Le Tabernacle, un monument aux pionniers
Levi Edgar Young
C'était une chose bien remarquable que les saints des derniers jours aient construit ce bâtiment merveilleux, le Tabernacle, à la lisière de la sauvage nature de l'Ouest, dans les premiers temps. La facture de ce vieux bâtiment est fort belle, et tout, en lui, porte la marque d'un dessein artistique, exécuté par des mains qui travaillèrent par amour de Dieu. Il fut ouvert au culte en octobre 1867, et c'est l'un des plus nobles monuments de notre ville. Les proportions en sont bonnes ; l'effet en est gracieux et imposant ; la structure est de bon goût, simple et impressionnante. Ce Tabernacle où nous sommes assemblés aujourd'hui est l'un des grands édifices de l'Amérique. Il fut bâti selon des principes scientifiques et a été consacré à Dieu comme lieu de culte sacré. Le mot « Tabernacle » est beau dans sa signification. C'est le lieu du saint autel, où le peuple monte pour entendre la parole du Seigneur. Chaque fois que nous venons ici, nous consacrons cet édifice par notre esprit d'adoration et de vénération. ¶
Tandis que nous sommes assis ici aujourd'hui sous cette coupole merveilleuse, nous pouvons bien louer le Seigneur pour sa bonté envers nous. C'est un sanctuaire sacré, un lieu de culte communautaire. Si nous voulons en jouir et le comprendre, nous devons rechercher les pensées et les émotions qui témoignent à la fois de sa beauté et de la bonté de la vie humaine. Nous devrions connaître quelque chose des pensées et de la foi de ses bâtisseurs, ainsi que de l'art avec lequel les murs furent construits et la portée fut couverte. C'est une maison de Dieu, car elle montre comment les principales manifestations du sentiment religieux sont liées à l'idéalisme et aux influences géographiques du pays environnant. Nous devrions connaître les constantes humaines qui entrèrent dans sa création : la faim et le labeur, les semailles et la moisson, l'amour et la mort, la foi et l'espérance. Toutes ces forces œuvrèrent à créer ce Tabernacle, tout comme nos Temples sacrés. ¶
Au temps de l'empereur Akbar, on écrivit au-dessus des portes du temple ces mots : ¶
« Ô Dieu, dans chaque temple je vois des gens qui te voient, et dans chaque langue que j'entends, ils te louent. » ¶
Louanges venues de personnes éminentes
Ce fut Ruskin, le critique d'art anglais, qui fit ressortir cette vérité que le principe fondamental de l'architecture réside dans la capacité de la matière à porter un poids et à enjamber un espace. De ce point de vue, quelle gloire que cet édifice ! Le professeur Thomas E. Talmadge, de l'American Institute of Architects, dit : « Tout le long de la côte atlantique, à travers la Western Reserve, le long du golfe du Mexique, en remontant le Mississippi, et à travers les plaines, le style néo-grec s'est répandu. J'ai remarqué que le fameux tabernacle bâti à Salt Lake City par cet homme extraordinaire, Brigham Young, présente les profils grecs révélateurs dans ses moulures et ses corniches. Dans toutes ces localités, le climat, les matériaux de construction, et même les habitudes du peuple diffèrent énormément. Pourtant, le style de l'architecture, et même ses formes, sont communs à toutes. » ¶
Il y a quelques années, le docteur Wallace Clement Sabine, de l'université Harvard, vint à Salt Lake City avec une lettre d'introduction du docteur Edward Channing. La lettre disait en partie : « Le docteur Sabine aimerait examiner votre grand tabernacle. Veuillez l'aider. » Je rencontrai le docteur Sabine et passai de nombreux jours avec lui. Le tabernacle le fascina ; il étudia son contour et ses propriétés acoustiques. Dans son livre intitulé Collected Papers on Acoustics, le docteur Sabine dit : ¶
