Appel aux soixante-dix
Richard L. Evans
Il semble que la technique radiophonique habituelle soit tout à fait inadéquate pour un moment comme celui-ci. Grâce à l'avertissement d'une rencontre fortuite avec le président Grant jeudi soir dernier, je pensais que le choc de ce qui m'est arrivé aurait peut-être été quelque peu atténué hier matin, lorsque cela a été annoncé ici, et aussi en ce moment même, mais il semble qu'il n'en soit rien. ¶
J'ai passé une nuit blanche jeudi soir, brûlant de vieux ponts et en construisant de nouveaux. Je pense que peut-être cet appel serait venu plus facilement pour moi un peu plus tard dans la vie, après avoir eu une meilleure occasion de donner corps à un plus grand nombre de mes rêves, mais peut-être n'en est-il pas ainsi. Peut-être dois-je simplement échanger de vieux rêves contre de nouveaux. ¶
Il y a moins de trois semaines, lors d'une émission nationale du chœur du Tabernacle, j'ai lu de cette chaire ce qui suit : ¶
« Il y a deux choses qui entrent dans la vie de chaque homme : celles que nous planifions nous-mêmes, et celles qui entrent dans notre vie en dépit de tous nos plans. Parfois, heureusement, les choses nous réussissent mieux que nous ne l'avions honnêtement espéré, et parfois, malheureusement, nous constatons que nous sommes loin d'atteindre ce vers quoi nous avons tendu nos efforts. Mais quelle que soit la maîtrise que nous semblons avoir sur les éléments qui affectent notre vie, il faut toujours compter avec des choses inattendues. Il doit sûrement en être mieux ainsi. Il serait difficile d'imaginer une existence plus insatisfaisante que celle d'un homme dans la vie duquel rien d'inattendu ne serait jamais survenu. De plus, tout cela fait partie d'un grand plan. Le Seigneur châtie encore celui qu'il aime, et toutes ces choses qui entrent dans notre vie en dépit de nos plans les mieux conçus font partie de l'éducation et de l'expérience enrichissante de chaque enfant de Dieu qui marche sur la terre. Nous pouvons penser à ce que nous souhaiterions pour nous-mêmes, puis, dans cet esprit de résignation né de la foi, nous devons, à un moment ou à un autre, nous réconcilier avec cela et dire, comme dans les paroles du cantique qui va être chanté : « J'irai où tu voudras que j'aille, cher Seigneur ; je serai ce que tu voudras que je sois. » » ¶
Je savais, lorsque j'ai adressé ces paroles à un auditoire national de radio, qu'elles étaient vraies, mais je ne savais pas qu'elles me reviendraient si vite. C'est une chose décisive, pour un homme, que de se trouver condamné par ses propres paroles, et c'est ainsi que je me tiens maintenant devant vous. ¶
Mon association avec les Autorités générales de l'Église remonte à environ onze ans, peut-être un peu plus, époque à laquelle je n'avais de relations personnelles — à une exception près, je crois — avec aucune des Autorités générales. À cette époque, je me trouvais dans la Mission britannique, jeune homme de moins de vingt et un ans, et j'étais conscient du regard pénétrant du docteur James E. Talmage posé sur moi lors de ma première rencontre avec lui, à une conférence du district de Norwich, peu après quoi je fus appelé au bureau de la Mission européenne à Liverpool et devins associé à lui dans la rédaction du Millennial Star. Sous sa tutelle, il m'arrivait parfois de me sentir mal à l'aise, mais j'ai néanmoins grandement bénéficié de son examen rigoureux et de ses exigences précises. Ce fut une bonne expérience. Et j'aime et j'honore la mémoire de cet homme qui s'est donné tant de peine pour me former à la précision et à l'exactitude, alors qu'il lui aurait souvent été bien moins compliqué d'accomplir lui-même la tâche en question. ¶
Cela fut suivi de l'arrivée du docteur John A. Widtsoe, et j'appris encore davantage de lui. La rapidité avec laquelle il travaillait, l'étendue de ses connaissances et de ses capacités, son aptitude à faire appel à d'autres hommes et à les aider à se réaliser furent pour moi une source d'inspiration constante. ¶
Sous sa direction, je devins par la suite secrétaire de la Mission européenne et je visitai des pays allant de la Méditerranée jusqu'au-delà du cercle arctique, et mon cœur est rempli de reconnaissance envers lui également pour la confiance qu'il a placée en un jeune homme. ¶
Depuis lors, j'ai eu le privilège de faire la connaissance de toutes les Autorités générales de l'Église, et leur vie a été pour moi un témoignage, car je sais qu'elles ne feraient pas ce qu'elles font, et n'auraient pas abandonné ce qu'elles ont abandonné pour faire ce qu'elles font maintenant, si elles ne savaient pas avec certitude que c'est là l'œuvre du Seigneur, et qu'elle doit avancer. ¶
