Une foi vivante en un Dieu vivant
Albert E. Bowen
Notre réunion de ce matin semble désespérément en désaccord, dans son objet, avec les événements actuels qui nous enveloppent tous. Nous nous rassemblons pour adorer le Dieu d'amour au nom de son Fils, le Prince de la paix. Et alors même que nous parlons, le monde entier est embrasé par les flammes dévorantes de la guerre. En cet instant même, en des lieux lointains, des hommes sont aux prises dans une lutte à mort. ¶
Tant par son ampleur que par sa portée, le conflit actuel réduit à peu de chose ce que nous avons jusqu'ici, en hommage à sa grandeur, appelé la Grande Guerre, tout comme celle-ci avait éclipsé les guerres qui l'avaient précédée. Il n'est presque pas de pays dont certains citoyens n'aient perdu la vie. Sur toute la terre, comme jadis à Rama, on entend la voix de la lamentation : « Rachel pleure ses enfants ; elle refuse d'être consolée pour ses enfants, car ils ne sont plus. » ¶
Mais nous ne sommes pas réunis ici pour porter le deuil, ni pour nous apitoyer sur nous-mêmes. Nous ne sommes même pas convoqués pour faire descendre le feu du ciel afin de consumer les adversaires de notre pays. Nous sommes venus ensemble, tant à l'intérieur de ces murs qu'au-delà, aussi loin que les ondes qui se répandent nous relient en communion, pour nous raviver dans la foi que Dieu vit et dirige les destinées de ce monde, des hommes et des nations ; pour nous rappeler à nouveau, et pour puiser une force de soutien dans l'assurance qu'il existe dans ce monde des principes élémentaires aussi simples que le bien et le mal, et que, dans leur lutte sans fin pour la suprématie, le bien triomphera toujours. ¶
Nous devrions donc garder nos esprits sereins. Bien qu'aucun de nous ne puisse percer l'obscurité et voir ce qui se trouve au-delà, nous savons que cette guerre, comme d'autres qui l'ont précédée, prendra fin. Alors nous voudrons de nouveau nos fermes, nos affaires et nos métiers, comme auparavant. Nous devrions nous y accrocher et, dans la mesure où le permettent les limitations et les restrictions imposées par les temps, maintenir tout productif. Nous ne pouvons pas céder au désespoir. ¶
Nous devons de même soutenir notre pays dans toute la mesure qu'exigent la loyauté et le dévouement patriotique. La nation est maintenant en guerre. Nous n'osons pas perdre cette guerre, car sa perte signifierait la fin de la liberté telle que nous en sommes venus à l'estimer. Elle pourrait signifier la perte du droit de nous réunir et d'adorer comme nous le faisons en ce moment. Même la guerre gagnée, préserver la liberté telle que nous l'avons connue pourrait bien être notre tâche majeure. La guerre perdue, nous n'aurions aucune chance du tout. Nous, membres de cette Église, avons une considération particulière pour la liberté sous la protection de la loi. Pour nous, c'est un principe religieux. Nous gardons un souvenir vif et douloureux de la misère et de la souffrance qui suivent lorsque des hommes, dans une fureur aveugle, défient les contraintes de la loi et agissent selon leur propre caprice. Nous reconnaissons aux hommes le droit, dans l'exercice de leur libre arbitre, de rejeter jusqu'aux commandements mêmes de Dieu. Seule une âme libre est apte à entrer dans son royaume. Les hommes doivent apprendre ici à vivre en hommes libres et à appliquer les contraintes qu'impose la vraie liberté pour être aptes au royaume céleste. C'est pourquoi nous nous opposons inébranlablement à la tentative de toute nation, de tout homme ou de tout groupe d'hommes, étranger ou national, de retirer, de détruire ou d'abroger les libertés garanties par la loi de notre pays. ¶
Assis derrière moi et autour de moi se trouvent les hommes qui détiennent les principales charges de cette Église. Je doute qu'il y en ait un seul qui n'ait pas aujourd'hui, dans les forces armées, des fils, des petits-fils, des frères ou d'autres proches parents. Certains d'entre eux ont déjà fait le sacrifice suprême. Eux, avec l'ensemble des membres, soutiennent le gouvernement, achètent ses obligations, lui apportent leurs biens et lui vouent leur fidélité. ¶
Nous exécrons la guerre, avec toute sa sauvagerie, son gaspillage de vies humaines et sa dégradation morale. Mais la guerre est là et, puisque les principes de la liberté sont en jeu, défiant les desseins mêmes de Dieu, ma foi est qu'ils seront sauvés, bien que j'ignore à quel prix de sang et de biens. ¶
