Instructions sur l'art oratoire et la défense de l'Évangile
B. H. Roberts
Hier, le président Smith nous a donné des instructions qui, si on les suivait, permettraient de se faire entendre dans ce grand auditorium. Lorsqu'il eut terminé, je pensai que s'il voulait bien concevoir quelque méthode, ou donner quelque instruction qui aiderait à surmonter le trac, de sorte que dans les premiers instants, en s'adressant à une assemblée comme celle-ci, on puisse savoir si l'on parlait d'une voix tonnante ou seulement dans un murmure de scène, je lui en serais éternellement reconnaissant. ¶
Il y a eu une remarque, faite par le président Lund dans son discours d'hier, qui m'a fortement frappé. C'était au moment de ses propos où il faisait remarquer que l'esprit de contention n'est pas l'esprit du Christ, et où il nous rappelait qu'il était de notre devoir, en particulier du devoir des anciens de l'Église, de prêcher l'Évangile de paix. Cela m'a rappelé un passage de l'une des révélations données à l'Église peu après l'expulsion des saints du comté de Jackson, au Missouri. Je ne doute nullement que cette instruction ait paru très difficile à suivre pour les saints de cette époque. Je vais vous lire ce passage : ¶
« Et de nouveau je vous dis : Recherchez la paix, non seulement avec le peuple qui vous a frappés, mais aussi avec tous les peuples ; et élevez un étendard de paix, et faites une proclamation de paix jusqu'aux extrémités de la terre ; et faites des propositions de paix à ceux qui vous ont frappés, selon la voix de l'Esprit qui est en vous, et toutes choses concourront à votre bien. » ¶
Je dis que cette instruction, dans ces circonstances, était sans doute considérée comme difficile à suivre. Les saints, à cette époque, ressentaient encore vivement les graves torts qui leur avaient été infligés. Ils avaient été fouettés et maltraités. Leurs maisons avaient été brûlées. Ils avaient été chassés de terres qu'ils avaient achetées au Gouvernement. Ils étaient exilés de leurs foyers ; et se voir dire, dans ces circonstances, de rechercher la paix, même de la part de ceux qui les avaient frappés — et d'élever un étendard de paix pour le monde — cela, je le dis, était une tâche difficile pour des gens dans leur condition. Il devrait être, et je pense qu'il est, plus facile pour nous de suivre l'esprit de cette instruction qu'il ne le fut pour les saints de cette époque. Puisque nos circonstances sont bien plus agréables, et que l'opposition que nous avons subie ces dernières années ne s'est pas terminée d'une manière aussi désastreuse pour nous, il devrait être relativement facile pour nous de suivre l'exhortation donnée par le président Lund, « prêcher l'Évangile de paix ». Et je ne doute pas que nous trouverons cette tâche d'autant plus facile à accomplir si nous sommes entièrement sincères envers nous-mêmes et si nous nous souvenons de nos propres imperfections, de nos propres manquements, et de notre propre folie, tant en tant qu'individus qu'en tant que communauté. Pour illustrer ce que je veux dire : comme vous le savez, j'ai eu quelque expérience dans le monde en tant que prédicateur de l'Évangile, en tant que représentant de l'Église sur les champs de mission. C'est un motif de fierté pour moi que je n'aie encore jamais prêché l'Évangile d'une manière qui ait provoqué une violence de foule ; pourtant, durant mon service dans la mission des États du Sud et dans la mission de Grande-Bretagne, il y a eu à peine un trouble auquel je n'aie été mêlé, mais c'était invariablement pour venir en aide à d'autres qui étaient en difficulté, et le trouble n'était jamais de mon fait. De l'expérience alors acquise, je sais qu'une grande part de l'opposition rencontrée dans le monde résulte de la folie de certains anciens. Nous portons avec nous l'Évangile de paix, c'est vrai, mais parfois nous trouvons des anciens qui le tirent sur les gens comme s'il s'agissait de piquants de porc-épic, avec pour résultat qu'ils suscitent, par leurs actes, des animosités inutiles. Nous ne devrions pas trop nous étonner que le monde religieux nous prenne en