J'ai été très reconnaissant de l'occasion qui m'a été donnée de me consacrer à l'activité radiophonique qu'il m'est échu d'exercer. L'une des plus grandes satisfactions de ma vie est de lire les lettres qui arrivent chaque jour, semaine après semaine, de personnes qui écoutent l'émission nationale diffusée du Tabernacle chaque dimanche matin, et qui trouvent leur vie touchée par son esprit, et qui y trouvent matière à s'interroger davantage. ¶
J'ai eu connaissance de certaines conversions résultant directement de cette émission, aboutissant à des baptêmes dans l'Église, expérience que je n'ai pas eu la joie d'observer dans le champ de mission comme résultat direct de mes propres efforts. ¶
Je sais que des dizaines de milliers d'autres, à en juger par le caractère du courrier qui nous parvient, doivent être profondément touchés par ce qui part d'ici chaque dimanche matin lors de l'émission du chœur du Tabernacle. La musique du chœur et de l'orgue prépare le cœur de ceux qui écoutent à recevoir les messages parlés, et il est pour moi très encourageant de me rendre compte qu'une vérité n'a pas besoin d'être criée pour être appréciée — qu'une vérité prononcée avec calme a beaucoup plus d'effet qu'un mensonge crié du haut des toits. ¶
Cela a été pour moi une expérience très satisfaisante d'être associé à la rédaction de The Improvement Era. J'ai lutté avec moi-même pendant plus de six mois, depuis le moment où la Présidence m'a d'abord fait venir et suggéré de prendre la rédaction de ce magazine, jusqu'au moment où je l'ai effectivement entrepris. Ils n'ont pas formulé leur demande sous la forme d'un appel. Ils m'ont laissé cela entièrement à mon jugement, et il m'a fallu six mois pour arriver à la conclusion qu'ils ne m'auraient pas fait venir s'ils n'avaient pas voulu que je le fasse ; mais cette prise de conscience s'est finalement imposée à mon esprit et j'ai fait le changement — pour quelle raison, je ne le savais pas à l'époque. J'ai été très reconnaissant que la Présidence m'ait laissé une certaine activité radiophonique, car cela a beaucoup compté pour moi, et je sens que les résultats s'améliorent. ¶
J'ai passé une bonne partie de la journée d'hier à essayer de trouver de la sympathie auprès de certains de ces frères, les Autorités générales, qui sont assis autour de moi ici. Je n'en ai trouvé aucune, alors j'ai décidé d'aimer ce qui m'est arrivé. Le président Clark m'a dit hier matin qu'ils étaient tous passés par là, et que je ferais aussi bien de prendre courage. Je lui ai rappelé qu'il n'avait pas été appelé à cette œuvre à mon âge, et le président McKay, assis à côté de lui, m'a rappelé que lui, si ; et le président Grant m'a rappelé également que personne n'ayant jamais désiré l'un de ces postes ne l'a jamais obtenu. Ainsi, avec toutes ces réfutations sans réplique, et ne trouvant aucune sympathie, j'ai sincèrement décidé d'aimer mon sort. ¶
Lors d'une réunion de témoignages annuelle du Comité général de l'Association d'amélioration mutuelle des jeunes gens, il y a quelques mois, j'ai déclaré que mes deux ambitions immédiates et primordiales étaient d'aider à la rédaction du meilleur magazine de l'Église au monde, et d'aider à la production de ce que j'espérais être le meilleur programme radiophonique de l'Église au monde. Pour autant que je sache, mes ambitions immédiates n'ont pas changé. Mes ambitions plus lointaines devront soit être abandonnées, soit attendre la direction de ces frères, entre les mains desquels je me trouve, dont j'aime la compagnie, et dont je fais confiance au jugement. ¶
Je conserve dans mon bureau une remarque d'Abraham Lincoln, selon laquelle celui qui façonne l'opinion publique fait davantage que celui qui édicte des lois ou rend des jugements. Je trouve cela vrai ; je crois que c'est vrai, et je crois que nous, dans cette Église, devons employer tous les moyens à notre disposition pour façonner l'opinion publique en faveur de la vérité, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de l'Église. C'est pourquoi j'ai été particulièrement heureux de mon activité radiophonique comme de mon expérience de rédaction, car je crois que la presse et la radio, ensemble, sont aujourd'hui les moyens les plus grands et les plus efficaces pour façonner l'opinion publique, et nous devons les utiliser au maximum, car nous devons garder à l'esprit que les mêmes moyens qui sont employés pour bâtir l'opinion publique en faveur de la vérité sont également employés pour bâtir l'opinion publique en faveur du mensonge. ¶
