Pulpit

Demeurer à part : rester sans tache du monde

David O. McKay

1911 October General Conference·Second Day Afternoon Session·1911-10-07

Wordsworth a écrit un jour de Milton : « Ton âme était comme une étoile et demeurait à part. » Il me semble, après avoir entendu les frères témoigner des principes de l'Évangile et du niveau élevé de vie parmi les Saints des derniers jours, que ce peuple « demeure à part », qu'il devrait être en réalité « un peuple particulier ». Je ne veux pas dire que nous ne devons pas fréquenter nos amis qui ne croient pas comme nous, ni ne crois-je que nous devrions être exclusifs ; mais en tant qu'Église de Dieu, nous devons « demeurer à part ». Or, de quelle manière ? Jacques dit que « la religion pure et sans tache, devant Dieu notre Père, consiste à visiter les orphelins et les veuves dans leurs afflictions, et à se préserver des souillures du monde ». C'est dans le sens de nous préserver des souillures du monde que je considère que l'Église de Dieu devrait se distinguer, en ce sens que les enfants de l'Église soient comme une étoile, — purs.

Dans cette prière si impressionnante du Sauveur, déjà évoquée cet après-midi, il dit, parlant de ses apôtres : « Ils sont dans le monde », puis ajoute ces paroles significatives : « Je ne te prie pas de les ôter du monde mais de les préserver du mal. » Cela est en harmonie avec les enseignements du Livre de Mormon, tels qu'ils sont consignés au quarante-deuxième chapitre du livre d'Alma, où il est expliqué pourquoi les enfants de Dieu sont ici, dans ce monde ; à savoir, pour se mêler aux fils des hommes, pour acquérir une expérience qui les ramènera à Dieu ; mais non pour prendre part aux péchés du monde. Le Sauveur dit à ses apôtres, le même soir où il offrit cette belle prière : « Prenez courage, j'ai vaincu le monde. » S'apprêtant bientôt à rejoindre son Père, il les exhorta à suivre son exemple, priant non pas que Dieu les ôte du monde, mais qu'il les préserve du mal.

Je n'ai jamais rencontré un membre de l'Église qui ne se déclarerait pas, et qui, si l'occasion se présentait, ne se déclarait pas, disposé à défendre son appartenance à l'Église si celle-ci était attaquée. J'ai vu des garçons, apparemment indifférents aux intérêts de l'Église, se dresser en certaines occasions avec une résistance manifeste contre l'attaque portée à l'Église. Nous nous arrogeons souvent la pensée que, s'il y avait quelque empiétement sur cette Église, nous serions prêts à nous dresser et à la défendre en masse. Ce sentiment, cet esprit de défense, guette toujours quelque manifestation exceptionnelle d'opposition, quelque grand événement à venir. Lorsque celui-ci survient, nous pensons être prêts à défendre l'Église, alors que, peut-être, ce jour même, il y a eu un empiétement sur notre âme qui a affaibli notre pouvoir de défendre la vérité. Les arbres qui peuvent résister au milieu de l'ouragan cèdent souvent aux parasites destructeurs que l'on peut à peine voir au microscope, et les plus grands ennemis de l'humanité aujourd'hui sont ces microbes invisibles qui attaquent le corps. Ce sont les influences invisibles à l'œuvre dans la société qui minent la virilité et la féminité d'aujourd'hui. Ce sont ces influences invisibles venant du monde qui nous saisissent lorsque nous sommes le moins préparés à nous défendre. Lorsque nous ne résistons pas aux empiétements de ces influences mauvaises, nous affaiblissons la possibilité de défendre l'Église du Christ. C'est là une œuvre individuelle, et ce que sont les individus, l'ensemble l'est aussi.

J'étais récemment avec un groupe d'amis, roulant à travers une belle vallée, non loin de Salt Lake City. Nous avons traversé un beau champ de blé. C'était un spectacle impressionnant que de voir cette exploitation de blé en culture sèche, et l'un du groupe exprima son admiration pour la croissance luxuriante du champ, et le regarda dans son ensemble. Il se tenait là, distinct des broussailles d'armoise et des alentours stériles. Mais il ne se satisfit pas de le regarder dans son ensemble ; la voiture s'arrêta, et il examina des épis de blé individuels, et s'exclama : « Regardez comme ces épis sont gros. » Un seul ; c'était l'épi individuel qui lui donnait cette impression. Cela ne suffisait pas. Il brisa l'épi, le fit rouler dans sa main, en souffla la balle, et examina chaque grain. « Les grains, continua-t-il, sont pleins et solides. » Après tout, l'épreuve de ce champ de blé était le grain de blé individuel, et il en est de même dans une communauté, il en est de même dans l'Église. L'épreuve, après tout, de l'efficacité du peuple de Dieu, est une épreuve individuelle. Que fait l'individu ? Chacun devrait se demander : « Est-ce que je vis de manière à me préserver du mal du monde ? » Dieu veut de nous ici. Son plan de rédemption, en ce qui nous concerne, est ici, et vous, mes compagnons de travail dans l'Église du Christ, portez la responsabilité de témoigner au monde que la vérité de Dieu a été révélée, et que des hommes et des femmes peuvent vivre en ce monde libres et non contaminés par ses péchés, comme le Seigneur et Rédempteur le fit en son temps.

