Pulpit

La campagne contre le tabac

Joseph F. Merrill

Conférence générale d'avril 1938·Session de l'après-midi du premier jour·1938-04-03

Il y a près d'un an, la Première Présidence a autorisé le Collège des douze à organiser dans toute l'Église une campagne contre l'usage des boissons alcoolisées et du tabac. Ce devait être un projet pour tous les collèges de la Prêtrise, tant de Melchisédek que d'Aaron, chargés de la responsabilité de préserver leurs propres membres de l'usage des boissons alcoolisées et du tabac et d'aider tous les autres à faire de même. De plus, la Présidence a fait appel aux organisations auxiliaires de l'Église pour qu'elles coopèrent avec les collèges de la Prêtrise à cette campagne.

Lorsque le plan révisé de la Prêtrise est entré en vigueur en janvier dernier, chaque collège a été invité à commencer à travailler sur le projet contre l'alcool et le tabac. Depuis lors jusqu'à aujourd'hui, la campagne s'est développée et continue de le faire.

Chacun reconnaît qu'il s'agit là d'une œuvre qui ne peut être achevée en une saison ou en une année. Car on s'attend à ce qu'elle atteigne chaque foyer de chaque paroisse de l'Église et obtienne une réponse favorable à l'objectif de la campagne — détourner notre peuple de l'usage de l'alcool et du tabac.

Ce sera bien sûr une campagne d'éducation, une conversion de l'intelligence, une conquête du cœur et une obtention de l'action par la volonté. Il faudra nécessairement du temps pour accomplir ces choses. Une autre raison pour laquelle la campagne doit se poursuivre au-delà des limites d'une seule année est que des garçons et des filles grandissent et, bien qu'ils soient pour le moment innocents et purs, des efforts continus doivent être faits pour qu'ils le restent. C'est pourquoi l'on estime que la campagne doit avancer sur tous les fronts possibles et utiliser tous les moyens disponibles pour atteindre tous les membres de l'Église, en particulier ceux qui se trouvent à portée des collèges de la Prêtrise.

Les méthodes pour accomplir cette œuvre exigent assurément une réflexion attentive. L'objectif recherché est clair et facile à comprendre. Mais il n'y a pas deux personnes exactement semblables ; leurs circonstances et leurs environnements diffèrent, et les moyens d'atteindre efficacement leur cœur et leur volonté doivent être déterminés selon leur condition et leurs caractéristiques individuelles. Le tact, l'ingéniosité, la persévérance, la sagesse et la bonne volonté doivent donc être des éléments de toute méthode qui réussit.

Les efforts doivent se caractériser par l'amour

Il est, bien entendu, de la plus haute importance que ceux qui œuvrent évitent de causer la moindre offense à ceux auprès de qui ils travaillent. L'amour et la bonne volonté doivent caractériser nos efforts. On peut présumer que tous les membres de l'Église aimeraient être libérés des habitudes de l'alcool et du tabac, libérés de tout désir d'user de ces stupéfiants. Un éminent savant, de renommée internationale, a un jour déclaré à votre orateur, alors qu'ils étaient assis à la même table lors d'un banquet, qu'il donnerait 10 000 dollars s'il pouvait s'arrêter de fumer. « J'ai essayé, disait-il, mais le tabac m'a en son pouvoir et je sais qu'il me tue. » Il y a sans nul doute, dans l'Église, de nombreux usagers habituels qui ne pourraient cesser qu'en déployant les efforts les plus résolus. En dehors de ceux-là, il y en a beaucoup d'autres qui y touchent occasionnellement, pour l'une ou l'autre d'un grand nombre de raisons. Mais qu'ils soient habitués ou occasionnels, s'ils sont membres de l'Église, ne convient-il pas de supposer qu'ils préféreraient ne pas en user plutôt que d'en user ? Notre campagne ne doit-elle pas être fondée sur cette supposition ?

Certes, beaucoup de ceux qui y sont accoutumés sont d'excellentes personnes, de bons voisins, de bons citoyens, dignes de l'amitié de leurs coreligionnaires. Mais ils ont une faiblesse que certains d'entre nous, grâce au Seigneur, n'ont pas. (Je le dis humblement, non avec vantardise.) Ils ont donc besoin d'aide, non de condamnation. Mais l'aide ne sera pas acceptée par eux si elle est donnée de manière offensante. Et je le répète donc : le tact, le bon jugement et un amour abondant doivent caractériser les efforts qui réussiront à détourner notre peuple de l'usage de l'alcool et du tabac, et à l'en tenir éloigné.

