Pulpit

Les fléaux qui suivent la guerre

J. Reuben Clark Jr.

Conférence générale d'octobre 1939·Session du matin du premier jour·1939-10-06

Mes frères et sœurs, je suis heureux d'être de nouveau parmi vous en cette Conférence semestrielle. Je suis heureux d'entendre les Singing Mothers, dirigées par sœur Sackett.

Nous regrettons ce matin l'absence d'un homme d'une grande spiritualité, d'une grande influence parmi le peuple, frère Melvin J. Ballard. Que le Seigneur sanctifie ses travaux à l'édification de sa Cause.

Comme ce que je dirai ce matin traitera en partie de questions techniques où le langage a son importance, j'ai mis par écrit ce que je vais dire, afin de ne pas parler avec imprudence.

La Constitution inspirée

Je parle aujourd'hui en tant que citoyen américain qui croit, comme il croit en la Divinité, que Dieu a inspiré l'élaboration de notre Constitution et la mise en place de notre forme de gouvernement qui en découle — un citoyen américain qui croit que le maintien de ce gouvernement sous notre Constitution, telle qu'elle se présente aujourd'hui, est nécessaire pour que la liberté et les institutions politiques et religieuses libres ne disparaissent pas de la terre.

Une nation aux principes chrétiens

Ceci est une nation chrétienne. Avant la Révolution, elle l'était en droit ; depuis la Révolution, elle l'est demeurée en fait. Nous, le peuple des États-Unis, garantissons la pleine liberté religieuse à tous ceux qui relèvent de notre juridiction, qu'ils soient non chrétiens ou païens. Mais la nation elle-même est une nation chrétienne. Nos normes et nos principes sont chrétiens. Nous protégeons les autres croyances, afin que tous soient libres. Ces faits ne doivent jamais être perdus de vue.

Pour nous, membres de l'Église, ce fait ne peut être contesté, car le Seigneur a déclaré dans une révélation moderne :

Voici, ceci est un pays de choix, et toute nation qui le possédera sera libre de la servitude, et de la captivité, et de toutes les autres nations sous le ciel, du moment qu'elle sert le Dieu du pays, qui est Jésus-Christ, qui a été manifesté par les choses que nous avons écrites (Éther 2:12)

Le châtiment de la désobéissance à ces principes a été déclaré être que le peuple « sera balayé lorsque la plénitude de sa colère s'abattra sur lui », et que « la plénitude de sa colère s'abat sur elle lorsqu'elle est devenue mûre dans l'iniquité. » (Éther 2:8, 9.)

Ces principes ont été déclarés à maintes reprises.

Ainsi, nous, en Amérique, ne pouvons soutenir aucune cause qui détrônerait ici le christianisme pour y substituer une autre croyance, non chrétienne ou païenne ; nous ne pouvons pas non plus, en tant que chrétiens, soutenir une cause visant à établir ailleurs dans le monde des États non chrétiens ou païens. Notre devoir, imposé par le ciel, est clair à cet égard.

Déclaration de croyance

De plus, depuis plus de cent ans, cette Église a proclamé ce principe de gouvernement, fondé sur les commandements divins et les révélations de la volonté de Dieu, à savoir :

Nous croyons que les gouvernements ont été institués par Dieu pour le bénéfice de l'homme et qu'il tient les hommes pour responsables de leurs actes vis-à-vis d'eux, tant pour la promulgation de lois que pour leur application pour le bien et la sécurité de la société.

Nous croyons qu'aucun gouvernement ne peut vivre en paix si ne sont arrêtées et ne demeurent inviolées des lois qui garantissent à chacun la liberté de conscience, le droit à la propriété et la protection de la vie. (D. et A. 134:1-2).

Ainsi, nous ne pouvons soutenir aucune cause, ni appuyer aucun État défendant une cause qui chercherait à contraindre la conscience des hommes, qui érigerait l'État en divinité, qui détruirait la propriété privée — ce rempart d'une société paisible, stable et ordonnée, voire de la civilisation elle-même —, qui ferait des hommes des esclaves de l'État au détriment de toute sécurité, de la protection due à la vie et à l'intégrité physique, et de toute liberté individuelle, et qui effacerait le foyer chrétien.