Or, qu'entendons-nous par le monde ? Ce terme est parfois employé de manière indéfinie. Je considère que le monde désigne les habitants qui sont étrangers aux Saints de Dieu. Ils sont étrangers à l'Église, et c'est de l'esprit de cette aliénation que nous devrions nous garder libres. Paul nous dit de ne pas nous conformer aux modes du monde. Tite fut averti de ne pas prendre part à ces choses, aux maux du monde, et de « fuir aussi

les passions de la jeunesse, et de rechercher la justice, la foi, la charité, la paix, avec ceux qui invoquent le Seigneur d'un cœur pur ». Pureté de cœur — Sion, nous a-t-on dit, ce sont les cœurs purs, et la force de cette Église réside dans la pureté des pensées et de la vie de ses membres ; alors le témoignage de Jésus demeure dans l'âme, et la force vient à chaque individu pour résister aux maux du monde.

Ces maux se présentent insidieusement dans nos relations quotidiennes. Ils viennent sous forme de tentations, comme elles vinrent au Sauveur après son baptême. Quelles étaient ces tentations ? Lorsque Satan dit : « Ordonne que ces pierres deviennent des pains », il faisait appel à l'appétit. Il savait que Jésus avait faim, qu'il était physiquement affaibli, et pensait qu'en désignant ces petites pierres calcaires qui ressemblent quelque peu à un pain juif, il pourrait éveiller le désir de manger. Ayant échoué, il reçut la parole divine : « L'homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. » Satan l'éprouva alors d'une autre manière. Il le défia — un appel à son orgueil, à sa vanité — et cita l'Écriture pour appuyer sa tentation, car rappelez-vous que le diable peut trouver l'Écriture pour ses propres fins, et « une âme mauvaise qui produit de saints témoignages est comme un scélérat au sourire engageant, une belle pomme pourrie au cœur. Oh, quelle belle apparence a le mensonge ! » Mais le Sauveur lui répondit en termes d'Écriture : « Il est aussi écrit : tu ne tenteras pas le Seigneur, ton Dieu. » Quelle était la troisième ? Un appel à son amour du pouvoir, du domaine, de la richesse : « Je te donnerai toutes ces choses (les royaumes du monde et leur gloire) », dit le tentateur, « si tu te prosternes et m'adores. » « Retire-toi, Satan, car il est écrit : tu adoreras le Seigneur, ton Dieu, et tu le serviras lui seul. » Or, presque toute tentation qui vient à vous et à moi vient sous l'une de ces formes. Classez-les, et vous trouverez que, sous l'une de ces trois catégories, se range presque toute tentation qui nous rend, vous et moi, tachés, si peu que ce soit peut-être : (1) une tentation de l'appétit ; (2) une reddition à l'orgueil, à la mode et à la vanité de ceux qui sont étrangers aux choses de Dieu ; ou (3) une satisfaction de la passion, ou un désir des richesses du monde, ou du pouvoir parmi les hommes.

Or, quand les tentations viennent-elles ? Eh bien, elles nous viennent dans nos réunions sociales, elles nous viennent à nos mariages, elles nous viennent dans notre politique, elles nous viennent dans nos relations d'affaires, à la ferme, dans l'établissement commercial, dans nos transactions, dans toutes les affaires de la vie, nous trouvons ces influences insidieuses à l'œuvre, et c'est lorsqu'elles se manifestent à la conscience de chaque individu que la défense de la vérité devrait s'exercer. Il se peut qu'il ne se présente jamais une grande occasion de défendre cette Église.

Ce ne sera peut-être pas sur le sommet de la montagne, ni sur la mer démontée ; ce ne sera peut-être pas au front de la bataille que mon Seigneur aura besoin de moi ; mais si, par sa petite voix douce, il m'appelle vers des terres que je ne connais pas, je répondrai, cher Seigneur, ma main dans la tienne : j'irai où tu voudras que j'aille.

