Les livres, une aide à la civilisation
John A. Widtsoe
Mes chers frères et sœurs : Aujourd'hui, après avoir entendu le splendide rapport sur l'état de l'Église et le témoignage émouvant du président Grant, nous sommes tous doublement reconnaissants de notre appartenance à cette grande Église. ¶
Ceux d'entre nous qui sont à peu près certains d'être appelés à s'exprimer lors de ces conférences sont tiraillés entre deux désirs : rendre témoignage, sous l'influence et l'inspiration de ces vastes assemblées, de la vérité de l'Évangile restauré ; ou parler d'un sujet qui semble important, peut-être d'une importance vitale, pour la cause des derniers jours. Pour cette occasion, j'ai choisi la seconde voie, et je voudrais m'entretenir avec vous, durant le temps qui m'est alloué, de l'habitude de la lecture, et particulièrement de la pratique de la lecture régulière des Écritures. Ce n'est peut-être pas directement un sujet spirituel ; mais mes visites parmi les pieux de Sion m'ont laissé l'impression que c'est un sujet qu'il faut porter à l'attention des saints des derniers jours. ¶
Les livres, une aide à la civilisation
Notre civilisation actuelle, pour le meilleur ou pour le pire, a véritablement commencé lorsque, il y a environ quatre cent cinquante ans, l'usage des caractères mobiles dans la presse à imprimer fut inventé. Grâce à cette invention, les pensées des hommes et la connaissance du monde furent distribuées sous une forme peu coûteuse parmi toutes les classes d'hommes. Ainsi le prince et le paysan furent amenés à un niveau plus commun ; une nouvelle liberté se fit sentir ; les esprits des hommes se libéralisèrent ; la science et ses associations virent le jour. Nous pouvons sans crainte dater notre civilisation actuelle, avec son abondante connaissance et sa liberté et sa richesse de vie, de l'avènement de l'imprimerie moderne. ¶
L'impression de la Bible, une bénédiction
Les saints des derniers jours voient encore davantage dans l'avènement de cette grande invention. Pour nous, elle fait partie du programme divin visant à préparer le monde au Rétablissement de l'Évangile. À travers les siècles, la Bible n'avait été accessible qu'à peu de gens. Le coût de production des copies faites à la main était trop élevé pour l'homme du commun. Le peuple apprenait les relations de Dieu avec son peuple élu de la bouche d'autrui, qui changeait souvent les mots et le sens du passage scripturaire. ¶
Le nouvel art de l'imprimerie rendit bientôt la Bible accessible à tous. Des hommes savants, amoureux du Seigneur, furent inspirés à rendre les saintes Écritures dans les langues du peuple commun. La Bible devint un bien familial. La parole de Dieu fut lue autour du foyer familial des humbles comme dans les salons des grands. L'humanité se familiarisa largement avec la loi éternelle du Seigneur. ¶
N'eût été l'invention de l'imprimerie, avec son don d'une connaissance plus parfaite des saintes Écritures, et la liberté de pensée tout aussi nouvelle qui s'ensuivit, la venue de l'Évangile aurait pu être longtemps retardée. En ce sens, nous pouvons dater même la période préparatoire de l'Évangile de l'avènement de l'imprimerie moderne. ¶
La valeur de la littérature dans l'Église
Lorsque enfin l'Évangile fut restauré, la presse devint l'un de ses principaux alliés. Le premier travail actif du Rétablissement fut la traduction et l'impression du Livre de Mormon. Peu après, d'autres publications furent émises, et depuis cette époque jusqu'à aujourd'hui, en cette année 1939, l'écrit imprimé n'a cessé de couler des presses de l'Église, vers ses membres et vers les peuples du monde. Depuis sa fondation en 1830 jusqu'à cette année 1939, l'Église a fait un usage prolifique des documents imprimés. ¶
Cette vaste littérature imprimée de l'Évangile a été d'une valeur inestimable pour présenter l'Évangile restauré au monde. Beaucoup sont venus à l'Église par la lecture du Livre de Mormon. Maintes et maintes fois, un tract, mis par hasard sous les yeux d'une personne, a conduit à sa conversion et à son adhésion à l'Église. Un tract glissé dans une chaussure retournée par le cordonnier fut le premier véritable instructeur de l'Évangile pour ma famille. Aujourd'hui, tandis que l'Église s'étend sur tout le pays, la page imprimée, en livre ou en périodique, prend une importance croissante pour tenir les membres de l'Église, partout, informés de son progrès, et pour maintenir l'uniformité de la doctrine et de la pratique de l'Église. La page imprimée a été et demeure un puissant moyen d'accomplir les travaux que le Seigneur a confiés à son Église. ¶
La foi augmente par l'étude des principes de l'Évangile
La foi elle-même, principe fondamental de l'Évangile, peut être développée et entretenue par l'usage de la parole imprimée. La foi est chose vivante, soumise à toutes les lois de la vie. Elle peut être engendrée ; elle peut croître ; elle peut s'affaiblir ; elle peut mourir. C'est pourquoi elle doit être chérie, entretenue et nourrie. Une étude régulière et continue de l'Évangile, par la page imprimée, est d'une importance primordiale pour maintenir et faire croître une foi assurée. ¶