aversion. Vous savez que nous avons tordu le nez de dame Orthodoxie assez rudement. Nous commençons par leur dire que ni les sectes individuelles ni l'ensemble des sectes ne constituent l'Église et le royaume de Dieu. Nous leur disons que leurs croyances sont fausses et une abomination pour le Seigneur ; et la partie qui les irrite le plus, pour eux, c'est que nous le prouvons. Or, dans ces circonstances, vous ne pensez tout de même pas que vous allez recevoir d'eux des proclamations de paix ? Je doute que nous-mêmes serions très enclins à la paix, si des gens faisaient une telle proclamation à notre sujet. Eh bien, je pense que nous pouvons déposer d'autant plus facilement nos peintures de guerre si nous nous souvenons de nos propres manquements et si nous les confessons un peu. L'Évangile de Jésus-Christ est parfait. Il n'y a en lui aucune faille. Il n'y a en lui aucune imperfection. Les révélations de Dieu demeurent invulnérables. Dans notre expérience récente en tant qu'Église, nous en avons eu une ample démonstration. Pensez à l'analyse rigoureuse faite de notre foi par l'un des comités les plus puissants et les plus intelligents du Sénat des États-Unis. Rappelez-vous cette enquête rigoureuse — quel principe de l'Évangile a-t-il échoué ? Pour quel principe révélé avez-vous dû présenter des excuses ? Pour aucun. La vérité de Dieu s'est tenue solide face à tous les vents qui ont soufflé sur elle. Je ne peux concevoir aucune assemblée d'hommes, aucun congrès, aucun parlement, aucune assemblée de savants devant laquelle j'aurais la moindre hésitation à entreprendre de défendre et de plaider les révélations de Dieu. Non pas parce qu'il y a en moi quelque excellence d'intelligence, ou quelque pouvoir de plaidoirie, ou quelque adresse dans la défense ; mais parce que j'ai une confiance absolue dans l'Évangile de Jésus-Christ, et dans la force de ses vérités. Mais lorsqu'on en vient à mesurer l'homme à cette vérité, on constate qu'il est en défaut. Lorsqu'on en vient à défendre les actes de certains qui ont figuré dans notre histoire, on ne peut les défendre sur tous les points. L'homme est faible et se tient bien en dessous du niveau de la perfection du système de vérité de Dieu. Beaucoup de choses imprudentes ont été dites. Les conceptions que les hommes ont eues de la vérité n'ont pas toujours été exactes. Il faut rejeter certains discours qui ont été prêchés. Bien que la vérité soit parfaite, et défendable sur tous les points, la conception des hommes et les actes des hommes ne sont pas toujours défendables. Ainsi, maintenant, si nous nous rappelons nos imperfections et réalisons que certaines de nos difficultés sont nées de notre propre folie, et de la manifestation de faiblesse en nous, il nous sera d'autant plus facile d'élever cet étendard de paix et d'apprendre, des expériences du passé, de meilleures méthodes de présenter la vérité au peuple. Prêchons aussi l'Évangile de paix. Frère Junius F. Wells, ici présent, a dit un jour — ou il citait quelqu'un ayant dit — « Frères, prêchez l'Évangile, et prêchez-le avec agrément. » Je pense que c'est un bon conseil. ¶
Je voudrais que nous puissions soit modifier notre terminologie, soit, du moins, avoir une meilleure compréhension de la terminologie que nous employons. Laissez-moi essayer d'illustrer ce que je veux dire : quelqu'un vint auprès du Sauveur et lui dit, au cours de sa conversation : « Qui est mon prochain ? » Le Sauveur répondit par la célèbre parabole du bon Samaritain. La principale leçon de cette parabole est que l'on ne trouve pas toujours son prochain parmi les prêtres, ni parmi les lévites ; on peut parfois le trouver parmi les Samaritains, dont le nom est devenu synonyme d'un peuple méprisé. Dans ce cas précis, dans la parabole du Sauveur, le Samaritain se montra meilleur prochain que le prêtre ou le lévite. J'aurais aimé que le Sauveur nous ait donné une explication tout aussi lumineuse du terme : Qui est mon ennemi ? Eh bien, dira-t-on, ne l'a-t-il pas fait ? Et, peut-être, vous rappellerez-vous la parole du Sauveur lorsqu'il dit : « Celui qui n'est pas avec moi est contre moi ; et celui qui n'amasse pas avec moi disperse. » ¶