Lorsque cette petite voix douce appelle à l'accomplissement du devoir, si insignifiant qu'il puisse paraître, et dont l'accomplissement n'est connu de personne, sauf de l'individu et de Dieu, celui qui y répond en tire une force

correspondante. La tentation vient souvent de la même manière discrète. Peut-être que le fait d'y céder n'est connu de personne, sauf de l'individu et de son Dieu, mais s'il y cède, il en est affaibli d'autant, et taché par le mal du monde. Permettez-moi de citer un exemple : un jeune missionnaire fut invité à un mariage dans un pays étranger, où deux de ses connaissances furent unies par les liens du mariage, la cérémonie étant célébrée par un ministre d'une autre église. Ce jeune homme était le seul membre de l'Église mormone présent parmi la centaine d'invités ou plus, à table à l'hôtel. À côté de chaque assiette se trouvaient une coupe de vin, remplie à ras bord, et aussi un verre d'eau. Après la cérémonie, tandis que tous les invités étaient à leur place, le ministre se leva et dit : « Je propose maintenant que l'assemblée boive à la santé des nouveaux mariés. » Tous se levèrent. Or, la bienséance suggérait qu'il prenne la coupe de vin. Il était missionnaire, il appartenait à l'Église qui prêche la Parole de Sagesse, révélée directement par Dieu au prophète Joseph. La science, depuis lors, a prouvé qu'il s'agissait bien d'une parole de sagesse. Il prêchait cela, et il prétendait le vivre. C'était là une occasion où il aurait pu s'indulgencier, sans que personne ne le sache ; cela semblait même être l'acte de bienséance, mais il résista. C'était alors le moment de défendre son Église, et c'est ce qu'il fit. Il prit le verre d'eau, et certains de ses amis proches, à côté de lui, laissant tomber leurs coupes de vin, suivirent son exemple, et au moins une demi-douzaine de verres de vin restèrent intacts. D'autres le virent, et la circonstance fournit une excellente occasion de converser avec ces invités au sujet de la Parole de Sagesse. Fut-il humilié ? Non, il en fut fortifié. Les invités furent-ils gênés ? Non. Se sentirent-ils portés à le condamner ? Non. La condamnation fut remplacée par l'admiration, comme c'est toujours le cas dans le cœur des hommes et des femmes intelligents et craignant Dieu. J'admire ce conseiller dans la présidence d'un pieu qui, à une réunion politique l'automne dernier, invité à boire à la santé et au succès de ce parti, laissa sa coupe de champagne intacte. Lorsque le président vint, il dit : « Vous n'avez pas répondu au toast pour le succès du parti. N'êtes-vous pas des nôtres ? » Il répondit : « Si, je le suis. » Le président dit : « Voilà votre champagne intact. » « Mais, répondit le conseiller, vous voyez que le verre d'eau est vide. Je ne bois ni champagne ni alcool, mais je suis avec vous pour souhaiter le succès du parti. » L'homme lui serra la main et dit : « J'admire votre force à vivre selon vos principes. » Ils le font toujours. J'ai encore plus d'admiration pour un jeune homme qui, en Californie, il y a quelques mois, fut reçu par un homme du monde et qui refusa une sorte de divertissement qui, s'il avait été accepté, aurait privé mon ami de ce que les Saints des derniers jours tiennent aussi sacré que la vie elle-même — sa vertu. L'homme du monde fut quelque peu surpris, mais admira en même temps la défense — car c'est ainsi que je la considère — et la force de ce « mormon » défendant la vérité et les principes de droiture et le niveau de vie parmi les Saints des derniers jours. Cet ancien « mormon » perdit-il quelque chose ? Non, il est respecté aujourd'hui parmi les hommes, les hommes réfléchis du monde. Ils le sont toujours. Or, comme je le dis, ces tentations nous viennent dans les transactions d'affaires, ou

peut-être dans le tramway lorsque nous avons l'occasion de refuser de payer les cinq cents à la compagnie. S'abaisser à tromper une compagnie ! Eh bien, souvenons-nous toujours de ceci : que la compagnie peut se permettre de perdre cette pièce, mais que nous ne pouvons nous permettre de la prendre, de la voler. C'est une chose insignifiante, n'est-ce pas ? C'est en réalité une chose grave, c'est l'une de ces choses insidieuses qui s'infiltrent dans le caractère de l'individu.