De plus, la foi doit être intelligente. L'ignorance engendre la superstition, l'opposé de la foi. La connaissance est un ingrédient vital du fondement de la foi. L'acquisition de la connaissance a toujours été enjointe aux saints des derniers jours. « L'homme n'est sauvé qu'aussi vite qu'il acquiert de la connaissance », déclara Joseph Smith. Cela signifie, bien sûr, la connaissance de la vérité, dont l'expression la plus élevée est l'Évangile. La position de la connaissance est élevée dans le royaume de Dieu. La lecture est une voie principale vers la connaissance. ¶
L'homme qui n'ajoute pas connaissance à connaissance, tout au long de sa vie, peut mettre en péril sa foi même. Les saints des derniers jours devraient être des lecteurs ; ils devraient cultiver l'habitude de la lecture. ¶
Cela dit, les preuves disponibles indiquent que nous ne sommes pas un peuple de lecteurs. Notre lecture semble être occasionnelle, non systématique et fragmentaire. Le cinéma, la radio et l'automobile, tous accueillis avec joie par les saints des derniers jours, ont indûment envahi notre temps de lecture. Ces grands dons faits à l'homme devraient être appréciés de tous, mais ils devraient être utilisés avec sagesse et modération, si nous voulons que notre goût pour eux reste vif. Même les meilleures choses peuvent être poussées à l'excès. ¶
L'habitude de la lecture quotidienne recommandée
L'habitude de la lecture est des plus précieuses dans la vie. J'entends par là la pratique de consacrer un peu de temps, disons une demi-heure par jour, à la lecture systématique d'une littérature qui en vaille la peine. L'esprit s'ouvre à de précieux champs de pensée ; les réalisations des âges deviennent nôtres ; même l'avenir prend forme. Tandis que l'esprit et l'âme se nourrissent d'une lecture bien choisie, le réconfort, la paix et la compréhension viennent à l'âme. Ceux qui ne l'ont pas essayé ont manqué une joie vive et facilement accessible. ¶
De plus, une personne qui s'adonne à une telle lecture quotidienne régulière, ne fût-ce que quelques minutes par jour, devient, au bout de quelques années, un homme instruit. Mais il faut que ce soit une habitude régulière, quotidienne. C'est une expérience courante dans le champ de mission étranger que l'homme moins instruit, qui étudie la nouvelle langue sans manquer un jour, en devienne le maître plus parfait, et cela plus tôt, que l'ancien plus hautement formé qui étudie la langue par à-coups. Certains des hommes les plus instruits que j'ai rencontrés n'ont jamais fréquenté l'université, mais ont acquis l'habitude de la lecture quotidienne de bons livres pendant quelques minutes par jour. Et, puis-je ajouter, cela s'applique aux dirigeants comme au peuple. ¶
Mise en garde contre la littérature démoralisante
Bien entendu, la lecture, comme toute autre chose, peut être détournée de son but. Il existe sur notre marché américain une masse de littérature sans valeur, livres et magazines, souvent licencieux, malsains et démoralisants. Le pays en est inondé ; on les trouve dans chaque village. Ce sont des offrandes empoisonnées qui composent trop souvent la lecture des jeunes et des vieux. C'est une forme de suicide intellectuel et spirituel. Les effets d'une telle lecture ressemblent fort à ceux des drogues qui créent l'accoutumance, engendrant des désirs anormaux et malsains, et affaiblissant le corps comme l'esprit. Le temps que nous consacrons à la lecture devrait être consacré à une littérature soigneusement choisie, à des magazines et des livres de qualité, qui ne coûtent pas plus cher, mais qui bâtissent l'esprit et nourrissent l'âme de l'homme. ¶
L'Évangile doit être étudié dans la parole imprimée
Cependant, que l'on se souvienne qu'aucune pratique ne surpasse celle de lire quotidiennement les Écritures sacrées de l'Église, et les expositions de l'histoire et de la doctrine de l'Église par des auteurs compétents sur des sujets évangéliques, que l'on trouve dans les livres, brochures et périodiques publiés par l'Église. L'Évangile est un vaste système de vérité, d'une signification si éternelle qu'il ne s'épuise jamais. Plus on l'étudie, plus il devient intéressant et attrayant. Et les horizons de vérité qui s'ouvrent à l'étudiant sérieux des Écritures accroissent et entretiennent la foi en la vérité et la réalité de l'Évangile. La connaissance de l'Évangile est nourriture pour la foi en l'Évangile. Ce n'est que par une étude attentive et continue qu'une vision de la majesté de l'Évangile peut être gagnée. Bien des échecs spirituels peuvent être attribués à une famine de l'Évangile. ¶
