La nécessité des témoins
Joseph F. Smith
Puisque ceci est une réunion de prêtrise, et puisqu'à notre dernière conférence semestrielle j'ai parlé à la réunion de prêtrise, c'était la seule session à laquelle je m'attendais à être à l'aise. J'ai appris une nouvelle leçon en tirant des conclusions hâtives. ¶
Puisque ceci est une réunion de prêtrise, si je puis avoir l'aide de mon Père céleste, je voudrais tenter, du moins, de faire quelques observations qui répondront peut-être à certaines des questions que vous vous posez, et je pense pouvoir affirmer sans risque que certaines de ces questions sont courantes, étant donné la fréquence avec laquelle on me les pose. ¶
La nécessité des témoins
Oliver Cowdery occupait une position unique dans l'Église. Il fut appelé à être un témoin spécial, et cela est conforme à la loi. Le Seigneur a dit maintes et maintes fois que sa parole doit être établie par la bouche de deux ou trois témoins. Il est significatif que le prophète Joseph Smith n'ait pas reçu la prêtrise seul, mais qu'il l'ait reçue avec Oliver Cowdery, et c'était l'appel d'Oliver Cowdery de rendre témoignage de ces choses. ¶
Le Sauveur lui-même, selon la loi, a eu besoin d'un témoin, et son Père en personne a rendu témoignage de la divinité de son Fils. Ensemble, ils apparurent au prophète Joseph Smith. Vous trouverez d'amples appuis bibliques à la nécessité des témoins. ¶
Oliver Cowdery ne demeura pas fidèle, et sa position fut donnée à Hyrum Smith. ¶
Et de plus, en vérité, je vous le dis, que mon serviteur William soit désigné, ordonné et oint conseiller de mon serviteur Joseph, à la place de mon serviteur Hyrum, pour que mon serviteur Hyrum puisse prendre l'office de prêtrise et de patriarche qui lui a été conféré par son père par bénédiction et aussi de droit. Afin qu'il détienne dorénavant les clefs des bénédictions patriarcales données sur la tête de tout mon peuple, afin que celui qu'il bénit soit béni, et que celui qu'il maudit soit maudit, afin que tout ce qu'il lie sur la terre soit lié dans les cieux, et que tout ce qu'il délie sur la terre soit délié dans les cieux. (D. & A. 124:91-93.) ¶
Hyrum Smith fut appelé à être le patriarche de l'Église, mais il fut aussi appelé à prendre la place d'Oliver Cowdery comme témoin spécial du prophète. ¶
... Et je le désigne dorénavant pour être prophète, voyant et révélateur pour mon Église, aussi bien que mon serviteur Joseph, afin qu'il agisse également de concert avec mon serviteur Joseph, afin qu'il reçoive des conseils de mon serviteur Joseph, qui lui montrera les clefs par lesquelles il pourra demander et recevoir, et être couronné des mêmes bénédictions, gloire, honneur, prêtrise et dons de la prêtrise qui furent autrefois placés sur celui qui était mon serviteur Oliver Cowdery ; afin que mon serviteur Hyrum rende témoignage des choses que je lui montrerai, afin que son nom soit tenu honorablement en mémoire de génération en génération, pour toujours et à jamais. (D. & A. 124:94-96.) ¶
Cet appel était au-delà et au-dessus de son office de patriarche. Il était un témoin spécial pour son frère, et les clefs de la présidence lui furent montrées. Or cette situation a été unique dans l'histoire de l'Église. Depuis lors, cela n'a plus été nécessaire. Il y a aujourd'hui des milliers de personnes qui sont témoins de la divinité du prophète Joseph Smith, de sorte que la charge que détenait Hyrum Smith était plus que la charge qu'ont détenue les patriarches qui lui ont succédé. ¶
Les devoirs particuliers des patriarches
Les bénédictions patriarcales sont des choses sacrées. Il est significatif pour moi que dans la révélation, la grande révélation sur la prêtrise, le mot « patriarche » lui-même ne soit pas employé. J'y ai beaucoup réfléchi. ¶
Les Douze ont le devoir d'ordonner, dans toutes les grandes branches de l'Église, les ministres évangéliques qui leur seront désignés par révélation. Il a été décrété que l'ordre de cette prêtrise doit se transmettre de père en fils, et qu'il appartient de droit aux descendants littéraux de la postérité élue, à qui les promesses ont été faites. (D. & A. 107:39-40.) ¶
