Notre dette envers le Seigneur
Joseph Fielding Smith
À la session de la conférence de ce matin, on nous a informés que l'Église n'a plus de dettes, qu'elle ne doit un dollar à aucun homme ni à aucune institution. J'en suis reconnaissant, comme je sais que vous l'êtes. Mais l'Église a une dette — heureusement pas financière — elle est en dette maintenant, elle l'a toujours été, et elle le sera aussi longtemps que le temps durera. ¶
Avec l'aide du Seigneur, je voudrais, cet après-midi, souligner quelques-unes de ces obligations qui pèsent sur l'Église collectivement, et sur chacun de ses membres individuellement. ¶
Notre dette envers le Seigneur ¶
Jacques a dit que « toute grâce excellente et tout don parfait descendent d'en haut, du Père des lumières, chez lequel il n'y a ni changement ni ombre de variation. » Tout ce que nous possédons, chaque bénédiction qui nous vient, procède de la miséricorde et de la bonté de notre Père céleste et de son Fils Jésus-Christ. ¶
Nous lisons, au deuxième chapitre de Mosiah, les paroles du roi Benjamin, qu'un ange lui avait commandé de prêcher à son peuple. Je veux vous en lire un verset ou deux : Je vous dis, mes frères, que si vous exprimiez tous les remerciements et toutes les louanges que votre âme tout entière a le pouvoir de posséder, à ce Dieu qui vous a créés, et vous a gardés et préservés, et a fait que vous vous réjouissiez, et vous a accordé de vivre en paix les uns avec les autres — je vous dis que si vous le serviez, lui qui vous a créés depuis le commencement, et vous préserve de jour en jour, en vous prêtant le souffle afin que vous viviez, et ayez le mouvement, et agissiez selon votre volonté, vous soutenant même d'un moment à l'autre — je dis, si vous le serviez de votre âme tout entière, vous ne seriez encore que des serviteurs inutiles. ¶
Et voici, tout ce qu'il exige de vous, c'est que vous gardiez ses commandements ; et il vous a promis que si vous gardiez ses commandements, vous prospéreriez dans le pays ; et il ne varie jamais de ce qu'il a dit ; c'est pourquoi, si vous gardez ses commandements, il vous bénit et vous fait prospérer. ¶
Et maintenant, en premier lieu, il vous a créés et vous a accordé la vie, ce dont vous lui êtes redevables. ¶
Et deuxièmement, il exige que vous fassiez ce qu'il vous a commandé ; et si vous le faites, il vous bénit immédiatement pour cela ; c'est pourquoi, il vous a payés. Et vous lui êtes toujours redevables, et vous l'êtes, et le serez pour toujours et à jamais ; de quoi pouvez-vous donc vous vanter ? ¶
Le plan de Dieu est d'apporter le salut à toute l'humanité ¶
Combien est glorieux le plan du salut, inauguré avant la fondation du monde pour le salut des hommes. Adam fut envoyé pour donner naissance à la race humaine, et ce faisant, il devint nécessaire pour lui de transgresser une loi, afin d'introduire la mort, ou la condition mortelle, dans le monde. Cela rendit nécessaire la venue de Jésus-Christ pour nous racheter de la transgression d'Adam, c'est-à-dire de la mort mortelle, et par la miséricorde de notre Père céleste et de son Fils Jésus-Christ, par cette expiation, il nous est également accordé la rédemption de nos propres péchés, à condition de notre repentir. ¶
La résurrection vient à chaque âme, quelle que soit sa manière de vivre, quelles que soient ses croyances ; elle vient aux méchants comme aux justes, et chaque homme recevra sa récompense selon ses œuvres. ¶
La rémission de nos péchés individuels vient de notre repentir et ne peut venir d'aucune autre manière. Et tout cela vient de la mission de Jésus-Christ qui, selon les enseignements de Paul, nous a achetés à un prix ; c'est pourquoi nous lui appartenons et nous lui sommes redevables. Jamais, dans les siècles des siècles, nous ne pourrons acquitter cette dette. Et cela étant vrai, nous sommes tenus de garder ses commandements, de marcher dans la lumière de la vérité, d'écouter ses préceptes, d'obéir à « toute parole qui sort de la bouche de Dieu ». ¶
L'ingratitude est, je pense, le plus répandu de tous les péchés, et l'un des plus graves, car toute âme qui refuse de demeurer dans la vérité, qui ne veut pas marcher dans la lumière et l'intelligence des commandements que Jésus-Christ a donnés, est ingrate. Il est venu et a donné sa vie pour nous racheter de la transgression. Il fut cloué sur une croix et son sang fut versé. Pourquoi ? Afin que nous puissions vivre, afin que nous puissions recevoir la rémission de nos péchés, afin que nous puissions, par l'obéissance aux principes de l'Évangile, revenir en la présence de Dieu le Père et de son Fils Jésus-Christ. ¶