Vous vous en souvenez peut-être, mais ce n'est là que la moitié de la vérité ; seulement la moitié de ce que Jésus a dit. Il y eut une autre occasion où Jean fit une remarque — et vous êtes quelque peu surpris que Jean ait pu le faire, car c'est un peu contraire à son caractère — mais, néanmoins, il dit : « Maître, nous avons vu quelqu'un qui chassait les démons en ton nom, et nous le lui avons défendu, parce qu'il ne nous suit pas. » ¶
Mais Jésus dit : « Ne le lui défendez pas : car il n'y a personne qui fasse un miracle en mon nom, et qui puisse aussitôt après mal parler de moi. » ¶
C'est ainsi que Marc le rapporte. Luc termine le récit en disant : « Celui qui n'est pas contre nous est pour nous. » ¶
Or, prenez ces passages ensemble et vous en tirerez quelque chose qui s'approche de la vérité. Laissez l'Écriture interpréter l'Écriture ; ne la prenez pas en fragments. L'œuvre du Seigneur, en ces derniers jours, a été d'un caractère tel qu'elle a provoqué de fortes oppositions, et sur la ligne de feu immédiate, nous avons eu des ennemis, et de bien amers ; des hommes qui n'aiment pas la vérité ; des hommes qui frappaient la vérité en frappant ce que nous cherchions à accomplir, et on peut à juste titre les qualifier d'ennemis de la vérité, d'ennemis de Dieu, et de nos ennemis. Ils ne se contentent pas de ne pas amasser avec nous, mais ils dispersent et cherchent à détruire. Ils sont véritablement contre nous. Mais, je vous en prie, n'élargissez pas dans votre pensée le terme « ennemi » au-delà de ces quelques-uns que nous rencontrons dans ce conflit — n'élargissez pas votre terme au point qu'il représente tous les enfants de notre Père qui ne sont pas immédiatement identifiés avec nous dans l'œuvre de Dieu, comme s'ils étaient nos ennemis. Ce n'est pas vrai ; ils ne sont pas tous nos ennemis. La grande masse des enfants de notre Père nous ignore, ou nous est indifférente ; et quelques-uns d'entre eux sont préjugés contre nous en raison de ce qu'ils ont entendu dire de nous. Nous devrions considérer les multitudes des enfants de notre Père comme nos amis, comme nos frères et sœurs ; et même là où ils sont poussés à l'animosité contre nous, cela ne devrait pas créer d'animosité dans notre cœur — non, pas même envers ceux qui sont sur cette ligne de feu, avec qui nous sommes en conflit immédiat. Bien qu'ils puissent nous haïr, ce n'est en rien notre affaire de les haïr. Nous pouvons avoir des ennemis, mais nous ne pouvons, selon l'Évangile, être l'ennemi de personne. Nous devons prêcher l'Évangile dans l'esprit de « Paix sur la terre, bonne volonté envers les hommes ». Nous maintiendrons nos droits, bien sûr. Nous ne sacrifierons aucune vérité pour plaire à l'homme mortel. Nous ne pouvons être infidèles à Dieu ; cela est hors de question ; mais nous pouvons procéder paisiblement à l'enseignement de cette vérité que Dieu nous a confiée et qui est si parfaite ; nous pouvons et devons cultiver l'esprit de la prêcher dans l'esprit de paix. Maintenant, laissez-moi m'écarter, pour un instant, de ce sujet, et attirer votre attention sur la grande manière dont Dieu procède dans son œuvre. ¶
S'il y a une tendance, un danger, contre lequel je serais disposé à élever la voix parmi les saints des derniers jours, ce serait de mettre en garde notre peuple contre le fait de devenir sectaire dans l'esprit, dans ses sympathies — ou plutôt dans son manque de sympathies — et dans ses méthodes. J'aime le prophète Joseph Smith — pour moi, dans mes affections, il vient juste après le Fils de Dieu, qui doit toujours venir en premier dans nos affections, comme dans nos pensées, et à qui nous devons l'adoration ; mais après le Fils de Dieu, j'ai appris à aimer la mémoire de Joseph Smith, le prophète. Il était, en vérité, un homme inspiré de Dieu. Il voyait profondément dans les choses et les voyait telles qu'elles sont. Parmi les qualités pour lesquelles je l'aime, il y a l'absence de tout esprit sectaire dans son âme — ses sympathies étaient aussi larges que la race humaine ; sa conception de la relation entre l'homme et Dieu surpassait en excellence tous les enseignements de tous les autres hommes modernes. ¶