Pourquoi ai-je dit que tous les membres de l'Église souhaiteraient vraisemblablement être libérés du désir de l'alcool et du tabac ? Parce qu'ils ont le sentiment, ou la foi, de la divinité de cette œuvre. Tout membre adulte connaît la Parole de Sagesse, une révélation de Dieu. Aucune personne raisonnable ne souhaite aller délibérément à l'encontre de « la volonté de Dieu ». Assurément, elle préférerait ne pas le faire. Mais les envies et les faiblesses de la chair, ainsi que les tentations de Satan, sont responsables de nombreux faux pas que l'individu, dans ses meilleurs moments, regrette d'avoir faits. C'est là que réside une ouverture, une justification, pour les efforts secourables de ses frères et sœurs. Que l'on se souvienne que ces efforts sont motivés entièrement par le désir de rendre un service nécessaire, de donner de l'encouragement et de la force à celui qui est disposé à les recevoir.

L'objectif recherché et la nature du problème indiquent, de manière générale, la méthode de travail qu'il convient d'employer. En dernière analyse, c'est l'individu qui nous préoccupe. C'est lui que nous voulons voir libéré de l'usage de l'alcool et du tabac. Nous voulons donc obtenir de lui une réaction favorable. Cela signifie que nous devons l'atteindre personnellement plutôt qu'en masse. Lorsque chaque individu sera libre et pur, la masse sera libre et pure. Notre méthode de travail doit se fonder sur ce fait.

Détourner notre peuple de l'usage de l'alcool et du tabac est certainement un objectif louable, mais peut-il être atteint ? Oui, avec le temps. Mais nous ne sommes pas assez optimistes pour croire que le but puisse être atteint en quelques mois ou en une année. Nous sommes toutefois certains que des progrès rapides peuvent être accomplis par des efforts sages, persévérants, unis et menés à l'échelle de toute l'Église. Notre foi repose sur le mérite et la justice de notre cause. Le bien des âmes humaines et le bonheur des vies humaines sont les enjeux pour lesquels nous luttons. Avec Dieu pour nous aider, nous remporterons la victoire pour tous ceux qui ont une foi vivante en la divinité de cette grande œuvre des derniers jours. Et, en ce qui les concerne et en ce qui touche ces stupéfiants, Satan sera lié.

Le coût de la transgression de la Parole de Sagesse

Si les membres de notre peuple dans les pieux et les paroisses de l'Église s'abstenaient dès maintenant entièrement des choses prescrites par la Parole de Sagesse — le thé, le café, l'alcool et le tabac — leur situation économique serait bien plus favorable qu'elle ne l'est, comme le président Grant l'a maintes fois souligné de cette chaire. N'avons-nous pas été étonnés de voir l'ampleur des chiffres officiels récemment publiés sur le coût, en 1937, pour le petit État de l'Utah, des boissons alcoolisées et des cigarettes ? Un peu plus de 11 278 000 dollars ont été dépensés par le nombre relativement restreint de personnes de cet État. Cela représentait une moyenne de plus de 20 dollars par tête pour chaque âme qui y vit. (Nous ne savons pas quelle part de ce total a été payée par les touristes. Il est certain qu'une part beaucoup trop grande a été payée par notre peuple.) Qu'on se souvienne que ces chiffres n'incluent pas les sommes dépensées pour les cigares et les autres formes de tabac autres que les cigarettes commerciales, ni pour les alcools de contrebande, dont les montants ne sont nullement négligeables.

Si à toutes ces sommes nous ajoutons celles dépensées pour le thé et le café, nous prendrons encore plus clairement conscience du grand appauvrissement que l'Utah subit continuellement en envoyant au-dehors des sommes pour acheter ces choses pires qu'inutiles. Car nous savons tous qu'aucun de ces articles empoisonnés n'est produit par nous. Ils constituent une ponction continue sur nos ressources économiques. Nous nous plaignons de nos impôts élevés, du grand coût de notre système éducatif, du lourd fardeau de nos secours aux nécessiteux et du poids écrasant des hypothèques sur nos fermes. Mais savons-nous que l'Utah dépense pour le thé, le café, l'alcool et le tabac plus de la moitié de ce qu'il verse pour tous ses impôts — scolaires, municipaux, de comté et d'État ? Qu'il paie davantage pour ces poisons que pour nos écoles publiques, y compris les collèges et l'université, et qu'ils coûtent plus du double du montant consacré aux secours ? Et que les hypothèques agricoles de l'Utah pourraient être remboursées en environ trois ans grâce aux économies réalisées si nous gardions tous la Parole de Sagesse ? Ne sommes-nous donc pas prêts à admettre que le président Grant avait absolument raison lorsqu'il déclarait que notre peuple pourrait être économiquement indépendant en observant la Parole de Sagesse ?