Il n'était pas obligé de mourir. Il l'a fait volontairement. Il nous dit clairement qu'il a donné sa vie afin de la reprendre, car tel est le commandement qu'il avait reçu de son Père. « Personne ne me l'ôte, dit-il, mais je la donne de moi-même ; j'ai le pouvoir de la donner et j'ai le pouvoir de la reprendre : tel est l'ordre que j'ai reçu de mon Père. » ¶
Les souffrances du Sauveur ¶
Pouvez-vous imaginer la souffrance, l'étendue de l'angoisse de l'âme que notre Sauveur a traversée — lui qui est le Fils de Dieu — afin que nous puissions recevoir la résurrection, et que nous puissions recevoir la rémission de nos péchés par l'obéissance aux principes de l'Évangile, et une exaltation en la présence du Père et du Fils ? Réalisons-nous tout ce que cela signifie ? ¶
Je pense que beaucoup croient que la grande souffrance de Jésus-Christ est venue du fait que des clous furent enfoncés dans ses mains et dans ses pieds, et qu'il fut suspendu sur une croix jusqu'à ce que la mort le délivre miséricordieusement. Il n'en est rien. Aussi atroce, aussi sévère qu'ait été ce châtiment, résultant des clous enfoncés dans ses mains et dans ses pieds, et de sa suspension jusqu'à ce que la mort le soulage, plus grande encore fut la souffrance qu'il endura en portant le fardeau des péchés du monde — mes péchés, vos péchés, et les péchés de toute créature vivante. Cette souffrance survint avant même qu'il n'atteigne la croix, et elle fit sortir le sang des pores de son corps, tant était grande l'angoisse de son âme, le tourment de son esprit qu'il fut appelé à subir. ¶
Ne sommes-nous pas redevables ? Oui. Sommes-nous ingrats ? Oui, à moins que nous ne soyons disposés à nous conformer à toute parole qui sort de la bouche de Dieu, à moins que nous ne soyons obéissants, à moins que nos cœurs ne soient brisés, au sens scripturaire, à moins que nos esprits ne soient contrits, à moins qu'il n'y ait en notre âme l'esprit d'humilité, de foi et d'obéissance. ¶
Notre responsabilité de prêcher l'Évangile ¶
Or, il y a de nombreuses dettes que nous devons au Seigneur. Il y a la dette de prêcher cet Évangile à une génération méchante et perverse — ce sont les paroles du Seigneur, ne m'accusez donc pas d'appeler le monde méchant. Il l'est. Je puis en témoigner d'après ce que j'en ai vu, et je vous assure n'en avoir vu qu'une infime partie. Mais le monde d'aujourd'hui est souillé, ivre, saturé et empesté par le tabac. Le monde est plein d'immoralité. C'est un monde déchu ; il est un monde déchu depuis qu'Adam fut chassé du jardin d'Éden, et pourtant nous y sommes, et le Seigneur nous a donné la mission de l'assister, d'être ses agents dans ce monde, pour le régénérer, autant qu'il est possible d'accomplir cette régénération. Cela ne sera jamais pleinement accompli, en ce qui nous concerne ; nous n'allons pas, par notre prédication, sauver un très grand nombre d'âmes. ¶
Le Seigneur a donné aux hommes leur libre arbitre. Ils peuvent agir pour eux-mêmes, ils peuvent choisir de faire le bien, ou ils peuvent choisir de faire le mal, avec les récompenses qui s'ensuivent, et la plupart des hommes choisissent de faire le mal. Le Seigneur a dit que les hommes préfèrent les ténèbres à la lumière, parce que leurs œuvres sont mauvaises. Pourtant, notre mission, je le répète, est, autant qu'il est en notre pouvoir, de régénérer, d'amener au repentir, aussi grand nombre que possible des enfants de notre Père céleste. C'est là l'une de nos dettes ; c'est une obligation que le Seigneur a placée sur l'Église, et plus particulièrement sur les collèges de la prêtrise de l'Église, et pourtant cette obligation appartient à chaque âme. ¶
C'est le devoir de chaque membre de cette Église de prêcher l'Évangile par le précepte et par l'exemple. Frère George F. Richards a cité ce matin les Écritures, où le Seigneur dit que c'est notre devoir d'avertir le monde, et que c'est le devoir de chaque personne ainsi avertie d'avertir son prochain, et s'il avertit ses voisins, alors ceux-ci sont laissés sans excuse, et leur sang retombe sur leur propre tête. Notre mission est d'avertir. C'est là l'une de nos obligations, et nous devons cette dette au monde. ¶