Vous savez que, dans les années passées, certains saints des derniers jours ont eu tendance à l'étroitesse d'esprit. Lorsque Dieu révéla à l'Église qu'Independence, dans le comté de Jackson, était le lieu central de Sion, le cœur du peuple se tourna vers ce pays ; et je pense parfois que leurs affections et leurs espérances se resserrèrent sur ce lieu particulier. Lorsque l'Église fut chassée du comté de Jackson et se mit à bâtir des villes et à tracer des bourgs dans le comté de Caldwell ; et lorsque, par la suite — étant contrainte de quitter le Missouri tout entier — elle se mit à édifier des villes dans l'Illinois, les sentiments de certains furent éprouvés ; ils sentaient qu'ils avaient été chassés de Sion : « Dieu a fait des promesses concernant Sion, et il ne les a pas accomplies », telle était leur plainte. L'esprit de plainte et d'incrédulité existait, plus ou moins, parmi le peuple ; mais le prophète, avant sa mort, élargit leurs vues et leur dit que tout ce pays occidental, l'Amérique du Nord et l'Amérique du Sud, était le pays de Sion. C'était le pays vers lequel pointaient les prédictions de Dieu ; et ils n'avaient pas à se soucier de tel ou tel lieu particulier, car les deux continents américains constituaient le pays de Sion. ¶
Avant-hier seulement, un jeune ami à moi m'a arrêté dans la rue. Il avait fait une découverte dans les propos du prophète à la conférence d'avril 1844 ; et il m'a demandé si je savais que le prophète avait déclaré que les deux continents américains étaient le pays de Sion, et qu'il avait donné instruction aux douze apôtres d'établir des pieux de Sion à New York, et à Boston, et je crois aussi à Philadelphie. Je me suis réjoui de voir l'animation du visage et la joie dans les traits de mon ami, qui venait de faire la découverte d'une idée nouvelle. Je m'en suis réjoui, et je lui ai dit que moi aussi j'avais noté les déclarations du prophète, et, de plus, j'ai attiré son attention sur le fait que, tandis que le prophète parlait d'établir des pieux de Sion dans les États de l'Est, en même temps il préparait un groupe d'hommes pour explorer l'ouest et établir aussi l'Église dans les vallées des montagnes Rocheuses. ¶
Mes amis, il n'y avait rien d'étroit ni de resserré dans les vues et les projets de ce prophète moderne qui est le nôtre. Ses vues de Sion étaient aussi vastes que les continents américains. Songez donc à ce magnifique exposé de ce qu'est le mormonisme, que nous avons entendu pas plus tard qu'hier après-midi, de la bouche de l'ancien Orson F. Whitney, lorsque les éternités furent réunies, et que toutes les extrémités de la terre furent amenées à se rencontrer dans cette grande œuvre des derniers jours. Comme tout cela était élevant ! Cela nous a montré que le mormonisme est bien davantage qu'une machine qui se propose de fabriquer des hommes d'une seule longueur, d'une seule taille, et d'un seul poids. Ce n'est pas une machine à fabriquer des hommes stéréotypés, mais un système de vérité avec des principes qui guident la conduite ; la vérité à accepter volontairement, et les principes à appliquer personnellement, jusqu'à ce que l'homme puisse, sous ce système de vérité et ces principes, s'approcher quelque peu de la stature d'un homme parfait en Jésus-Christ. ¶
Or, j'ai commencé à attirer votre attention sur la grandeur des choses dans cette grande œuvre des derniers jours. Plusieurs fois, ici, on nous a cité la parole du prophète Ésaïe : « La loi sortira de Sion, et la parole du Seigneur, de Jérusalem. » Ce passage est très familier aux saints des derniers jours, mais l'avez-vous jamais analysé, y avez-vous beaucoup réfléchi ? Pourquoi la loi de Sion ? Pourquoi la parole du Seigneur de Jérusalem ? Je pense que l'ancien Ivins a trouvé la clé de cette question ce matin, dans ses propos sur le gouvernement civil et le gouvernement ecclésiastique, et la distinction entre les deux. Dans le Livre de Mormon, je trouve les principes suivants énoncés — de grands