Témoignage personnel et ligne du devoir
B. H. Roberts
Mes frères et sœurs : je suis heureux d'être avec vous en cette occasion. Je me sens toujours le mieux quand je suis dans la ligne et l'accomplissement du devoir, mais c'est avec des sentiments particuliers que je me tiens devant vous ici aujourd'hui, car, comme je l'ai dit si souvent, prêcher n'est pas mon fort. ¶
Je rends témoignage que j'ai écouté attentivement tout ce qui a été dit jusqu'ici pendant la conférence, et je puis approuver chaque parole qui a été prononcée. Je demande à Dieu notre Père de laisser ses bénédictions reposer sur nous, son peuple ; afin que nous puissions profiter de ce que nous avons appris pendant cette conférence ; afin que, lorsque nous retournerons dans nos foyers, nous y allions en paix, nous souvenant des instructions et nous efforçant diligemment de les mettre en pratique ; afin que nous vivions selon les lois de notre Père céleste et gardions ses commandements, pour être dignes de ses bénédictions. ¶
Tous les saints des derniers jours ont certains devoirs à accomplir ; et, ce faisant, s'ils suivent les incitations de cette petite voix douce, ils ne se tromperont jamais dans leurs jugements, mais seront capables d'accomplir leur mission de la façon et de la manière qui plairont à notre Père céleste. ¶
Je demande à Dieu que ses bénédictions reposent sur nous, qu'il nous guide. Ces jours de conférence sont des temps plutôt anxieux, je crois, pour au moins deux catégories de personnes : celles qui, dans le cours ordinaire des choses, peuvent être appelées à s'adresser à la conférence, et celles qui doivent les écouter. Je suis certain de ne pas savoir laquelle souffre le plus. Il y a fort longtemps, nous avions dans la paroisse où je vivais un épiscopat, et l'évêque, comme il sied peut-être à un évêque, n'était pas particulièrement doué pour exprimer sa pensée — ce n'était pas un « évêque prêcheur » ; et il avait un conseiller qui avait à peu près le même genre de don. Cependant, il y avait des occasions où tous deux étaient dans la nécessité de parler à la réunion de paroisse ; et un jour, en conversant avec le conseiller à ce sujet, celui-ci me confia que, en vérité, il ne savait pas ce qui l'affligeait le plus — essayer de dire quelque chose lui-même ou écouter l'évêque essayer de le dire. J'ai vécu, ces derniers jours, dans la sécurité illusoire qu'il n'était guère probable que je sois appelé à parler pendant cette conférence ; mais puisque les frères l'ont désiré, je me sens honoré d'avoir été appelé à m'adresser à vous. Je prie très sincèrement de recevoir les bonnes inspirations, et de ne dire que ce qui conviendra d'être dit, et ce qui devra être dit ; car je n'ai dans le cœur d'autre désir que d'aider dans cette grande œuvre des derniers jours à laquelle, jusqu'à présent, j'ai consacré ma vie, ma pensée et mon amour — bien que je ne sois pas toujours à la hauteur de la tâche d'exprimer mon amour pour cette œuvre par une vie parfaitement ordonnée, je l'aime néanmoins. ¶
Bien des choses intéressantes ont été portées à notre attention pendant cette conférence, notamment les allusions faites aux propos du président des États-Unis, qui fut récemment le visiteur le plus honoré et le plus bienvenu de l'Utah. J'ai écouté son « sermon », comme on l'a appelé, depuis cette tribune, avec un très grand plaisir, et j'ai pensé qu'il présentait à la communauté ici, en Utah — non-mormone aussi bien que mormone — une pensée excellente et un sage conseil. Pour ma part, cependant, j'ai craint que ce ne fût un sermon tombant sur un sol pierreux, et j'ai douté un peu, dans mon cœur, qu'il produirait le bien que le chef de l'exécutif de la nation espérait en tirer, car — comme l'a fait remarquer l'ancien Whitney dans son discours il y a un jour ou deux — chacune des parties au différend que le président