« Je ne connais aucun bâtiment dont une portion considérable du mur ou du plafond fasse partie d'un ellipsoïde de révolution exact, mais le grand Tabernacle mormon de Salt Lake City en est une approximation très proche. Les plans de ce remarquable édifice n'existent pas, car il fut tracé sur le terrain sans le secours de dessins formels, peu après que les colons eurent achevé leur pénible pèlerinage à travers le désert de l'Utah et se furent installés dans leur vallée isolée. Il fut bâti sans clous, qu'on ne pouvait se procurer, et tenu ensemble uniquement par des chevilles de bois et lié par des lanières de peau de bison. Malgré ce mode de construction, et malgré le fait qu'il enjambe 250 pieds de longueur et 150 pieds de largeur, et qu'il est dépourvu de toute colonne intérieure d'aucune sorte, il est demeuré exempt de toute réparation essentielle pendant plus de cinquante ans. Comme le montre la photographie, prise au moment de la construction, l'espace entre le plafond et le toit est une construction en treillis de pont de bois. Ces photographies, données par les anciens de l'église, sont elles-mêmes intéressantes, étant donné les circonstances dans lesquelles elles furent prises, la date ancienne et l'éloignement du lieu. ¶
Il est difficile, pour une photographie intérieure d'un plafond lisse, de donner une impression de sa forme. Une idée de la forme de l'intérieur du Tabernacle peut cependant être obtenue à partir d'une photographie de son extérieur. Il ressemble manifestement, dans une certaine mesure, à un ellipsoïde de révolution. Il est tout aussi évident qu'il ne l'est pas exactement. Néanmoins, il existe deux points entre lesquels les sons faibles se transmettent avec une netteté remarquable — le pupitre du lecteur et l'avant du balcon, à l'arrière. ¶
La propriété géométrique essentielle d'un ellipsoïde de révolution est que les lignes tracées vers tout point de la surface, à partir des deux foyers, forment des angles égaux avec la surface. Il en résulte que le son divergeant d'un foyer sera réfléchi vers l'autre. Les photographies précédentes montrent la progression d'une onde sonore dans le modèle d'une galerie des chuchotements idéalisée de ce type, dans laquelle la surface réfléchissante est une portion d'un véritable ellipsoïde de révolution. » ¶
Des lieux où adorer le Seigneur
Tandis que vous êtes assis ici ce matin et que vous levez les yeux vers le plafond, vous sentirez la majesté de sa création. Vous avez raison de le faire. Avant d'être bâti, il fut conçu dans l'esprit d'un grand architecte du nom de Henry Grow. Le style de l'édifice fut heureusement choisi, et bien qu'on m'ait dit qu'il enfreint certaines conventions architecturales, il porte une large marque d'originalité fort visible. C'est un rêve réalisé, et il fut accompli par un dur labeur et une foi sublime. Il possède une qualité spirituelle qui nous met tous dans une disposition d'esprit propre à recevoir la parole de Dieu. Les grands hommes qui le bâtirent démontrèrent que leurs talents étaient à la mesure de leurs tâches. ¶
Ainsi pouvons-nous aussi parler de nos lieux de réunion dans chaque pieu de Sion. Ce sont de petits tabernacles, où les saints montent pour entendre la parole de Dieu et prendre la Sainte-Cène. Nous pouvons faire de notre réunion de Sainte-Cène quelque chose de plus sacré et de plus divin. Chaque dimanche soir, nous devrions nous rendre à ces saintes demeures dans l'esprit du culte. Il ne devrait y avoir ni chuchotement, ni bruit, ni sentiment de haine ou d'envie dans l'âme de quiconque s'assied dans la sainte présence du Seigneur. ¶
Vous êtes en effet dans la sainte présence du Seigneur lorsque vous êtes réunis dans l'une de ces saintes demeures, car une prière a consacré la réunion à Dieu. « Nous prenons sur nous son saint nom. » ¶