Puis l'ordre de cette prêtrise, à commencer par Adam, est consigné dans la section 107 des Doctrine et Alliances. ¶
Or nous savons que ces hommes étaient des patriarches. Je ne suis pas certain de savoir précisément pourquoi les mots « ministres évangéliques » furent employés plutôt que le mot « patriarches ». Il me semble cependant significatif que le terme employé ici suggère très nettement la nature spirituelle de la charge patriarcale. Ce n'est pas une charge administrative, ce n'est pas une charge exécutive, c'est une charge spirituelle. ¶
Les anciens patriarches, bien sûr, vivaient sous un système de gouvernement patriarcal. Le chef de famille était en réalité le chef de leur gouvernement, et cela s'est poursuivi pendant de nombreuses générations. Nous ne vivons plus sous une forme de gouvernement patriarcal. Notre gouvernement civil est fort différent. Le prophète Joseph Smith, lors d'une réunion avec les Douze, explique précisément que « ministres évangéliques » signifie « patriarches ». ¶
Si je me souviens bien, il donna ces instructions le 27 juin 1839. Je puis me tromper. L'un des devoirs d'un patriarche de nos jours est de déclarer la lignée des personnes qui reçoivent des bénédictions. J'estime que cela signifie bien davantage qu'une simple constatation de fait. Certaines personnes qui ont reçu des bénédictions patriarcales et dont la lignée n'a pas été déclarée ont manifesté une inquiétude considérable, se posant des questions à ce sujet. ¶
Je dois avouer que, personnellement, je n'ai jamais tout à fait réussi à comprendre pourquoi nous devrions nous préoccuper à ce point du simple fait de ne pas savoir. Cette déclaration de la lignée est certainement une chose plus importante que de simplement procurer à un individu une satisfaction psychologique quant à son héritage. ¶
Une responsabilité liée à la lignée
Je crois qu'une déclaration de lignée, faite par l'autorité de la prêtrise, est aussi une déclaration de responsabilité et une attribution de responsabilité. Lorsque la lignée d'une personne est déclarée, une responsabilité lui est confiée, à remplir selon cet héritage. ¶
Le jour même où le prophète expliqua que ministres évangéliques signifiait patriarches, il expliqua également certaines des fonctions du Consolateur. Il expliqua la différence entre les deux consolateurs, et il expliqua que l'une des fonctions du Saint-Esprit est de purger les gentils de leur sang gentil. Or nous savons qu'aujourd'hui les héritages sont mélangés. Les lignées raciales pures — certainement en Occident — sont presque impossibles à découvrir. Les sangs sont mélangés, mais un gentil, né d'une lignée entièrement gentile, converti à l'Évangile, acceptant l'Évangile et recevant le Saint-Esprit, par sa fidélité, selon les paroles du prophète — et ce ne sont pas mes paroles — selon les paroles du prophète, verra son sang gentil entièrement purgé, et il deviendra littéralement du sang d'Israël. ¶
Je pense que ce fait est quelque chose que les patriarches devraient méditer dans la prière. ¶
Une bénédiction paternelle
La question s'est posée plusieurs fois récemment de savoir si les pères ont le droit de donner à leurs enfants des bénédictions patriarcales. La réponse est oui et non. Après tout, si l'on s'en tient techniquement au seul sens des mots, une bénédiction patriarcale signifie une bénédiction paternelle. Un patriarche est littéralement un chef paternel. C'est ce que signifie le mot, et tout père de l'Église détenant la prêtrise supérieure peut, par l'autorité de cette prêtrise, donner à son enfant une bénédiction, et c'est là une bénédiction patriarcale, en ce qu'elle est une bénédiction paternelle. ¶
Mais selon la règle établie par l'Église, cette bénédiction ne doit pas être enregistrée comme provenant d'un patriarche ordonné, car elle ne vient pas d'un patriarche ordonné. La déclaration de la lignée et l'attribution de bénédictions patriarcales — ces bénédictions données par quelqu'un qui est ordonné patriarche — sont le privilège du patriarche ordonné. De telles bénédictions sont enregistrées et conservées à la bibliothèque de l'historien de l'Église. ¶