J'ai souvent réfléchi, en moi-même, aux raisons pour lesquelles nos résultats missionnaires n'ont pas été comparables à ceux des premiers missionnaires envoyés en Grande-Bretagne, dont j'ai approfondi l'histoire assez longuement dans un passé récent. Lorsque j'ai appris que des missionnaires sans le sou avaient converti des communautés entières et baptisé des milliers d'âmes, j'ai été, à certains égards, inquiet et perplexe, me demandant ce qui nous manquait pour ne pas faire de même aujourd'hui. J'en suis venu par la suite à conclure qu'il existe au moins deux explications partielles. L'une est que le Seigneur avait fait savoir au prophète, en ce temps-là, que le champ était blanc et prêt pour la moisson, et il l'était en effet. L'autre est que nos avantages aujourd'hui ne sont pas, comparativement, aussi grands, ni aussi supérieurs aux leurs qu'il pourrait sembler, car nous devons garder à l'esprit que tous les moyens employés pour la propagation de la vérité sont également employés pour la propagation du mensonge. ¶
C'est pourquoi nous ne devons jamais être trouvés endormis. C'est pourquoi nous devons être diligents dans l'emploi de tous les moyens à notre disposition, pour utiliser tous les moyens modernes avec plus d'intelligence, plus de prévoyance et plus d'efficacité. C'est ce que nous ferons de plus en plus, j'en suis certain. ¶
Ceux qui, hier matin, étaient proches de mes sentiments avant que l'annonce de ma nomination au Premier Conseil des soixante-dix ne soit faite à cette conférence, savaient que, s'il y avait eu un moyen de reculer avec honneur, je l'aurais fait ; mais je ne sais pas jusqu'où j'aurais reculé, et je me rends vivement compte qu'il n'y avait pas de retour en arrière possible — que reculer aurait été se détourner. ¶
Si j'avais eu l'intention de reculer, j'aurais dû le faire sur les genoux de ma mère. J'aurais dû le faire avant qu'elle ne m'apprenne à verser mes premiers sous en dîme. J'aurais dû le faire avant que sa main ferme et douce n'ait dirigé mes pas dans les voies de la vérité. J'aurais dû le faire avant de grandir à travers les organisations auxiliaires de cette Église ; avant de partir en mission ; avant d'entrer au service de l'Association d'amélioration mutuelle et de The Improvement Era. Il ne m'a fallu réfléchir tranquillement que quelques instants pour voir qu'il n'y a pas de retour en arrière pour un saint des derniers jours, et que celui qui croit qu'il y en a un se trouve, non pas reculer, mais se détourner. Je pense que cette leçon pourrait bien s'appliquer à la vie de chacun d'entre nous. ¶
Je suis reconnaissant de l'occasion de servir. J'ai apprécié la bonté, la sollicitude paternelle du président Grant, du président Clark, du président McKay, du docteur Widtsoe, de frère Bowen, et de tous ces frères. Ils ont tous été bons, attentionnés et serviables envers moi. Mon propre père est mort des suites d'un accident alors que j'avais dix semaines. Ma mère a élevé une famille de neuf enfants, tous âgés à l'époque de moins de dix-huit ans. Avec un revenu maigre et incertain, elle a immédiatement envoyé mon frère aîné en mission. Une telle foi, dans le foyer où j'ai été élevé, ne pouvait produire qu'un seul résultat, et ce résultat est que mes neuf frères et sœurs sont tous passés par le programme de l'Église pour faire honneur à ma mère et à tout ce que représente cette Église. ¶
Je suis très reconnaissant de toutes ces choses, et avec votre confiance, l'aide du Seigneur, et les conseils et les encouragements de ces frères, j'espère ne pas être un serviteur inutile. ¶
Je sais, aussi certainement que je connais n'importe quel fait de la vie, que Jésus était le Fils de Dieu, le Rédempteur de ce monde ; que Joseph Smith était un prophète du Seigneur, comme l'ont été tous ses successeurs ; et que ceci est l'œuvre du Seigneur. ¶
Les jeunes gens de l'Église sont mes amis. Ils appartiennent à ma génération. Je les connais. Ils ont leurs difficultés, leurs problèmes, leurs luttes, économiques et autres, mais je n'ai aucune crainte quant à leur intégrité ou à leur capacité. Je n'ai aucune crainte quant à leur volonté de servir à mesure que les années s'écoulent. Je sais qu'ils disent en chœur : « Notre cœur ne s'est pas détourné, nos pas ne se sont pas éloignés de ton sentier », et c'est aussi ce que j'exprime en leur nom. ¶
Je demande les bénédictions du Seigneur sur nous tous, et je le fais au nom de Jésus-Christ. Amen. ¶