Principes justes — le gouvernement de soi-même
Sylvester Q. Cannon
Je me réjouis grandement, mes frères et sœurs, de me trouver avec vous et de jouir des sessions de cette conférence. Je suis pleinement d'accord avec tout ce qui nous a été dit au cours de toutes ces réunions. Je sens que les instructions qui ont été données sont d'une grande valeur, et que, en tant que saints des derniers jours, nous devrions nous souvenir de ce qui a été dit, et entreprendre de le mettre en pratique du mieux que nous pouvons, pour notre propre bien-être. ¶
PRINCIPES JUSTES — LE GOUVERNEMENT DE SOI-MÊME ¶
Cela me rappelle une histoire qu'on raconte — je pense que la plupart d'entre vous l'ont entendue — du temps où le prophète Joseph se trouvait à Nauvoo. Nauvoo était devenue une ville très florissante et merveilleuse, — la ville la plus remarquable de l'Illinois, — l'une des villes les plus remarquables du pays à cette époque. Elle était située à la frontière et ne bénéficiait naturellement pas des commodités que nous avons aujourd'hui. Des visiteurs venaient de toutes les régions du pays. Parmi eux se trouvait un pasteur éminent, très intéressé par le bien-être de la communauté. Il dit au prophète Joseph : « Comment gouvernez-vous ce peuple d'une manière si remarquable ? Il y a de l'ordre et de l'harmonie, et de splendides résultats sont obtenus dans cette ville. » Le prophète Joseph donna cette réponse historique : « Je leur enseigne des principes justes, et ils se gouvernent eux-mêmes. » Je pense que c'est là la note dominante pour nous, saints des derniers jours, dans tous les domaines de la vie. ¶
L'AMOUR DE L'ARGENT, RACINE DU MAL ¶
Le président Clawson a fait allusion au fait qu'il est difficile de distinguer entre le temporel et le spirituel. Nous nous préoccupons des choses temporelles aussi bien que des choses spirituelles. Nous devons agir correctement dans les choses temporelles, et nous devons grandir spirituellement. Nous ne devrions pas laisser ¶
ELDER SYLVESTER Q. CANNON les choses temporelles l'emporter sur les choses spirituelles ; car, bien que nous devions gagner notre propre subsistance, nous devrions garder constamment à l'esprit que nous ne sommes ici que pour un temps, que cette vie n'est qu'une partie de notre existence, et que les trésors éternels sont ce vers quoi nous devons tendre. L'apôtre Paul nous dit que l'amour de l'argent est une racine de tous les maux. Certainement l'amour de l'argent peut conduire à des conditions fort graves. Tout homme ou toute femme dont le cœur tout entier est fixé sur l'acquisition de richesses, à l'exclusion des choses spirituelles et conformes aux principes que le Sauveur a établis, manque d'apprécier certaines des plus grandes choses de la vie. Quiconque met tant ses efforts dans les choses de ce monde qu'il ne fait pas preuve d'équité et d'entraide envers son prochain, même s'il accumule des richesses, est un homme manqué. ¶
CONDITIONS ÉCONOMIQUES ACTUELLES ¶
J'ai essayé, en mon for intérieur, au cours de cette conférence, d'analyser quelque peu les conditions économiques actuelles des saints des derniers jours. Je me rends compte qu'il y a eu, de manière générale, une grande amélioration des conditions économiques dans toute la nation, et dans nos propres localités. Je voudrais vous présenter quelques chiffres pour indiquer quelque chose du redressement qui s'est produit, avec, bien entendu, l'aide d'une grande quantité de fonds fédéraux dans toute la nation. Ces chiffres se rapportent à la nation dans son ensemble. ¶