Abraham Lincoln croyait fermement que la guerre de Sécession était le prix que cette nation devait payer pour le péché de l'esclavage humain. Nous avions proclamé au monde, comme principe fondamental de notre foi politique, le droit inaliénable de tous les hommes à être libres, mais nous pratiquions la servitude humaine. C'était un reniement vil de notre profession si hautement clamée. Nous avons refusé de nous repentir. La guerre vint. En un jour sombre de revers, Lincoln exprima la crainte qu'il ne fût dans la volonté de Dieu que le châtiment de la nation se poursuivît « jusqu'à ce que toute la richesse amassée par deux cent cinquante ans de labeur non rétribué de l'esclave s'engloutisse, et jusqu'à ce que chaque goutte de sang tirée par le fouet soit payée par une autre tirée par l'épée. » ¶
Quels peuvent être aujourd'hui nos péchés nationaux, et ce qui pourrait être exigé en expiation, je le laisse à vos propres conclusions. Parmi eux, je n'hésite pas à citer l'arrogance, l'impiété et le déclin d'une foi chrétienne vivante. ¶
Durant les années troublées de sa présidence, Lincoln, à maintes reprises, par proclamation, consacra des jours de prière et de supplication pour obtenir la faveur divine. Il n'omettait jamais, dans ces proclamations, l'exhortation à prier pour le pardon de nos péchés nationaux comme condition pour recevoir l'aide de Dieu. ¶
Il existe de nombreux autres moyens, en plus de ceux que j'ai déjà mentionnés, par lesquels nous pouvons apporter notre force à la nation. Mais je suis persuadé que le service que l'Église peut le mieux rendre -- et c'est un service d'une importance transcendante -- est de maintenir vivant, comme fondement de l'avenir de notre pays, le véritable esprit de la religion, qui implique l'établissement et la préservation d'une foi vivante en un Dieu vivant. L'expérience aurait dû nous apprendre que « si Dieu ne bâtit la maison, ceux qui la bâtissent travaillent en vain ! » ¶
Vous vous souvenez d'une occasion où Jésus demanda à ses disciples : « Qui dit-on que je suis ? » Ils lui rapportèrent les diverses conjectures contradictoires qu'ils avaient entendues, sur quoi il les interrogea directement : « Et vous, qui dites-vous que je suis ? » La réponse vint de Pierre, avec une égale franchise : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. » Le Christ approuva cette réponse et déclara que le fondement de la connaissance qu'elle impliquait était le roc sur lequel il bâtirait son Église. Il dit plus encore. Il dit qu'ainsi fondée, les portes de l'enfer ne prévaudraient pas contre elle. C'est là une assurance très importante. Elle promet solidité et pérennité. C'est là l'essence du message que ses disciples portèrent au monde. Comme le disait Paul, ils avaient résolu de ne rien savoir sinon Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié. ¶
Je veux ici citer quelques observations très pénétrantes d'un éminent éditorialiste, Thomas F. Woodlock. Après quelques remarques sur le manque de substance réelle dans l'hommage de pure forme que nous rendons aux préceptes chrétiens, il poursuit : ¶
Combien d'entre nous feraient écho, de tout leur cœur et avec une conviction claire, à la confession de foi de Pierre lorsqu'il fut interrogé par son Maître ? Et qu'enseignons-nous, dans nos écoles primaires et secondaires, ainsi que dans nos collèges et universités, au sujet de cette confession ? ¶
Or, la réponse à la question posée à Pierre est de l'ordre du tout ou rien. La chrétienté qui a bâti la civilisation occidentale a été bâtie sur la réponse de Pierre. C'est cette chrétienté qui a apporté la démocratie au monde, parce qu'elle fut la première à apporter à l'homme la révélation de la personnalité humaine, et c'est là le roc sur lequel repose, et sur lequel seul peut reposer, la démocratie en laquelle nous professons ... une foi ... C'est sur cette chrétienté que reposent les principes déclarés de notre ordre civil, et il n'y a pas d'autre assise pour eux. Croire en la démocratie sans croire en cette chrétienté ne vaut pas mieux qu'un code privé de son credo, ou une fleur coupée de sa tige : elle doit finalement se flétrir et mourir. Quand elle meurt, la liberté meurt, même si les formes démocratiques survivent. Hitler règne aujourd'hui sous les « formes » de la constitution de Weimar, et Staline sous les « formes » d'une constitution aussi « démocratique » de sonorité qu'on pourrait le souhaiter ! La même chose pourrait se produire ici, sous nos propres « formes », si nous aussi venions à perdre la foi en l'âme qui, seule, peut leur donner vie. ¶