Des dangers nous menacent

Toutes ces choses sont fondamentales pour ce peuple et pour cette nation. Je le répète, il y a parmi nous des influences malfaisantes qui complotent et conspirent pour détruire tout ce que nous tenons pour sacré, dans notre Église comme dans la nation. Si nous nous endormons face à ces dangers, nous nous réveillerons un jour pour nous découvrir leurs victimes asservies. Nous, le peuple de ces vallées, ne sommes qu'une poignée — une infime minorité — et pourtant, si nous revêtons, d'un cœur et d'une main complètement unis, l'armure de la droiture et livrons bataille pour la droiture, nous serons, sous la garde et la conduite de Dieu, un moyen d'aider finalement à servir et à sauver le monde.

Rien n'est plus inique, plus impie, plus contraire à Dieu, que le massacre en masse d'un homme par un autre homme, décrété pour une cause injuste. Cela a de tout temps attiré la colère du Tout-Puissant. Dieu fera peser sa vengeance sur tous ceux qui l'apportent. La loi proclamée au Sinaï fut « Tu ne tueras pas », et dans le jardin de Gethsémané : « Tous ceux qui prendront l'épée périront par l'épée. » Ces commandements divins étant profondément gravés dans notre conscience spirituelle, nous ne pouvons considérer avec la moindre indulgence le péché de la guerre impie, et une guerre menée pour conquérir ou pour garder une conquête déjà faite est une telle guerre.

Presque à chaque occasion depuis que j'ai été appelé à une place dans la Première Présidence, j'ai exprimé de graves appréhensions quant à la voie que suivait le monde entier, y compris notre propre nation. Il y a deux ans et demi (Conférence d'avril 1937), j'ai particulièrement attiré l'attention sur la perspective d'une guerre et j'ai donné la meilleure vue que j'avais des éventualités qui semblaient alors susceptibles de suivre cette guerre. Je me suis particulièrement attardé sur le chaos consécutif qui, semblait-il, pourrait raisonnablement survenir si la guerre traînait pendant de longues et pénibles années.

En octobre dernier, j'ai attiré l'attention sur l'intense propagande à laquelle nous étions soumis — la propagande de temps de paix la plus intense de tous les temps — et j'ai averti qu'au mieux elle colorait la vérité et qu'au pire elle la falsifiait.

Je voudrais, par référence, inclure dans ce qui est dit maintenant tout ce que j'ai dit dans le passé sur les mêmes sujets.

Mise en garde contre les fausses impressions

La guerre a maintenant éclaté. La plupart des motifs sacrés invoqués par l'un ou l'autre camp pour sanctifier la Guerre mondiale reviennent aujourd'hui pour sanctifier celle-ci. Beaucoup étaient faux alors ; ils sont faux maintenant. Nous ne devrions être ni troublés, ni induits en erreur, ni aveuglés par aucun d'eux. Regardez chacun d'eux bien en face ; la plupart s'effondreront sous votre regard. Il y a toujours de la tromperie, du mensonge, des subterfuges, de la trahison et de la sauvagerie dans la guerre, des deux côtés. Il y en eut dans la Guerre mondiale. Ce n'est pas toujours l'autre puissance qui commet des atrocités.

La guerre et ses causes

Je parlerai aujourd'hui sans détour, car lorsque l'enjeu est la guerre avec ses horreurs ou la paix avec ses bienfaits, il est préférable d'employer un langage franc. Ce que je dirai s'adressera principalement à la situation internationale.

En écartant tous les arguments, excuses, protestations, prétextes et la propagande sous lesquels les véritables causes du conflit actuel ont été profondément enfouies, et en dépouillant jusqu'à l'os tous les mensonges qui ont dissimulé la situation réelle, il semble clair que les enjeux du conflit actuel, réduits à leurs termes les plus simples, sont les suivants :

L'Allemagne a dit à la Pologne : Rends-moi ce que tu m'as pris à la fin de la Guerre mondiale. La Pologne, soutenue par la Grande-Bretagne et la France, a dit Non. L'Allemagne a fait la guerre à la Pologne. Liées par traité, la Grande-Bretagne et la France ont déclaré la guerre à l'Allemagne.

