Rapport sur la Mission de Californie
Joseph E. Robinson
L'assemblée chanta l'hymne « Que ce soit ici ma seule sagesse ». ¶
L'assemblée chanta l'hymne « Guide-nous, ô toi, grand Jéhovah ». ¶
(Président de la Mission de Californie.) Je désire sincèrement, mes frères et sœurs, vos prières de foi en ma faveur, afin que le temps que j'occupe soit d'une valeur et d'un profit mutuels. Je me réjouis du témoignage de l'Évangile du Seigneur Jésus-Christ, sentant qu'il est « une puissance de Dieu pour le salut ». Je me réjouis des travaux qui m'ont été confiés, et de la compagnie de quelques-uns des esprits brillants et nobles dont Dieu a béni les pères et les mères de Sion, mes compagnons sur le champ de mission. Je remarque, dans cette assemblée, le visage de quelques-uns des parents de mes compagnons. Je remarque aussi certains de mes frères qui ont été honorablement libérés et sont rentrés chez eux, auprès de leurs bien-aimés et du cercle familial. ¶
L'œuvre dans notre mission avance à bon rythme. Nous avons pu faire un peu mieux cette année que l'année dernière, malgré certains contretemps survenus qui nous ont, d'une certaine manière, empêchés d'accomplir tout ce que nous aurions pu accomplir. Il règne une situation politiquement et socialement très instable dans certaines régions de Californie. Vous qui lisez les journaux connaissez un peu les conditions qui prévalent dans la ville de San Francisco, depuis que le Seigneur a visité cet endroit d'un tremblement de terre, il y a dix-huit mois. Les conditions qui y règnent maintenant sont très déplorables, du point de vue social et civil. Cela a gêné notre travail dans ce qui était la plus grande ville et le meilleur champ que nous avions dans la mission. À Los Angeles, un nouveau tracé des rues de la ville et la démolition de certains bâtiments nous ont obligés à quitter le local que nous occupions depuis environ quatre ans. Cela a perturbé quelque temps le travail dans cette ville. De plus, au mois d'août, alors que nous connaissons un temps très particulier, plusieurs des anciens, presque tous les anciens de la mission, pourrais-je dire, souffrirent d'une attaque de « grippe ». L'un de nos frères, un ancien très cher, mourut après quarante heures de maladie. Ce fut pour nous, dans notre champ, un coup douloureux, le premier du genre que j'aie rencontré dans mon expérience. D'autres circonstances, telles que la destruction, dans un accident de chemin de fer, de tous nos tracts envoyés depuis la mission des États du Sud ; le fait que l'ennemi avait suscité l'animosité de certains agents de police dans deux des principales villes, Sacramento et Los Angeles, qui nous interdirent d'occuper les coins de rue où nous avions coutume de tenir nos réunions de rue, et nous envoyèrent dans certaines des grandes ruelles, nous ont également gênés pendant une courte période. Mais durant le Congrès de l'irrigation, lorsque le chœur du Tabernacle d'Ogden nous a rendu visite et a chanté pour les gens là-bas, les préjugés se sont largement dissipés, et nos conditions sont aujourd'hui beaucoup plus favorables, et nous progressons, comme je le disais au début, mieux que la saison dernière. Nous n'avons pas encore réussi, semble-t-il, à recourir à la méthode fructueuse de vente de livres qu'ont adoptée certains de nos frères dans les champs de l'Est. Si vous offrez un livre au Californien moyen, il veut savoir s'il y a de l'argent à en tirer avant de l'acheter ou de l'accepter ; et si vous lui répondez, comme le fit un jour le président Joseph F. Smith, lorsqu'on lui posa la même question alors qu'il était jeune missionnaire dans cet État, au début des années 1850, qu'il contient « les richesses éternelles du ciel », il vous répondra que la Californie est un paradis bien suffisant pour lui. Mais certains de nos anciens ont établi, le mois dernier, un excellent bilan dans la vente de livres, et cela nous a encouragés ; nous espérons imiter l'exemple de nos frères plus prospères dans les missions des États de l'Est. ¶
Je me réjouis des témoignages qui ont été rendus par les frères à cette conférence, et de l'esprit de la conférence. Les remarques du président Smith et des frères qui ont suivi dans la même ligne de pensée, concernant le développement approprié de notre jeunesse, le soin de nos enfants, l'éducation des fils des hommes, me rappellent certaines déclarations faites par les principaux pédagogues d'Amérique lors de la récente réunion de la National Educators' Association tenue à Los Angeles. Le président Shafer, en ouvrant ce congrès, parla du fier bilan qu'avaient établi les États-Unis au cours des cinquante dernières années, depuis la fondation de cette association. Il attira l'attention sur le fait qu'il existait certains aspects fâcheux dans notre système éducatif, et aussi que des gens venaient s'établir dans notre pays qui semblaient ne pas apprécier ses institutions, sa liberté et son indépendance. Pour corriger cela, il pensait qu'il faudrait enseigner