avait à l'esprit penserait vraisemblablement qu'il visait « l'autre ». Vous savez que nous sommes tous impatients de voir une réforme — chez « l'autre » ! Et nous négligeons le grand principe que, dans tout besoin commun de réforme, si chacun se réformait lui-même, tous seraient réformés. J'étais assis près de l'ancien Whitney, à l'occasion dont je parle, et, comme lui, j'ai pensé que le président me visait moi ; et pour autant qu'il me visait, dans son conseil, la question est parfaitement facile, car je suis un homme de paix. Quand il devient réellement nécessaire de dire des choses qui paraissent dures, je crois toujours qu'il faut les dire de la manière la plus agréable possible — non que cela procure le même degré de satisfaction que l'on pourrait éprouver en « se laissant aller » ; mais cela fait tant plaisir à l'autre d'entendre les choses dures dites agréablement. Mais je ne crois pas que le président s'adressait à moi en tant qu'individu ; il s'adressait plutôt à une situation qui existe ici, à un différend qui a cours, et auquel il y a deux parties — « mormone » et non « mormone ». Or, je me suis demandé si ceux qui représentent les « mormons » dans ce différend sont disposés à s'asseoir et à considérer sérieusement la question de savoir s'il y a en nous quelque faute ; si, à quelque égard, nous donnons couleur de justification au différend qui a cours ; et s'il y a une faute dans notre manière de conduire ce différend, ou s'il existe de notre part de réelles fautes qui donnent, à quelque degré, justification à l'opposition que nous rencontrons — dans ce cas — sommes-nous prêts à apporter les corrections nécessaires de notre côté pour réduire, quelque peu, l'amertume de la lutte ? Bien sûr, je ne m'attends pas à ce que « les autres » fassent quoi que ce soit de tel ; mais je me demande si nous ne devrions pas le faire, et j'ai confiance que l'exemple que nous pourrions donner en ce sens balaierait, à tout le moins, toute apparence d'excuse à l'amertume avec laquelle on nous fait la guerre. ¶
Je ne saurais prétendre au titre d'historien, car c'est un titre bien élevé, un titre bien honorable ; il se range avec ceux d'artiste, de poète, de philosophe ; et je ne saurais présumer, dans mes travaux hésitants, étroits et imparfaits en ce genre, de me considérer comme un historien. Pourtant, comme vous le savez, mes travaux se sont dans une certaine mesure portés vers l'œuvre historique, et cela engendre l'habitude de considérer tous les facteurs qui entrent dans un événement ou une série d'événements. Nécessairement, le sens critique se cultive, et l'on prend l'habitude de peser un fait contre un autre, en vue d'arriver à la vérité exacte. En suivant cette ligne de travail en rapport avec l'histoire de l'Église, la vérité m'obligerait à dire, quant aux événements du passé, que notre peuple n'a pas toujours été irréprochable dans son attitude en tant que communauté quant aux choses que nous avons faites. Dieu nous a donné un système de vérité qui constitue l'Évangile de Jésus-Christ — à mon sens, cet Évangile est inattaquable ; il est parfait, et invulnérable à la vérité et à la raison. Le défendre est une joie, et toujours un succès. Mais notre histoire — qui n'est qu'un autre nom pour notre conduite — n'est pas toujours défendable en tous points. Bien que l'Église, dans le Missouri et l'Illinois, n'ait jamais rien fait qui justifiât la cruauté exercée contre elle par le peuple de ces États ; et au cours de laquelle il y eut des violations des constitutions et des infractions à la loi — bien que tout cela fût et soit absolument injustifiable — pourtant il y eut beaucoup de fanatisme, beaucoup d'étroitesse d'esprit, et de sectarisme, et de manque de sagesse de la part de certains individus parmi les saints des derniers jours. C'est devenu un truisme que certains hommes ne peuvent supporter la prospérité. Cent hommes s'écartent du service de Dieu quand ils sont prospères, contre un seul lorsqu'ils doivent lutter contre l'adversité. Comme le dit le Seigneur : « Le jour de leur paix, ils ont pris mes instructions à la légère, mais le jour de leurs difficultés, par nécessité, ils me cherchent. » (D&A 101:8.) Nous oublions parfois que nous avons besoin du Seigneur au jour de notre prospérité. Un cantique protestant reconnaît cette vérité, où il dit : ¶
