Prière pour la paix
J. Reuben Clark Jr.
Mes frères et sœurs, tandis que je me tiens devant vous, j'ai confiance que le Seigneur me conduira à dire quelque chose qui sera utile, édifiant et encourageant. ¶
Vous avez entendu le rapport lu par le président McKay, et il y a certaines choses auxquelles je voudrais me référer brièvement à ce sujet. ¶
Premièrement, permettez-moi de dire que nous regrettons l'absence de frère Reed Smoot ce matin, un homme au service vaillant, capable et remarquable envers sa nation, et un homme qui, je crois, a été le plus grand missionnaire à lui seul de notre époque. ¶
Vous avez déjà entendu parler des saints en Europe. Je peux dire que, depuis notre dernière conférence, nous avons évacué les missionnaires des îles du Pacifique, d'Australie et de Nouvelle-Zélande, et les avons ramenés, certains à Hawaï, et le reste sur le continent. Cette évacuation a été menée rapidement, comme celle d'Europe, et sans le moindre accident ni incident fâcheux. ¶
Un budget équilibré
Comme frère Orval Adams vous l'a dit, le budget est équilibré. Nous avons vécu selon nos revenus ; l'Église n'a pas de dettes. Comme je l'ai déjà dit en une occasion précédente, nous espérons et avons l'intention, dans la mesure du possible, de continuer ainsi ; premièrement, parce que nous croyons que c'est ainsi que l'Église doit être dirigée ; deuxièmement, parce que nous croyons devoir donner l'exemple dans la gestion de vos fonds fiduciaires, à vous, membres de l'Église ; troisièmement, parce que, pour ce que cela vaut, nous aimerions donner un exemple que pourraient suivre nos propres organismes gouvernementaux. ¶
Au cours de la dernière année, nous avons dépensé davantage pour les besoins des pieux et des paroisses -- l'éducation, les temples et l'aide de secours -- que nous n'avions dépensé en 1939. Nous avons dépensé moins pour l'œuvre missionnaire, probablement entièrement à cause du retrait des champs de mission étrangers, et nous avons dépensé moins dans les hôpitaux, en grande partie parce que les hôpitaux deviennent de meilleures institutions commerciales et subviennent à leurs propres besoins. ¶
Comme on pouvait s'y attendre, et comme il se doit, étant donné l'emploi qui est maintenant fourni et qui l'est depuis quelques mois, il y a eu 18 294 personnes de moins recevant l'aide de secours de l'Église en 1940 qu'en 1939. Cette charge devrait s'alléger, mais je voudrais exhorter tous les présidents de pieu, évêques et conseillers, les organisations auxiliaires, et les organisations d'entraide à se souvenir que la majeure partie de l'emploi dont nous disposons actuellement est destinée aux besoins de la guerre et aux industries de guerre, et que, lorsque cette guerre sera terminée, ces industries cesseront ; ceux qui y sont employés se retrouveront sans travail ; il faudra un temps considérable pour la réadaptation, et le besoin de votre programme d'entraide, tel qu'il est prévu, sera grandement intensifié. ¶
Exhorte à la prudence dans les dépenses
Nous essayons, du mieux que nous pouvons, de dépenser sagement vos fonds, que vous avez donnés au Seigneur ; nous essayons de ne prendre aucun engagement que nous ne puissions honorer en matière de bâtiments et des autres activités si nombreuses auxquelles l'Église se livre. Nous essayons de ne pas étendre indûment nos activités. Nous sommes très prudents et nous vous demandons, frères, (et nous nous réjouissons au-delà de toute expression d'avoir tant d'évêques et de présidents de pieu ici présents à cette conférence, peut-être le plus grand nombre qui se soit jamais réuni à une conférence individuelle de l'Église), nous vous demandons, frères, dans l'établissement de votre programme de construction, de vous souvenir que vous êtes sur un marché à la hausse ; que vous ne pouvez pas savoir exactement ce que vos matériaux vont coûter ; c'est pourquoi nous vous exhortons à être prudents dans l'établissement de vos estimations. ¶
Dans la dépense des fonds de la dîme, nous essayons de les dépenser pour le bien-être des communautés plutôt que pour le bien-être de particuliers. L'Église n'est pas une institution bancaire, et bien que, par l'intermédiaire de notre organisation d'entraide, nous aidions des particuliers, cela se fait sur la recommandation du collège auquel appartient la personne, et avec sa garantie. Si nous entreprenions de prêter à tous ceux qui ont besoin d'aide, il ne resterait plus d'argent pour les activités régulières de l'Église. ¶
