Une expression de gratitude
Marvin O. Ashton
Je ne crois pas avoir jamais envié les présidents de mission avant cette Conférence. Si vous l'avez remarqué, hier et aujourd'hui, la plupart d'entre eux n'ont eu que dix minutes de préavis avant d'être appelés à parler. Cette attente est parfois terrible. ¶
J'ai entendu parler d'une bonne vieille dame qui attendait une nouvelle, bonne ou mauvaise, elle ne savait pas laquelle, et lorsqu'elle finit par arriver, elle dit : « Je déteste être tenue en suspens. » Je veux que vous sachiez que cette bonne vieille dame n'avait pas le monopole des sentiments que l'on éprouve lorsqu'on est tenu « en suspens ». ¶
Si jamais je ressens le caractère sacré d'une prière d'ouverture, priant pour ceux qui seront appelés à parler, c'est bien en ces occasions, et j'ai vraiment confiance que la prière offerte aujourd'hui parviendra jusqu'aux sphères d'en haut et sera efficace en ma faveur. ¶
Une expression de gratitude
Pour ma part, tout de suite, de peur d'oublier, je veux suivre la suggestion de l'évêque Wirthlin — je désire exprimer ma gratitude pour mon affilia- ¶
tion, non seulement avec la Première Présidence de l'Église, les apôtres, les soixante-dix et les autres autorités de l'Église, mais je désire aussi exprimer la gratitude que j'éprouve envers vous, excellents évêques, excellents présidents de pieu, sans oublier les membres en général que nous rencontrons dans nos déplacements. Je les apprécie, et j'apprécie le pouvoir de soutien et l'influence qu'ils nous apportent lorsque nous voyageons. ¶
En ce qui me concerne personnellement, bien des choses influencent mon témoignage de la véracité de cet Évangile, mais rien ne compte davantage ni n'est plus important à mes yeux que la vie de vous, excellentes personnes, car, après tout, « c'est en mangeant le pouding qu'on en juge ». Si l'Évangile n'a pas formé de tels caractères, adieu l'Évangile. Je tiens à profiter de cette occasion pour exprimer ma gratitude. J'apprécie ces choses un peu plus chaque jour. ¶
Où en sont nos véritables réalisations ?
Je n'ignore pas ce que nous accomplissons dans cette Église. Je ne voudrais pas qu'on pense le contraire. Je crois que nous avons fait un pas, un pas rapide. Avant que nous en ayons fini, les yeux du monde seront constamment fixés sur nous, au point qu'ils verront que nous avons réellement accompli quelque chose, et de belle manière. ¶
Ce qui me préoccupe parfois, c'est : allons-nous aussi vite que nous le devrions, et accomplissons-nous vraiment ce que nous devrions ? Mettons-nous réellement, si vous voulez bien, tout notre poids dans l'effort, de toutes les façons possibles, pour accomplir ce qui nous attend ? ¶
Il y a une expression qu'on appelle « la fierté ancestrale ». Je me demande si elle vous fait du mal, je me demande si elle m'en fait à moi. Je sais ce qu'elle a fait aux anciens Hébreux. Que vous fait-elle, à vous ? Vous arrêtez-vous parce que vous restez là à regarder ce que ceux qui vous ont précédés ont accompli ? Un homme a dit que « la fierté ancestrale, c'est reculer pour mieux avancer ». L'autre jour, à la gare de Los Angeles, j'attendais que le train démarre. Je ne pouvais pas voir les arbres au-dessus, je ne pouvais pas voir les rails en dessous. Tout ce que je voyais, c'était le train à côté, et tout à coup j'ai cru que nous démarrions, et bientôt j'ai cru que nous allions à bonne allure. Mais en deux minutes environ, j'ai changé d'avis, car je me suis rendu compte que je ne bougeais pas du tout, ou plutôt que le train dans lequel j'étais ne bougeait pas du tout ; c'était seulement ce train à côté. Pensons-nous parfois que nous allons quelque part, parce que nous voyons l'activité de quelque chose à nos côtés ? J'y pense souvent. ¶
Je me demande parfois si je ne prends pas trop au sérieux ce qu'ont accompli mes grands-pères — et d'ailleurs, l'un d'eux a aidé à transporter à travers les plaines, avec cent attelages de bœufs, cette machinerie destinée à tenter la fabrication du sucre. Je ne l'oublie pas. Je n'oublie pas non plus ce que mon père était capable de faire. Mon père n'avait pas beaucoup d'instruction, mais il savait bâtir une ville. Je me demande à quel point nous prenons cela au sérieux, et combien d'initiative, réellement, nous avons en nous-mêmes. C'est certainement là matière à réflexion. ¶
