Pulpit

Le plan d'entraide et les temps périlleux

J. Reuben Clark Jr.

Conférence générale d'octobre 1940·Session du matin du premier jour·1940-10-04

Premier conseiller dans la Première Présidence

Profitant du fait que c'est moi qui dirige la réunion, et afin de me tirer d'affaire aussi rapidement que possible, je désire maintenant dire quelque chose à la Conférence, et comme je souhaite être aussi concis que possible et m'assurer de dire les choses le plus fidèlement possible à ce que je veux dire, je les ai mises par écrit.

Brochures

Des rapports nous parviennent selon lesquels des brochures circulent parmi le peuple dans des circonstances qui portent certains à croire qu'elles sont publiées et diffusées avec une sorte d'approbation ou d'autorisation des Autorités générales de l'Église. Ces brochures sont dites contenir des extraits de sermons anciens prononcés par les premiers dirigeants de l'Église, les passages des discours imprimés portant sur les conditions mondiales étant appliqués par les compilateurs des brochures à la situation qui existe sur la terre aujourd'hui.

Compilation et diffusion non autorisées

Les Autorités générales n'ont absolument rien eu à voir avec la préparation de ces brochures, et elles n'ont ni sanctionné ni approuvé leur compilation ou leur publication. Lorsque les Autorités générales souhaiteront faire quelque chose de ce genre, elles le feront en leur propre nom, et ne cacheront pas leur identité derrière tel ou tel membre de l'Église.

Il nous est également rapporté que, dans de nombreux cas, ces extraits tels qu'ils apparaissent dans les brochures sont en réalité déformés, et que, de plus, lorsqu'on les lit dans le texte complet où ils figurent, ils prennent un sens tout autre que celui qu'ils semblent avoir une fois arrachés à leur contexte. Un texte doit toujours être étudié pour son sens véritable en tenant compte de tout le contexte.

De plus, nous avons été informés que ces brochures sont, dans certains cas, vendues subrepticement, même dans les temples, ainsi que dans les réunions de collège de la prêtrise. Cela ne devrait pas se faire. Les temples sont des lieux saints ; ce ne sont pas des librairies ; ce ne sont pas des endroits où l'on doit faire de la propagande. Le peuple est mis en garde contre toutes ces activités pernicieuses. De plus, les réunions de collège de la prêtrise ne sont pas des assemblées de vente de livres ; ce sont des réunions destinées à l'étude de l'Évangile et à la conduite des activités habituelles de la prêtrise.

L'exaltation par le mariage au temple

Il y a trop de mariages, chez nos jeunes gens, qui ne sont que de simples mariages civils — des mariages pour le temps. C'est fort regrettable. C'est une situation qui appelle un remède de la part de chaque évêque, de chaque organisation auxiliaire, et de chaque parent.

Après son absence de la terre pendant des centaines et des centaines d'années, le Seigneur a révélé, dans cette dispensation de la plénitude des temps, le principe de l'éternité de l'alliance de mariage, et il a rétabli sur la terre l'autorité divine pour la consommer. Cette révélation et ce rétablissement font du mariage une relation sainte, de laquelle seule peuvent découler la plus grande gloire et la plus grande exaltation de l'homme.

Occasions perdues dans le mariage civil

Vous, les jeunes gens, vous jouez avec votre destinée divine, vous traitez à la légère un grand commandement, vous rejetez comme un rebut la plus grande occasion qui se présente dans votre vie, lorsque vous manquez ou refusez de vous marier dans nos temples, où mari et femme peuvent être scellés pour le temps et pour toute l'éternité par des hommes détenant la sainte prêtrise de Dieu. Un mariage civil — et c'est tout ce qu'est un mariage célébré en dehors du temple — ne fait que légaliser une relation conjugale. Il n'a rien des effets d'un scellement pour le temps et l'éternité.

Vous, les jeunes gens, si vous vous estimez assez l'un l'autre pour vous marier, vous devriez vous aimer assez pour désirer perpétuer votre union pour toujours ; si vous ne vous estimez pas assez pour cela, vous feriez bien d'hésiter longuement avant de décider d'avancer autrement dans la vie. La situation n'est pas changée par le fait de faire célébrer la cérémonie pour le temps par votre évêque, votre président de pieu, ou quelque ami ancien évêque, ou personne semblable. Tout cela n'est que des mariages civils.

