La grandeur d'une nation
David O. McKay
C'est ainsi que, dans la mesure où vous garderez mes commandements, vous prospérerez, et serez conduits à une terre de promission. (1 Néphi 2:20) ¶
Cette promesse inspirée, faite il y a plus de deux mille ans, se rapportait à l'Amérique, envers laquelle tout véritable Américain peut dire en son cœur : Respire-t-il, un homme, à l'âme si morte, qui ne se soit jamais dit à lui-même : Voici ma propre terre, ma terre natale ! ¶
Dont le cœur ne s'est jamais embrasé en lui, quand il a tourné ses pas vers le foyer, revenant d'un vagabondage sur une rive étrangère ! ¶
Une terre bénie de Dieu ¶
Dans la forêt géante du parc national des Séquoias se dresse encore aujourd'hui un arbre vivant qui avait trois mille ans lorsque Colomb découvrit l'Amérique. On ne peut se tenir aux côtés de cet arbre, en toute probabilité la plus vieille chose vivante du monde, sans souhaiter qu'il eût l'intelligence et le pouvoir de raconter l'histoire des races et des peuples qui, pendant quarante siècles, ont vécu, prospéré et décliné sur cette terre, la plus précieuse et la plus merveilleuse de toutes. L'origine et l'essor des Incas ont peut-être précédé la naissance de ce vieil arbre, et il se peut que la venue des Jarédites ait précédé de quelques centaines d'années le commencement de cet arbre ancien, mais la chute des Jarédites, le début, l'essor et la fin des Néphites, l'afflux des peuples européens, la conquête du Mexique, l'asservissement des Indiens, et le rayonnement de la civilisation européenne, tout cela s'est produit dans la durée de vie de cette chose admirable, inspirant la crainte, bravant la mort, et divinement créée. Des nations se sont élevées et des nations ont péri sur le continent américain — une terre sur laquelle il est décrété qu'aucun roi ne régnera jamais. ¶
Pour chacune et pour toutes ces nations, cette terre fut une terre bénie, et aujourd'hui elle est plus glorieuse que jamais. Aucun observateur ne peut voyager des plages ensoleillées du Pacifique jusqu'aux collines boisées et aux rivières productrices d'énergie de la Nouvelle-Angleterre sans être saisi par la grandeur de ces États-Unis. Les déserts peints de l'Ouest, tapissés de fleurs au printemps, et recélant une beauté cachée et un intérêt captivant en toute saison — les monuments inspirants des Rocheuses, abritant des neiges qui servent de réservoirs pour les récoltes dans les vallées en contrebas — les canyons pleins de couleurs, peints par le Créateur Lui-même seul — la fertile vallée productrice de nourriture du Mississippi — les puissantes forêts du Nord-Ouest — les rivières navigables — le climat, variant pour convenir à tous les besoins et toutes les conditions — tout cela, et mille autres traits également glorieux et productifs, témoignent de la déclaration séculaire selon laquelle celle-ci est une « terre préférable à toutes les autres terres », et inspirent tout patriote à dire : « Voici ma propre terre, ma terre natale. » Des millions d'Américains déclarent aujourd'hui avec Winthrop : « Notre pays, à chérir dans tous nos cœurs, à défendre de toutes nos mains. » ¶
L'Amérique, ce qui comprend le Canada et les républiques du Sud, était une terre de choix lorsque les Jarédites quittèrent le pays de Shinar il y a environ quatre mille ans. Il en fut de même quatorze cents ans plus tard, lorsque Léhi et sa colonie formèrent le noyau d'une nation, prospérèrent grâce à l'abondance du pays, et, après mille ans, périrent à cause de la transgression. ¶
L'Amérique était une grande terre lorsque les majestueux chefs indiens régnaient sur leurs tribus, qui prospéraient depuis la mer de Béring au nord jusqu'au Panama et aux imposants Andes au sud. ¶
Aujourd'hui, répondant aux exigences de la plus grande ère économique depuis l'aube de sa création, l'Amérique démontre l'immensité de ses ressources et l'étendue de ses possibilités naturelles comme jamais auparavant. Puissions-nous chanter : J'aime tes rochers et tes ruisseaux, tes bois et tes collines couronnées de temples ; mon cœur tressaille de ravissement comme celui d'en haut. ¶