principes fondamentaux ; et remarquez-le, ils se trouvent dans l'Écriture américaine, dans les Écritures du pays de Sion. Permettez-moi de préfacer la citation. Le passage que je vais lire se rapporte à un événement survenu sous le règne du second Mosiah. Ses fils s'étaient convertis à l'Évangile, et, imprégnés de son esprit, ils étaient partis en mission chez les Lamanites. Se rendant compte que ses propres jours touchaient à leur fin, Mosiah se souciait de la succession du royaume néphite. Il réunit le peuple pour connaître ses sentiments sur la succession, et son désir était que l'un de ses fils succède au trône. Il attira alors leur attention sur les maux de la monarchie — qu'il était bon d'avoir des rois pour les gouverner s'ils pouvaient toujours être assurés que leurs rois seraient des hommes justes ; mais l'ennui est que les vertus ne sont pas toujours héréditaires. Bien que le père soit parfois juste, les fils ne suivent pas toujours ses traces ; et c'est ainsi que le roi Mosiah leur proposa une grande révolution dans le gouvernement. Il leur proposa d'établir un règne de juges, élus par le peuple — un gouvernement par le peuple, une république. Et voici maintenant le passage : ¶
« C'est pourquoi, choisissez, par la voix de ce peuple, des juges, afin que vous soyez jugés selon les lois qui vous ont été données par nos pères, qui sont justes, et qui leur ont été données par la main du Seigneur. ¶
Or, il n'est pas habituel que la voix du peuple désire quelque chose de contraire à ce qui est juste ; mais il est habituel que la moindre partie du peuple désire ce qui n'est pas juste ; c'est pourquoi vous observerez ceci, et vous en ferez votre loi, de faire vos affaires selon la voix du peuple. ¶
Et si le temps vient où la voix du peuple choisit l'iniquité, alors c'est le temps où les jugements de Dieu viendront sur vous, oui, alors c'est le temps où il vous visitera d'une grande destruction, comme il a jusqu'ici visité ce pays. ¶
Et maintenant, si vous avez des juges, et qu'ils ne vous jugent pas selon la loi qui a été donnée, vous pouvez faire en sorte qu'ils soient jugés par un juge supérieur : ¶
Si vos juges supérieurs ne rendent pas des jugements justes, vous ferez en sorte qu'un petit nombre de vos juges inférieurs soit rassemblé, et ils jugeront vos juges supérieurs, selon la voix du peuple. ¶
Et je vous commande de faire ces choses dans la crainte du Seigneur : et je vous commande de faire ces choses, et de n'avoir pas de roi : afin que, si ce peuple [remarquez ceci] si ce peuple commet des péchés et des iniquités, ils en répondent sur leur propre tête. ¶
Car voici, je vous le dis, les péchés de beaucoup de peuples ont été causés par les iniquités de leurs rois ; c'est pourquoi leurs iniquités retombent sur la tête de leurs rois. ¶
Et maintenant, je désire que cette inégalité ne soit plus dans ce pays, particulièrement parmi ce peuple qui est le mien ; mais je désire que ce soit un pays de liberté, où chaque homme puisse jouir également de ses droits et de ses privilèges, tant que le Seigneur le jugera bon, afin que nous puissions vivre et hériter le pays ; oui, aussi longtemps qu'il restera un seul de notre postérité à la surface du pays. » ¶
Pour moi, c'est là, en partie, la loi de Sion — le principe fondamental de la loi civile du pays — un principe de la loi qui sort de Sion — la loi civile qui doit être établie et maintenue sur ce pays béni de liberté, et qui, en fin de compte, bénira et affranchira, directement ou indirectement, tout pays du monde entier. ¶
Il y a une autre Écriture — en parfait accord avec le passage que je viens de lire du Livre de Mormon — tirée de Doctrine et Alliances : ¶