Nos terres

Dans son éloquente allocution sur les pionniers, prononcée en juillet dernier, le président Bryant S. Hinckley a lu les déclarations suivantes de Brigham Young :

Parlez de ces riches vallées ; il n'y a pas d'autre peuple sur la terre qui aurait pu venir ici et y vivre. Nous avons prié sur cette terre, et nous l'avons consacrée, ainsi que l'eau, l'air et tout ce qui s'y rattache, au Seigneur, et les sourires du ciel se sont posés sur cette terre, qui est devenue productive, et aujourd'hui elle donne le meilleur des grains, des fruits et des légumes... Il n'y a jamais eu, depuis les jours d'Adam jusqu'à maintenant, de terre qui ait été plus bénie que celle-ci ne l'a été par notre Père céleste ; et elle sera bénie de plus en plus si nous sommes fidèles, humbles et reconnaissants envers Dieu pour le blé, le maïs, l'avoine, les fruits, les légumes, le bétail, et tout ce qu'il nous accorde, et si nous essayons de nous en servir pour l'édification de son royaume sur la terre.

Je me souviens, et vous tous, mes frères et sœurs plus âgés, vous vous en souvenez aussi, du temps où nos terres étaient au sommet de leur productivité. Nous nous souvenons du temps où la neige s'amoncelait profondément dans les gorges des montagnes, où les eaux de fonte du printemps faisaient de nos cours d'eau des torrents impétueux qui arrosaient nos terres et y répandaient les riches sédiments fertilisants venus des montagnes, où nos fermiers et nos éleveurs prospéraient, où nous méritions le symbole adopté pour l'État — une ruche active — où nos maisons, nos clôtures, nos granges et nos enclos étaient en bon état, où la parole de nos fermiers valait leurs billets, et où l'une et l'autre étaient de premier ordre.

Un paysage qui change

Les neiges d'autrefois ne tombent plus dans les montagnes depuis de nombreuses années. Nos fermes sont délabrées, beaucoup de leurs arpents sont en friche, nos clôtures, nos granges et nos enclos s'écroulent, nos maisons ne sont plus peintes, les toits fuient, nos rues sont envahies de mauvaises herbes, trop de nos maisons de réunion sont miteuses, nous ressemblons trop à des paresseux bons à rien. Cinquante ans de plus de cela nous ramèneront presque au désert.

Citant encore une fois frère Brigham :

Vous demandez si nous resterons dans ces montagnes. Je réponds oui, aussi longtemps qu'il nous plaira de faire la volonté de Dieu notre Père céleste. S'il nous plaît de nous détourner des saints commandements du Seigneur Jésus-Christ, comme le fit l'ancien Israël, chacun se tournant vers sa propre voie, nous serons dispersés et dépouillés, chassés devant nos ennemis et persécutés jusqu'à ce que nous apprenions à nous souvenir du Seigneur notre Dieu et que nous soyons disposés à marcher dans ses voies.

Il existe d'autres ennemis que les persécuteurs humains. Nous pouvons être nos pires ennemis à nous-mêmes, et nous éloigner nous-mêmes de nos biens les plus chers.

La terre bénie par la prière et l'effort

Ne ferions-nous pas mieux de prier de nouveau sur cette terre, sur l'air, sur l'eau et sur tout ce qui s'y rattache ? Ne ferions-nous pas mieux de nous en remettre à nos propres efforts et à leurs fruits tels qu'ils sont bénis par le Seigneur ? Pourquoi le Seigneur bénirait-il la terre que nous ne cultivons pas ? Pourquoi nous donnerait-il de l'eau pour une terre que nous n'utilisons pas ? Pourquoi nous donnerait-il des récoltes quand nous ne plantons pas ? Pourquoi nous accorderait-il ses bénédictions quand notre confiance ne repose pas en lui, mais dans les subsides du gouvernement pour ne pas travailler, pour ne pas cultiver, pour ne pas faire ce qui est la part assignée à l'homme depuis qu'Adam fut chassé du jardin.

Le Seigneur ne peut se réjouir d'une oisiveté insouciante ; ceux d'entre nous qui sont en défaut doivent corriger leur conduite.

La tragédie de tout cela, c'est que l'innocent doit, comme toujours, subir au moins en partie les châtiments qui affligent le coupable. La pluie tombe sur l'injuste comme sur le juste, et les terres du juste se dessèchent comme celles de l'injuste. Pourtant, Dieu n'oubliera pas ceux qui le servent et gardent ses commandements. Leur récompense est assurée, dans leur bonheur, dans leurs bénédictions de contentement, de santé, dans la conscience d'une vie bien vécue, dans leur salut et leur exaltation.

