Pulpit

Discours de conférence

Wallace F. Toronto

Conférence générale d'avril 1940·Session de l'après-midi du premier jour·1940-04-05

Frères et sœurs : vous ne pouvez savoir le frisson qui me parcourt aujourd'hui en contemplant à nouveau, pour la première fois depuis cinq ans, ce spectacle glorieux, une conférence des membres de l'Église. Je prie pour l'inspiration du Seigneur dans ce que je pourrais dire aujourd'hui, car je sens que ma responsabilité est grande, et je suis vivement conscient qu'il faut mettre l'accent sur les choses qui seront profitables et bénéfiques pour cette assemblée.

Je vous apporte les salutations, frères et sœurs, d'un petit groupe de gens, les Tchécoslovaques, qui savent que l'Évangile de Jésus-Christ est en effet le bien le plus précieux qu'ils aient jamais eu. Ils vivent dans un pays ravagé par la guerre, pillé et dévasté. Ils existent dans les conditions les plus défavorables, mais néanmoins ils vivent l'Évangile à un point qui ferait honte à beaucoup d'entre nous. Peut-être avons-nous besoin de l'adversité pour apprécier pleinement les commandements et les bénédictions découlant de l'Évangile que nous possédons.

Je veux dire aussi un mot au sujet des excellents missionnaires que vous nous avez envoyés durant ces trois dernières années et demie. Nous avons eu les meilleurs hommes de la face de la terre pour porter ces bonnes nouvelles à des milliers et des milliers de personnes résidant dans cette nation. La tâche n'a pas été facile. Des programmes ont été conçus, des plans ont été mis en œuvre, seulement pour se heurter à des déceptions à cause d'incidents et de situations dépassant le pouvoir des hommes de les maîtriser.

Ces anciens ont été évacués à deux reprises. Ils sont revenus plus déterminés que jamais à faire en sorte que l'Évangile ne périsse pas en Tchécoslovaquie. Ils ont accompli une œuvre puissante. Je vous témoigne aujourd'hui, frères et sœurs, que ces jeunes gens que vous avez envoyés au loin ont été disposés à aller jusqu'au bout pour apporter l'Évangile de paix, de joie et de bonheur à une Europe ravagée par la guerre. Mon cœur déborde de louange et de gratitude envers mon Père céleste pour les occasions qu'ont eues ces jeunes gens, ainsi que pour les occasions que, par leur œuvre, ils ont pu offrir à ceux qui sont bien moins fortunés que vous et moi.

Les membres de l'Église en Europe centrale ont appris à connaître le sens profond de l'Évangile. Ils ont appris à savoir que son cœur et son essence se trouvent dans l'exhortation de Jésus : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »

Peu de temps après que près de deux millions de soldats allemands eurent franchi les frontières de la Tchécoslovaquie — durant cette période de tension et de terreur qui en résulta inévitablement — un jeune officier allemand, un garçon droit, propre et de belle allure, franchit la porte de notre salle de réunion à Prague. Nous pensâmes : voici sûrement la fin pour nous. La police secrète a sans doute envoyé quelqu'un ici pour fermer la Mission. En s'approchant, il dit : « Je m'appelle frère R. (pour des raisons évidentes, il n'est pas jugé prudent de donner son nom.) Je suis officier dans l'armée allemande. Dès que j'ai eu terminé mes fonctions officielles ici à Prague, la première chose que je me suis mis en devoir de faire fut de trouver cette branche de l'Église en Tchécoslovaquie. Avec votre permission, j'aimerais dire quelques mots à cette assemblée. » Je répondis : « Certainement, frère R., nous serons heureux de vous entendre. »

Il se leva, et dans une langue que la plupart des habitants de la Tchécoslovaquie détestaient, l'allemand, il dit ceci aux membres de l'Église et aux amis présents :

Frères et sœurs, je ne viens pas ici de mon propre choix. Je viens ici comme serviteur de mon gouvernement. Je sais que nous vous avons causé une détresse et un désarroi considérables. Nous avons déjà causé beaucoup de souffrance. Néanmoins, vous et moi avons quelque chose en commun, quelque chose qui dépasse les frontières de race, de langue et de couleur. Vous et moi avons l'Évangile de Jésus-Christ. Bien que je parle allemand et que vous parliez tchèque, à cause de l'Évangile nous parlons pourtant encore un langage commun. Le temps viendra où nous le saurons mieux que jamais.