« Et de nouveau je vous dis, dit le Seigneur, que ceux qui ont été dispersés par leurs ennemis, il est ma volonté qu'ils continuent à réclamer réparation et rédemption des mains de ceux qui sont établis comme dirigeants et qui sont en autorité sur vous, selon les lois et la Constitution du peuple, que j'ai permis d'être établies, et qui devraient être maintenues pour les droits et la protection de toute chair, selon des principes justes et saints, afin que chaque homme puisse agir en doctrine et en principe touchant l'avenir, selon le libre arbitre moral que je lui ai donné, afin que chaque homme soit responsable de ses propres péchés au jour du jugement. C'est pourquoi il n'est pas juste qu'un homme soit en servitude l'un envers l'autre ; et c'est dans ce but que j'ai établi la Constitution de ce pays, par la main d'hommes sages que j'ai suscités précisément à cette fin, et j'ai racheté le pays par l'effusion de sang. » ¶
Ceci encore, pour moi, est la loi de Sion — en partie, la loi qui sortira de Sion — la loi de la liberté — la loi selon laquelle le peuple gouvernera — afin que « tout homme », comme le dit Mosiah, « puisse jouir également de ses droits et de ses privilèges » : afin que, si un « peuple commet des péchés et des iniquités, ils en répondent sur leur propre tête ». Mais pour établir, dans le gouvernement civil, cette responsabilité personnelle de chaque individu envers Dieu, chaque individu doit avoir une voix égale dans le gouvernement ; chaque homme doit être souverain dans l'institution civile, et son vote doit représenter la voix et le jugement d'un homme libre, un vote que rien n'intimide et que rien n'achète, ni par corruption, ni par gain. Moins que cela réduit tout le plan d'un gouvernement libre « par la voix du peuple » au mépris et à l'échec. ¶
Cette « loi » est de nouveau exprimée dans la « Déclaration d'indépendance » américaine : ¶
« Nous tenons pour évidentes par elles-mêmes les vérités suivantes : que tous les hommes sont créés égaux, qu'ils sont doués par leur Créateur de certains droits inaliénables, parmi lesquels la vie, la liberté, et la recherche du bonheur ; et que, pour garantir ces droits, des gouvernements sont institués parmi les hommes, tirant leurs justes pouvoirs du consentement des gouvernés. » ¶
Voilà la « loi » qui sort maintenant de Sion, telle qu'exprimée par ces « hommes sages » que Dieu déclare, dans ses révélations, avoir suscités et inspirés pour fonder les lois et la constitution du gouvernement des États-Unis ; afin que les hommes ne soient pas « en servitude l'un envers l'autre », et que chaque homme puisse être responsable de ses propres péchés au jour du jugement. C'est là la loi de Sion qui sort dans la terre pour racheter le monde de la servitude humaine, et établir la liberté, la responsabilité et la dignité de l'homme. Il faut remarquer, au passage, qu'il existe un parfait accord entre ces passages que j'ai cités, tirés d'autorités si diverses — du Livre de Mormon, de Doctrine et Alliances, et de la Déclaration d'indépendance. L'inspiration qui a produit tous les trois, cependant, provient de la même source, d'où l'unité de ces trois passages — unité de principe, et unité de but. Le principe de gouvernement annoncé, sans être entièrement nouveau, est cependant, dans le gouvernement américain, coulé dans de nouveaux moules, préservé par de nouvelles sauvegardes, mais le temps ne permet pas d'en discuter ici. L'annonce, cependant, du principe selon lequel les gouvernements tirent leurs justes pouvoirs du consentement des gouvernés fut un écart considérable par rapport au gouvernement par les rois. Elle était destinée à changer le fondement sur lequel on supposait que reposaient les gouvernements — l'autorité divine des rois. La notion dominante du gouvernement dans le monde, à l'époque de notre Déclaration d'indépendance américaine, était que les droits politiques et civils procédaient des rois ; et les hommes s'estimaient liés par les coutumes et les lois de l'antiquité. Cette déclaration, cependant, fait de chaque génération d'hommes ses propres maîtres, les architectes de sa propre fortune politique, les maîtres de sa propre liberté. Elle ôte le gouvernement civil des mains des rois, et, pour autant qu'il s'agisse du gouvernement civil, des mains des prêtres également, et le place entre les mains du peuple. Le peuple devient souverain ; et ceux qu'il élit à des fonctions ne deviennent pas des dirigeants, mais des serviteurs du peuple, chargés d'exécuter sa volonté selon la