Si j'ai une prière dans le cœur plus qu'une autre, c'est que je puisse me tenir sur mes propres pieds, regarder cela sérieusement et me demander : eh bien, que fais-je réellement à ce sujet ? Ou bien — suis-je assis dans une ¶
transe à regarder le mouvement se produire, en me leurrant moi-même en pensant que je bouge ? Et je crois que c'est la pire maladie du monde. ¶
Quelques problèmes soulevés
Comme cela a été souligné cet après-midi, nous avons devant nous des problèmes qui devraient nous inciter au sérieux. Quand nous consommons quatre dollars par habitant en alcool dans l'État chaque année, et que dans certains de ces villages ou villes quatre-vingt-dix-huit pour cent des habitants sont membres de l'Église, cela nous donne matière à réflexion. Quand nous voyons des missionnaires de retour user leurs semelles à chercher du travail, c'est matière à réflexion. J'ai rencontré hier un homme, un bon membre de l'Église. Je ne l'avais pas vu depuis trente ans, et le plus étrange, c'est que je l'ai reconnu. Avant que nous n'ayons fini de parler, il m'a dit ceci : « La raison pour laquelle tant de gens, parfois d'excellentes personnes, quittent l'Église, c'est à cause de la vie de nos missionnaires ; de leur manière de se relâcher. » Je pense souvent à l'expression de Shakespeare, parlant de Cassius : « Ceux que l'on force trop donnent une étincelle rapide, puis redeviennent froids aussitôt. » À qui la faute ? C'est en grande partie la leur, et un peu la nôtre. ¶
Quand nous voyons, dans tout cet État, des maisons délabrées, des clôtures brisées, et des choses en piteux état, nous avons matière à réflexion. Quand nous voyons des maisons construites par les premiers pionniers, avec des gens qui y vivent encore, et qu'on n'a presque pas posé un bardeau sur le toit depuis leur construction, nous avons matière à réflexion. Et quand nous voyons le chômage, cela présente un autre problème auquel réfléchir. ¶
Un appel à davantage réfléchir
Je me demande parfois si nous ne préférons pas être bien mis autour d'une table en acajou pour voter des motions, plutôt que d'avoir nos habits couverts de la poussière d'une véritable initiative américaine. Je ne crois pas que nous lisions assez, mais je me demande si nous ne lisons pas plus que nous ne pensons — nous préférerions lire davantage plutôt que de tenter de penser. ¶
Je pense parfois que nous préférerions nous promener avec un ouvre-boîte en poche pour fendre le fer-blanc, allant puiser dans les pensées en conserve de quelqu'un d'autre, plutôt que de faire, en toute honnêteté, notre propre cuisine maison en matière de réflexion. ¶
Je pense que ce sont là des défis pour nous. Je pense que nous devrions nous mettre à faire preuve d'une véritable initiative, faite maison, honnête de bout en bout, que nous devrions analyser les situations et voir ce qui ne va pas. Que ce soit grammaticalement correct ou non, nous devrions nous y plonger, sachant que nous avons raison, et appuyer sur la détente. Je pense que nous devrions mettre plus d'acier dans la colonne vertébrale de notre jeunesse. ¶
L'expérience d'un fermier
Je n'oublie pas l'expérience de ce petit Allemand du Midwest, qui décida qu'il pouvait cultiver une meilleure qualité de maïs. Il ¶
fixa des sacs en papier sur les panicules afin de pouvoir contrôler la pollinisation de ce maïs. Les choses allèrent plutôt bien. Il s'épuisa presque à la tâche. D'abord vinrent les sauterelles, puis la sécheresse. Son voisin lui dit : « Fais attention. Tu ferais mieux de l'arroser, de le protéger. » Il répondit : « Il restera tel quel, et nous verrons s'il peut tenir. » Le temps que ce maïs « tienne » face aux sauterelles et à la sécheresse, il en tira, en 1937, tout juste cinq cent mille dollars. ¶
Je prie que le Seigneur nous aide à voir vraiment les situations telles qu'elles sont, et à nous donner le courage de faire les choses comme nous voyons qu'elles doivent être faites. Puisse-t-il fortifier notre témoignage, et puissions-nous apprécier chaque jour davantage la direction de cette Église, je demande ces bénédictions au nom de Jésus-Christ. Amen. ¶