Si vous vous reportez au premier livre des Rois, vous trouverez la prière qui fut récitée par le peuple qui entrait dans le temple de Salomon. Elle se trouve au chapitre 8, versets 28 et 29, et se lit : ¶
« Toutefois, Éternel, mon Dieu, sois attentif à la prière de ton serviteur et à sa supplication ; écoute le cri et la prière que t'adresse aujourd'hui ton serviteur. ¶
Que tes yeux soient nuit et jour ouverts sur cette maison, sur le lieu dont tu as dit : Là sera mon nom ! Écoute la prière que ton serviteur fait en ce lieu. » ¶
Hommage aux premiers bâtisseurs
Le dessin de l'édifice fut suggéré par le président Brigham Young, et il fut planifié par Henry Grow. La plus grande salle du monde sans le soutien de colonnes fut bâtie selon le brevet Remington des ponts en treillis, construction dans laquelle M. Grow était passé maître. La construction des piliers de pierre fut supervisée par un autre maître bâtisseur, William B. Folsom. C'est ma joie de rendre hommage à ces deux frères, ainsi qu'à Truman O. Angell, dont le génie s'exprima dans la construction du Temple. En fait, il y eut de nombreux excellents architectes et bâtisseurs dans les premiers temps de cet État, des hommes qui donnèrent leur vie pour aider à bâtir les villes et les lieux de réunion, et qui avaient toujours devant eux l'établissement du royaume de Dieu dans le monde. ¶
Le besoin d'adoration
Ce grand édifice a une beauté de sainteté ; et tous nos lieux de réunion devraient avoir la même beauté, car ils sont consacrés au culte sacré. Leur charme doit résider dans les milliers de personnes heureuses, jeunes et vieilles, qui rendent grâce à Dieu pour la possibilité de vivre, et pour la lumière venue dans le monde pour nous guider vers le royaume. Le besoin du monde aujourd'hui est le culte de Dieu par toute âme vivante. Dans le culte, la haine, la méchanceté et la guerre prennent fin, car là où est l'amour de l'humanité, là est Dieu. Si nous vivions tous selon la lumière, nos foyers seraient des lieux de culte, et Dieu aurait un autel dans chaque demeure. Nos lieux de réunion seraient eux aussi des sanctuaires où notre foi rencontrerait l'Esprit de Dieu. ¶
Ne pourrions-nous pas, chaque jour du sabbat, dire : « Venez, montons vers le temple pour l'adorer, pour lui témoigner notre vénération, lui qui nous donne le chemin d'atteindre la vie éternelle » ? Que la bénédiction de Dieu nous accompagne tous, chacun d'entre nous, lorsque nous sommes réunis dans cette belle maison du Seigneur. ¶
Nous sommes très reconnaissants envers le Chœur du pieu de Nebo et le remercions pour sa belle musique en cette occasion. ¶
Nous avons aussi été ravis du chant des Mères chanteuses hier, et nous les remercions pour leur beau travail. ¶
Un motet, « Cherubim » (Bortniansky), fut chanté par le Chœur du pieu de Nebo. ¶
L'ancien Wilford A. Beesley, président du pieu de Salt Lake, offrit la bénédiction. ¶
Réunion de l'après-midi
La Conférence reprit à 14 heures, le vendredi 7 avril. ¶
Le président David O. McKay, deuxième conseiller dans la Première Présidence, dirigea cette quatrième session de la Conférence, et annonça que la musique de cette session serait assurée par le Chœur du pieu de Nebo, sous la direction de J. D. Christensen. ¶
Le Chœur et l'assemblée se joignirent pour chanter l'hymne « Do What Is Right ». ¶
L'ancien John C. Todd, président du pieu de Gridley, offrit la prière d'ouverture. ¶
Deuxième conseiller dans la Première Présidence ¶
Le président Grant fut conseillé de ménager ses forces cet après-midi, et il suit donc l'avis de son médecin. Il n'y a cependant rien de grave, rien qui doive alarmer. Il écoute les services et est avec nous en esprit. ¶
Le Chœur du pieu de Nebo chanta « Recessional » (DeKoven), avec Irene Provostgaurd en soliste. ¶