Constitution et les lois du pays, tout comme Mosiah l'enseignait aux anciens Néphites, de la même manière et dans le même esprit. Ces principes de liberté civile parcourent le monde. Ils ont donné des institutions libres aux continents de l'Amérique, du Nord glacé au Sud glacé. Ces principes de gouvernement sont établis partout dans les républiques du monde occidental. Les mêmes vérités frappent aux portes des autres nations. Elles ont converti l'antique monarchie absolue du Japon en une monarchie constitutionnelle, où la voix du peuple devient un facteur qui détermine la destinée du pays, et non plus seulement la parole ou le caprice du monarque. Ces principes ont donné à la France le gouvernement le plus stable qu'elle ait jamais connu. Ces principes ont élargi les libertés des Anglais, jusqu'à ce qu'aujourd'hui leur liberté soit soutenue en pratique par le « suffrage universel masculin ». Nous assistons, de cette distance, à une terrible lutte entre le peuple russe et le gouvernement autocratique de ce pays. Le peuple en a fait, jusqu'ici, de tristes échecs, il est vrai, mais trois fois déjà il a exercé une certaine mesure de ce pouvoir souverain que nos principes reconnaissent comme inhérent au peuple, et il a élu ses représentants à l'assemblée nationale ; et bien que le progrès puisse être lent, ce frappement, cette exigence persistante des droits et des libertés du peuple dans ce pays continuera jusqu'à ce que la « loi qui sort de Sion » pénètre tous les systèmes et apporte la liberté aux habitants de cette terre. Voilà, en partie, ma compréhension de cette idée selon laquelle la loi sortira de Sion. Dieu n'agit pas seulement par des méthodes directes ; il agit aussi par des méthodes indirectes ; non seulement par les écoles des prophètes, mais de temps à autre il suscite un prophète qui n'a pas été élevé dans l'école des prophètes. Ne me comprenez pas mal. Parce que je crois que les desseins de Dieu s'accomplissent maintenant dans le monde par l'envoi de la « loi de Sion » de la manière indirecte ici décrite — ne pensez pas que je crois que cela exclura l'établissement future d'une cité capitale de Sion d'où la « loi » continuera de sortir ; non seulement par la promulgation de ces principes fondamentaux du gouvernement civil, dont dépendent la véritable liberté et la dignité de l'homme, mais aussi par la promulgation d'autres lois grandes et importantes touchant l'exaltation et la gloire de l'homme. Il n'en est rien. Je voudrais seulement vous faire comprendre, si je le pouvais, que l'œuvre de Dieu est actuellement en voie d'accomplissement, et que l'œuvre de Dieu est tracée selon de grands, de vastes plans. Qu'il n'y a rien d'étroit ni de resserré dans ses plans ; qu'il emploie les nations et les empires comme ses instruments, tout autant que les individus, pour accomplir sa volonté souveraine, en amenant la vie éternelle et la joie de l'homme ; et il convient que les saints des derniers jours reconnaissent cette vérité. ¶
Qu'en est-il de l'autre partie de cette Écriture qui nous est si familière : la parole du Seigneur sortira de Jérusalem ? Vous devez vous souvenir, en l'examinant, qu'Ésaïe vivait au septième siècle avant le Christ. Je pense que si l'on modernise l'expression de l'ancienne Écriture juive, le sens en serait peut-être plus clair. Je ne désire pas prendre de libertés avec la parole écrite de Dieu, car je pense qu'elle est destinée à demeurer comme les grandes bornes selon lesquelles nous devons marcher, et l'instructeur ne peut se permettre de prendre des libertés et de changer les termes de la parole de Dieu ; et, sans faire cela, mais dans le but de vous communiquer ma pensée sur ce sujet, supposons que je lise le passage ainsi : « et la révélation du Seigneur sortira de Jérusalem » ? Lorsque nous prenons en compte la grandeur de notre propre dispensation de l'Évangile, je pense que nous négligeons parfois la grandeur et la splendeur de la « dispensation de la plénitude des temps ». Il faut toujours se rappeler que le grand Expiation, le fait central de l'Évangile, s'est accompli à Jérusalem ; que c'est