Les silos à grain de l'Église

Comme la presse l'a annoncé, le silo à grain en construction sur la Place d'entreposage de l'Église est maintenant achevé. Sa capacité est de 318 000 boisseaux. Avec ce qui pourrait bien s'avérer un esprit de prévoyance, il a été nommé Silo de l'Église n° 1. L'Église possède aussi un silo à McCammon, dans l'Idaho, d'une capacité d'environ 80 000 boisseaux, et un petit silo à Sharp's Spur, sur Levan Ridge, d'une capacité de 8 500 boisseaux — soit une capacité totale d'entreposage de blé d'environ 400 000 boisseaux.

L'Église a assumé le coût de l'acquisition et de la construction de ces silos. Le Fonds de blé de la Société de secours sera utilisé par la Société de secours pour remplir les silos de blé. L'Église assumera l'entretien, la maintenance, les frais de réparation, ainsi que le coût de l'entreposage dans ces silos. Il sera nécessaire, de temps à autre, de remplacer ce blé ainsi entreposé. L'Église absorbera les pertes liées à cette opération, et si, à un moment donné, cette opération produit un profit, celui-ci sera affecté aux frais de fonctionnement du silo.

Autant que possible, tout le travail lié à cette opération d'entreposage sera un travail d'entraide.

Une partie relativement petite de l'espace d'entreposage de ces silos sera utilisée par le Comité d'entraide pour entreposer divers grains en rapport avec ses diverses opérations.

Le rétablissement des dons de blé

Ainsi, nous rendons sous leur forme originelle les dons de blé faits par le peuple aux sœurs, et par les sœurs de la Société de secours elles-mêmes, depuis l'époque de Brigham Young. Ces dons étaient faits au prix du sacrifice de conforts, et parfois même de nécessités. Au commencement, ils représentaient fréquemment le résultat du glanage des champs de blé par les sœurs elles-mêmes — un labeur pénible souvent, mais qui apportait à l'époque de la joie à leur cœur, et une récompense de leur Père céleste dans l'au-delà. Nos pères et nos grands-pères, nos mères et nos grands-mères étaient formés dans un moule héroïque ; ils étaient bâtis des vertus qui font les grands empires. Il n'est pas exagéré d'espérer et de prier que nous, de notre époque, puissions nous mesurer à leur stature.

Le plan d'entraide

Le plan d'entraide grandit chaque jour en efficacité, grâce au dévouement infatigable des travailleurs d'entraide dans les paroisses, les pieux, et au bureau central.

Le plan fonctionne maintenant depuis un peu plus de quatre ans. Pendant ce temps, il a aidé en moyenne environ 50 000 personnes par an. L'expérience acquise a permis aux responsables de perfectionner leurs plans au point que, comme cela a été déclaré à la dernière Conférence d'avril, nous sommes assurés que, sauf grande calamité mondiale qui affecterait les fondements mêmes de toute notre vie économique, l'Église pourra pourvoir aux besoins indispensables de ses pauvres méritants, en temps de nécessité. Tel était notre premier objectif — maintenir la vie.

Rebâtir la vie civique et religieuse

De même importance était la reconstruction, chez ceux qui avaient connu un malheur passager, d'une pleine vie civique et religieuse. Le but était que nul d'entre eux n'en vienne à sentir que, parce qu'il avait subi un revers financier, toute activité sociale ou spirituelle, ou toute occasion de progrès et de réussite finale, lui était désormais fermée. Aucun évêque n'a pleinement rempli son devoir, et aucune Société de secours de paroisse n'a saisi pleinement son occasion, si elle a laissé un membre nécessiteux de la paroisse dans le doute sur ces points.

Depuis le tout début, le problème a été de se garder de plans et de projets ambitieux, souvent mal conçus, pour refaire la société et recréer notre structure économique. Il aurait été facile de se lancer dans des entreprises chimériques qui non seulement auraient ruiné l'Église, mais auraient brisé le cœur et le courage de nous tous par l'ampleur de notre désastre. Nous avons donc avancé lentement et surveillé chaque pas franchi. Le Seigneur a été avec nous dans ce plan.