Je voudrais avoir le temps de vous raconter tout ce qu'il a dit. Des larmes coulaient sur les visages de ces gens de Tchécoslovaquie. Comme il descendait l'allée, ils se levèrent et l'entourèrent de leurs bras, pleurant sur son épaule. Chaque dimanche disponible — il croyait à l'observance du sabbat — il était à la salle de la branche, faisant de son mieux pour que l'Évangile de Jésus-Christ devienne une réalité vivante parmi un peuple asservi.

Voilà ce que l'Évangile de Jésus-Christ fait pour un homme. Quand il le touche, il le change, et il sait, comme l'a déjà dit le président Hugh B. Brown, que toute l'humanité est d'un même sang, et que nous sommes frères et sœurs dans l'Évangile de Jésus-Christ, n'ayant tous qu'un seul Père. Ce sont là, frères et sœurs, des choses d'une portée immense. Ce sont des vérités qui ne trouvent leur égal nulle part au monde, en dehors du plan de l'Évangile.

Nous avons regretté d'avoir dû laisser nos membres en Tchécoslovaquie. Si nous avions pu les laisser entre les mains d'un successeur, nous nous serions sentis bien de rentrer chez nous, mais les circonstances ne le permirent pas. Néanmoins, je vous témoigne que quelque trente mille membres de l'Église, laissés en Europe, qui aujourd'hui se débrouillent par eux-mêmes — malgré le fait qu'ils doivent souffrir, et peut-être manquer des nécessités de la vie — sont protégés par la main du Seigneur.

Si vous me permettez un instant, j'aimerais raconter une histoire, l'une de plusieurs que nous avons vécues, qui est pour moi une preuve de la véracité de l'Évangile de Jésus-Christ, et de la puissance protectrice et de la bonté de Dieu.

Un jeune Ukrainien, du nom de Tarnawskyj, qui étudiait pour le ministère dans l'Église grecque-catholique, se rendait de Varsovie, en Pologne, à New York, où il devait fréquenter une école supérieure du ministère de cette Église. Il passa par la ville de Prague. Alors qu'il descendait la rue, il vit l'enseigne : « Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours. » Il remarqua que nous tenions une réunion à ce moment-là. Il se dit : « J'ai entendu parler de ces gens dans mes études. Je suis curieux. Je crois que je vais entrer et voir ce qu'ils ont à dire. »

Il entra, vêtu de sa robe noire et de son collier blanc, et s'assit au fond. C'était un jeune homme d'environ vingt-huit ou trente ans. Deux de nos missionnaires se levèrent et expliquèrent quelques principes de l'Évangile. Ils rendirent leur témoignage. Comme il parlait ukrainien, langue apparentée au tchèque, il les comprit. Après la réunion, il vint nous demander : « Quand tenez-vous le reste de vos réunions ? » Nous lui énumérâmes les réunions de la semaine, et il vint à toutes, y compris à la Société de secours. En quelques semaines, il fit cette demande : « Frère Toronto, je voudrais être baptisé dans cette Église. »

« Or, frère Tarnawskyj, vous savez que vous ne pouvez pas gagner votre vie dans cette Église. Nos missionnaires se soutiennent eux-mêmes, soit par leurs propres économies, soit grâce au soutien que leur famille leur envoie. »

« Oh, frère Toronto, répondit-il, je sais tout cela. Vos missionnaires m'ont enseigné l'Évangile. » Il poursuivit : « J'ai trouvé la chose la plus précieuse au monde. Je veux l'Évangile de Jésus-Christ. Je l'ai cherché pendant des années dans les universités et les écoles de théologie de bien des pays, et je n'ai jamais rien trouvé qui puisse égaler ceci. »

