Des chefs, non des dépendants
Marion G. Romney
Depuis la conférence d'octobre dernier, il y a six mois, j'ai vécu une expérience des plus inhabituelles. Avec frère Roscoe W. Eardley, j'ai visité plus de cent vingt des cent quarante-trois pieux de l'Église, dans ce que l'on pourrait appeler une tournée d'inspection des projets et activités d'entraide. Nous avons tenu des réunions régionales d'entraide dans seize des dix-sept régions d'entraide. J'ai apprécié cette mission et la manière généreuse avec laquelle vous, frères, nous avez reçus. ¶
Le but du plan d'entraide ¶
Étant ainsi intensément engagé dans les activités d'entraide de l'Église, je suis amené à en évoquer certaines ici. En avril 1936 — il y a tout juste sept ans — la Première Présidence, dans « Un message important aux présidents de pieu et aux épiscopats de l'Église », exposa les principes directeurs du « plan d'entraide de l'Église ». À la conférence d'octobre suivante, elle lut un rapport de ce qui avait été accompli durant les six mois écoulés. La raison de l'instauration du plan fut exposée ainsi : Notre but premier était d'établir, autant que possible, un système par lequel la malédiction de l'oisiveté serait abolie, les maux de l'assistanat supprimés, et l'indépendance, le travail assidu, l'épargne et le respect de soi rétablis une fois de plus parmi notre peuple. Le travail doit être réintronisé comme principe directeur de la vie des membres de notre Église. . . . L'Église vise à contribuer aux soins et à la subsistance de ceux qui bénéficient d'une aide directe — fédérale, d'État ou de comté — ainsi que de ceux dont elle s'est occupée jusqu'ici. ¶
Les progrès accomplis dans la production d'entraide depuis le début ont été remarquables. La preuve en est manifeste dans chaque pieu. Un registre du temps, des moyens et de l'enthousiasme volontairement consacrés à la production et à la transformation pour l'entraide remplirait des volumes. ¶
De ces premières instructions générales données en avril 1936, selon lesquelles « chaque évêque devrait viser à avoir accumulé, avant la conférence d'octobre suivante, suffisamment de nourriture et de vêtements pour subvenir aux besoins de chaque famille nécessiteuse de sa paroisse durant l'hiver à venir », s'est développé ce que l'on en est venu à appeler « le budget annuel d'entraide de toute l'Église », préparé chaque année avec grand soin. Celui de 1943, que vous avez maintenant entre les mains, s'il est produit, transformé et livré aux entrepôts des évêques, fournira quatre-vingts pour cent des nécessités de la vie à treize mille personnes. Nous acquérons une expérience très précieuse dans la production. ¶
Il y a cependant deux objectifs de l'entraide de l'Église pour l'accomplissement desquels nous devons accélérer nos efforts. Premièrement, nous devons, avec prière et diligence, chercher à développer la production et d'autres projets par lesquels un travail, c'est-à-dire un emploi, adapté à la capacité de nos membres non autosuffisants, sera fourni, et deuxièmement, nous devons, avec vigueur et dans l'esprit de la vraie charité, qui est « l'amour pur du Christ » (Moroni 7:47), chercher à amener ces frères et sœurs à nous aider dans nos activités d'entraide et à être pris en charge selon la méthode de l'entraide. C'est seulement ainsi que nous pourrons contribuer à abolir la malédiction de l'oisiveté, supprimer les maux de l'assistanat, et rétablir une fois de plus le travail assidu, l'épargne et le respect de soi parmi notre peuple. ¶
Le devoir des membres de l'Église d'être des chefs ¶
Il subsiste encore parmi nous une tendance à placer notre espoir et notre confiance pour la sécurité économique dans les organismes gouvernementaux et autres organismes d'aide sociale, plutôt que dans notre propre travail. Nous n'avons rien à faire à nous laisser emporter par les fausses panacées du monde. Nous sommes les membres de l'Église du Christ. L'Église et ses membres doivent être des chefs — et non des dépendants — dans la solution des problèmes qui se posent à nous. Nous, membres de l'Église, possédons « mon alliance éternelle, la plénitude de mon Évangile » (D. et A. 66:2), qui doit être notre guide pour résoudre toutes les questions. À ce sujet, le Seigneur a ainsi parlé : Et c'est ainsi que j'ai envoyé mon alliance éternelle dans le monde, pour qu'elle soit une lumière pour le monde et une bannière pour mon peuple, pour que les Gentils la recherchent et pour qu'elle soit une messagère devant ma face, pour préparer le chemin devant moi. ¶
Et de nouveau, en donnant des instructions pour l'organisation de son peuple, réglant et établissant les affaires de l'entrepôt pour les pauvres de son peuple, le Seigneur déclara son dessein en ces termes : afin que par ma providence, malgré les tribulations qui s'abattront sur vous, l'Église reste indépendante par-dessus toutes les autres créations en dessous du monde céleste. (D. et A. 78:14) ¶
Or, le plan d'entraide indique la voie vers cette indépendance. À la base de cette voie se trouvent quelques principes fondamentaux que les saints des derniers jours — et tous les peuples du monde, d'ailleurs — doivent pratiquer. ¶
Premièrement, chaque individu devrait apprécier son indépendance et travailler de toutes ses forces à la maintenir en étant autosuffisant. C'est ce que le Seigneur nous a enjoint lorsque, du jardin d'Éden, il envoya nos premiers parents avec le commandement sévère : « C'est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain, jusqu'à ce que tu retournes à la terre » (Genèse 3:19). ¶