Or, à la faveur d'exigences semblables dans le passé récent, l'Allemagne s'est emparée non seulement de ce qu'elle avait d'abord demandé, mais de vastes territoires supplémentaires. Se méfiant apparemment de la parole des dirigeants allemands, la Grande-Bretagne et la France semblaient craindre de nouvelles exigences. Elles avaient peut-être à l'esprit les centaines de milliers de kilomètres carrés de territoire et les millions d'habitants qu'elles avaient pris par conquête à l'Allemagne à la fin de la Guerre mondiale ; elles se souvenaient peut-être aussi des conquêtes françaises en Afrique du Nord et des conquêtes britanniques sur les Boers en Afrique du Sud. Et peut-être pourrions-nous nous rappeler que le sol sur lequel nous nous tenons a été pris au Mexique en 1848, par la force des armes.

Peut-être que, dans les conditions actuelles du monde, un nouveau partage de la Pologne semblait la tragédie la plus propre à soulever le sentiment du monde contre ceux qui diviseraient ce pays historiquement malheureux.

De toute évidence, en toute logique, si la conquête peut donner un titre valable sur un territoire, alors la conquête est un moyen légitime d'acquérir un titre valable sur un territoire. C'est là la règle impie de la force, la règle impie selon laquelle « la force fait le droit ».

C'est la règle qui a sous-tendu tout grand empire qui a jamais été édifié dans toute l'histoire du monde ; elle sous-tend tout grand empire qui existe aujourd'hui. Il n'y a rien de nouveau dans cette doctrine, ni dans cette pratique.

Sous une telle règle, la guerre est et doit toujours être l'instrument de la croissance des empires. Sous une telle règle, les nations s'élèvent et déclinent, selon que la force progresse ou faiblit.

Sous une telle règle, la sécurité au sein d'un empire ne revient qu'à la puissance dominante en armes et en ressources.

Mais une telle règle de la force, celle selon laquelle « la force fait le droit », est née de Satan. Elle n'est pas de Dieu.

De toute évidence, aucun grand empire de conquête ne peut dormir tranquille et en paix si les démunis s'avancent fièrement en quête de plus de territoire et sont prêts à se battre pour l'obtenir.

Tant dans ses déclarations que dans ses ralliements, la guerre actuelle en Europe a pour seul but sous-jacent l'établissement assuré de la puissance ou des puissances qui, par pure suprématie en armes, domineront l'Europe, et peut-être le monde. Ce n'est pas une cause de guerre juste, et une guerre injuste est impie.

C'est là précisément la question que, voici vingt ans, nous prétendions avoir envoyé notre jeune Amérique régler en Europe. C'est notre combat là-bas qui a donné aux principales Puissances alliées et associées leur victoire. Nous n'avons rien retiré du conflit sinon l'animosité de tous — de nos ennemis, parce qu'ils étaient nos ennemis, et de chacun de nos alliés, à cause de notre générosité sans bornes et de notre désintéressement naïf et peu averti à Versailles. Mais nous n'avons pas réglé la question alors. Elle a resurgi. Nous ne la réglerions pas davantage aujourd'hui en nous joignant à ce conflit. C'est là l'une de ces questions qui ne peuvent être réglées que par les parties elles-mêmes, entre elles.

Un choix naturel

Il y a dans l'Église des dizaines de milliers de membres fidèles, et dans la nation des millions de citoyens loyaux, dont le choix serait, en raison de leur ascendance allemande, que l'Allemagne devienne la puissance dominante de l'Europe et, ensuite, peut-être du monde. Pour eux, l'art, la littérature, la science, la musique allemands — peut-être les plus grands que le monde ait produits — font partie de la trame même de leur vie et de celle de leurs ancêtres. Tous les fils délicats du souvenir et de la tradition les ramènent vers la patrie d'origine. Le peuple allemand est et a toujours été un peuple grand et bon.