L'extension du plan

Comme sous-produits de l'entreprise consistant à procurer le nécessaire aux indigents, nous nous sommes aventurés dans quelques autres domaines où nous sentions pouvoir aider ceux qui étaient proches de la détresse aussi bien que ceux qui étaient réellement dans le besoin. Nous avons créé une organisation qui a accordé de petits prêts sur l'honneur à des hommes et des femmes qui ne pouvaient emprunter auprès des institutions financières ; nous avons établi un atelier de fabrication pour la rénovation et la construction de meubles et d'accessoires de maison, qui donne du travail en particulier à des personnes âgées, désireuses mais inemployables autrement, et qui fournit des articles bon marché aux nécessiteux. Nous avons établi un comité agricole pour aider à trouver des fermes, en particulier pour les jeunes gens qui désiraient cultiver la terre et dont la formation et l'expérience donnaient une assurance raisonnable qu'ils pourraient y réussir. Nous avons maintenant établi un comité chargé d'examiner ce que l'Église pourrait sagement entreprendre, s'il y a lieu, conformément à ses ressources, pour aider par des conseils ou autrement à la mise en place de coopératives, tant pour la production que pour la commercialisation.

Mesures prises pour produire les matériaux d'entraide

Un de nos buts a été de produire, aussi rapidement et aussi complètement que possible, dans le cadre même du programme, tous les matériaux dont nous avons besoin pour mener notre œuvre d'entraide. Nous le faisons d'abord en dressant des relevés des besoins de chaque paroisse et de chaque pieu de l'Église, puis en établissant un budget de production correspondant à ces besoins, et enfin en répartissant ces besoins budgétaires entre les divers pieux capables de les produire. La première année, nous n'avons pu fournir qu'environ 10 % de ce que nous utilisions. Cette proportion s'est constamment accrue chaque année, jusqu'à ce que, l'année dernière, nous en ayons produit environ 58 %, et cette année nous espérons produire, dans nos régions les mieux organisées, sensiblement 70 % de nos besoins, et nous espérons, d'ici une année de plus, en atteindre près de 100 %. Il y aura toujours quelques articles, comme les épices par exemple, que nous devrons acheter.

En faisant tout cela, nous avons acquis et exploitons une mine de charbon, nous avons aidé à établir des scieries, une usine de plâtre, nous mettons actuellement en place une ferme avicole, et nous nous préparons à installer une usine de traitement du lait. D'autres choses seront ajoutées aussi rapidement que le permettra un développement judicieux. Enfin, nous avons établi, à titre d'expérience, un petit fonds renouvelable destiné à la construction de maisons très modestes pour ceux qui sont en mesure d'obtenir une certaine aide des institutions financières. Cela peut facilement conduire à des dépenses d'argent si importantes que nous avançons avec beaucoup de prudence et de lenteur. Nous n'oublions jamais que les fonds que nous manions portent la marque de la confiance la plus sacrée qui puisse marquer l'argent, car ce sont les dîmes et les offrandes données par les Saints pour édifier l'Église et le Royaume de Dieu. Dans le Nord-Ouest, un tel programme de logement est mené localement dans des circonstances des plus prometteuses. Le même genre d'opérations se poursuit dans bien d'autres parties de l'Église, principalement sous le parrainage direct des collèges de la prêtrise. Tout cela est des plus réjouissants et encourageants. Nous espérons vivement que, de toutes ces expériences, nous pourrons dégager un plan efficace pour de telles entreprises, mais, je le répète, nous avançons lentement et prudemment, et ici, comme toujours, nous devons compter en premier lieu sur les groupes locaux eux-mêmes pour mener cette œuvre, non seulement pour fournir la main-d'œuvre, mais aussi pour porter le fardeau du financement. L'Église ne peut entreprendre — l'entreprise serait trop vaste — de fournir l'argent pour cela et d'autres affaires semblables, les paroisses et pieux de l'Église, ou les collèges de la prêtrise, ne fournissant que la main-d'œuvre. Ces organismes doivent aussi envisager de fournir l'essentiel, sinon la totalité, du financement aussi bien que de la main-d'œuvre pour de tels projets particuliers.

Le plan d'entraide, pour une aide mutuelle

Comme on pouvait s'y attendre, certaines tendances apparaissent maintenant qui, si nous ne les affrontons pas carrément et ne les corrigeons pas immédiatement, conduiront à la création d'un système d'assistance de l'Église, la toute dernière chose que l'Église a l'intention de faire. Depuis la fondation de l'Église jusqu'à maintenant, l'oisiveté a été condamnée comme indigne des membres de l'Église, destructrice du caractère, contraire à la vraie vie chrétienne, contraire au commandement donné à Adam comme loi de ce monde : « C'est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain. » Le Seigneur en a parlé à plusieurs reprises de notre temps.