« Approche-toi de moi, ô mon Sauveur, j'ai besoin de toi dans mes joies, non moins que lorsque les pires maux détruisent mon bonheur ; car lorsque le soleil brille sur moi et que les plaisirs se pressent sur mon chemin, sans ta main sage et guidante, plus facilement je m'égare. » ¶
C'est une chose presque dangereuse, pour un peuple, de se sentir les favoris particuliers du ciel, et que Dieu l'ait distingué du reste de l'humanité en lui donnant une mission spéciale, et l'exalte en en faisant le dépositaire de sa loi, de sa vérité, et l'exécuteur de sa volonté sur la terre, en rapport avec l'Évangile de Jésus-Christ. Qu'un peuple sente cela, c'est le rendre tout-puissant, à ses propres yeux, dans la loi de Dieu, et convaincu que Dieu le soutiendra contre toute opposition. Dans l'État du Missouri, par exemple, certains de nos frères, sous le sentiment d'être les élus de Dieu, se laissèrent aller à des propos fanatiques et vantards, quant à ce que Dieu allait faire pour leur donner la terre du Missouri en héritage. Leur vantardise irrita le peuple qui les entourait. Si vous analysez rigoureusement toutes les causes qui ont mené aux désastres qui frappèrent notre communauté dans le Missouri, vous trouverez que le zèle excessif, le fanatisme, le manque de sagesse de leur part, comptaient parmi les facteurs ; et si vous n'êtes pas disposés à admettre mes déclarations à ce sujet, il vous suffit de relire notre propre histoire et les révélations de nos Doctrine et Alliances pour entendre la parole du Seigneur réprouvant son peuple pour ces choses ; et à cause d'elles, il déclare qu'il permit à leurs ennemis de prévaloir contre eux ; car en n'adhérant pas strictement à la loi de Dieu telle qu'il la leur avait donnée, il n'était pas tenu de leur accorder la victoire sur leurs ennemis. Il est bon d'être franc envers nous-mêmes, et de faire un peu d'introspection ; de nous livrer à un peu d'auto-analyse, et de nous mettre en règle à l'égard de ces choses, non seulement en tant qu'individus, mais aussi en tant que communauté. ¶
Permettez-moi de vous lire un passage d'une révélation, en rapport avec un peu d'histoire qu'il peut être bon de vous rappeler. Dans ses premières expériences, le prophète Joseph Smith commit ses erreurs et fut plusieurs fois réprimandé par le Seigneur à cause d'elles. Lorsque le Seigneur remit à Joseph, par la main de Moroni, les annales néphites, il lui donna l'injonction stricte qu'elles ne devaient être montrées à personne d'autre qu'à ceux que le Seigneur désignerait, la traduction de l'annale devant être une transaction sacrée. Cependant, quand, avec l'aide de Martin Harris, Joseph eut réussi à traduire assez de plaques pour faire environ cent seize pages de manuscrit, Martin Harris devint trop impatient de montrer le manuscrit à ses amis. Il était si convaincu, par cette traduction, que le prophète avait bien l'annale, qu'il désirait montrer à ses amis, à sa famille en particulier, le produit de leurs travaux. La question fut soumise au Seigneur, et le Seigneur dit non. Mais Martin Harris continua son insistance, et Joseph continua d'interroger le Seigneur, jusqu'à ce qu'enfin les plaques fussent retirées à Joseph, ainsi que les objets sacrés qui les accompagnaient. Cela fait, la permission fut donnée à Martin Harris de prendre le manuscrit de la partie traduite sous une alliance