Il y a peut-être encore plus de dizaines de milliers de membres fidèles dans l'Église, et encore plus de millions de citoyens loyaux dans la nation qui, en raison de notre ascendance britannique, préféreraient que la Grande-Bretagne conserve la prééminence qu'elle détient depuis des générations. Chaucer et Shakespeare sont autant à moi qu'à tout Britannique d'aujourd'hui, comme le sont Littleton, Coke et Bacon, comme le sont la Grande Charte et les grands principes de liberté et d'autonomie locale que nous, Américains, avons tant valorisés et faits nôtres d'une manière particulière. Ce sont là les héritages que nous tenons de la mère patrie, et dont nous faisons participer, comme cohéritiers avec nous, toutes les races, croyances et nationalités qui viennent sur nos rivages. La Grande-Bretagne a été et demeure l'une des plus grandes nations et l'un des plus grands peuples de tous les temps.

Comme les premiers aiment l'Allemagne, ainsi aimons-nous la Grande-Bretagne. Mais chaque groupe d'entre nous doit voir et comprendre le point de vue et les sentiments de l'autre.

La position de l'Amérique dans les affaires européennes

Savoir qui dominera l'Europe est une question qui figure dans notre situation internationale depuis le début de notre vie nationale. Elle ne nous concerne pas.

Les pères de notre Pays nous ont mis en garde contre les séductions et les dangers qu'implique une telle question — une question qui n'est pas plus proche de nous aujourd'hui qu'elle ne l'était de leur temps. Cette question n'a pas plus d'importance pour nous aujourd'hui qu'elle n'en a eu depuis cent cinquante ans. La puissance dominante a toujours pu nous faire la guerre si elle le voulait. Il y a cent cinquante ans, nous étions l'une des plus faibles des nations faibles, et les risques pour nous d'une telle guerre étaient grands ; nous sommes maintenant l'une des plus fortes des nations fortes, et les risques de perdre un conflit défensif sont presque nuls. Ne laissez pas la crainte de ce qui pourrait arriver dans une telle guerre défensive obscurcir en aucune façon votre jugement. Nous sommes aujourd'hui relativement mieux à même de nous défendre contre une agression étrangère que nous ne l'avons jamais été dans toute notre histoire.

Washington, dans son Discours d'adieu, déclarait que nous devrions avoir « aussi peu de rapports politiques que possible » avec l'Europe ; que l'Europe avait « un ensemble d'intérêts primordiaux » avec lesquels nous n'avions « aucun rapport, ou un rapport très éloigné », de sorte que « l'Europe doit être engagée dans de fréquentes controverses, dont les causes relèvent essentiellement de préoccupations étrangères » ; « Pourquoi, en entrelaçant notre destinée avec celle d'une quelconque partie de l'Europe, enchevêtrer notre paix et notre prospérité dans les rets de l'ambition, de la rivalité, de l'intérêt, de l'humeur ou du caprice européens ? »

Jefferson disait : « Notre première et fondamentale maxime devrait être de ne jamais nous mêler des querelles de l'Europe ; la seconde, de ne jamais souffrir que l'Europe se mêle des affaires de ce côté-ci de l'Atlantique. »

Nous devrions suivre ces avertissements. Il n'y a ni raison ni excuse pour notre entrée dans cette guerre européenne. Ses enjeux n'ont pour nous aucun intérêt vital. Une sage politique nous tiendra à l'écart de cette guerre.

Violations de la neutralité

Nous pouvons nous attendre à ce que tous les moyens, honnêtes et malhonnêtes, que peuvent concevoir des hommes haineux et désespérés luttant pour leur vie, soient employés pour nous entraîner dans cette guerre. Nous ne devons rien accepter à sa valeur apparente ; nous devons mettre en question chaque déclaration, examiner attentivement chaque incident. Telle est la guerre.