La tâche que le système d'entraide doit accomplir aujourd'hui de la façon la plus urgente est de fournir du travail à ceux qui reçoivent de l'aide. Nous exhortons tout le peuple à coopérer à cette fin avec les comités d'entraide des paroisses. Il devrait être possible d'élaborer des plans selon lesquels tout homme d'une communauté ayant un travail à faire faire pourrait s'adresser à son évêque et exposer son besoin ; que l'évêque, alors, directement ou par l'intermédiaire de l'organisation du pieu ou de la région, pourrait fournir à cet homme l'aide nécessaire à ce travail ; l'homme dont le travail aurait été fait paierait à son évêque, comme contribution au plan d'entraide, la valeur en espèces du travail selon les salaires ordinaires ; à l'homme qui aurait fait le travail à la demande de l'évêque, celui-ci donnerait, comme rémunération pour son travail, un bon sur le magasin pour les choses dont l'homme avait besoin, ou dans certains cas on pourrait lui donner une partie en espèces, le bon sur le magasin et les espèces suffisant à répondre aux besoins de celui qui a fait le travail. Une telle opération donnera au travailleur d'entraide quelque chose à faire, elle permettra au membre ayant un travail à faire faire de le faire exécuter à aussi bon marché et aussi bien qu'il pourrait le faire faire autrement, et elle procurera au membre dont le travail a été fait et au travailleur d'entraide la joie et la satisfaction de leur aide mutuelle. Je désire dire au peuple de l'Église que nous avons trouvé ces travailleurs d'entraide capables et diligents dans ce qu'ils entreprennent. Ce ne sont pas le genre de travailleurs que l'on décrit parfois comme ceux de la W. P. A. Les travailleurs d'entraide sont fréquemment des hommes qui, pour une raison ou une autre, ne sont plus employables dans l'industrie ordinaire, mais qui, comme leurs jeunes confrères travailleurs d'entraide, peuvent et veulent encore fournir une journée de travail pour une journée de salaire. Nous honorons tous ces hommes, et nous sommes reconnaissants envers le Seigneur pour leur intégrité, leur diligence et leur dévouement à leur devoir, ainsi que pour leur loyauté envers l'Église.

« Des temps prospères »

Selon les perspectives actuelles, il y aura, pour les mois à venir, un grand accroissement de l'activité industrielle, qui pourrait avoir une répercussion générale sur toutes les affaires, et, si tel est le cas, nous connaîtrons une période, plus ou moins longue, de ce qu'on appelle les temps prospères. Nous, membres de l'Église, ne devrions pas nous laisser tromper par cela. La plus grande part de l'argent qui sera dépensé dans cette expansion industrielle sera entièrement improductive d'un point de vue économique. La nation sera, par ces dépenses, plus pauvre de milliards, et non plus riche, en ce qui concerne notre vie économique, commerciale et industrielle nationale. Ces milliards devront être levés soit par une augmentation des impôts, ce qui, nous devons nous y attendre, augmentera le coût de la vie, soit par de nouveaux emprunts qui augmenteront considérablement notre dette publique et s'ajouteront donc à nos impôts, soit par les deux moyens à la fois. Comme je l'ai dit à une autre Conférence, une fois passée la guerre avec toute cette destruction de richesses — c'est-à-dire de biens —, nous devrons nous préparer à affronter une autre dépression, dont nous ne pouvons connaître aujourd'hui ni la profondeur ni la durée. Nous espérons que cette « prospérité » temporaire, comme on l'appellera probablement, qui pourrait venir, n'amènera pas les organisations et les travailleurs d'entraide à relâcher leurs efforts pour perfectionner leur organisation, afin de poursuivre efficacement leur œuvre de secours. Je vous assure que nous aurons désormais besoin de toute l'aide que nous pouvons dès maintenant prévoir et préparer.

L'instauration du service militaire obligatoire

En disant cela, je ne porte aucun jugement et ne formule aucune critique de notre programme de préparation. Nous devons être capables de résister à une invasion. Mais je puis faire remarquer que, pour la première fois de notre histoire, nous instaurons le service militaire obligatoire universel, et apparemment nous nous préparons à maintenir une grande armée permanente, deux choses qui ont été, avec sagesse, prohibées pendant toute notre existence nationale, parce qu'elles ont été jugées dangereuses pour notre gouvernement constitutionnel et pour nos institutions libres.