Ce pays n'est pas seulement le plus précieux de toutes les terres, mais aussi désormais le gardien de la véritable liberté, et l'espoir de l'humanité civilisée ! ¶
Cependant, comme je l'ai déjà laissé entendre, un pays peut être aussi grand et aussi fécond que l'on voudra, une nation qui y subsiste peut néanmoins être impuissante et décadente. Comme Lyman Abbott l'a dit avec justesse : La grandeur d'une nation ne se mesure pas à ses champs fertiles, mais aux hommes qui cultivent ces champs ; ni à ses grandes forêts, mais aux hommes qui utilisent ces forêts ; ni à ses mines, mais aux hommes qui les exploitent. ¶
Dieu a rendu l'Amérique féconde ; c'est à l'homme de faire et de garder la nation grande. ¶
L'intégrité, chose fondamentale ¶
Le fondement d'un noble caractère, c'est l'intégrité. C'est à cette vertu que l'on peut juger la force d'une nation, comme celle d'un individu. Aucune nation ne pourra jamais devenir véritablement grande, ni gagner la confiance des autres peuples, si, pour servir ses propres fins égoïstes, elle considère par exemple un traité honorable comme « un simple chiffon de papier ». Aucune nation ne deviendra grande si ses représentants de confiance votent des lois pour leur profit personnel, profitent d'une charge publique pour se favoriser eux-mêmes ou satisfaire une vaine ambition, ou qui, par la falsification, la ruse et la fraude, dépouillent le gouvernement ou trahissent une charge de confiance publique. ¶
L'honnêteté, la sincérité de but, doivent être les traits dominants du caractère chez les dirigeants d'une nation qui se voudrait véritablement grande. ¶
« J'espère, disait George Washington, avoir toujours assez de vertu et de fermeté pour conserver ce que je considère comme le plus enviable de tous les titres — celui d'homme honnête. » ¶
C'est le caractère de Washington, plus encore que la brillance de son intelligence, qui fit de lui le choix de tous comme leur chef naturel lorsque les treize colonies d'origine décidèrent de rompre leurs liens avec la mère patrie. Comme le dit avec justesse l'un de ceux qui firent son éloge, le père de notre pays : Lorsqu'il parut parmi les orateurs éloquents, les penseurs ingénieux, les patriotes véhéments de la Révolution, sa modestie et sa retenue ne purent dissimuler sa supériorité ; on sentit aussitôt, par la nature même de son caractère, qu'il était leur chef. ¶
Les hommes au caractère solide comme l'acier, connus ou inconnus, qui s'efforcent d'imiter la force de son caractère, constituent aujourd'hui, comme toujours, le plus grand trésor de nos puissants et tant aimés États-Unis. ¶
Portant aussi témoignage de l'intégrité et de l'honneur comme éléments indispensables d'une nation véritablement grande, il y a la vie de l'immortel Lincoln, en qui fut « justifiée la grandeur d'une réelle bonté, et la bonté d'une réelle grandeur », et dont le caractère ne fera, au fil des siècles, que gagner un éclat plus brillant. ¶
Le trésor le plus pur que les temps mortels puissent offrir est une réputation sans tache : ôtez-la, et les hommes ne sont que boue dorée, ou argile peinte. ¶
(Richard II, Acte I, Sc. 1) ¶
Le foyer américain ¶
Un second élément essentiel et fondamental dans l'édification et la pérennité d'un grand peuple, c'est le foyer. « La force d'une nation, surtout d'une nation républicaine, réside dans les foyers intelligents et bien ordonnés de son peuple. » Si, et lorsque, le temps vient où les parents transfèrent à l'État la responsabilité d'élever leurs enfants, la stabilité de la nation sera minée, et son affaiblissement et sa désintégration auront commencé. ¶
Le taux croissant de divorce aux États-Unis aujourd'hui est une menace sérieuse pour la grandeur de cette nation. Le suicide de la race et les relations polygames en tandem, rendues possibles par des lois de divorce laxistes, sont des ennemis d'une vie nationale idéale. L'augmentation, dans tous les États-Unis, du pourcentage de divorces est alarmante, et ce mal insidieux progresse dans l'Église elle-même. Il y a trop de couples dans l'Église qui, lorsque des difficultés surgissent, cherchent le remède auprès des tribunaux du divorce. ¶