Il est rare, en vérité, que de simples violations de la neutralité constituent une cause légitime de guerre. Il existe toujours un conflit entre neutres et belligérants, les neutres cherchant à préserver leur commerce de temps de paix, et chaque belligérant cherchant à empêcher tout rapport avec l'autre belligérant. La saisie et la visite des navires, la confiscation des cargaisons, sont les incidents normaux de la guerre. Une fois la guerre terminée, le belligérant est tenu de payer pour les infractions aux droits des neutres, mais on ne recourt pas à la guerre même pour exiger ces paiements.

Une chose encore : un navire armé, qu'il s'agisse d'un navire marchand ou d'un cuirassé régulier, est considéré comme un navire de guerre et soumis à tous les risques de la guerre. Les neutres qui utilisent de tels navires, que ce soit pour voyager ou pour le transport de marchandises, les utilisent en s'exposant à tous les dangers inhérents à la navigation des navires de guerre en haute mer, et ni eux ni leur gouvernement ne peuvent légitimement se plaindre des événements qui pourraient les atteindre.

L'Amérique, la grande nation neutre

L'Amérique, multiraciale et multinationale, est par tradition, par géographie, par sa population, par sympathie naturelle et par intérêt matériel, la grande nation neutre de la terre. Dieu l'a voulu ainsi. Issues de toutes les races, croyances et nations, nos sympathies vont vers tout peuple opprimé. Nos sentiments, engagés de part et d'autre de grandes différences, se neutraliseront naturellement l'un l'autre s'ils sont tenus dans une juste et due retenue. Orientée dans les bonnes directions, cette grande masse de sentiment pour l'un ou l'autre camp mûrira en sympathie et en amour pour tous nos semblables égarés et abusés qui souffrent en quelque cause que ce soit, et cette sympathie et cet amour se répandront sur toute l'humanité dans sa détresse, reflétant ainsi faiblement la compassion infinie du Maître.

L'une des grandes tragédies de la guerre qui commence maintenant, c'est que tous les peuples qui y sont aujourd'hui engagés y ont été entraînés sans savoir pleinement vers quoi ils allaient. Les peuples eux-mêmes sont en grande partie innocents de cette tuerie. Dieu ne pardonnera pas la trahison de ses enfants par ceux qui les gouvernent.

Un grand rôle à jouer

En tant que grande nation neutre de la terre, l'Amérique peut jouer, dans cette guerre, un rôle bien plus grand — il est de notre devoir de jouer un rôle bien plus grand — que de simplement accomplir avec impartialité nos obligations de neutre en vertu du droit international envers ceux qui viennent sur nos rivages pour le commerce ou pour d'autres raisons. Il est de notre devoir solennel de jouer un rôle meilleur que celui que nous pourrions jouer en participant à la boucherie.

L'Amérique possède aujourd'hui la seule grande force et influence morale nationale en faveur de la paix qui reste dans le monde. Nous avons perdu une grande partie de ce que nous possédions autrefois — nous l'avons perdue lorsque nous avons permis le pillage à la table de la paix de Versailles ; depuis, nous avons perdu une grande partie de ce qui restait alors, par notre diplomatie dans le conflit entre les rivaux seigneurs de guerre d'Extrême-Orient et par nos protestations réprobatrices envers l'Europe — protestations en grande partie motivées par des questions de leur politique purement intérieure qui n'étaient pas de notre ressort légal et légitime, questions que nous n'avons jamais permis à aucune autre nation de seulement mettre en question dans nos propres affaires américaines.

La liberté en matière de politique intérieure

Nous, membres de cette Église, sommes des témoins qualifiés et compétents sur cette question. Chassés deux fois de nos foyers, pillés, dépouillés, assassinés, nos dirigeants tués, aucune puissance étrangère, aucune race, croyance ou groupe n'a élevé la voix, même pour murmurer une protestation contre le traitement que nous avons subi. Ce silence ne fut pas non plus rompu lorsque, près d'un demi-siècle plus tard, le Gouvernement fédéral lui-même confisqua nos biens, que nous n'avons que partiellement récupérés. Nous n'avons jamais songé à demander à des gouvernements étrangers d'intervenir en notre faveur. Notre loyauté patriotique envers le pays de notre naissance, notre terre natale, ne nous l'aurait pas permis.