INDICATEURS ÉCONOMIQUES COMPARATIFS En 1929, le revenu agricole se situait à un indice de 105, 100 étant la normale. En 1936, il était de 85. Pour les ventes des grands magasins, en 1929, l'indice était de 108. En 1936, de 93. Pour l'activité commerciale, en 1928 et 1929, il était de 110. En 1936, de 108. Pour ce qui est de l'emploi dans les industries de biens durables, — les industries lourdes qui reflètent et indiquent dans une large mesure la prospérité du pays, — l'indice était de 95 en 1929. En 1936, de 88. Pour les dépôts bancaires à vue dans tout le pays, le total en 1929 était de 13 500 000 000 $. En 1936, de 19 000 000 000 $. ¶
Dans notre propre localité, nous constatons que les permis de construire, par exemple, dans cette ville, s'élevaient en 1929 à 5 670 000 $. En 1936, à 3 373 000 $, soit 60 %. Pour certaines ventes de grands magasins dans cette ville, en prenant le volume de 1929 comme base de 100 %, le volume de 1936 était de 75,2 %. Pour l'épicerie de gros, avec 100 % en 1929, le pourcentage était de 81,6 % en 1936. Pour la quincaillerie de gros, avec un indice de 100 en 1929, l'indice était de 122 en 1936. Pour ce qui est du chômage, la diminution au cours des deux ou trois dernières années a été très substantielle. En fait, il apparaît qu'actuellement, en règle générale, parmi ceux qui sont qualifiés dans les métiers, il n'y a pratiquement pas de chômage. À mon avis, l'une des meilleures mesures du bien-être économique dans ce territoire intermontagnard est la mesure des dîmes versées. Sur une base unitaire, cela indiquerait qu'en 1936 les conditions économiques du peuple étaient d'environ 83 % de ce qu'elles étaient en 1929. Pour ce qui est de la construction de bâtiments, je pense que nous avons connu probablement moins de reprise que dans presque tout autre secteur de l'industrie ; mais je crois qu'avec les progrès que nous réalisons dans les conditions économiques, cette activité connaîtra à l'avenir une forte augmentation, ce qui devrait absorber une grande partie du chômage qui prévaut dans toute cette nation. ¶
AMÉLIORATION DE L'EMPLOI ¶
Je constate, en voyageant parmi les pieux de Sion, qu'en de nombreux endroits le chômage est relativement faible et que les gens se sentent beaucoup mieux au sujet des conditions. Pourtant il y a, et il y aura toujours, du chômage, et à l'heure actuelle, particulièrement dans les régions les plus densément peuplées, il y a encore un chômage considérable. On a constaté qu'une grande proportion des chômeurs sont ceux qui ne se sont pas particulièrement qualifiés pour une branche d'industrie. Ils ne sont jamais devenus habiles dans des métiers ou des professions. Je pense que c'est là une des choses que nous devrions stimuler, encourager et favoriser dans chaque partie de l'Église. Toutes nos filles et tous nos garçons devraient apprendre des métiers ou des professions qui les préparent le mieux possible à la vie, dans la mesure du possible, dans les localités où ils vivent. Il apparaît que cette année, 1937, les possibilités d'emploi iront sans cesse croissant dans l'industrie minière, dans l'agriculture, dans les travaux de construction et dans l'activité commerciale en général. ¶
MISE EN VALEUR DES RESSOURCES NATURELLES De même, nous devrions mettre en valeur toutes nos ressources naturelles sous un contrôle étatique approprié, et développer des industries adaptées aux conditions locales. En Utah, par exemple, en matière d'approvisionnement en eau, nous ne sommes pas aussi favorisés que certains des États voisins. L'Idaho est bien mieux situé en ressources hydrauliques. Dans une certaine mesure, l'Arizona bénéficie aussi de cet avantage, ainsi que la Californie, le Wyoming et le Colorado. L'eau est la véritable sève de nos communautés. Faute d'eau suffisante, certains de nos gens ont trouvé difficile, particulièrement au cours de ces années de sécheresse que nous avons connues, de mener à maturité des récoltes convenables et de maintenir la population que nous avons, et que nous devrions avoir, compte tenu de l'étendue des terres fertiles dans diverses localités. ¶
CONSERVATION DE L'APPROVISIONNEMENT EN EAU ¶