La santé et la sagesse promises

Mais même ainsi, l'indépendance économique serait-elle notre plus grand gain, si grand soit-il ? Écoutez. L'expérience enseigne la vérité pratique de la déclaration de Satan rapportée dans le livre de Job : « Tout ce que possède un homme, il le donne pour sa vie. » La santé n'est-elle pas plus précieuse que l'argent ? La grande promesse que le Seigneur a faite aux saints pour l'observance de la Parole de Sagesse est énoncée en ces termes :

Et tous les saints qui se souviennent de garder et de pratiquer ces paroles, marchant dans l'obéissance aux commandements, recevront la santé en leur nombril et de la moelle pour leurs os. Et ils trouveront de la sagesse et de grands trésors de connaissance, oui, des trésors cachés . . . Et moi, le Seigneur, je leur fais la promesse que l'ange destructeur passera à côté d'eux, comme pour les enfants d'Israël, et ne les frappera pas.

La santé, la sagesse, la connaissance, la délivrance du destructeur ! Ces choses n'ont-elles pas une valeur bien plus grande que l'argent ? Mais ce qui est magnifique, c'est que, lorsque ces bénédictions viennent parce que nous observons les commandements, nous gardons également notre argent.

Une lumière pour le monde

Mais ces valeurs ne sont pas tout. D'autres bénédictions merveilleuses encore suivraient leur observance. Quelles pourraient-elles être, demanderez-vous ? La réponse est simple. En fait et en vérité, Sion serait comme une lumière placée sur une colline, et le monde entier verrait son éclat glorieux. Le programme de sécurité de l'Église a-t-il placé l'Église sur une colline ? Oui, mais la lumière de ce programme n'a pas brillé, et ne peut briller, avec l'éclat rayonnant qui émanerait de Sion si tout son peuple observait strictement la Parole de Sagesse. Dieu accomplirait alors ses merveilleuses promesses, et les résultats feraient ressortir ce peuple de manière si remarquable et si favorable que le monde pécheur serait contraint de le respecter et de l'admirer. Par ce moyen, l'Église prêcherait ses doctrines avec une rapidité et un succès qu'on n'aurait pas encore osé imaginer dans son histoire. Et qui pourrait en douter ?

Même les gens mauvais et corrompus admirent la vertu, l'honneur, l'intégrité et toutes les autres qualités qui élèvent les hommes vers les plans les plus hauts de l'excellence morale. Supposons que le monde entier puisse voir qu'il existe ici un peuple qui pratique sincèrement toutes les vertus divines qu'il prêche. Quel en serait le résultat merveilleux ? Assurément, la rédemption de Sion ne tarderait plus longtemps.

Frères et sœurs, sommes-nous réellement venus à savoir qu'il n'y a que des avantages à garder les commandements de Dieu ? Pourquoi ne les gardons-nous pas ? L'observation exacte, la raison et l'expérience ne nous enseignent-elles pas toutes la valeur de les garder ? Bien sûr que oui, répond tout membre de l'Église qualifié pour en parler.

Un effort est nécessaire pour surmonter la difficulté

Mais, à ce sujet, souvenons-nous qu'il faut un effort continu et résolu pour vivre l'Évangile. Partout où se trouvent les saints, Satan est susceptible de s'y trouver également. Son but est de gêner, et si possible de vaincre, les saints. Lui et ses aides ne s'endorment pas dans leur tâche. Ils ne se fatiguent pas comme beaucoup d'entre nous semblent le faire. Nous sommes donc tentés en tout temps et, de toute évidence, tentés dans nos points les plus vulnérables, dans nos endroits les plus faibles. Nous le savons tous. De plus, notre mémoire est courte, parfois très courte, et nous glissons fréquemment avant même de nous apercevoir que nous sommes en danger de glisser. Ce sont là des faits. Je les rappelle à notre mémoire non pas pour excuser nos écarts et nos échecs, mais pour nous rappeler la nécessité d'être toujours sur nos gardes.

Vivre l'Évangile exige une action positive. Le repos tranquille est une tentation du Malin. Il n'y a pas d'excellence sans labeur, pas de récompense sans accomplissement, pas de bénédiction sans l'accomplissement des conditions dont dépend la bénédiction. Accordé, direz-vous. Oui, et mon désir est que nous nous souvenions de ces paroles et que nous les appliquions continuellement dans nos efforts pour vivre l'Évangile.

