Les saints de France
Gaston Chappuis
Qui suis-je pour ajouter à ce qui a été dit, ou pour en retrancher ? Pourtant, frères, je désire ajouter mon humble témoignage aux témoignages qui ont été rendus jusqu'à présent. Je vous assure que je me sens très humble. Je n'aurais jamais rêvé d'occuper cette tribune. Je me suis senti très chanceux d'avoir été admis à la Conférence. Je suis certain, frères, que le Seigneur fera tourner les tribulations présentes au bien des saints. ¶
Une échappée remarquable ¶
Je vais vous raconter un ou deux exemples pour vous montrer précisément ce que je veux dire. Après l'occupation de la France et de la Belgique par les Allemands, j'ai eu le privilège de retourner en Belgique, pour y visiter la famille de ma femme et les saints de là-bas. Vous savez qu'ils sont organisés. Il y a un district de Belgique, et là j'ai eu le privilège de parler à notre président de district, le frère Devignez. Il fut l'un des saints qui quittèrent la ville de Liège lors de l'attaque, pour chercher refuge en France, et pendant qu'ils étaient sur la grand-route en Belgique, ils furent bloqués et furent témoins d'une attaque aérienne par des bombardiers en piqué Stuka. Le frère Devignez m'a dit : « Je n'ai jamais rien vu de tel. Le sang était aussi épais dans les rues que l'eau un jour de pluie », et il m'a témoigné qu'il savait que le Seigneur l'avait béni, lui et ses compagnons. Lorsque j'arrivai à Liège, j'entendis quelques critiques sur le bon berger abandonnant son troupeau. Certains des frères et sœurs qui avaient décidé de rester blâmaient la décision de ce frère de partir comme réfugié, alors qu'il en avait souvent parlé avant que la guerre n'atteigne la Belgique, et avait invité tous ceux qui le souhaitaient à se joindre au groupe. Je ne pouvais m'empêcher de penser combien cet homme était mieux préparé à diriger les saints après être revenu d'une telle expérience, sachant, comme il le savait, que le Seigneur lui avait épargné la vie -- que tout le groupe était revenu sain et sauf, y compris un bébé de dix mois ; que parmi ce groupe se trouvait un autre frère qui, face à la mort, était allé traire une vache dans un champ afin que le bébé de dix mois puisse être nourri. ¶
Renoncer à prendre la sainte-cène ¶
Frères, je vous témoigne que les saints là-bas prennent leur religion très au sérieux. Je connais une sœur de Paris qui gagne modestement sa vie en vendant de vieux objets sur ce que nous appelons le « marché aux puces », et pourtant je ne connais aucun membre qui ait jamais payé la dîme plus fidèlement que cette sœur. Après l'occupation de la France par les Allemands, elle s'abstint continuellement de prendre la sainte-cène, et ce, jusqu'à la toute fin, alors même qu'elle savait qu'elle n'aurait peut-être plus l'occasion de le faire pendant de nombreuses années ; elle se leva et rendit son témoignage le tout dernier jour. Elle était née en Lorraine, soit dit en passant. Elle a dit : « Frères et sœurs, je ne peux pas le faire. Mon cœur est plein de haine. Je ne peux pas les supporter », et elle refusa de prendre la sainte-cène. Or, je voudrais que nous puissions nous regarder avec la même attitude que celle de cette sœur avant de prendre la sainte-cène. ¶
Les conditions en Europe ¶
Frères, laissez-moi vous supplier de ne rien tenir pour acquis, pas même la nourriture qui est sur votre table. Si je pouvais seulement écrire à mes parents en Suisse, ou aux parents de ma femme en Belgique, pour leur dire que nous sommes rationnés en ce qui concerne les conserves, mais que nous pouvons avoir en abondance des fruits frais et des légumes frais et beaucoup de pommes de terre, ils penseraient que c'est une plaisanterie. Ils diraient : « Quel genre de rationnement est-ce là ? » Je ne peux m'empêcher de penser, chaque fois que j'étale un peu de beurre sur mon pain, que je suis resté debout des heures durant pour en obtenir quatre onces à Paris. ¶
Frères, appréciez-vous ce que l'Amérique représente pour vous ? Vous avez beaucoup entendu parler d'hommes offrant tout pour la cause de la démocratie et de la liberté ; et pourtant, l'automne dernier, en septembre, seulement quinze pour cent des électeurs ont choisi d'aller voter aux primaires dans cette ville. Parfois, il est plus facile de mourir pour une bonne cause que de vivre pour elle. ¶
Vous êtes choisis, en tant que membres de votre famille, pour venir habiter cette terre de Sion. Je me dis souvent : « Pourquoi est-ce moi, plutôt que mon frère ou ma sœur, ou quelqu'un d'autre de ma famille, qui a été choisi pour venir à Sion ? » J'ai des frères en Europe et ils sont tout aussi fidèles à l'Église, peut-être même plus que moi. Pourquoi était-ce moi ? Pourquoi est-ce vous, parmi les familles de vos ancêtres, qui avez été choisis pour venir à Sion ? ¶
Des bénédictions promises et réalisées ¶
Aussi, avant de terminer, je veux vous rendre mon témoignage que je sais que la puissance de Dieu est avec cette Église, et je crois en la révélation. Avant de partir en mission, j'ai été mis à part par le frère Joseph F. Merrill, et il a dit : « Nous le scellons contre le pouvoir du destructeur, lui et tous ses biens. » Ayant entendu cette même bénédiction prononcée sur d'autres missionnaires, j'ai pensé : « Eh bien, c'est comme un cliché, ou probablement une expression routinière. » Pourtant, je veux vous témoigner que j'ai vu ces mêmes paroles s'accomplir à la lettre en France, où tout autour de nous, des gens souffraient de la perte d'un parent ou de biens, personnels ou autres, mais nous seuls sommes restés là, sans avoir souffert ni dans notre corps, ni dans notre esprit, ni dans nos biens, à tel point que nous avions presque honte de rester là, relativement heureux, alors que nous étions témoins de tant de souffrance autour de nous. ¶
Les autorités de l'Église inspirées ¶
Je veux aussi vous témoigner que la révélation est dans cette Église. Simplement pour mémoire, je veux dire que les Autorités de l'Église furent inspirées lorsqu'elles retirèrent les missionnaires d'Europe au moment où elles l'ont fait. Lorsqu'ils furent d'abord rappelés au pays, il y eut beaucoup de contestation et de discussion quant à la sagesse de cette décision. Quand je suis rentré, mon billet coûtait trois fois plus cher qu'il n'aurait coûté au moment où les anciens furent retirés, et ce n'est que grâce à ma connaissance de la langue, ainsi que de l'allemand, que j'ai pu repartir aussi bien que je l'ai fait. Je témoigne que la puissance de Dieu est avec cette Église, et j'espère que nous puissions tous ressentir notre responsabilité et notre privilège, et rendre grâce au Seigneur, car le Seigneur est mécontent de nous lorsque nous manquons de montrer notre reconnaissance pour ses bénédictions. Que Dieu vous bénisse. Amen. ¶