très sacrée, de le garder en sécurité, et le nommant ceux à qui il devait montrer la traduction. Martin Harris rompit son alliance avec le prophète, et le résultat fut que ce précieux document fut perdu pour le prophète et pour l'Église, et demeure ainsi perdu jusqu'à ce jour. Le prophète perdit possession des objets sacrés aussi bien que de l'annale. L'Urim et le Thummim disparurent, et la détresse de cet homme, en de telles circonstances, il serait difficile de l'apprécier. Il fut courbé sous l'humiliation et le chagrin le plus poignant. Finalement, cependant, l'ange lui apparut et lui présenta, une fois de plus, l'Urim et le Thummim ; et le prophète en fit un usage immédiat pour interroger le Seigneur, et ce fut là l'ouverture de la révélation faite au prophète, à savoir : ¶
« On ne peut faire échouer les œuvres, les desseins et les intentions de Dieu, ni les réduire à néant ; car Dieu ne marche pas dans des sentiers tortueux ; il ne tourne ni à droite ni à gauche, et il ne dévie pas de ce qu'il a dit ; c'est pourquoi ses sentiers sont droits et son chemin est une même ronde éternelle. Souviens-toi, souviens-toi que ce n'est pas l'œuvre de Dieu qui est contrecarrée, mais celle des hommes. » (D&A 3:1-3.) ¶
Or, je vous en prie, retenez cette déclaration dans votre pensée. Permettez-moi de le souligner, si je le puis, — « Dieu ne marche pas dans des sentiers tortueux » ; et lorsque des hommes le représentent comme s'écartant de la vérité, ou comme marchant dans des sentiers tortueux, ils blasphèment son nom. Et ce que le Seigneur déclare lui-même qu'il ne fera pas, il n'inspire pas non plus aux hommes de le faire ; c'est pourquoi, Dieu et son Église sont ancrés dans la vérité. L'ange reprit possession de l'Urim et du Thummim. Quelques jours après, l'ange reparut, apportant avec lui les annales et les objets sacrés qui les accompagnaient, et le prophète fut réinstauré dans la pleine faveur et l'agrément du Seigneur ; mais celui-ci revient encore, dans la révélation, sur cette question de l'attachement à la vérité. Après avoir expliqué au jeune prophète le complot que ses ennemis avaient dressé pour détruire l'œuvre, et les justifications qu'ils invoquaient pour leurs tentatives de la détruire, il dit : ¶
« Satan les excite afin de conduire leur âme à la destruction. ¶
« Et ainsi, il a dressé un plan habile, pensant détruire l'œuvre de Dieu ; mais je leur en demanderai compte, et cela tournera à leur honte et à leur condamnation le jour du jugement. ¶
« Oui, il excite leur cœur à la colère contre cette œuvre. ¶
« Oui, il leur dit : Trompez et mettez-vous à l'affût pour saisir afin de détruire ; voici, il n'y a pas de mal à cela. Et ainsi, il les flatte et il leur dit qu'il n'y a pas de péché à mentir pour surprendre un homme dans un mensonge, afin de le détruire. ¶
« C'est ainsi qu'il les flatte et qu'il les conduit jusqu'au moment où il entraîne leur âme en enfer ; et c'est ainsi qu'il les fait se prendre à leur propre piège. ¶
« C'est ainsi qu'il parcourt la terre et s'y promène, cherchant à détruire l'âme des hommes. ¶
« En vérité, en vérité, je vous le dis, malheur à celui qui ment pour tromper parce qu'il pense qu'un autre ment pour tromper, car de tels hommes ne sont pas exempts de la justice de Dieu. » (D&A 10:22-28.) ¶
Cela me fait comprendre que, bien que mon ennemi puisse mentir, et tromper, et calomnier et diffamer, cela ne m'autorise pas à user contre lui des mêmes armes. ¶