Deuxièmement, après lui-même, la responsabilité de subvenir aux besoins d'un individu incombe à sa famille — les parents pour leurs enfants, les enfants pour leurs parents. C'est un enfant ingrat qui, ayant les moyens, refuse d'aider ses parents à demeurer indépendants de l'assistance. ¶
Enfin, l'individu ayant fait tout ce qu'il peut pour subvenir à ses propres besoins, et les membres de sa famille ayant fait ce qu'ils peuvent pour l'aider, alors l'Église, par le plan d'entraide, se tient prête à veiller à ce que ses membres, qui accepteront le plan et y travailleront dans la mesure de leurs capacités, soient chacun pris en charge « selon sa famille, selon sa situation, ses besoins et ce qui lui est nécessaire » (D. et A. 51:3). ¶
Un exemple d'autosuffisance ¶
Voici un exemple de ce que j'entends par accepter le plan et y travailler dans la mesure de ses capacités. ¶
Il y a un évêque entreprenant dans l'Église qui avait, vivant dans sa paroisse, un ébéniste retraité, possédant suffisamment d'outils et de machines pour équiper un petit atelier. Selon la méthode de l'entraide, un atelier fut construit, équipé et approvisionné en bois et autres matériaux nécessaires. Dans cet atelier, on fabrique des articles tels que des tables, des bancs, des chaises et des armoires. Beaucoup d'entre eux ont été placés dans nos édifices de culte de cette région. Le jour où j'ai appris l'existence de ce projet, j'ai été heureux d'y voir un frère âgé qui, bien des années auparavant, m'avait aidé à apprendre le métier de charpentier. Il a dépassé les années les plus actives de sa vie et ne peut plus tenir un emploi dans le monde concurrentiel. Il peut cependant accomplir un travail considérable dans cet atelier. Il répondit avec entrain à l'invitation et y donne pleinement ses services. De l'entrepôt des évêques, bien approvisionné grâce aux offrandes de jeûne et aux denrées produites par l'entraide, il reçoit de quoi vivre confortablement. Il subvient ainsi à ses besoins et à ceux de sa femme. Cette réussite a été reproduite bien des fois dans nos Deseret Industries et sur d'autres projets d'entraide. ¶
L'Église a en elle-même le pouvoir de rendre autosuffisant, de la même manière, chacun de ses membres qui peut faire quelque chose, si seulement les dirigeants veulent bien user de ce pouvoir dans l'esprit de leur appel, et si notre peuple se convertit, travaille et se laisse prendre en charge selon la méthode de l'entraide. ¶
Le besoin de projets permanents ¶
Je le répète encore, mes frères, vous et les membres de l'Église en général avez répondu magnifiquement aux appels qui vous ont été lancés en faveur de l'entraide de l'Église. Vous avez donné du temps, de l'argent, du travail et des biens sans compter. Une chose de plus est requise. Pour réussir pleinement, nous devons nous consacrer à la résolution des problèmes individuels de nos frères et sœurs. Si nous voulons les rapprocher de nous, les gagner à la méthode de l'entraide, nous devons nous intéresser à eux en tant qu'individus, dans la résolution de leurs problèmes personnels et dans la réussite de leur vie, autant, sinon plus, que nous nous intéressons à l'obtention des biens matériels qui soutiennent leur vie. Nous devons développer des projets qui feront appel au service qu'ils peuvent rendre et leur démontrer que le plan a autant besoin d'eux qu'ils ont besoin de lui. ¶
Nous sommes actuellement en train d'acquérir et de développer des projets permanents. C'est bien. Nous avons besoin de projets permanents pour assurer la production des nécessités de la vie. Nous en avons besoin afin d'avoir un lieu où nos membres puissent travailler à produire ces nécessités lorsque leur emploi actuel prendra fin. À mesure que nous développons ces projets, restons proches des personnes qui devraient être soutenues par leurs produits. Faisons-les participer et donnons-leur une part dans le développement. À moins qu'ils ne travaillent sur les projets, à moins qu'il n'y ait des projets sur lesquels ils puissent travailler, selon leurs capacités, et subvenir ainsi à leurs propres besoins et réhabiliter leur vie, le plan d'entraide n'aura pas pleinement rempli son but. ¶
Un véritable service requis ¶
Oh ! Je sais qu'une telle approche exige un service patient, intelligent, dévoué et christique. Je sais qu'il est plus facile de simplement donner de l'argent ou d'aller faire le travail nous-mêmes, mais donner de l'argent et faire le travail nous-mêmes ne suffira pas à édifier et à réhabiliter nos frères. Nous faisons souvent pour nos enfants ce qu'ils devraient faire eux-mêmes, plutôt que de consacrer le temps, l'effort et la patience nécessaires pour leur apprendre à le faire, et pour les inciter à le faire. Mais à quelle fin ? À la ruine de nos enfants, dans bien des cas. ¶
Par le plan d'entraide, nous ferons une application pratique du commandement divin : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Lévitique 19:18). Lorsque nous le ferons, « la malédiction de l'oisiveté sera abolie, les maux de l'assistanat supprimés, et l'indépendance, le travail assidu, l'épargne et le respect de soi rétablis une fois de plus parmi notre peuple ». Alors l'Église « restera indépendante par-dessus toutes les autres créations en dessous du monde céleste », véritablement « une lumière ... pour que les Gentils la recherchent ». ¶
Que Dieu nous aide à hâter ce jour, je le prie humblement au nom de Jésus-Christ. Amen. ¶