Une invasion, possibilité lointaine

On peut aussi observer que nous nous sommes forgé dans l'esprit une sorte de frénésie de peur devant une invasion étrangère et asservissante. L'opinion militaire responsable, rapportée de manière crédible, est que, si des raids aériens sporadiques, causant de grands dommages et des pertes de vies considérables, pourraient, dans des conditions atmosphériques plus ou moins idéales sur tout l'Atlantique, être menés contre certaines de nos villes de la côte Est, une invasion armée par de grandes armées étrangères suffisante pour nous conquérir est une possibilité si lointaine, compte tenu des moyens et méthodes de transport actuels, qu'elle ne devrait pas nous rendre hystériques — et nous le sommes presque à présent.

Il semble bien que si la navigation d'un canal large de 20 milles peut empêcher un belligérant de tenter ne serait-ce qu'une invasion armée pendant une période de semaines qui devient maintenant des mois, la navigation d'un océan large de 3 000 milles pourrait bien constituer une barrière suffisante contre toute grande invasion armée, et nous n'avons pas à prendre trop au sérieux les menaces de ce belligérant à cet effet, ni ses vantardises non plus. Cent trente et quelques millions de personnes libres, disposant de ressources illimitées et du développement industriel le plus élevé au monde, donneront quelque hésitation au souverain le plus ambitieux. Néanmoins, jusqu'à ce que le monde se calme et que la raison revienne chez les hommes, nous devrions être prêts à repousser une telle invasion si elle survenait. Notre préparation devrait viser uniquement à repousser une invasion, non à mener une guerre offensive ni à faire des conquêtes. Mais ne cédons pas à la panique de la peur.

La guerre

Dans l'espoir que cela puisse contribuer à apaiser un peu la haine qui monte maintenant et menace de nous engloutir, ainsi que pour notre tranquillité d'esprit et notre capacité à mesurer les événements à venir, il semble bon que nous ne soyons pas dans l'erreur quant au statut actuel des États-Unis dans le conflit européen en cours. D'après toutes les règles et tous les principes selon lesquels les nations ont réglé leur conduite dans le passé, les États-Unis ont déjà commis plusieurs actes hostiles, et nous sommes en fait maintenant en guerre.

C'est un principe bien établi du droit de la guerre que les citoyens privés des États neutres peuvent, sans compromettre en aucune manière la neutralité de leur souverain, poursuivre un commerce avec l'un ou l'autre, ou les deux, belligérants, sous réserve de certains droits de visite, de saisie et de confiscation par les belligérants en cas de commerce de contrebande de guerre ou de violation d'un blocus légal et effectif ; mais il est tout aussi bien établi qu'aucun État neutre ne peut lui-même fournir à un belligérant du matériel de guerre sans perdre par là même son caractère de neutre et devenir lui-même belligérant.

Les nations de la terre, dans leur dernière déclaration volontaire et quasi unanime du droit en ces matières, ont déclaré :

La fourniture, de quelque manière que ce soit, directement ou indirectement, par une puissance neutre à une puissance belligérante, de navires de guerre, de munitions ou de matériel de guerre de quelque nature que ce soit, est interdite. (Convention de La Haye XIII, 1907)

La neutralité des États-Unis violée

Il ne semble faire aucun doute que nous avons fourni à l'un des belligérants nos propres inventions secrètes pour mener la guerre, notre propre armement aérien, et maintenant nos propres navires de guerre armés, pleinement approvisionnés et équipés de toutes les manières pour un service belligérant immédiat. Les avis diffèrent quant à savoir si le Congrès a autorisé ou non cette dernière transaction, mais l'approbation du Congrès ne changerait rien au caractère international de l'acte ; elle ne ferait que dégager de la violation de notre propre loi.

Nous avons été victimes d'un acte semblable de la part de la Grande-Bretagne. En 1863, les Confédérés faisaient équiper, à Birkenhead, en face de Liverpool, deux navires cuirassés destinés à être utilisés contre le commerce de l'Union. Notre ministre à Londres a appelé à maintes reprises l'attention du comte Russell sur la situation ; celui-ci répondit que le gouvernement britannique « ne pouvait en aucune manière s'immiscer dans le sort de ces navires ». M. Adams, répondant, exprima « un profond regret » devant cette conclusion du gouvernement britannique, et ajouta : « Il serait superflu de ma part de faire remarquer à Votre Seigneurie que ceci, c'est la guerre. » Le gouvernement britannique agit alors.