Je lui dis : « Très bien. Dès que nous vous aurons instruit un peu plus pleinement dans l'Évangile, nous serons heureux de vous compter comme membre de l'Église. » Il fut par la suite baptisé. Après avoir accepté le baptême, une grande caractéristique de la vérité s'empara de lui, celle de vouloir en parler à quelqu'un d'autre. Bien sûr, ceux auxquels il pensa d'abord furent ses proches restés en Pologne. Il leur écrivit une longue lettre, dans laquelle il déclarait : « J'ai trouvé la plus grande chose de la vie. Je veux vous dire quelque chose de l'Évangile de Jésus-Christ, afin que vous aussi puissiez jouir des bénédictions qui en découlent. »

Je le rencontrai quelques jours plus tard. Il avait le visage long et paraissait très abattu. « Que t'est-il donc arrivé, frère Tarnawskyj ? » « Je viens de recevoir une lettre de ma famille en Pologne. Voici ce qu'ils m'écrivent : “Cher fils et frère : Si tu ne renonces pas immédiatement à cette chose que tu appelles le mormonisme, nous cesserons de t'envoyer le moindre sou de soutien, qui, tu le sais, est ton seul moyen de subsistance ; et de plus, nous te renierons comme fils et comme frère !” »

« Quelle est ta réponse, frère Tarnawskyj ? Tu es à la croisée des chemins. Tu dois prendre une décision grave. »

« Oh, frère Toronto, vous savez quelle est ma réponse : “Chers êtres aimés, je ne puis renoncer à ce que j'ai de plus cher au monde, l'Évangile de Jésus-Christ. Je prie Dieu que vous aussi, à quelque moment futur, par mes efforts ou ceux d'autres personnes, puissiez venir aussi dans cette Église.” »

Depuis ce jour jusqu'à aujourd'hui, pour autant que je sache, il n'a reçu ni un sou ni un mot des siens. Il se retrouva en Tchécoslovaquie, étranger, incapable de trouver du travail.

Durant ces temps troublés, les subtiles forces politiques d'Europe centrale avaient œuvré à démanteler la République tchécoslovaque, de sorte que la Slovaquie obtint son indépendance, de même que la petite province de Ruthénie, ou Russie subcarpathique, loin à l'est, à peine plus grande que le comté de Salt Lake. Le frère Tarnawskyj proposa finalement : « Frère Toronto, beaucoup de mes compatriotes se trouvent là-bas en Ruthénie, un grand groupe d'Ukrainiens parmi lesquels je pourrais travailler. Comme je suis un homme instruit, je pense pouvoir obtenir un poste d'inspecteur au ministère de l'Éducation. Pouvez-vous m'aider à m'y rendre ? Je veux devenir un citoyen autonome. » « Très bien. Nous vous aiderons à vous rendre en Ruthénie, si vous pensez pouvoir réussir. »

À son arrivée dans ce nouvel État autonome, il déposa sa demande pour un poste au ministère. Elle passa par diverses mains et par bien des formalités administratives, et finit par atteindre le ministre lui-même. Jusque-là, tout allait bien. Une fois arrivée chez le ministre, un grand retard survint. Finalement, notre frère m'écrivit une lettre disant : « Frère Toronto, je ne sais pas où est le problème ici. Je suis qualifié pour ce poste, et j'ai tiré toutes les ficelles que je connaisse. Et j'ai prié. Le Seigneur Dieu sait que j'ai faim. Il sait que j'ai besoin d'un endroit où reposer ma tête. J'ai essayé de vivre l'Évangile depuis que j'ai rejoint l'Église. Sur les gains de petits emplois que j'ai trouvés ici et là, j'ai mis de côté ma dîme, et dès que le courrier passera, je vous l'enverrai. Pourquoi, oh pourquoi le Seigneur me persécute-t-il ainsi ? » Mais il conclut : (je voudrais avoir la lettre ici pour vous la lire :) « Peut-être est-ce pour le mieux, après tout. »