L'obligation assumée en prenant la sainte-cène ¶
J'ai déjà attiré l'attention sur le fait que nous sommes redevables envers le Seigneur Jésus-Christ. Je veux en dire un peu plus à ce sujet. Nous allons, si nous nous acquittons de nos devoirs, au service de la sainte-cène chaque dimanche ; nous prenons le pain représentant le corps brisé de notre Rédempteur ; nous buvons l'eau en souvenir de son sang qui fut versé ; et nous assumons des obligations de faire certaines choses précises. Nous sommes placés sous alliance de faire quoi ? De prendre sur nous le nom de Jésus-Christ, de toujours nous souvenir de lui, de garder les commandements qu'il nous a donnés. Ce sont ces trois choses que nous nous engageons par alliance à faire chaque fois que nous mangeons ce pain, chaque fois que nous buvons cette eau qui a été dédiée, consacrée, à ce dessein même. ¶
Nous sommes donc redevables, ou tenus, de prendre sur nous le nom de Jésus-Christ. Ceci est l'Église de Jésus-Christ, et en prenant sur nous son nom, nous sommes tenus de le respecter, de nous souvenir de ce qu'il a fait pour nous, et nous nous engageons par alliance à garder ses commandements. ¶
Y pensons-nous sérieusement ? Pouvons-nous manger et boire en souvenir du corps et du sang du Christ, puis sortir aussitôt pour violer ses commandements ? Réalisons-nous la nature et l'importance de cette grande alliance que nous prenons sur nous et que nous renouvelons chaque semaine de notre vie — ou du moins que nous avons la possibilité de renouveler chaque semaine de notre vie ? Nous sommes tenus de prier. J'ai eu l'audace de dire (et j'avoue que je ne pourrais pas le prouver, mais je le crois) que nous ne sommes pas un peuple qui prie. Je nuancerai cela dans cette mesure, en disant que trop d'entre nous ne prient pas. Nous ne nous mettons pas à genoux, nous ne nous humilions pas, nous ne nous présentons pas devant le Seigneur avec cet esprit contrit qu'il voudrait que nous ayons, et tel qu'on nous a enseigné à le faire. ¶
Le bon nom de l'Église à préserver ¶
Il y a une autre obligation, une autre dette que nous avons. Nous devons, en tant qu'Église et en tant qu'individus, nous garder purs ; notre esprit pur, notre âme propre, non contaminée par les péchés du monde. C'est le devoir de chacun de nous individuellement de préserver le bon nom de cette Église sans tache. Or, on nous a accusés de bien des choses. Il n'y a pas un crime dans la liste qui n'ait été imputé aux membres de l'Église. Et le Seigneur a dit qu'il en serait ainsi, que des hommes méchants diraient du mal de la vérité. Nous devrions nous réjouir quand ils font cela, non pas du fait que nous soyons ainsi accusés par ceux qui portent un faux témoignage, mais du fait que nous sommes innocents de toutes ces choses. C'est de cela que nous devrions nous réjouir. ¶
Mais c'est notre devoir, en tant qu'Église, en tant que communautés, de préserver le bon nom de cette Église au-dessus de tout reproche, et c'est le devoir de chaque membre individuel de cette Église de se garder pur, car chacun de nous porte avec lui le bon nom de l'Église, et chaque fois que nous faisons quelque chose de contraire à la droiture, si nous sommes impurs dans notre vie, si nous ne gardons pas les commandements que le Seigneur a donnés, c'est toute l'Église qui en souffre, et pas seulement l'individu coupable qui pèche, et nous devrions y penser. Si un homme pèche et que son péché est rendu public, le monde en blâme toute l'Église. On n'agirait ainsi avec aucune autre organisation sous le soleil. ¶
C'est donc notre obligation, et nous devons cette dette les uns envers les autres et envers l'Église tout entière, de nous conformer strictement à toutes ces lois et à tous ces commandements, de nous garder vertueux et purs, purs dans nos pensées, purs dans nos actions, purs dans nos paroles, exempts de blasphème, du fait de prendre le nom du Seigneur en vain. Nous avons une dette envers notre Père céleste en ce qui concerne la dîme, et nous en avons beaucoup entendu parler cet après-midi. ¶
Nous avons une dette en ce qui concerne le jeûne, et je crains que là aussi nous ayons échoué. Un jour a été mis à part pour le jeûne dans cette Église, et je crains que nous ayons rendu aussi facile que possible, par la manière dont nous tenons nos réunions, le fait pour les gens de négliger ce commandement, et je ne suis pas si certain que nous observions cette loi aussi strictement que les exigences nous le demandent. ¶