À la suite d'autres actes du même genre, nombreux, menaçant nos intérêts ici, nous avons exigé un arbitrage pour savoir si la Grande-Bretagne avait violé sa neutralité. La Grande-Bretagne, il faut le dire à son honneur éternel (car nos griefs touchaient réellement à son honneur), consentit. Le résultat de cet arbitrage fut le plus important dommage-intérêts jamais accordé en notre faveur par un tribunal arbitral.

Des actes hostiles

De nouveau, il ne semble faire aucun doute que nous avons maintenant conclu une sorte d'alliance avec l'un des belligérants, le Canada, selon laquelle, si son ennemi devait l'attaquer, nous nous joindrions à la défense du Canada. Ainsi, accepter de porter aide et secours à l'un des belligérants contre l'autre, si celui-ci était attaqué par l'autre — et une telle attaque est bien sûr le cours normal de la guerre — constitue de notre part un acte hostile, belligérant, contre l'ennemi du Canada. Nous sommes donc en guerre aussi sur ce point.

Enfin, bien que les détails ne soient pas connus, on dit que nous avons loué certaines bases navales ou aériennes de l'un des belligérants sans, suppose-t-on, consulter l'autre belligérant. Ces baux sont probablement conclus sous une forme et dans un but tels qu'ils constituent aussi des actes hostiles, car il est inconcevable que la Grande-Bretagne, suivant ses politiques séculaires, loue à quelque puissance que ce soit une partie de son territoire pour un usage et une occupation militaires, sans en recevoir en retour une aide militaire.

Nous sommes donc en guerre. Nous ne devrions pas nous méprendre sur la nature de nos actes, si et quand l'ennemi de la Grande-Bretagne nous frappe en retour. Dans un tel cas, si l'on nous disait que l'ennemi de la Grande-Bretagne commet contre nous un acte de guerre agressif et inexcusable, nous devrions savoir que ce ne serait pas la réalité des faits, car, selon les règles et principes de la guerre, nous avons déjà, en effet, déclaré la guerre à cet ennemi.

Comme je l'ai déjà dit, j'ai dit ces choses dans l'espoir qu'elles puissent apaiser un peu la haine qui s'accumulera si et quand cet acte se produira. Un Saint des derniers jours ne peut haïr personne. Les haines de la dernière guerre sont la cause motrice de celle-ci. Il en sera ainsi jusqu'à la fin, à moins que nous ne vainquions la haine. C'est ce que l'Évangile nous aide à faire.

L'enregistrement

L'Utah a un dossier honorable pour son service et son soutien à cette nation en temps de guerre. Le peuple de l'Église partage cette réputation. Le peuple de l'Église est patriote. En ce temps de préparation à des éventualités que nous prions tous pour qu'elles ne nous arrivent pas, nous, le peuple, devons faire pleinement notre part. Nous nous attendons avec confiance à ce qu'aucun jeune homme membre de l'Église ne cherche à se soustraire à sa pleine responsabilité. Nous sommes assurés que chaque jeune homme fera pleinement son devoir et vivra selon les préceptes qui guident l'Église et ses membres « en obéissant aux lois, en les honorant et en les soutenant ». Nous demandons à nos jeunes gens qui entrent dans les camps d'entraînement de toujours se souvenir des enseignements de leurs parents et de l'Église ; nous leur demandons de se garder purs, de corps et d'esprit ; nous leur demandons de se souvenir que notre foi exige qu'ils soient « honnêtes, fidèles, chastes, bienveillants, et qu'ils fassent du bien à tous les hommes... et que, si quelque chose est vertueux, aimable, ou de bonne réputation, ou digne de louange, ils recherchent ces choses ». S'ils font toutes ces choses, nous leur promettons les bénédictions du Seigneur.

Famine et peste

Comme on l'a déjà noté, les deux belligérants semblent avoir prédit la famine l'un pour l'autre. L'un des belligérants a, selon la presse, prédit la peste pour l'autre. Si cette prédiction signifie que celui qui la formule a l'intention d'infecter l'autre de la peste, par quelque moyen que ce soit, il faut alors dire qu'une telle infection marquerait un degré d'infamie et de sauvagerie sans parallèle dans le monde moderne, et contre lequel tous les instincts de l'humanité s'élèveraient et que tous les principes chrétiens condamneraient.

