La calomnie, une arme mortelle
David O. McKay
Selon les mots de Pierre sur la montagne de la Transfiguration, « il est bon d'être ici ». Cette exclamation exprime le sentiment des Saints des derniers jours chaque fois qu'ils se réunissent avec sincérité de dessein pour adorer le Seigneur. ¶
Nos âmes sont enrichies, non seulement par ce qui est dit, mais par ce qui est ressenti du simple fait d'être ensemble. Je prie d'être guidé par ce même esprit pendant les quelques instants où je me tiendrai devant vous. ¶
L'un des devoirs primordiaux, je dirais même le devoir primordial des parents, est de gagner et de mériter la confiance et le respect de leurs enfants. Il est tout aussi primordial, dans la vie d'un épiscopat de paroisse, de gagner et de mériter la confiance des membres de sa paroisse. Trop peu de parents ont la confiance de leurs enfants. Il y a trop peu de dirigeants de l'Église qui ont la confiance des membres, en particulier des jeunes des paroisses et des pieux. ¶
Je me sens poussé à dire un mot sur quelque chose qui détruit cette confiance. Le Sauveur a dit un jour : Ne jugez pas, afin que vous ne soyez pas jugés. ¶
Car on vous jugera du jugement dont vous jugez, et l'on vous mesurera avec la mesure dont vous mesurez. ¶
Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l'œil de ton frère, et n'aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil ? ¶
Puis, en termes de forte condamnation, il dit : Hypocrite, ôte premièrement la poutre de ton œil, et alors tu verras comment ôter la paille de l'œil de ton frère. (Matt. 7:1-3, 5.) Le contexte de ce passage indique clairement que le péché que condamne le Sauveur est la disposition à porter un regard défavorable sur le caractère et les actions d'autrui, ce qui conduit presque invariablement à prononcer sur eux des jugements hâtifs, injustes et disgracieux. Très souvent, ces jugements se forment à partir de preuves insuffisantes et après des observations superficielles, et les personnes qui les forment et les expriment en présence d'enfants mettent du poison dans l'esprit de ces enfants. Les parents qui parlent à table contre l'épiscopat, contre un instructeur, un président de pieu ou tout autre dirigeant de l'Église diminuent, peut-être sans le vouloir, mais très certainement, dans l'esprit de leurs enfants, le respect et la confiance envers les autorités de l'Église. ¶
La calomnie — Une arme mortelle ¶
L'une des armes de guerre les plus mortelles est le gaz toxique. La calomnie est, pour la confiance d'un enfant envers les autorités de l'Église, dans la destruction du caractère, ce que le gaz toxique est pour le corps physique. C'est une image forte, mais je crois qu'elle est vraie. Nous devrions fuir comme un poison la « calomnie dont le murmure, à travers tout le diamètre du monde, aussi sûrement que le canon à son flanc, transporte son projectile empoisonné. » ¶
Voici une lettre qui illustre ce que je veux dire à propos des gens qui forment des jugements hâtifs, qui jugent sans preuves suffisantes. J'hésite à m'y référer parce que, d'une certaine manière, elle est élogieuse, et aussi parce que son auteur a fait ce que le Sauveur nous a demandé de faire ; à savoir : « Si tu as quelque chose contre ton frère, va le trouver. Réglez votre différend entre toi et lui seul. » Mais il y a d'autres éléments dans cette lettre qui m'incitent à vous la lire comme illustration de ce thème. J'espère que l'auteur entendra ou lira ce que je dis. Il se peut aussi que d'autres pensent de la même façon que cette lettre. ¶