Permettez-moi de vous lire quelques mots de la section 59 de Doctrine et Alliances. ¶
On a parlé des dix commandements ce matin. Il ne fera pas de mal que je répète ce qui est écrit ici, à partir du verset 5, dans la section 59 de Doctrine et Alliances : C'est pourquoi, je leur donne un commandement qui dit ceci : Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de tout ton pouvoir, de tout ton esprit et de toute ta force ; et tu le serviras au nom de Jésus-Christ. ¶
Tu aimeras ton prochain comme toi-même. ¶
L'Esprit du Seigneur retiré aux méchants ¶
Voici deux grands commandements. Nous sommes tenus, nous sommes redevables, d'aimer le Seigneur notre Dieu de tout notre cœur, de tout notre pouvoir, de tout notre esprit, de toute notre force, et de le faire tout entier au nom de Jésus-Christ. Nous sommes redevables et tenus d'aimer notre prochain, et si le monde avait seulement aimé son prochain, il ne serait pas aujourd'hui déchiré comme il l'est. Tout ce qui s'est abattu sur lui vient de sa méchanceté, et du fait que les habitants de la terre ont violé les commandements et ont perdu l'Esprit du Seigneur — et quand je dis qu'ils ont perdu l'Esprit du Seigneur, je ne parle pas du Saint-Esprit. Ils n'ont jamais eu le Saint-Esprit. Mais le Seigneur a donné à chaque homme qui vient dans ce monde la conduite de l'Esprit du Christ, ou lumière de la vérité, et bien des fois nous en parlons comme de l'Esprit du Seigneur, et dans plusieurs des révélations, on en parle comme de l'Esprit du Seigneur. Cet Esprit du Christ est donné à chaque homme qui vient au monde. ¶
Mais le Seigneur a retiré cet Esprit dans une large mesure, à cause de la méchanceté du monde. Le Seigneur a dit : Moi, le Seigneur, je suis en colère contre les méchants ; je refuse mon Esprit aux habitants de la terre. (D. & A. 63:32.) C'est ce que le Seigneur a dit il y a cent ans. Il ne refuse pas le Saint-Esprit au monde, car il ne l'a jamais eu, mais cette lumière de la vérité, cette conduite qui vient à chaque homme, qui conduirait les hommes à la vérité s'ils voulaient seulement l'écouter, leur est retirée à cause de leur méchanceté. ¶
Maintenant, je vais reprendre ce que j'avais commencé à lire : Tu ne déroberas pas et tu ne commettras pas d'adultère, ni ne tueras, ni ne feras rien de semblable. ¶
Tu remercieras le Seigneur, ton Dieu, en toutes choses. ¶
Tu offriras un sacrifice en justice au Seigneur, ton Dieu, celui d'un cœur brisé et d'un esprit contrit. ¶
Et afin de te préserver plus complètement des souillures du monde, tu iras en mon saint jour à la maison de prière et tu y offriras tes sacrements. ¶
C'est là une autre obligation, et un grand pourcentage des membres de l'Église ne parvient pas à acquitter cette dette, ou à tenir cette obligation. ¶
Notre obligation envers ceux qui sont morts
Or, une dernière obligation dont je veux parler, en conclusion. Nous avons une obligation non seulement envers les vivants, mais aussi envers les morts. Le Seigneur, dans sa miséricorde et sa justice, accorde à tout homme la possibilité de se repentir et de recevoir son Évangile. Des millions sont morts sans ce privilège. Ils sont entrés dans le monde des esprits sans connaître Jésus-Christ, sans avoir eu l'occasion de recevoir la rémission de leurs péchés. Nous avons une dette envers eux. Nous devrions rechercher les registres de nos morts et les préparer afin de pouvoir aller dans les temples du Seigneur et y accomplir les ordonnances pour leur salut. ¶
Le prophète Joseph a dit que c'est la plus grande responsabilité que le Seigneur ait placée sur nous. Or, quand il a dit cela, il voulait évidemment dire la plus grande responsabilité sur le plan individuel. ¶
Il y a une autre responsabilité tout aussi grande qui nous appartient collectivement, en tant que collèges de la prêtrise et en tant que membres de l'Église, et c'est, comme je l'ai déjà dit, de prêcher cet Évangile à une génération perverse et méchante. ¶
Or, mes chers frères, que le Seigneur vous bénisse. « Ceignons nos reins », comme le disent les Écritures, et allons de tout notre pouvoir accomplir les choses que le Seigneur nous a appelés à accomplir, en gardant ses commandements, en donnant l'exemple à tous les hommes, afin qu'ils puissent le suivre, en étant humbles, en étant vrais, et je le demande au nom du Seigneur Jésus-Christ. Amen. ¶