Dans un foyer bien ordonné, nous pouvons, sur cette terre, goûter un avant-goût du ciel. C'est là que le nourrisson, dans les caresses de sa mère, fait sa première expérience de sécurité ; trouve dans le baiser de sa mère la première réalisation de l'affection ; découvre dans la sympathie et la tendresse maternelle la première assurance qu'il existe de l'amour dans le monde. ¶
Il y a une semaine environ, les circonstances m'ont obligé à partager un wagon Pullman avec quarante jeunes soldats — des gentlemen, tous, à l'honneur de toute nation. Au cours d'une conversation, l'un d'eux fit cette remarque : « Les cheveux de mon père sont blancs, eux aussi » ; puis il ajouta, d'un ton qui exprimait la profondeur de son sentiment : « Comme j'aimerais voir cette vieille tête grise ce matin ! » ¶
Lui et ses compagnons se rendaient à un camp d'entraînement pour achever leur formation avant d'embarquer pour l'outre-mer. Ils se sont engagés pour défendre non seulement le libre arbitre de l'homme, mais aussi les droits et le caractère sacré du foyer et des êtres chers. Une telle affection pour le foyer et les êtres chers, comme celle que ressentait ce jeune soldat, rendra la mort préférable à la reddition devant un ennemi qui détruirait tout ce que les vrais soldats américains chérissent. ¶
Une nuisance nationale ¶
Ici, je dois mentionner un mal insidieux qui détruit, comme un termite, le fondement du caractère aussi bien que celui du foyer et de la nation. Je veux parler de l'accroissement alarmant de l'usage du tabac, particulièrement chez les jeunes. Je ne dirai rien de son inutilité, de son coût, de ses dommages pour la santé. Je m'en tiendrai seulement à son effet corrosif sur le caractère et à sa mal-propreté. ¶
Le respect des droits et des biens d'autrui est fondamental pour un bon gouvernement. C'est une marque de raffinement chez l'individu. C'est une vertu chrétienne fondamentale. La nicotine semble émousser, sinon tuer complètement, ce trait de véritable culture, et les femmes en deviennent rapidement les victimes pitoyables, et les pires contrevenantes de la société. Il existe encore quelques trains qui comportent des compartiments non-fumeurs, quelques restaurants avec des panneaux « Défense de fumer ». En violation de tels écriteaux, il n'est pourtant pas rare de voir une femme, au mépris total des sentiments de ses compagnons de voyage, être la première dans un wagon à allumer une cigarette. Une fois, lorsque le contrôleur attira poliment l'attention d'une dame sur le fait qu'il y avait un wagon-fumeurs à l'arrière, elle répondit avec placidité : « Oh, je suis tout à fait à l'aise ici, merci ! » ¶
Il n'est pas rare aujourd'hui de voir des commodes, des coiffeuses, des bureaux, des cheminées et d'autres meubles, dans des hôtels de première classe, abîmés par des cigarettes qui se sont consumées. Les cendres jonchent des tapis coûteux. Les gares, les halls de théâtre et d'hôtel sont jonchés d'allumettes brûlées, de mégots de cigarettes et de cigares. Fumer est devenu la nuisance numéro un de notre pays. Si les hommes et les femmes doivent fumer, et il semble que beaucoup soient désormais esclaves de cette habitude, alors, par souci de propreté et de netteté, et par fierté de notre pays, ainsi que par égard pour autrui, qu'ils s'abstiennent d'abîmer le mobilier, et de répandre des cendres, des allumettes brûlées et des mégots de cigarette dans les édifices où les gens se rassemblent, soit pour se divertir, soit pour s'instruire. À cause de cette étourderie, beaucoup de nos lieux publics sont aussi mal tenus que des granges négligées. ¶
J'en appelle aux jeunes gens et aux jeunes filles de l'Église pour qu'ils s'abstiennent de cette habitude répugnante. Aux évêques, je dirai : ne choisissez aucune personne pour servir comme officier ou instructeur dans vos collèges ou vos organisations auxiliaires si elle est coupable de faire usage du tabac. Si les instructeurs ne peuvent enseigner par l'exemple, leurs préceptes seront comme « un airain qui résonne, ou une cymbale qui retentit ». ¶