Et puis-je nous rappeler qu'il n'est pas facile d'observer pleinement la Parole de Sagesse ? Notre manque de courage à nous opposer aux coutumes sociales, nos appétits viciés et choyés, notre ignorance de tout ce qu'enseigne la Parole de Sagesse et notre manque de foi en la véritable parole du Dieu vivant sont l'une ou plusieurs des raisons pour lesquelles bien peu, s'il en est, d'entre nous observent pleinement cette loi de santé divinement donnée.

Un livre par frère et sœur Widtsoe

Puis-je dire que ce document contient des « tu feras » aussi bien que des « tu ne feras pas ». Beaucoup d'entre nous n'ont-ils pas négligé cet important fait ? C'est pour mettre ces choses vivement en évidence à nos yeux que frère et sœur Widtsoe ont écrit le précieux petit livre intitulé « The Word of Wisdom — A Modern Interpretation ». Pour se familiariser avec les « tu feras », j'exhorte à une étude attentive de la seconde moitié de ce livre. Les spécialistes du sujet reconnaissent maintenant de manière générale que l'alimentation est le facteur principal du maintien de la santé. Mais le Seigneur le savait depuis toujours. C'est pourquoi, dès les premiers temps de l'histoire de l'Église, il nous a donné sa grande loi de santé — la Parole de Sagesse. Ces dernières années, les méthodes scientifiques, entre les mains d'experts compétents, ont confirmé dans le plus grand détail la vérité des enseignements de cette loi divine.

Puisque c'est notre devoir incontestable de préserver notre santé, en usant des moyens que le Seigneur a mis entre nos mains à cette fin, nous devrions être vivement intéressés et tirer grand profit d'une étude attentive des aspects positifs de la Parole de Sagesse tels qu'ils sont exposés dans ce nouveau livre de frère et sœur Widtsoe. Les aspects négatifs ont, à juste titre, jusqu'ici retenu la plus grande part de notre attention. Étudions maintenant aussi les aspects positifs. Si nous pratiquons les enseignements de ce livre — les « tu feras » comme les « tu ne feras pas » — la santé générale de notre peuple s'en trouvera grandement améliorée et, comme indiqué plus haut, la renommée de notre peuple deviendra mondiale. Les valeurs en jeu sont donc si grandes que, en tant qu'êtres raisonnables et responsables, notre devoir n'est-il pas aussi clair que le cristal transparent ? Lorsque nous manquons à ce devoir par ignorance inévitable, nous pouvons, en un sens, nous trouver dans la situation de ceux qui n'ont pas de loi et ne peuvent donc être jugés par la loi. Mais, de nos jours, aucune personne adulte normale n'a besoin d'être privée d'au moins une connaissance raisonnable des faits fondamentaux de la nutrition et de ce qu'il faut manger et ne pas manger. Ces faits sont clairement exposés dans le petit livre dont j'ai parlé. Ces faits sont également brièvement indiqués dans les aspects positifs de la Parole de Sagesse, mais ils ont largement échappé à notre attention ; du moins, nous ne semblions pas en apprécier la valeur avant que la science moderne ne nous les mette en évidence.

Et, dans l'état actuel des choses, les saints des derniers jours voient clairement que Joseph Smith, dans la Parole de Sagesse, a donné au monde de nombreux faits que même les hommes de science de son époque connaissaient peu ou pas du tout. Comment a-t-il pu faire cela ? Parce que le Seigneur les lui a révélés. Il était véritablement un prophète du Dieu vivant.

Frères et sœurs, tournons-nous sincèrement vers le Seigneur et efforçons-nous continuellement de vivre en harmonie avec sa volonté, dans la mesure où nous pouvons apprendre ce qu'elle est. Ce n'est par aucun autre moyen que nous pouvons remplir les conditions nécessaires pour nous assurer ses bénédictions sur ce peuple et sur ce pays. Le Seigneur lui-même nous a ainsi clairement parlé.

Cherchons en lui le désir et la force de garder nos oreilles ouvertes pour entendre et notre cœur prêt à répondre à ses enseignements. Amen.

Citer ce discoursJoseph F. Merrill, « La campagne contre le tabac », Conférence générale d'avril 1938, Session de l'après-midi du premier jour (1938-04-03). Pulpit Vault, 1938-04-joseph-f-merrill-campaign-against-tobacco. Traduction de la présente édition, par méthode de glossaire, archive.org.Pulpit Vault, édition du 23 septembre 2026 (commit 4bdc6ac627).