Une carte arriva quelques jours plus tard : « Je vais accepter un emploi dans la petite ville de Perecyn, comme humble instituteur, où je pourrai gagner de quoi au moins m'acheter quelques croûtes de pain. »

Il y fut employé pendant trois jours, lorsque ce minuscule État d'Europe centrale, la Russie subcarpathique, fut baigné de sang par les hordes hongroises qui le balayèrent. Des hommes, des femmes et des enfants par centaines furent laissés mourants dans les rues. Lui et neuf de ses compagnons ukrainiens furent tirés de leur lit à cinq heures du matin et jetés en prison. Après vingt-quatre heures de souffrance intense, ils furent traduits devant un tribunal militaire composé d'un seul homme, en uniforme d'officier hongrois. Il avait seul le droit de dire : « Tu vis », ou « Tu meurs ». Les dix hommes se présentèrent devant lui. On leur posa deux questions : « Depuis combien de temps êtes-vous dans ce pays ? » et « Quelle est votre appartenance religieuse ? »

Notre frère répondit le premier. À la première question, il répondit qu'il était là depuis tant de semaines. « Quelle est votre appartenance religieuse ? »

« Je suis membre de l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours. On nous appelle parfois les “mormons”. »

« Mormons ? Mormons ? J'ai entendu parler de vous. J'ai lu à votre sujet dans les journaux de Budapest. J'ai entendu dire que votre peuple a fait du bien dans ce monde. » Un moment de tension et d'hésitation, puis : « Vous êtes libre. »

Ses neuf compagnons se présentèrent après lui. On leur posa les mêmes questions. N'étant pas plus coupables que lui, ils furent néanmoins condamnés à mort et fusillés de sang-froid avant que le soleil ne se couche ce jour-là.

Ce frère parvint finalement à sortir du pays, et m'écrivit une autre lettre. « Frère Toronto, dit-il, je sais que le Seigneur agit vraiment de manière mystérieuse pour accomplir ses merveilles. L'Évangile est ce que j'ai de plus précieux au monde. Je sais que le Seigneur a préservé ma vie, afin que je puisse être un phare pour mes semblables. Non seulement il a préservé ma vie de la manière que je vous ai décrite, mais il m'a aussi protégé, car si j'avais obtenu le poste d'inspecteur au ministère de l'Éducation, je serais aujourd'hui assis dans les camps de concentration de Hongrie, soumis à certaines des tortures les plus terribles que l'humanité connaisse. Je dois tout ce que j'ai à l'Évangile de Jésus-Christ. »

Nos membres fidèles seront protégés, frères et sœurs. Si c'était là le seul incident, je pourrais douter qu'il ne s'agisse que d'un simple hasard. Mais nous avons vu bien des cas de soin et de protection providentiels. Certains membres juifs de notre Église, malgré les programmes antisémites, ont été préservés, et nous l'avons vu. L'Évangile de Jésus-Christ signifie tout pour eux. Signifie-t-il tout pour vous ?

Rentrez chez vous ce soir. Mettez-vous à genoux. Remerciez le Seigneur votre Dieu de vivre dans une « terre préférable à toutes les autres », dans ce pays de liberté et de bonheur. Et remerciez encore le Seigneur d'avoir eu le privilège d'accepter l'Évangile de Jésus-Christ. Renouvelez l'alliance de garder les commandements du Seigneur comme jamais auparavant.

Je sais que Dieu vit, et cela a été pour moi un témoignage que de vivre parmi ces gens qui ont placé leur confiance en lui. Je sais que Joseph Smith est un prophète du Seigneur, comme eux le savent. Je vous rends ce témoignage au nom de Jésus-Christ. Amen.

Citer ce discoursWallace F. Toronto, « Discours de conférence », Conférence générale d'avril 1940, Session de l'après-midi du premier jour (1940-04-05). Pulpit Vault, 1940-04-wallace-f-toronto-conference-address. Traduction de la présente édition, par méthode de glossaire, archive.org.Pulpit Vault, édition du 23 septembre 2026 (commit 4bdc6ac627).