La chasteté, un facteur important ¶
J'ai mentionné le foyer comme le facteur le plus important dans l'édification d'une grande nation. Le plus vicieux ennemi de la vie de foyer est l'immoralité. À l'heure actuelle, les travailleurs sociaux sont très préoccupés par le nombre de jeunes filles âgées de quinze à dix-neuf ans qui semblent avoir perdu tout sens de la décence, et qui se sacrifient sans honte sur l'autel de la luxure. De ce mal, Victor Hugo écrit avec force : La loi sainte de Jésus-Christ gouverne notre civilisation, mais elle ne la pénètre pas encore ; on dit que l'esclavage a disparu de la civilisation européenne. C'est une erreur. Il existe encore ; mais il ne pèse plus que sur la femme, et il s'appelle la prostitution. ¶
La vie et l'ordre social lui ont dit leur dernier mot. Tout ce qui pouvait lui arriver lui est arrivé. Elle a tout supporté, tout enduré, tout expérimenté, tout souffert, tout perdu, tout pleuré. Elle est résignée de cette résignation qui ressemble à l'indifférence, comme la mort ressemble au sommeil. Elle ne fuit plus rien maintenant. Elle ne craint plus rien maintenant. Tous les nuages tombent sur elle et tous les océans déferlent sur elle ! ¶
Ce mal corrosif est tout aussi démoralisant pour le jeune homme que pour la jeune femme. Dans l'Église de Jésus-Christ des Saints des derniers jours, il n'y a pas de double norme de moralité. Le jeune homme devrait s'approcher de l'autel du mariage tout aussi digne de la paternité que sa bien-aimée l'est de la maternité. ¶
Et quel rapport tout cela a-t-il avec la grandeur d'une nation ? La réponse est évidente. Une eau pure ne coule pas d'une source polluée — ni une nation saine d'une parenté malade. ¶
La chasteté, et non l'indulgence, pendant les années prénuptiales, est la source de l'harmonie et du bonheur dans le foyer, et le principal facteur qui contribue à la santé et à la pérennité de la race. Toutes les vertus qui composent un beau caractère — loyauté, fiabilité, confiance, foi en Dieu, et fidélité envers l'homme — sont associées à ce diadème dans la couronne de la féminité vertueuse et de la virilité fidèle. ¶
La parole du Seigneur à Son Église est : Garde-toi pur des souillures du monde (Jacques 1:27). ¶
Oui, l'Amérique est une « terre préférable à toutes les autres terres ». Il incombe aux Américains d'édifier une nation puissante et supérieure. L'histoire des nations passées prouve que des nations, dans les terres les plus fécondes et les plus productives de toutes, peuvent devenir séniles et décadentes. ¶
Tandis que nos fils, nos bien-aimés et nos époux offrent leur vie pour défendre le don du libre arbitre accordé par Dieu, et pour le droit de vivre sans la domination de la tyrannie, œuvrons, nous membres de l'Église de Jésus-Christ des Saints des derniers jours, en tant que citoyens de notre pays bien-aimé, à faire en sorte que des hommes et des femmes de caractère droit, d'honneur irréprochable, soient élus à des fonctions publiques, que nos foyers soient préservés de la souillure et de la rupture par l'infidélité, que les enfants qui s'y trouvent soient élevés à garder les commandements du Seigneur, à être « honnêtes, vrais, chastes, bienveillants et vertueux, et à faire du bien à tous les hommes ». En chérissant de tels idéaux, nous pouvons dire de tout notre cœur, avec le poète Longfellow : Toi aussi, navigue, ô Vaisseau de l'État ! Navigue, ô Union, forte et grande ! L'humanité avec toutes ses craintes, avec tout l'espoir des années à venir, retient son souffle, suspendue à ton destin ! ¶
Dans la crise présente que traversent les nations du globe, je prie pour que cette grande nation, et le Dominion au nord, soient véritablement le havre de la liberté, et un guide sûr pour les peuples égarés du monde. ¶
Que les membres de l'Église de Jésus-Christ, prêchant l'Évangile rétabli, se souviennent toujours de l'injonction du Sauveur : « Vous êtes la lumière du monde... Que votre lumière luise ainsi devant les hommes, afin qu'ils voient vos bonnes œuvres, et qu'ils glorifient votre Père qui est dans les cieux » (Matt. 5:14,16). ¶