De plus, lorsque le Nord s'est dressé contre le Sud dans une lutte à mort, lorsque les biens des deux côtés étaient impitoyablement détruits et que des milliers et des milliers de vies étaient perdues, nous avons refusé même d'écouter les représentations de puissances étrangères visant à mettre fin au conflit. Nous n'avons jamais non plus toléré les plaintes de gouvernements étrangers au sujet de certaines erreurs judiciaires, jusque-là trop fréquentes dans certaines régions de ce pays.

Toutes ces questions se réglaient entre nous — le peuple concerné — et notre propre gouvernement. Nous avons vécu ou nous sommes morts, nous avons prospéré ou souffert, selon ce qui s'est décidé entre nous et notre gouvernement. La Famille des Nations ne peut exister sur aucun autre principe que leur liberté en toute matière de politique intérieure, pas plus que les États pris individuellement ; et l'existence des États, pour le bon ordre de toute société, est d'une importance bien plus grande que la souffrance passagère de tel ou tel groupe, grand ou petit, au sein d'un État. Chaque État, membre de la Famille des Nations, doit être son propre maître à l'égard de ses propres ressortissants. Nous avons toujours revendiqué ce droit, sans réserve, pour nous-mêmes.

Notre devoir clair envers l'humanité et envers la cause de la paix, notre devoir envers notre Créateur, exigent que nous préservions la force et l'influence morales que nous possédons aujourd'hui, que nous regagnions ce que nous avons perdu, et qu'ensuite nous portions au plus haut point possible ce plus grand de tous les instruments de la paix mondiale. Si nous devenons partie à cette guerre mondiale, quel que soit le camp, pour trancher les enjeux actuels de la guerre, nous perdrons toute cette puissance et cette influence morales, et nous sombrerons avec le monde au niveau où seule notre force brutale sera l'unique mesure de notre puissance. Ce serait une effroyable prostitution de notre héritage.

Nous souvenant du fait que les peuples belligérants ont été entraînés presque aveuglément dans cette guerre par leurs gouvernements, il semble qu'il y ait deux choses que nous pourrions maintenant faire pour renforcer d'emblée notre puissance et notre influence morales en faveur de la paix.

La protection des faibles

Premièrement, nous ferions bien d'insister, comme le Président l'a déjà demandé, pour que tous les belligérants renoncent et abandonnent les plans de leurs états-majors visant à mener cette guerre de manière à véritablement exterminer des peuples. Nous devrions exiger, sous peine de fermeture de nos ports au contrevenant, que soit observé le principe en vigueur avant la Guerre mondiale, à savoir que la population civile, les femmes et les enfants, les malades, les personnes âgées et les infirmes des nations belligérantes soient, dans toute la mesure du possible, protégés ; que l'on ne se livre pas aux bombardements aveugles ni au bombardement des lieux non fortifiés ; que les hostilités réelles ne soient menées qu'entre les forces armées des belligérants. Si un belligérant n'avait pas accès à nos ports et n'était donc pas soumis à cette peine, l'observation de ce principe par son adversaire, à notre demande, nous donnerait néanmoins le pouvoir moral d'obtenir de ce belligérant qu'il l'observe à son tour.

Deuxièmement, considérant notre position de grande nation neutre du monde, et nous souvenant que les peuples de ces nations belligérantes ont été entraînés dans ce conflit en grande partie à leur insu, et sont donc en grande partie innocents, nous devrions annoncer notre opposition inébranlable à tout projet visant à affamer ces peuples innocents impliqués dans ce conflit — les femmes, les enfants, les malades, les personnes âgées et les infirmes — et déclarer que, lorsqu'une famine massive réelle et véritable frappera l'un quelconque d'entre eux, quels qu'ils soient, nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour qu'ils soient approvisionnés en nourriture. Dans les perspectives actuelles, on ne peut être certain de quel côté aura finalement besoin de ce genre de secours. Et si, dans un tel effort, nous devions en venir à la dernière extrémité, on peut difficilement concevoir de cause plus juste pour la guerre elle-même qu'un si noble service rendu à une humanité souffrante et victimisée.