Nous essayons de pratiquer l'économie, et particulièrement dans nos achats, car, je le répète, nous dépensons des fonds marqués de la plus haute forme de confiance, et c'est pourquoi nous vous exhortons, frères, vous les évêques, vous les présidents de pieu, dans vos achats, à obtenir le plus possible pour votre argent. Ces fonds ne vous sont pas donnés pour que vous les dépensiez à aider telle ou telle personne en particulier pour laquelle vous avez un intérêt spécial, aussi digne soit-elle, à moins qu'elle ne puisse vous donner le service correspondant à ces fonds. ¶
Nous essayons de ne pas construire de magnifiques cathédrales, mais des salles de réunion utilitaires, et nous voudrions que vous, frères et sœurs, ayez cela à l'esprit lorsque vous planifiez la dépense des fonds. ¶
Gratitude exprimée pour la générosité des saints
Nos offrandes de jeûne, auxquelles frère McKay a fait allusion, ont augmenté, en moyenne (il n'y a qu'une légère augmentation par rapport à 1939) -- la moyenne cette année a été de 83 cents, comme il l'a indiqué, contre 82,2 en 1939. ¶
Vingt-huit pieux ont versé plus d'un dollar en 1939 ; quarante-cinq en 1940. Mais nous avons regretté l'absence de certains des excellents résultats obtenus par des pieux en 1939, et le maximum de 1940 n'a pas été aussi élevé pour un pieu qu'il ne l'avait été en 1939. ¶
Nous avons commencé et poussons vers l'achèvement le temple d'Idaho Falls. Nous avons érigé un bâtiment commémoratif à Joseph Smith sur le campus de la Brigham Young University. Nous avons ajouté des entrepôts d'entraide, et, de plus, nous avons poursuivi la construction régulière de l'Église. ¶
Je voudrais remercier le peuple, au nom des autorités générales, pour sa générosité, sa loyauté, son service dans la poursuite des affaires temporelles de l'Église aussi bien que des affaires spirituelles. Le Seigneur a, dans cette Église, très étroitement combiné le spirituel et le temporel, et nous avons donc les deux comme partie de notre mission, et, je le répète, la Première Présidence et les autorités générales de l'Église sont reconnaissantes au-delà de toute expression pour vos services passés. ¶
Périls de notre époque
Maintenant, je n'ai pas le temps de traiter davantage de ces questions, bien qu'il y en ait plusieurs autres qui méritent d'être mentionnées, mais je veux vous lire quelque chose pour conclure mes remarques. ¶
Les périls de notre époque justifient quelques remarques. Que l'on me pardonne si je répète maintenant certaines choses que j'ai dites en d'autres occasions. ¶
En septembre 1923, il y a dix-huit ans, lors d'un service religieux dans ce tabernacle, j'ai mentionné certaines tendances que je discernais alors. C'étaient : un esprit de révolution qui menaçait les fondements mêmes du gouvernement partout, voire la destruction des corps politiques existants du monde ; l'immigration sans restriction d'étrangers qui étaient étrangers et, par tradition, hostiles à nos systèmes de gouvernement ; l'accroissement du pouvoir de l'exécutif fédéral ; la rupture de l'indépendance mutuelle des trois branches du gouvernement -- l'exécutif, le judiciaire et le législatif ; la disparition de l'autonomie locale et la prise en charge, par le gouvernement fédéral, des moindres détails de notre vie ; la réduction de nos garanties constitutionnelles en vertu de la Déclaration des droits ; la formation de classes dans notre nation, et de conflits et de haines de classe ; la propagation du bolchevisme -- nous l'appelons communisme maintenant -- œuvrant au renversement de notre gouvernement, à l'abolition de la religion, et même au bouleversement de nos relations familiales. ¶
Au cours des dix-huit années écoulées depuis lors, j'ai répété ces observations à toutes les occasions. ¶
Je vous laisse le soin de juger par vous-mêmes dans quelle mesure ces tendances sont devenues des réalités. ¶
Nul homme n'en voit la fin
Nul homme réfléchi ne doute que notre peuple, notre nation et le monde traversent maintenant l'une des grandes crises de l'histoire du monde. Nous sommes au milieu d'une révolution mondiale, qui est entièrement étrangère à nos institutions libres et étrangère par sa naissance, sa conception et sa direction. Nul homme, par sa propre puissance, n'en voit la fin. Mais la fin que recherchent les révolutionnaires est assez claire ; c'est le renversement de tout l'ordre existant -- politique, financier, économique, social, religieux --, la destruction complète de notre Constitution et du gouvernement établi sous elle, puis l'établissement d'une sorte de despotisme qui détruira, dans tous ces domaines, le libre arbitre que le Seigneur a donné à l'homme. Les révolutionnaires prévoient que cela doit se faire en grande partie pendant la guerre, sous prétexte de nécessité de guerre ; cela doit se poursuivre après la guerre sous prétexte -- si nous ne sommes pas alors trop intimidés pour exiger un prétexte -- que ce nouvel ordre politique est nécessaire pour que nous puissions réhabiliter le monde. Ils comptent qu'alors, après un peu de temps, la révolution sera assurée. Il ne semble faire aucun doute que c'est là leur fin consciente, délibérée, préméditée. Nous avons déjà parcouru un long chemin sur cette voie. ¶