Je dis que l'eau est la sève de cette région intermontagnarde. L'ingénieur d'État de l'Utah a procédé à une étude des sites propices à de petits réservoirs dans tout l'État. L'Utah a connu proportionnellement moins de remise en valeur que n'importe lequel des États voisins. Pourtant tout l'approvisionnement en eau possible devrait être conservé pour l'irrigation des terres disponibles. Une grande proportion des membres de l'Église ont été formés à l'agriculture et vivent près de la terre. Toute possibilité devrait leur être donnée, dans la mesure du possible, de subvenir à leurs besoins dans les communautés où ils vivent. Les résultats de l'étude mentionnée ci-dessus indiquent qu'il existe environ cinquante-quatre sites propices à de petits réservoirs, en plus de quelques autres possibilités d'approvisionnement supplémentaire en eau. S'ils peuvent être mis en valeur, de nombreuses communautés dans tout cet État en bénéficieront. Je voudrais encourager les présidences de pieu et les épiscopats de paroisse, dans les communautés où de telles possibilités existent, à coopérer de toutes les manières dans un effort pour obtenir que des réservoirs ¶
ELDER SYLVESTER Q. CANNON soient mis en valeur afin de fournir de l'eau supplémentaire pour la maturation des récoltes tardives dans les localités où nos gens se sont déjà établis. L'approvisionnement en eau devrait être contrôlé et réglementé de telle sorte que la population dans son ensemble en tire profit. De même, il est important que toutes les ressources naturelles soient mises en valeur et protégées pour le bien-être de tout le peuple. ¶
LÉGISLATION DE CLASSE ET LÉGISLATION FANTAISISTE ¶
Il me semble qu'à l'heure actuelle il existe, dans notre législation, une tendance inhabituelle à ne pas tenir compte du bien-être de tout le peuple, mais que divers groupes cherchent à obtenir une législation qui se rapporte à leurs intérêts particuliers. Or, si un groupe particulier veut une législation qui ne soit pas pour le bien-être du peuple dans son ensemble, c'est là une législation dangereuse. En tant que citoyens et dirigeants de ces diverses communautés, il faut comprendre que ceux qui sont élus ou nommés pour agir dans une charge politique devraient cultiver la détermination de traiter équitablement tous les citoyens et d'éviter tout ce qui relève d'une législation de classe, car de telles choses sont vouées à favoriser la discorde et la désunion. ¶
ÉVITER L'ESPRIT DE CLASSE ET LES CONFLITS ¶
Il existe une tendance, chez certains politiciens, à attiser l'esprit de classe et à dresser un groupe ou une classe contre une autre. C'est une chose dangereuse. Le cœur du Seigneur est ouvert, et ses bénédictions parviennent à toute l'humanité ; il ne fait pas acception de personnes, et dans tous les pays et en tous lieux, ceux qui le servent et gardent ses commandements sont acceptés de lui. Je pense que cela devrait être l'esprit des saints des derniers jours partout. Nous devrions lutter contre tout ce qui relève de l'esprit de classe ou de la législation de classe. Nous avons entendu, au cours de cette conférence, parler des grèves qui prévalent à l'heure actuelle. Nous connaissons tous ces conditions. Nous devons tous en venir à comprendre que, lorsque de telles conditions se développent, il est grand temps que les employeurs et les employés soient tenus légalement responsables, en vertu de la loi, dans leurs rapports les uns avec les autres. Il faut aussi se rappeler que, dans un grand nombre de ces différends, c'est le public en général qui en subit les conséquences. N'est-il donc pas possible de mettre au point un plan permettant d'éviter les frictions et de régler promptement les grèves, afin d'éviter aux employés une perte de salaire, aux employeurs des déficits, et au public des souffrances ? Il faut mettre au point des plans, et faire adopter une législation appropriée, qui rapprochent les deux parties de tels différends dans des conditions équitables ; sinon, si ces conflits augmentent, ils deviendront une menace sérieuse pour le bien-être et le progrès de cette nation. ¶