Je ne prédis pas de sombre catastrophe pour notre pays. Mais je dis que l'avertissement lancé n'est pas vain. L'accusation portée par M. Woodlock est, je dois le reconnaître à regret, justifiée par les faits. Depuis quelque temps avant le début de la guerre en Europe, des hommes réfléchis, là-bas comme ici -- érudits, savants, publicistes, hommes d'État, religieux -- réclament un redressement spirituel et religieux ; ils ont solennellement averti que notre nation ne peut subsister « sinon sur un solide fondement religieux », mais je doute fort qu'aucun d'eux donnerait la réponse que Pierre donna à la même question qui lui fut adressée. Les hommes professent un profond attachement à ce qu'ils appellent la qualité éthique des enseignements du Christ, mais ils le renient. On décrit le dix-neuvième siècle comme celui où l'homme a substitué la croyance en lui-même à la croyance en Dieu. « Gloire à l'homme au plus haut des cieux » fut l'impie exultation de Swinburne. Maintenant, les choses dont l'homme se croyait le maître se sont retournées contre lui avec une terrible vengeance. Nous avons vu le déclin de la foi religieuse suivi de la montée de la tyrannie. Je crois qu'on peut affirmer sans risque, d'une manière générale, que le despotisme est toujours en inimitié avec la religion chrétienne. Ils reposent sur des conceptions de l'homme, de sa valeur, de sa dignité, de sa destinée et de sa place dans l'ordre des choses, fondamentalement et irréconciliablement antagonistes ; l'un l'avilit, l'autre l'exalte ; l'un renie Dieu, l'autre reconnaît son pouvoir suprême et s'incline devant sa majesté. L'enseignement de la religion chrétienne irrite le despote parce qu'il est un constant démenti de sa suprématie prétendue et un reproche à ses tyrannies. C'est pourquoi le despote cherche toujours à abaisser la religion. La montée de Hitler en Allemagne annonça des assauts contre l'Église. Son ministre des Cultes déclara : « Adolf Hitler est le véritable Saint-Esprit », et le ministre de la Culture affirma : « Nous devons proclamer un Christ allemand, et non un agneau de Dieu. » En Russie, le ton était le même : « Ce qui nous inquiète, ce n'est pas que le christianisme meure en Russie, mais qu'il survive encore », dit le commissaire à la Justice. « La transition naturelle, dit un autre, est d'amener la mort de toute religion. » ¶
Il leur a apparemment été impossible de déraciner de leur peuple ses instincts profondément enracinés pour le culte religieux. Aussi l'effort consiste-t-il maintenant à les détourner vers une nouvelle religion. Le docteur Alfred Rosenberg a proposé le plan d'une « nouvelle église nationale ». Elle n'exige pas que les citoyens y adhèrent, mais elle met hors la loi toutes les autres églises, confisque leurs biens, interdit tout enseignement et toute pratique du christianisme, bannit la Bible et lui substitue Mein Kampf, auquel il ne faut jamais rien ajouter ni retrancher, et dont l'exposition par des orateurs désignés par l'État doit constituer la substance de tout service religieux. En lisant ces prescriptions, on se demande si l'on est bien à notre époque ou si, par quelque magie, on a été ramené au paganisme primitif. ¶
Mais vous pourriez dire : qu'est-ce que tout cela a à voir avec nous ? Ceci, justement. L'Allemagne n'est pas le seul pays où l'on ambitionne d'établir un ordre nouveau, ni de remodeler la religion pour l'adapter à cet ordre. Aussi incroyable que cela puisse paraître, il existe aujourd'hui, dans notre propre pays, un groupe d'hommes et de femmes, hautement intellectuels, instruits et lettrés, apparemment sérieux et sincères, qui ont publié un manifeste qu'ils appellent « Déclaration sur la démocratie mondiale ». Ils proposent la création d'un État mondial dont les États-Unis d'Amérique seraient le pivot, et dont l'organisation gouvernementale fournirait le modèle, avec bien entendu de nombreuses restrictions et modernisations. Cet État modèle doit porter le nom modeste