Notre devoir de soutenir la Constitution
Sachant, comme nous le savons, que Dieu a établi cette Constitution qui est la nôtre, et qu'il a déclaré qu'elle « doi[t] être maintenue[s] pour les droits et la protection de toute chair, selon des principes justes et saints » (D&A 101:77), c'est le devoir de chaque membre de l'Église de protéger et de défendre la Constitution contre toute attaque, quelle qu'elle soit. Dans ce pays, notre allégeance politique légitime ne va à aucun homme, à aucun parti, à aucun « isme », mais à la Constitution des États-Unis et aux institutions libres établies sous elle. Il ne peut y avoir aucune atteinte aux « principes justes et saints » de la Constitution. Aucun vrai saint des derniers jours ne peut ou ne veut faire autrement que de révérer la Constitution ; chacun fera tout ce qui est en son pouvoir pour la préserver de la souillure ou de la destruction. ¶
Prédictions antérieures répétées
Depuis plusieurs conférences, j'ai parlé des conditions mondiales. À la conférence d'avril 1937, j'ai dit : ¶
« .... il y a de très fortes raisons de croire que certains des diplomates, des politiciens et des hommes d'État les plus habiles, les plus avisés et les plus astucieux de toute l'Europe projettent actuellement de faire financer par le peuple des États-Unis la prochaine guerre européenne, soit avant que la guerre ne commence, soit pendant son déroulement. » ¶
J'ai poursuivi : ¶
« De plus, certains de ces mêmes diplomates, politiciens et hommes d'État projettent d'entraîner les États-Unis dans une alliance militaire offensive et défensive afin que nous participions à cette prochaine guerre mondiale en envoyant nos jeunes gens sur les champs de bataille d'Europe. L'argument qu'ils projettent maintenant d'utiliser pour arriver à cette fin est que c'est uniquement de cette manière que la paix du monde peut être préservée. Bien qu'il s'agisse d'un sophisme des plus profonds, il trouvera malheureusement une oreille sympathique chez beaucoup de gens de ce pays qui ne comprennent pas pleinement les relations internationales. Il faudra la plus grande sagesse d'État de notre part pour empêcher les États-Unis de redevenir la victime d'une catastrophe militaire mondiale. » ¶
Je n'ai pas besoin de faire de commentaire sur ces déclarations. ¶
Être artisans de paix, la destinée de l'Amérique
Cette guerre a commencé comme une guerre pour l'empire. C'est une cause injuste. Une guerre pour agrandir et maintenir un empire de conquête ne vaut pas mieux. Cette guerre se poursuit pour ces deux objets. Toutes les autres questions invoquées dans ce conflit ne sont que secondaires par rapport à l'acquisition ou à la conservation de l'empire. L'Amérique n'a pas sa place comme belligérante dans un tel conflit. Nous avons bien une place dans le monde, par dessein et destinée divins, comme artisans d'une paix durable, mais nous devons aborder cette tâche non pas comme des conquérants associés, mais avec des mains pures et un esprit contrit, portant dans nos mains le rameau d'olivier de la paix, de l'espérance spirituelle et de la justice. ¶
Nous avons entendu dire que notre aide dans le conflit devait toujours rester en deçà de la guerre ; mais depuis de nombreux mois, nous sommes en fait des participants réels à la guerre. ¶
On nous a également dit que nos fils ne seraient pas envoyés combattre à l'étranger, mais on rapporte que des navires américains, sur nos deux côtes, se préparent en ce moment même à servir de transports de troupes. ¶
Il semble bien que seule une intervention divine d'une sorte ou d'une autre puisse garder nos fils sur notre propre sol, combattant pour notre propre cause, en défense de notre propre liberté. ¶
Nous éprouvons tous la plus profonde sympathie pour le malheur et la misère qui affligent les peuples innocents d'Europe. Nous nous joignons à eux pour pleurer la perte d'êtres chers. Nous prions le Seigneur d'adoucir leurs souffrances et d'apaiser leur chagrin. Mais nous n'avons pas besoin de nous préoccuper autant de l'Europe politique. Cette guerre n'est que l'éclatement de vieilles haines politiques qui couvent en Europe depuis mille ans. Elles n'ont jamais été entièrement éliminées auparavant ; elles ne le seront pas non plus après la fin de cette guerre. Notre grande préoccupation est que cette infection endémique mais virulente ne se propage pas à l'Amérique et ne nous laisse pas avec un mal incurable. ¶