Je cite : Je vous écris au sujet des statistiques de l'Église qui sont lues du haut de la tribune lors des conférences d'avril chaque année et qui sont ensuite publiées dans les journaux de Salt Lake. Certains de mes amis et moi-même avons été plutôt perplexes devant les chiffres tels qu'ils sont communiqués chaque année. Nous ne pouvions pas comprendre l'accroissement considérable du nombre de membres de l'Église depuis 1938 par rapport aux années précédentes. Nous avons tous conservé les statistiques depuis leur première publication. L'un de mes amis est expert-comptable agréé. Il était aussi perplexe que le reste d'entre nous jusqu'à ce qu'il découvre que, bien que le nombre d'enfants baptisés dans les pieux et les missions et de convertis baptisés dans les pieux et les missions ait été ajouté au nombre de membres de l'Église, aucune déduction n'avait été faite au titre des décès parmi les membres de l'Église dans le monde entier. ¶
Vient ensuite cette insinuation ou accusation : Bien sûr, nous savons tous que cette méthode est utilisée par l'Église catholique romaine, mais est-elle honnête ? Selon des chiffres publiés récemment par le conseil de santé de l'État, il y a eu cinq mille deux cent quatre-vingt-douze décès dans l'Utah en 1943. Ces chiffres sont incomplets. Nous savons que nous avons un grand nombre de membres de l'Église dans l'Utah, ainsi que dans l'Idaho, au Canada et dans d'autres régions des États-Unis. Je pense qu'un chiffre prudent pour le nombre de décès dans notre Église chaque année serait d'environ cinq mille. Quel que soit le chiffre exact, ne serait-il pas plus honnête de déduire ces chiffres du nombre de membres de notre Église, plutôt que de garder des morts sur nos listes ? Je suis aussi désireux que quiconque dans notre Église aujourd'hui de voir croître notre effectif, mais je veux le voir croître par des moyens honnêtes. ¶
Puis vient le venin, je ne sais contre qui : Bien sûr, nous pouvons deviner le nom de l'homme responsable de cette façon fantaisiste de tenir les comptes, mais moins on en parlera, mieux cela vaudra. ¶
Il répond
C'est cette accusation et cette pointe de venin qui m'incitent à dire ce que je vais dire. Je lui ai répondu : Dans votre paragraphe de conclusion, vous dites que vous êtes aussi désireux que quiconque dans notre Église aujourd'hui de voir croître notre effectif, mais que vous voulez le voir croître par des moyens honnêtes. L'implication de cette déclaration est, bien sûr, une insulte envers les autorités de l'Église, et la pensée qui la sous-tend est indigne de tout Saint des derniers jours fidèle. Pour votre information, je suis heureux de vous donner les précisions suivantes concernant la collecte des statistiques, qui ne sont peut-être pas entièrement exactes, mais qui, en tout cas, sont honnêtes. J'ai appelé l'Épiscopat président pour connaître la méthode de collecte des statistiques. Chaque paroisse reçoit ce qu'on appelle le formulaire E, qui est une copie du registre des membres de la paroisse couvrant les mariages, les divorces, les naissances, les bénédictions, les confirmations, les ordinations, les décès et les excommunications. Au début de chaque année, les membres de la paroisse sont répartis selon les détenteurs de la prêtrise : grands prêtres, soixante-dix, anciens, prêtres, instructeurs et diacres, nombre de membres masculins, nombre de membres féminins, nombre d'enfants de sexe masculin et nombre d'enfants de sexe féminin ; puis, juste après, il y a des colonnes couvrant les augmentations : ceux qui ont été baptisés, les convertis et les enfants, ceux reçus d'autres paroisses, des missions, les enfants bénis. Viennent ensuite les diminutions : transférés dans d'autres paroisses, transférés dans des missions, décès et radiations du registre, enfants de plus de neuf ans non baptisés. Ceux-ci ne sont pas comptés comme membres. Ce sont des diminutions. Le total des diminutions. Le total des diminutions est ensuite soustrait du nombre de membres au 1er janvier, plus les augmentations de l'année, ce qui donne le nombre exact de membres de la paroisse au 31 décembre de chaque année. ¶
Dans le paragraphe ci-dessus, vous verrez que chaque décès est signalé dans la paroisse et déduit du nombre de membres de la paroisse. ¶
Il condamne cette attitude