de « Cité de l'homme », et les idées de liberté de ses habitants doivent être redéfinies de manière à les enfermer dans des limites bien précises. Mais laissons tout cela de côté pour observer que cet État mondial doit être doté d'une religion qui sera une « religion de la démocratie ». Un comité d'experts doit examiner toutes les diverses religions existantes et déterminer ce qu'il y a en elles « de plus ou moins précieux pour la préservation et la croissance du principe démocratique », quels « éléments en elles sont les plus aptes à coopérer avec la communauté démocratique et méritent en conséquence davantage sa protection ». Nos notions de liberté religieuse doivent être réexaminées, car nous « devons savoir quelles limites impose à la liberté de culte la religion de la liberté, qui est la démocratie ». L'implication est claire que tant pis pour toute religion que le comité d'experts jugerait ne pas servir les meilleurs intérêts de la démocratie, car « la religion universelle de la démocratie doit être le fondement de chacune d'elles et de toutes ». Je devrais peut-être dire que les auteurs déclarent expressément n'avoir aucune intention d'établir une religion d'État, bien qu'ils en aient fourni toute la charpente, y compris un corps d'inquisiteurs. Nous avons toujours supposé que la démocratie était née des enseignements de la religion, mais désormais c'est la démocratie qui doit déterminer les usages, la valeur et le contenu de la religion. ¶
Quelle place, je vous le demande, y a-t-il pour Dieu dans cette « religion pour la démocratie » établie par un comité d'experts ? Comment les auteurs de ce projet répondraient-ils à la question qui fut posée à Pierre ? Et si Dieu en est exclu, comment peut-il seulement y avoir une religion ? Où en sommes-nous dans notre appel au redressement de la religion, si Dieu n'y a de place que pour fournir un nom commode que les gens ont l'habitude d'associer au culte ? Pourquoi les auteurs désirent-ils, ou jugent-ils important, d'avoir dans leur État modèle une religion quelconque ? Ce qu'ils offriraient serait un simulacre, une coquille vide, entièrement dépourvue de l'esprit qui donne la vie. Cette proposition frise le blasphème. Elle détrône Dieu et divinise l'homme, ce qui est l'une des principales causes de notre confusion, de notre agitation et de notre impuissance actuelles. Je ne veux pas dire que ces hommes soient en rien de la même espèce que Hitler, mais je demande tout de même quelle différence essentielle il y a, en principe, entre leur « religion pour la démocratie » et le « nouvel ordre » de Hitler ou la « nouvelle religion » de Rosenberg. ¶
Les partisans de cette nouvelle religion sont des écrivains puissants, capables d'exprimer leurs idées avec force. Ils captent une large attention. Ils présentent à l'Amérique la question, clairement posée, de savoir si la religion est un plan et un mode de vie pour les mortels, émanant de la Divinité, ou si la religion doit être prise en charge par les intellectuels, formulée selon leur conception, et réduite à n'être plus que la créature et la servante de l'État politique. ¶
Pour la sécurité future du monde, pour le bien-être de l'âme des hommes, pour la préservation et le salut de notre pays bien-aimé, nous ne pouvons jamais consentir à cette reddition. ¶
Dans cette prière sans pareille, où il implora le Père en faveur des disciples qu'il était sur le point de quitter, juste avant de traverser le torrent pour entrer dans le jardin, Jésus prononça ces paroles : ¶
« Or, la vie éternelle c'est qu'ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. » ¶
Telle est notre croyance et notre message. C'est ce message qui a gagné le monde occidental à l'acceptation de la foi chrétienne. Jamais les hommes n'eurent plus besoin de la force de soutien de cette ferme conviction qu'en ce temps confus, déconcertant et embrouillé. Jamais ces paroles ne furent chargées d'un sens plus profond pour les besoins de l'heure. Elles sont simples, directes et claires, à la différence de l'écheveau embrouillé de phrases mystifiantes que les hommes sont contraints d'employer lorsqu'ils tentent d'exposer un Dieu de philosophie qui n'est pas le Seigneur Dieu tout-puissant. ¶
Que Dieu nous donne le pouvoir de rester fidèles à notre confiance, je le prie, au nom de Jésus. Amen. ¶