Plus d'une bénédiction patriarcale
Il en est qui aimeraient recevoir plus d'une bénédiction patriarcale. Aux premiers jours de l'Église, beaucoup de gens recevaient de nombreuses bénédictions patriarcales, ou du moins des bénédictions données par des patriarches. La Première Présidence et le Collège des Douze ont conseillé qu'une personne reçoive une bénédiction patriarcale. Or, ce n'est pas l'une des lois des Mèdes et des Perses. Il y a eu, et il y a encore, quelques cas portés à mon attention où des personnes ont reçu des bénédictions patriarcales alors qu'elles étaient très jeunes, et où elles ont senti que ces bénédictions étaient en grande partie accomplies, et souhaiteraient une autre bénédiction patriarcale. ¶
Le conseil de la Première Présidence et du Collège des Douze est qu'en temps normal, une personne devrait recevoir une seule bénédiction patriarcale. Je pense que partout où il doit y avoir une exception, la recommandation en faveur de cette exception devrait être faite très, très soigneusement, et les évêques et présidents de pieu devraient faire preuve de prudence à cet égard. Si l'évêque et le président de pieu concernés, après un examen attentif et très approfondi, estiment que les conditions le justifient, ils peuvent adresser à leur patriarche une recommandation signée pour donner une bénédiction patriarcale supplémentaire à la personne recommandée. Dans de tels cas rares, où la lignée a déjà été déclarée, il n'est naturellement pas besoin de répétition. ¶
Une bénédiction patriarcale pour le réconfort personnel
Une bénédiction patriarcale est une chose très personnelle. Il arrive que des instructeurs zélés, dans les organisations auxiliaires, suscitent chez leurs classes un enthousiasme pour les bénédictions patriarcales, et il y a eu des cas où des classes entières sont allées recevoir leurs bénédictions patriarcales en même temps. Cela, frères, vaudrait mieux être évité. Il est louable, de la part des instructeurs des enfants, de parler des bénédictions patriarcales, d'en expliquer l'importance et la valeur, mais l'individu lui-même, s'il le souhaite, devrait d'abord obtenir sa recommandation en bonne et due forme, puis prendre lui-même rendez-vous avec le patriarche, et, ayant reçu cette bénédiction, la tenir pour sacrée. Ce n'est pas une chose à publier ; ce n'est pas pour que tous la voient ; c'est pour son réconfort, pour son affermissement. C'est sa bénédiction. ¶
Chacun d'entre vous qui a reçu une bénédiction patriarcale en a probablement un témoignage, et presque chaque jour, l'une des grandes joies qui me viennent — comme à tout patriarche — et aussi l'une des choses les plus redoutables de cette charge, ce sont les témoignages des personnes qui ont reçu des bénédictions patriarcales. ¶
La bénédiction donnée à son fils
Enseignons à nos enfants leur valeur, enseignons-leur ce qu'elles sont, inculquons-leur le désir de les recevoir. ¶
Je pense que l'une des plus grandes joies que j'aie éprouvées date d'il y a quelques semaines. Un jour, sur mon carnet de rendez-vous, je lus simplement « rendez-vous ». Il n'y avait pas de nom. Je demandai à ma secrétaire de qui il s'agissait, et elle marmonna quelque chose d'assez inintelligible. À l'heure convenue, mon petit garçon de neuf ans entra dans mon bureau, rayonnant. De sa propre initiative, il était allé voir son évêque et le président du pieu, et il m'apporta sa recommandation pour que son papa lui donne une bénédiction patriarcale. ¶
Je reconnais ma faiblesse ; bien des fois par jour, je suis conscient de ma totale dépendance envers notre Père céleste. Je vous demande, mes frères, vos prières de soutien. Je sollicite pour chaque patriarche de l'Église les prières de nos frères. ¶
Que Dieu nous accorde la clairvoyance en ces temps où des nations sont sacrifiées sur l'autel de la droiture. Donnez-nous le pouvoir de voir et la force d'agir, je le prie, au nom de Jésus-Christ. Amen. ¶