J'ai déjà exhorté, et j'exhorte maintenant encore, à ce que nous éloignions la haine de nous, car ce sont les haines de la dernière guerre qui ont produit celle-ci. La haine et la justice ne peuvent habiter le même cœur. La haine ronge l'âme et détruit la spiritualité. La haine n'a pas sa place dans le cœur des disciples de Jésus. ¶
Un pays de choix
Avec une patience infinie, une miséricorde infinie, un amour infini, le Seigneur a essayé de conduire ses enfants de cette terre le long des chemins qu'il a préparés pour nous, afin que nous ne devenions pas aujourd'hui mûrs dans l'iniquité et sujets au châtiment, comme le furent ses enfants des temps anciens. Nous qui vivons sur cet hémisphère avons une bénédiction spéciale et un décret prescrit. Voici la bénédiction : ¶
Voici, ceci est un pays de choix, et toute nation qui le possédera sera libre de la servitude, et de la captivité, et de toutes les autres nations sous le ciel, du moment qu'elle sert le Dieu du pays, qui est Jésus-Christ. (Éther 2:12.) ¶
Voici le décret : ¶
C'est pourquoi celui qui le possède servira Dieu ou sera balayé ; car c'est le décret éternel de Dieu. Et ce n'est que lorsque l'iniquité est à son comble parmi les enfants du pays qu'ils sont balayés. (Éther 2:10.) ¶
Puisse le Seigneur nous aider à vivre de manière à jouir des bénédictions et à échapper au décret. ¶
Trop d'entre nous, dans ce pays, n'ont pas écouté la voix du Seigneur, ni observé ses lois et ses commandements. Les offenses des peuples de la terre ont été grandes ; la loi éternelle semble être qu'il doit y avoir une expiation équivalente. ¶
Jésus dit à ses disciples : ¶
« Malheur au monde à cause des occasions de chute ! Car il est nécessaire qu'il y ait des occasions de chute ; mais malheur à l'homme par qui la chute arrive ! (Matthieu 18:7.) ¶
LES DESSEINS DU SEIGNEUR TRIOMPHERONT ¶
Mais dans toutes les afflictions que nous avons maintenant ou qui se profilent à l'horizon, c'est ma foi que le Seigneur tient la barre, car ceci est un événement majeur dans l'histoire de l'homme. C'est ma foi que rien n'est arrivé et que rien n'arrivera qui soit contraire à son plan ou qui soit contre sa volonté. En fin de compte, Dieu ne permet pas qu'on badine avec ses décrets. Aussi loin que les hommes puissent s'égarer, la justice et la vérité triomphent finalement. De ces choses, j'ai la même connaissance que j'ai de vivre. ¶
De tous les peuples, nous sommes, avec cette connaissance, les plus bénis sur la terre. Car, aussi sombres que puissent paraître les jours, nous affronterons nos épreuves avec la certitude que Dieu vit ; nous savons qu'il peut entendre et exaucer nos prières selon sa sagesse ; nous comprenons que nous avons une existence dans l'au-delà où nous-mêmes et nos bien-aimés serons à jamais à l'abri des maux de la chair ; nous savons que nous aurons le bonheur éternel si nous vivons et mourons dans la justice ; nous savons que le Seigneur bénira et protégera, où qu'il soit, tout homme qui vit les principes de l'Évangile et qui fait son devoir. ¶
Prière pour la paix
Nous croyons en la paix. Nous sommes les disciples dévoués du Prince de la paix. Nous avons horreur de la guerre, sauf pour la défense effective de nos foyers, de nos familles, de nos libertés. Car nous nous souvenons que, lorsque Pierre trancha avec son épée l'oreille de Malchus, le serviteur du souverain sacrificateur, le Seigneur dit : « Tous ceux qui prendront l'épée périront par l'épée. » (Matthieu 26:52.) Le Seigneur n'a fait aucune exception à sa loi. L'histoire n'en a fait aucune. ¶
Nous prions pour la paix. Nous prions que le Seigneur tienne la jeunesse de l'Amérique à l'écart du conflit européen. Nous lui demandons d'apporter la paix dans le cœur des hommes. ¶
De tout mon cœur, je partage cette inquiétude et je prie la prière du président Grant. Que Dieu bénisse nos garçons et les garçons de toute l'Amérique ! Que Dieu bénisse la jeunesse du monde, ignorante du pourquoi de tout cela et innocente de tout blâme à cet égard. ¶
Puisse le Seigneur nous bénir et accroître nos témoignages de la vérité de son Évangile, car le jour vient où cela sera notre plus grand réconfort et consolation, l'ancre de sécurité qui nous préservera du désespoir spirituel. Que Dieu nous bénisse, nous préserve, accroisse nos témoignages, nous aide à vivre l'Évangile, je le demande au nom de Jésus. Amen. ¶