LES SAGES CONSEILS DU PRÉSIDENT GRANT ¶
Un certain nombre de mesures législatives ont été adoptées, et des politiques promulguées, contre lesquelles le président de l'Église a donné un avertissement ; et je veux vous dire, et je crois que vous le réaliserez si vous repensez à ces choses, que dans chaque cas il avait raison dans son conseil. Si ce conseil avait été suivi, nous connaîtrions tous de meilleures conditions. Or, nous ne croyons pas à l'obéissance aveugle, mais nous croyons à l'obéissance discernante. Chacun de nous a le droit de jouir du discernement. Qu'est-ce que le discernement ? C'est reconnaître la différence entre le bien et le mal, ou développer la clarté de jugement ou de perspicacité. Si nous vivons l'Évangile, nous avons le droit de jouir de la lumière du Saint-Esprit pour nous guider et nous bénir, pour nous permettre de juger justement. Nous n'avons pas à accepter le jugement ou le conseil de l'homme qui se trouve à la tête de l'Église ici sur la terre ; mais nous saurons que les choses qu'il conseille sont justes, si nous nous détachons de nos désirs ou idées personnels ou politiques. Nous devrions nous efforcer de jouir de l'esprit de discernement. L'apôtre Paul nous dit que l'un des dons du Saint-Esprit est le discernement des esprits. De même, l'un des dons est le discernement du bien et du mal. Quelle chose merveilleuse ce sera lorsque nous apprendrons tous des principes justes, et que nous aurons le discernement de nous gouverner nous-mêmes dans la droiture. Alors nous grandirons en justice et en équité, nous éviterons les querelles et les conflits, nous adopterons et administrerons des lois équitables, et nous progresserons dans les choses temporelles et spirituelles. Le Seigneur prospérera ce peuple temporellement aussi bien que spirituellement si nous maîtrisons nos sentiments égoïstes et nous efforçons d'accomplir ses desseins. ¶
SUIVRE LES CONSEILS DES DIRIGEANTS ¶
Je me réjouis de la vérité de l'Évangile. Je me rends compte que le Seigneur a été très bon envers moi ; mes frères ont été très bons envers moi, ils m'ont supporté. Je soutiens ces hommes qui président parce que je sais que ce sont des hommes qui ont été choisis du Seigneur par l'inspiration et la puissance de son Esprit. Et je veux vous dire que je me rends compte que la Présidence de cette Église est en mesure de nous conseiller dans la droiture. Si nous oublions nos sentiments personnels ou nos désirs égoïstes et nous conformons à un tel conseil, nous gagnerons les bénédictions. Le peuple dans son ensemble sera prospéré et béni ; et les gens du monde en tireront un grand bénéfice s'ils observent les instructions qui nous sont données ici et qui nous ont été données au cours de toutes les années passées. Je sais avec certitude que Joseph Smith était un prophète du Seigneur Jésus-Christ, qu'il fut un instrument entre les mains du Seigneur pour rétablir l'Évangile dont nous sommes les bénéficiaires, et que tous ceux qui lui ont succédé comme présidents de l'Église ont été investis du même pouvoir et du même esprit. Ils ont joui en riche mesure de l'esprit de leur appel. Puisse le Seigneur continuer à soutenir le président Grant, et bénir tous les officiers de toute cette Église, afin qu'ils soient des sentinelles sur les tours, qu'ils écoutent les instructions données par ceux qui sont en autorité et les transmettent au peuple ! Que chacun des membres de l'Église cultive l'esprit de discernement et de droiture, afin que tous apprennent des principes justes et se maîtrisent eux-mêmes pour leur propre bien et pour le progrès de l'œuvre de Dieu, je le prie au nom de Jésus-Christ. Amen. ¶