de Satan à l'œuvre
Encore un point et j'aurai terminé. N'oublions pas que Satan, un frère d'esprit à nous, est ici sur la terre avec une myriade d'autres frères d'esprit. Ils sont parmi nous dans un but -- ils font tout ce qui est en leur pouvoir pour nous détruire et entraver l'œuvre du Seigneur. Satan nous connaît -- nos désirs, nos faiblesses, nos secrets. Il nous tente d'une multitude de façons. Il nous attaque là où nous sommes faibles, non là où nous sommes forts. Il nous pousse au doute, à la remise en question, à la critique, à la haine, à l'indolence, au découragement, au péché et à la méchanceté. Il est à l'origine de la dissension parmi les saints. Il est toujours près de nous pour tenter de nous vaincre et de nous égarer. Je pense non seulement à nous, dans cette réunion, mais aux gens en général. Sans aucun doute, l'influence et le pouvoir de Satan dans le monde aujourd'hui sont plus grands que jamais. ¶
Nous, ici, et beaucoup d'autres dans l'Église, sommes appelés à être des veilleurs sur les tours de Sion, où le devoir nous appelle à être fidèles à enseigner la manière de vivre du Seigneur, tant par l'exemple que par le précepte. Alors nous serons des missionnaires efficaces. Et sur l'Église repose la lourde responsabilité, placée là par Dieu, de poursuivre l'œuvre missionnaire, un travail auquel tous les membres baptisés sont appelés, qu'ils vivent chez eux ou à l'étranger. Nul ne peut échapper à l'œil qui voit tout de Dieu, notre Père, qui nous garde constamment sous son regard, où que nous soyons. Souvenons-nous que finalement les livres seront ouverts et que nous serons jugés d'après ce qui y sera écrit -- les œuvres accomplies dans le corps. ¶
Par ses ruses, Satan entraîne certains de notre peuple loin de la vérité. Décrivant les conditions des derniers jours, Jésus, parlant à ses disciples, dit : ¶
Car il s'élèvera de faux christs et de faux prophètes ; ils feront de grands prodiges et des miracles, au point de séduire, si c'était possible, même les élus. (Matt. 24:24.) ¶
Frères, il n'y a qu'un seul chemin de sécurité -- vivre honnêtement, sincèrement et de tout cœur près du Seigneur, et être entièrement loyaux envers la direction de la Première Présidence de l'Église. ¶
Je prie pour que chacun de nous, avec l'aide du Seigneur, ait le désir, le courage et la force de vivre ainsi, et le fasse au nom de notre Rédempteur. Amen. ¶