là que le sacrifice fut fait ; que c'est là que le Fils de Dieu prit sur lui nos péchés ; c'est là que nos transgressions furent posées sur lui, et c'est par ses meurtrissures que nous sommes guéris. L'Expiation s'est accomplie là, dis-je, et c'est là aussi que la grande, la suprême révélation de Dieu fut faite au monde pour tous les temps à venir ; car, après le fait de l'Expiation du Christ, la chose la plus importante ensuite — s'il doit y avoir un degré d'importance entre les deux — la plus importante ensuite est la grande vérité que Jésus-Christ était la manifestation de Dieu dans le monde ; la révélation de Dieu à l'homme ; de sorte que, désormais, au-dessus de l'horizon de la vision des hommes, se tient Dieu parfaitement révélé dans la personne et le caractère de Jésus-Christ. Et tel qu'il se tient ainsi — Dieu révélé — les nuages de l'erreur, de la superstition, et des ténèbres de tous les âges se dissipent ; car tel qu'est le Christ, tel est aussi le Père, dans sa personne, dans son caractère, dans sa miséricorde, dans sa justice, et dans toutes ces qualités qui entrent dans la nature divine. De plus, Jésus, dans les Écritures, est appelé avec insistance « la Parole », par quoi j'entends que l'on veut dire l'expression, la révélation de Dieu. « Et la Parole a été faite chair, et a habité parmi nous, et nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme celle du Fils unique venu du Père, pleine de grâce et de vérité » — de sorte que véritablement « la parole du Seigneur », la révélation de ce que le Seigneur était et est, est sortie de Jérusalem, tout comme « la loi » sort de Sion. Comme je l'ai dit à propos de la future capitale du pays de Sion, que les vues ici exprimées n'excluaient pas l'idée d'un futur établissement d'une cité capitale dans le pays de Sion d'où la loi continuera de sortir en ces jours-là, de même je ne voudrais pas vous laisser supposer que, parce que je tiens la vue que « la parole du Seigneur » est sortie de Jérusalem dans la révélation de « la Parole », ou l'expression de Dieu dans la personne et le caractère de Jésus de Nazareth — parce que je crois que la parole du Seigneur est sortie de Jérusalem dans le plein Évangile de Jésus-Christ — que c'est là que fut accomplie l'Expiation de Jésus-Christ, la vérité centrale de l'Évangile ; que c'est là qu'eut lieu la résurrection de Jésus, le Christ, sur laquelle repose notre propre espérance et l'espérance du monde d'une résurrection d'entre les morts — ne pensez pas, je vous en prie, que parce que je crois qu'en ces choses la parole du Seigneur est déjà sortie de Jérusalem, je crois que cela exclura toute sortie future de la parole du Seigneur depuis Jérusalem, qui pourrait faire partie du programme divin. Jérusalem doit être à jamais un lieu saint, un lieu vers lequel les yeux de toutes les nations se tourneront pour chercher lumière et inspiration ; quoi de plus naturel, alors, que cela devienne une cité sainte, la capitale du monde oriental, si vous voulez, le sanctuaire saint d'où sortira la parole du Seigneur à l'avenir, plus abondamment encore que dans le passé, tout comme la loi sortira de Sion à l'avenir, comme maintenant et comme dans le passé ? Je ne fais ici que plaider pour des vues larges concernant les choses de Dieu, et les voies de Dieu. Nous, saints des derniers jours, ne voulons pas resserrer nos sentiments, nos sympathies, nos opinions sur la vérité, aux limites étroites de notre propre communion d'Église ; mais nous devons reconnaître que Dieu fait les choses à grande échelle, et qu'il dirige, et qu'il influence, par son Esprit, ses enfants ; et ils deviendront de plus en plus sensibles à l'influence de l'Évangile. J'espère que nous deviendrons de plus en plus habiles à le présenter, afin que, par l'effet conjugué de ces deux choses — notre habileté croissante et la sensibilité croissante du monde à son influence — Sion soit agrandie, et l'Église du Christ soit élargie dans ses sympathies jusqu'à ce que nous nous tenions unis fermement dans la communion pour la justice avec tous les hommes justes du monde entier. Amen. ¶