Mais la guerre apporte toujours des épidémies, qui semblent trouver leur meilleur terrain de propagation dans les grands groupes d'hommes réunis dans des camps armés. Nous ne pouvons pas espérer avec certitude que des épidémies n'éclateront pas en Europe, ni que, si elles y éclatent, elles n'apparaîtront pas chez nous. Je l'ai déjà signalé.

Notre risque sera probablement accru par nos grands camps d'entraînement, qui devront aussi être desservis par un grand nombre de médecins, de chirurgiens et d'infirmières, retirés de leur service auprès de tout le peuple.

Nous, ici, chez nous, avons le devoir envers nous-mêmes, envers notre pays et envers l'humanité, de nous garder aussi exempts de contagion, aussi pleinement en bonne santé que possible.

La loi du Seigneur qui prévient la maladie

Le Seigneur nous a dit comment faire cela. Beaucoup n'ont pas écouté sa parole, sans pour autant en nier la vérité ; d'autres n'ont pas cru que c'était sa parole. Mais Dieu justifiera ses commandements, en bénissant ceux qui les gardent, et en permettant aux lois ordinaires de la nature d'agir, sans contrôle, sur ceux qui ne les gardent pas.

Le président Grant prêche depuis un demi-siècle la Parole de Sagesse au peuple. Si nous avions suivi son conseil, nous pourrions maintenant affronter l'avenir sans crainte. Si la maladie et l'affliction devaient nous atteindre, nous nous en souviendrions alors. Espérons que, si un malheur devait atteindre l'un d'entre nous, nous ne serons pas dans une situation où nous devrons nous reprocher d'avoir manqué de vivre la loi du Seigneur qui prévient la maladie.

Combien glorieuses sont les bénédictions promises à ceux qui gardent les lois de Dieu :

Et tous les saints qui se souviennent de garder et de pratiquer ces paroles, marchant dans l'obéissance aux commandements, recevront la santé en leur nombril et de la moelle pour leurs os.

Et ils trouveront de la sagesse et de grands trésors de connaissance, oui, des trésors cachés ;

et ils courront et ne se fatigueront pas, et ils marcheront et ne faibliront pas.

Et moi, le Seigneur, je leur fais la promesse que l'ange destructeur passera à côté d'eux, comme pour les enfants d'Israël, et ne les frappera pas. (D. & A. 89:18-21)

La promesse

Cela ne dit pas, et cela ne signifie pas, que garder la Parole de Sagesse nous préserve de la mort, car la mort est, dans le plan éternel, à égalité avec la naissance. Tel est le décret éternel. Mais cela signifie bien que l'ange destructeur, celui qui vient punir les injustes pour leurs péchés, comme il affligea jadis les Égyptiens corrompus dans leur méchanceté, passera à côté des saints qui « marchent dans l'obéissance aux commandements » et qui « se souviennent de garder et de pratiquer ces paroles ». Ces promesses signifient bien que tous ceux qui se qualifient pour en jouir seront autorisés à vivre leur vie de manière à acquérir toute l'expérience et toute la connaissance dont ils ont besoin pour progresser vers la plus haute exaltation dans l'éternité ; tous ceux-là vivront jusqu'à ce que leur œuvre soit achevée, et Dieu les rappellera à leur foyer éternel, en récompense.

Ces bénédictions viendront à ceux qui se qualifient, aussi sûres et certaines que la vie elle-même.

Chaque fois que nous sommes enclins à juger les manières d'agir de Dieu envers ses enfants, nous devrions nous souvenir que les voies de Dieu ne sont pas les voies de l'homme, et que, derrière ce que nous voyons et comprenons, se trouvent les desseins infiniment sages d'un Dieu infiniment sage.

Que Dieu nous bénisse, nous préserve et nous aide à garder toujours ses commandements, telle est ma prière, au nom de Jésus-Christ, Amen.

L'assemblée et le Chœur chantèrent l'hymne « We Thank Thee, O God, for a Prophet ».

Citer ce discoursJ. Reuben Clark Jr., « Le plan d'entraide et les temps périlleux », Conférence générale d'octobre 1940, Session du matin du premier jour (1940-10-04). Pulpit Vault, 1940-10-j-reuben-clark-jr-the-welfare-plan-and-perilous-times. Traduction de la présente édition, par méthode de glossaire, archive.org.Pulpit Vault, édition du 23 septembre 2026 (commit 4bdc6ac627).