Nous félicitons cet auteur pour l'intérêt qu'il porte à l'Église, ainsi que ses associés et l'expert-comptable, mais nous condamnons les conclusions hâtives et erronées, et leur conclusion que certains hommes dans l'Église n'ont pas été honnêtes dans la communication des statistiques. En imaginant ce petit groupe travaillant sans relâche, vérifiant ces chiffres, je crois pouvoir entendre des remarques disgracieuses. Nous sommes fondés dans cette conclusion par cette déclaration venimeuse au sujet d'un homme qui, insinue-t-il, n'est pas tout à fait strictement honnête. ¶
Je ne sais pas combien de jeunes ont entendu cela ; mais ceux qui l'ont entendu ont reçu du poison dans leur vie et les graines de la méfiance semées dans leurs pensées envers les autorités de l'Église. Je ne connais rien dans notre vie de famille qui tende à pousser les jeunes à s'écarter de leurs devoirs envers l'Église ou du chemin de la vertu dans l'Église aussi rapidement et aussi efficacement que la critique de la part des parents ; même parler avec légèreté des faiblesses des évêques ; même faire des remarques désobligeantes sur les instructrices visiteuses de la Société de secours qui viennent, ou se moquer des instructeurs de paroisse, ou dire que les visites des instructeurs de paroisse ne sont pas efficaces. Ces choses, en présence des enfants, sont comme des termites qui rongent les fondations de votre maison et remontent dans la charpente. ¶
Parents, vous ne verrez peut-être pas tout de suite l'effet néfaste de tout cela, mais plus tard dans la vie, lorsque vous constaterez que le caractère est miné, vous vous demanderez peut-être ce qui ne va pas. Alors, trop tard, vous découvrirez peut-être que des termites ont miné la foi — les termites de la calomnie, de la critique. ¶
Le Seigneur nous a mis en garde contre la critique depuis le commencement. Il a dit que c'est le devoir de l'instructeur de veiller à ce qu'il n'y ait ni médisance ni mauvaises paroles. ¶
Une organisation merveilleuse
Quelle organisation merveilleuse est l'Église, et comme, dans chaque détail, le Seigneur semble avoir signalé les dangers, tout comme il a montré la route pavée vers le bonheur et la réussite. ¶
J'ai dit que le devoir premier des parents est de gagner et de mériter la confiance — la confiance de leurs enfants. Si vous ne l'avez pas, vous feriez mieux de vous inquiéter, vous feriez mieux de prier. Vous pourriez les perdre. Un tiers des enfants du Seigneur se sont détournés. Ils avaient leur libre arbitre. Mais prions Dieu de nous donner le pouvoir de gagner la confiance de nos enfants. ¶
Et vous, épiscopats, vous, pères des paroisses — priez pour avoir la confiance des membres. Et si vous avez quelque chose contre quelqu'un, allez le trouver. ¶
On raconte l'histoire d'un groupe de botanistes qui, cherchant certaines fleurs particulières dans les Rocheuses canadiennes, arrivèrent un jour devant une fleur très rare, à flanc de falaise. Pour l'atteindre, ils auraient dû rebrousser chemin et redescendre dix milles pour remonter depuis la vallée en contrebas. Quelqu'un suggéra que, s'ils avaient une corde, ils pourraient y descendre un garçon pour cueillir les spécimens. Cette suggestion était motivée par le fait qu'un petit garçon les suivait depuis environ une heure, les observant en silence. Ils se procurèrent la corde et dirent : Tiens, mon garçon, nous te donnerons 5 dollars si tu acceptes que nous attachions cette corde autour de toi et que nous te descendions pour aller chercher ces fleurs. ¶
Sans dire un mot, le garçon détala. Ils pensèrent l'avoir effrayé. Il se rendit à une maison voisine et revint bientôt accompagné d'un homme. Alors le petit bonhomme répondit : Vous pouvez m'attacher cette corde, et j'irai chercher la fleur, si vous laissez mon père tenir la corde. ¶
Que Dieu nous aide, en tant que parents et dirigeants de l'Église, à mériter une telle confiance de la part de nos garçons et de nos filles, c'est ma prière, au nom de Jésus-Christ. Amen. ¶