Je crains que trop de saints des derniers jours ne connaissent l'Évangile que superficiellement, et n'en tiennent la plus grande partie pour acquise, sans faire l'effort de s'informer. Cela contredit directement le principe évangélique selon lequel chaque membre de l'Église doit, pour ainsi dire, se tenir sur ses propres pieds, et savoir par lui-même que l'Évangile est vrai. Les paroles du Seigneur sont claires : « Et le Livre de Mormon et les Saintes Écritures vous sont donnés par moi pour votre instruction ; et la puissance de mon Esprit vivifie tout. » ¶
J'exhorte tous les saints des derniers jours à lire les Écritures, avec réflexion, chaque jour. Dans certains foyers, il serait même possible de lire un chapitre des Écritures avant le repas du soir, lorsque la famille est réunie autour de la table. Cette pratique est utile aux jeunes gens. ¶
Les Écritures, un guide pour bien vivre
Quiconque a négligé de lire les Écritures a manqué beaucoup dans la vie. La beauté et l'éloquence du langage, et la sublimité des idées, que l'on trouve dans la Bible, ne sont même pas approchées par aucune littérature faite de main d'homme. La foi simple et l'exposé clair de la vérité éternelle, dans le Livre de Mormon, sont comme une lumière sur le sentier de la vie. La solennité de la pensée et l'écho de la voix du Seigneur, dans la Doctrine et Alliances, guident les hommes dans les actions de leur vie. Et le tableau de l'amour éternel de Dieu pour ses enfants, tel qu'exposé dans la Perle de Grand Prix, fait gonfler le cœur humain de joie. Nous pouvons bien plaindre l'homme qui ne connaît pas les Écritures du Seigneur. ¶
Si l'humanité se tournait chaque jour vers la parole de Dieu telle qu'on la trouve dans les Écritures, il y aurait moins de guerre et de misère, et l'aube de la paix se lèverait. ¶
Publications de l'Église
Une bonne part de notre lecture peut être fournie, en plus des ouvrages canoniques de l'Église, par les splendides publications de l'Église. Le Deseret News est une source excellente de nouvelles vivantes, la meilleure qui soit, pour tous ceux qui vivent dans son rayon de diffusion. Chaque famille de saints des derniers jours ainsi située, qui souhaite un journal quotidien, devrait s'abonner au Deseret News. Plusieurs magazines s'adressent à des groupes particuliers au sein de l'Église : The Improvement Era, organe des collèges de la Prêtrise, des Associations d'amélioration mutuelle, du Département de l'éducation, du Comité de musique, des Instructeurs de paroisse, et d'autres ; le Relief Society Magazine représentant le grand corps des femmes mûres de l'Église, représenté ici aujourd'hui par ces 1300 mélodieuses Mères chanteuses ; The Instructor, pour tous les ouvriers de l'École du Dimanche ; The Children's Friend, pour les enfants sous la direction de l'Association Primaire ; et The Genealogical and Historical Magazine, organe de la Société généalogique de l'Utah. En outre, il existe un flux relativement régulier, en provenance du siège de l'Église, de livres et de brochures traitant de l'Évangile et de sujets connexes. ¶
Bien qu'on ne puisse attendre de chaque famille qu'elle possède et lise tout ce matériel, j'ai le sentiment que ceux qui se plaignent le plus de notre richesse en littérature de l'Église sont ceux qui la lisent le moins. Ceux qui consacrent régulièrement un peu de temps à notre littérature de l'Église se tiennent au fait du progrès de la grande œuvre du Seigneur, et croissent aussi en connaissance et en puissance évangéliques. ¶
Conseil donné à Hyrum Smith
Avant que l'Église ne fût organisée, Hyrum Smith se convainquit de la vérité du message de son frère, et, avec le zèle ardent du nouveau converti, désira aller prêcher l'Évangile. Mais le Seigneur le retint et lui demanda d'attendre quelque temps. « Ne cherche pas à annoncer ma parole, dit le Seigneur, mais cherche tout d'abord à obtenir ma parole… Étudie ma parole… jusqu'à ce que tu aies obtenu tout ce que j'accorderai aux enfants des hommes en cette génération, et alors toutes choses y seront ajoutées. » Ce conseil divin donné à Hyrum Smith peut bien être pris à cœur par nous, aujourd'hui. Par l'étude de la parole de Dieu, non seulement les visions de l'Évangile s'ouvriront devant nous, mais notre foi augmentera et nous serons mieux à même d'accomplir notre part dans l'avancement de la cause des derniers jours du Seigneur, pour notre propre bien-être et celui de nos semblables. ¶
Gratitude pour l'Évangile
Je suis reconnaissant pour l'Évangile, et pour son avancement parmi les enfants des hommes ; pour sa vérité qui projette la lumière dans les recoins obscurs de la vie ; et pour la foi que tout homme peut gagner s'il la recherche seulement, qui déclare la réalité de l'Évangile et de toutes ses prétentions ; pour la parole écrite qui nous guide et nous console. En tant que peuple, nous devons chérir le don de l'Évangile, accroître notre foi en ajoutant connaissance à connaissance et bonnes œuvres à de meilleures œuvres. ¶
Que le Seigneur nous aide à le faire, je le demande au nom de Jésus-Christ. Amen. ¶