Ni Dieu, ni ses serviteurs, ni son Église ne se livrent à un assaut d'escrime avec Lucifer, en usant comme armes du mensonge et de la ruse. Dieu ne va pas remporter sa victoire sur le mal par de tels moyens. Il va vaincre par la vérité l'emportant sur le mensonge. De sorte que si un homme nous dit que Dieu s'écarte de sa propre loi, qu'il a adressé une parole à l'oreille pour la briser à l'espérance, ou qu'il a énoncé une loi pour son Église et qu'après cela les hommes peuvent la négliger et pratiquer le mensonge — en agissant contrairement à cette loi, ou à la position que l'Église de Dieu a adoptée — alors nous pouvons savoir que cet homme se trompe certainement, car nous avons la parole de Dieu comme garantie qu'il ne marche pas dans des sentiers tortueux, ni ne justifie de mentir pour répondre au mensonge. ¶
Combien nous devrions être jaloux de l'honneur de l'Église de Dieu — l'Église de Dieu ! Je me demande, parfois, si nous avons la vraie vision de la magnificence de cette Église. Paul, dans l'épître aux Hébreux, nous dit que toute la famille des cieux et de la terre tire son nom du Christ. Toute la famille des cieux et de la terre ! L'Église du Dieu vivant ! À sa tête, la Divinité ! Après cela, tous les dignes qui ont reçu des dispensations de l'Évangile pour cette terre, en passant par le grand patriarche de la race — Adam, notre honoré patriarche à tous ; et par lui jusqu'à Hénoc, et à Moïse, et aux prophètes en Israël, à Jean-Baptiste, et au Christ, au méridien des temps, qui vint pour faire le grand sacrifice, et donner la manifestation de l'amour de Dieu pour les hommes, afin que tous les hommes puissent savoir désormais combien, en effet, l'amour de Dieu était grand. Vint ensuite la dispensation aux apôtres et aux saints des premiers siècles chrétiens ; suivie de la période des ténèbres spirituelles ; et pourtant Dieu, ne voulant pas que la vérité fût toute obscurcie, permit que des fragments en survivent, même à travers les âges obscurs, dans certaines des doctrines des hommes, tout comme les nuages, parfois, après que le soleil s'est couché à l'horizon occidental, reflètent encore quelque peu la gloire d'un jour qui s'éteint. Puis, enfin, vint la dispensation de la plénitude des temps, avec le grand témoin et prophète de cette dispensation, Joseph Smith. L'Église du Christ existe alors à la fois sur la terre et dans les cieux, et son histoire comprend toutes ces grandes dispensations et les âges à venir. La loyauté envers l'Église signifie la loyauté envers la Divinité, envers tous les grands prophètes qui se sont tenus comme représentants de Dieu sur la terre, à travers tous les âges ; loyauté envers la vérité ; loyauté envers l'histoire de la vérité et sa cohérence. Vous savez avec quelle jalousie les hommes gardent l'honneur d'un royaume — combien plus cela s'impose-t-il aux membres de ce grand empire spirituel de l'Église du Christ, d'être jaloux de l'honneur de cette institution ! Les royaumes terrestres ont eu leurs patriotes : Richelieu aimait la France ; et Bulwer Lytton le représente disant, alors qu'il contemplait l'œuvre que ses mains et son esprit avaient accomplie en faisant passer la France de l'anarchie au premier rang des nations d'Europe, — « France, je t'aime ! Toute la terre ne t'arrachera pas de mon cœur. Ma maîtresse, la France ! Mon épouse ! Qui prononcera le divorce entre toi et moi ? » Frédéric le Grand aimait la Prusse ; Bismarck aimait l'Allemagne unifiée ; Garibaldi aimait l'Italie ; Cromwell, et les Pitt, et Burke, et Disraeli, et Gladstone aimaient l'Angleterre. Dans notre propre pays, Washington aimait les États-Unis ; ainsi que Jefferson, et Webster, et Lincoln. Digne, en vérité, était le patriotisme de ces hommes, mais combien mesquines, petites et insignifiantes paraissent les choses qui suscitaient leur amour, en comparaison de cet empire du Christ, l'Église de Dieu. Les hommes, dis-je, tiennent cher l'honneur d'un royaume terrestre, combien plus devrions-nous tenir cher l'honneur de l'empire spirituel du Christ. L'archipatriote de cet empire spirituel est le Christ lui-même ; et comme son empire est plus glorieux que les royaumes terrestres, ainsi son patriotisme dépasse-t-il le patriotisme des hommes ; car non seulement il mourut pour son empire, il vécut pour lui ! Et en plus de vivre pour lui et de mourir pour lui, il rassembla dans sa propre âme toutes les douleurs des membres de cet empire, et porta lui-même leurs péchés, afin qu'ils n'aient pas à souffrir pour le péché, s'ils voulaient seulement observer sa loi, et garder ses commandements. (D&A 19.) ¶