Nous serons, si nous agissons sagement en fonction de toutes les informations que nous pourrons obtenir, en mesure de déjouer toute tromperie ou tout subterfuge, quel qu'en soit le motif ou le fondement, de la part de tout belligérant, au sujet d'une famine fausse, simulée ou auto-infligée.

Si nous rebâtissons notre puissance et notre influence morales perdues par des mesures telles que celles-ci, qui démontreront notre amour de l'humanité, notre justice, notre impartialité, notre détermination à accomplir des œuvres de droiture selon ce que Dieu nous en fera connaître, nous serons alors en position, au moment opportun et prometteur, d'offrir une médiation entre les deux belligérants, et, en mettant en action notre puissance et notre influence morales, nous aurons une réelle chance de mettre fin au massacre criminel de nos semblables et de donner naissance à une paix durable, parce que juste et équitable envers tous les peuples. Cela est assurément infiniment plus honorable, contiendra infiniment plus d'humanité, se rapprochera infiniment plus de la voie du Maître, que d'envoyer nos jeunes fils outre-mer pour y être massacrés.

L'Amérique, la grande nation neutre, deviendra ainsi la Pacificatrice du monde, ce qui est sa destinée manifeste si elle vit la loi de la paix. Croyant, comme nous le croyons, que l'Amérique est Sion, nous verrons alors commencer l'accomplissement de la prophétie du vieil Ésaïe : « car de Sion sortira la loi », une loi de justice, de miséricorde et de droiture, adoptée par les nations de leur plein gré.

Les fléaux qui suivent la guerre

Une dernière pensée et j'aurai terminé. Nous souvenant que, tout au long de l'histoire, de terribles maladies ont suivi la dévastation de la guerre, lorsque les peuples sont épuisés et mal nourris, nous souvenant de ce qui s'est passé à la fin de la Guerre mondiale avec la grippe, la raison nous dit que si cette guerre se prolonge pendant des années, nous devons nous préparer à une visitation de fléaux qui, presque à coup sûr, feront un tribut humain plus lourd que la guerre elle-même. Ces fléaux frapperont non seulement les armées, mais aussi les populations restées au pays. Ils atteindront l'Amérique. Ce que la science pourra faire, nous devons encore l'apprendre. Elle n'a fait face que tardivement à la grippe. Nous n'avons qu'un seul moyen sûr de nous prémunir contre de tels fléaux — une vie vécue en accord avec les révélations du Seigneur. Une alimentation soignée, la tempérance, la chasteté, le non-usage des choses interdites, la sobriété, l'assiduité au travail, un repos et un sommeil convenables, l'évitement des expositions inutiles, et en général une vie droite en toutes choses, nous donnent le droit de demander au Seigneur que l'ange exterminateur passe outre nous. Celui qui détruit son corps et sa résistance à la maladie par une vie dissolue et coupable peut difficilement espérer échapper à l'affliction et à la souffrance. Il se peut que nous voyions venir un temps, si cette guerre devait se prolonger pendant des années, où « si ces jours n'étaient abrégés, personne ne serait sauvé ; mais, à cause des élus, ces jours seront abrégés. » (Matt. 24:22.)

Que Dieu bénisse et préserve cette nation, établie selon son plan et sa volonté ; qu'il nous garde des horreurs et des ravages de la guerre. Qu'il nous aide tous à vivre de telle sorte que nous puissions, la conscience tranquille, toujours rechercher ses bénédictions, je le demande, au nom du Sauveur. Amen.

Citer ce discoursJ. Reuben Clark Jr., « Les fléaux qui suivent la guerre », Conférence générale d'octobre 1939, Session du matin du premier jour (1939-10-06). Pulpit Vault, 1939-10-j-reuben-clark-jr-plagues-which-follow-war. Traduction de la présente édition, par méthode de glossaire, archive.org.Pulpit Vault, édition du 23 septembre 2026 (commit 4bdc6ac627).