Partout, en tout lieu, souvenons-nous que « la religion pure et sans tache, devant Dieu notre Père, consiste à visiter les orphelins et les veuves dans leurs afflictions, et à se préserver des péchés du monde ». Pouvons-nous le faire collectivement ? Est-ce seulement pour l'individu ? Pouvons-nous concevoir un corps d'hommes vivant ainsi, cent hommes et femmes, quinze cents hommes et femmes ? Si un seul peut le faire, tous le peuvent. Je n'oublierai jamais, tant que je vivrai, l'impression que me fit ma mère lorsqu'elle raconta l'histoire de ces deux mille fils qui allèrent au combat sous la conduite d'Hélaman. Pensez à ces jeunes gens. Tenez-les pour modèle, vous, prêtres, instructeurs et diacres, oui, et grands prêtres, soixante-dix et anciens. Si deux mille hommes, en ce temps ancien, purent vivre de telles vies, deux mille, que dis-je, dix mille et cent mille hommes le peuvent aujourd'hui. Tels étaient leurs principes, fondés sur le principe de la foi, inculqués dans leur cœur par leurs mères, qui leur enseignèrent dans leur jeunesse que, s'ils priaient Dieu sans douter, leurs prières seraient exaucées.

Telle est leur témoignage ; tel fut le résultat des enseignements de leurs mères, montrant l'influence du foyer sur la vie des jeunes gens.

Et c'étaient tous de jeunes hommes, et ils étaient extrêmement vaillants dans leur courage, et aussi dans leur force et leur activité ; mais voici, ce n'était pas tout : c'étaient des hommes qui étaient fidèles en tout temps dans tout ce qui leur était confié.

Or, je vous le dis, cela, c'est du bon Évangile,

Oui, c'étaient des hommes pleins de vérité et de sérieux, car on leur avait enseigné à garder les commandements de Dieu et à marcher en droiture devant lui. Et alors, il arriva qu'Hélaman marcha à la tête de ses deux mille jeunes soldats, pour soutenir le peuple dans les régions frontières du pays au sud près de la mer.

Vous connaissez l'histoire, vous savez combien ils réussirent, et comment Dieu les bénit, comme il bénira tout homme et toute femme, où qu'il se trouve, qui se tiendra pour la droiture et la vérité, et vivra de manière à se préserver du monde. En pensant à ces deux mille hommes partant défendre leurs foyers, purs dans leur vie, fermes dans leur témoignage de la vérité de Dieu, je veux ainsi penser à la Prêtrise dans tout Israël, grands prêtres, soixante-dix, dont le devoir est de prêcher ces choses par leur vie et leurs paroles, à nos anciens, nos jeunes gens, prêtres, instructeurs et diacres — une solide phalange d'hommes se tenant devant le monde comme une lumière qui ne peut être cachée, parce que leur vie est propre et pure. Ils sont sans tache du monde. Alors nous serons véritablement « un peuple particulier » et deviendrons ce que Dieu voudrait que nous soyons, parce que nous prêchons l'Évangile par nos actes. « Si vous m'aimez, dit le Seigneur, gardez mes commandements. »

Qu'il nous aide à le faire, à nous garder purs et libres, — nos foyers purs et sincères, afin que nos enfants puissent respirer l'atmosphère de la pureté et de la vertu, et que nous demeurions toujours fidèles au témoignage de Dieu que nous portons dans notre cœur ; à savoir, que l'Évangile de Jésus-Christ est rétabli sur la terre, que ses prophètes sont sur la terre, qu'il a révélé les plus grandes vérités au prophète Joseph Smith dans cette dispensation de la plénitude des temps, et que nous, qui détenons la sainte Prêtrise, devons porter la responsabilité de donner l'exemple de la vérité et de la pureté au monde entier — je dis, qu'il nous aide à faire cela, telle est ma prière au nom de Jésus. Amen.

Le chœur et l'assemblée chantèrent l'hymne :

L'Esprit de Dieu brûle comme un feu ; la gloire des derniers jours commence à poindre ; les visions et les bénédictions d'autrefois reviennent, et les anges viennent visiter la terre.

La bénédiction fut prononcée par l'ancien Lewis Anderson.

La conférence fut ajournée jusqu'au dimanche 8 octobre, 10 heures du matin.

Citer ce discoursDavid O. McKay, « Demeurer à part : rester sans tache du monde », 1911 October General Conference, Second Day Afternoon Session (1911-10-07). Pulpit Vault, 1911-10-17-david-mkay-remarks-17. Traduction de la présente édition, par méthode de glossaire, archive.org.Pulpit Vault, édition du 23 septembre 2026 (commit 4bdc6ac627).