Telle est pour moi l'Église du Christ. L'aimer ? Eh bien, quel homme, qui même à un faible degré entrevoit la gloire de ce royaume du Christ, pourrait manquer de l'aimer ? Qui, voyant son excellence, ne l'aimerait pas, et ne désirerait pas la voir honorée parmi les enfants des hommes ? Son honneur et sa parole, une fois engagés, sont la chose la plus sacrée qui puisse être promise. ¶
Je crains d'empiéter sur le temps, mais il y a encore une circonstance dont je voudrais me servir comme illustration, montrant combien sûre doit demeurer la parole du Seigneur, et combien il tient à un serment et à une alliance auxquels lui-même ou son peuple sont engagés. Cela vient d'une expérience de l'ancien Israël. Le Seigneur, comme vous vous en souvenez, donna la Palestine en héritage à l'ancien Israël, et un commandement fut donné à Josué d'y entrer et d'en prendre possession. Bien sûr, en prendre possession signifiait une guerre de conquête. Il n'y avait rien d'autre à faire, et comme les peuples qui devaient être déplacés avaient comblé jusqu'à déborder la coupe de leur iniquité, il n'y avait là rien d'autre que la justice de Dieu en jeu en les délogeant de leurs terres. Josué mena donc sa guerre de conquête. Ce fut, à certains égards, une guerre cruelle, comme le sont toutes les guerres ; et il gagna — ainsi le dit l'histoire profane — le titre de « fléau de Dieu ». Les Gabaonites étaient un peuple habitant juste au nord de Jérusalem, et ils désiraient conserver leur possession du pays, et échapper à la sévérité de Josué. Ils imaginèrent cette ruse : ils prirent une certaine délégation, la vêtirent de vieux vêtements, lui donnèrent des animaux usés et fatigués ; leurs tentes et leur équipement étaient usés et tachés de voyage ; leurs outres de vin étaient vieilles, et le vin aigre et malsain. Cette délégation vint aux camps de Josué, se présentant comme venant d'un pays lointain ; d'un peuple, cependant, qui avait entendu parler de Josué et de sa conquête ; et qui craignait qu'il ne fût tenté de s'emparer même de leur pays, et c'est pourquoi ils voulaient conclure une alliance de paix avec Israël afin de ne pas être inquiétés. Josué, dans un de ses moments de clémence, je suppose, conclut donc une alliance avec eux ; quand, voici, les déguisements tombèrent, et ce furent là des représentants d'un peuple juste à la porte de son campement, et qui, sans doute, auraient été les prochaines victimes de sa guerre de conquête. Mais il avait conclu une alliance avec eux, et il se souvint que, depuis les temps anciens en Israël, le principe demeurait valable que, même si un homme jure à son détriment, il ne change pas (Psaumes 15:4) ; et ainsi, l'alliance étant faite, les Gabaonites vécurent en paix avec Israël pendant plusieurs générations. Cependant, au temps de Saül, nous informe la Bible, l'alliance fut violée, et Saül se déchaîna contre ce peuple et versa son sang, et faillit les détruire. Au temps de David, une famine survint, et elle persista. Les efforts des prêtres, les efforts du roi pour arrêter la famine, semblaient tous vains. La famine se poursuivit année après année pendant trois ans ; jusqu'à ce qu'enfin la parole du Seigneur vînt à David, disant : « C'est à cause de Saül et de sa maison sanguinaire, c'est parce qu'il a fait périr les Gabaonites. » (2 Samuel 21:1.) David donc, connaissant le caractère sacré d'une parole engagée, envoya chercher ces Gabaonites, et dit : « Que puis-je faire pour vous et avec quoi ferai-je expiation afin que vous bénissiez l'héritage de l'Éternel ? » Ils répondirent : « Ce n'est pas pour nous une question d'argent et d'or avec Saül et avec sa maison, et ce n'est pas à nous qu'il appartient de faire mourir quiconque en Israël. * * * Puisque cet homme nous a consumés et qu'il avait le projet de nous détruire pour nous faire disparaître de tout le territoire d'Israël, qu'on nous livre sept hommes d'entre ses fils et nous les pendrons devant l'Éternel à Guibea de Saül. » (2 Samuel 21:3-6.) David hésita-t-il et dit-il : Vous avez obtenu votre alliance par tromperie et fraude, et par fausse représentation, et nous n'y sommes pas liés ? Non, il ne le fit pas, mais il trouva dans la famille de Saül le sacrifice requis, les sept, et ils furent amenés et livrés entre les mains de ce peuple lésé, et on les conduisit dehors, sur une colline, et on les pendit devant le Seigneur, dit l'historien ; et alors, remarquez cette parole, « après cela, Dieu fut apaisé envers le pays » (2 Samuel 21:14), c'est-à-dire que la famine cessa. Je ne suis pas responsable de cette histoire ; elle se trouve dans l'écrit que vous acceptez comme parole de Dieu ; et elle nous montre combien sévèrement Dieu tient à la parole engagée. Mais l'on dira : « Cette vieille loi rigoureuse n'a-t-elle pas été mise de côté — cette loi exigeant œil pour œil et dent pour dent ; cette loi qui disait que tu ne te parjureras point, mais que tu accompliras envers le Seigneur tous tes serments. Tout cela n'a-t-il pas été mis de côté par le Christ, disant : « Ne jurez point du tout ? » Et cela n'indique-t-il pas que Dieu, bien qu'ayant donné un commandement, peut le changer ou le modifier ? » Béni soit votre cœur, le Seigneur, en ce qui me concerne, peut faire et fera ce qu'il lui plaît, et pour ma part, si je sais quelle est sa volonté, je ferai ce que je peux pour l'accomplir ; mais, remarquez-le, ces exemples que je vous cite sont pris à une époque où une loi était remplacée par une autre, où la loi de Moïse avait accompli son but et fut mise de côté pour la loi de l'Évangile. Je ne pense pas que vous puissiez trouver, dans les saintes Écritures, un endroit où le Sauveur soutient que, tant que la loi de Moïse était encore en vigueur, on pouvait la violer impunément. Il peut remplacer la loi de Moïse par la loi de l'Évangile, comme il le fit, mais vous ne pouvez pas le trouver conseillant la violation de la loi de Moïse tant que cette loi était en vigueur. Le Jéhovah des Juifs, qui donna la loi à Moïse, est le Christ du Nouveau Testament, et vous ne pourriez imaginer une telle incohérence de sa part, de donner une loi puis de permettre qu'on la viole ; car Dieu, nous l'avons vu, ne marche pas dans des sentiers tortueux. ¶
Or, mes frères et sœurs, peut-être ces choses ne conviennent-elles pas que j'en discoure ; mais je ne puis m'empêcher d'y penser ; et si l'on m'appelle à parler, il me faut dire ce qui me semble le plus important à considérer. Si j'ai outrepassé quelque limite de convenance, en évoquant ces sujets, très humblement je demande pardon aux frères ; car je vous assure qu'il n'y a dans mon cœur nul désir d'assumer une fonction qui n'appartient pas proprement à mon ministère. Je ne parle que parce que devant mes yeux se trouve toujours l'Église de Dieu, telle que j'ai essayé de vous la présenter en pensée, une institution dont je suis certain qu'elle prévaudra ; et je suis certain que Dieu inspirera à ses serviteurs de faire ce qui est essentiel au salut du peuple et à l'honneur de l'Église du Christ. J'ai la plus entière confiance que tout ce qui pourrait être erratique ou sporadiquement mauvais parmi nous sera corrigé ; et les frères dirigeants me trouveront, de cœur et de main, à leurs côtés pour maintenir l'honneur et la gloire de ce grand empire du Christ. ¶
Que le Seigneur vous bénisse, telle est ma prière. Amen. ¶