un peu plus de doctrine chrétienne dans les écoles, ou du moins, il alla jusqu'à dire qu'il était nécessaire, pour la pérennité des institutions de notre gouvernement, qu'il y ait une formation chrétienne de la jeunesse de notre pays. Il protesta aussi, dans une certaine mesure, contre l'enseignement selon lequel les seuls héros de notre nation, les seuls noms qui deviennent presque immortels dans les pages de l'histoire, sont ceux des hommes qui ont remporté leurs lauriers sur un cuirassé ou sur le champ de bataille ; que lorsque nos garçons et nos filles ouvrent les pages de l'histoire, les noms qui y sont inscrits et couronnés de lauriers d'immortalité sont ceux des guerriers de notre pays. Il souhaitait que les enseignants d'Amérique apprennent à leur jeunesse que, dans le domaine de l'industrie, de l'art, du commerce ou de la science, il y avait davantage de possibilités d'immortaliser quelqu'un que sur le champ de bataille. Nous savons nous-mêmes, mes frères et sœurs, nous qui avons vieilli, ou qui sommes parvenus à un âge mûr, que les arts de la paix ont leurs héros, tout autant que les arts de la guerre. Mais cela n'apparaît guère à l'esprit de l'élève moyen dans les écoles d'aujourd'hui. Ils ne lisent guère ce qu'ont fait les grands hommes d'État et les réformateurs sociaux du monde. Ils connaissent bien peu ce que Franklin, Stephenson, Watt, Howe, Edison et Marconi ont fait pour les habitants de ce monde. C'est peut-être parce que certains d'entre eux furent nos contemporains, et que d'autres n'ont quitté cette scène que depuis peu d'années. J'ai pensé, lorsque le docteur parlait de jeunes filles qui souhaitent souvent avoir été des hommes, pour avoir lu ce genre d'histoire dont j'ai parlé, qu'il leur serait profitable de lire toute la vie de Florence Nightingale, et ce qu'elle fit pour immortaliser son nom. Lors d'un dîner donné par lord Stratford, en commémoration de la guerre de Crimée, alors qu'il avait réuni autour de lui ses anciens compagnons d'armes, il proposa, la coupe de vin à la main après le repas, que chacun des hommes présents écrivît sur un bout de papier le nom de celui qu'il estimait digne d'être couronné d'immortalité, afin qu'ils puissent obtenir un consensus d'opinion sur la personne dont le nom devrait passer à la postérité. Chose étrange, lorsqu'on rassembla les papiers, ils portaient tous le même nom, et, au lieu d'être celui de l'un des vieux guerriers, de l'un des grands chefs des luttes martiales, ce nom était celui d'une faible femme — Florence Nightingale. J'ai pensé combien elle avait dû être, pour les soldats de cette époque, un ange de paix et de miséricorde, pour qu'ils la reconnaissent ainsi comme supérieure, en ce sens, à tous ceux qui avaient pris part à cette lutte. L'un des vieux soldats, alité dans une salle des malades de l'hôpital, parla d'elle avec affection. Il dit qu'elle venait, et qu'elle était en fait connue, comme l'ange de lumière. Il dit : « Elle ne pouvait pas parler à chacun de nous, tandis qu'elle parcourait les salles où se trouvaient tant de formes souffrantes et prostrées ; elle ne pouvait poser sa main sur le front brûlant de chaque soldat malade, mais là où elle ne pouvait aller, son ombre tombait, et en embrassant son ombre, nous pouvions tourner nos visages vers le mur, contents de mourir dans la paix de sa présence. » J'ai pensé que si l'on présentait quelques exemples de ce genre aux jeunes femmes d'Amérique, elles ne souhaiteraient pas se voir dépouillées de leur féminité ; et si elles avaient pu entendre les remarques faites hier par les anciens Clawson et George Albert Smith, elles ne rechercheraient pas la couronne du guerrier, mais ce qu'il y a de plus royal entre tout, la couronne de la douce maternité. ¶
Il y eut deux autres grands pédagogues qui, en traitant dans leurs communications officielles des questions d'éducation et de leur incidence sur le commerce et sur la civilisation — les professeurs Storm, de l'Iowa, et W. O. Thompson, de l'université d'État de l'Ohio — firent chacun remarquer qu'ils traitaient le sujet du point de vue qui leur avait été assigné, mais ils voulaient que les hommes et les femmes comprennent qu'il ne pouvait y avoir de véritable civilisation, ni de véritable éducation, en dehors d'une conviction religieuse profonde et d'une formation chrétienne. Le sentiment de cette assemblée me parut être celui-ci : que nous sommes une nation chrétienne, un peuple chrétien ; que ce sont des pères chrétiens qui recherchèrent cette terre comme un havre de repos où ils pourraient adorer Dieu selon les préceptes de leur conscience, libres de l'oppression et des craintes du vieux monde et de sa prêtrise usurpatrice ; que l'acte organique même qui garantit à notre peuple ses droits et ses privilèges fut conçu, fondé et rédigé sous l'inspiration chrétienne, et que, à cause de quelques-uns qui doutent qu'il y ait un Dieu sur toutes choses, et parce qu'il se trouve, parmi la maison de Juda, des gens qui ne croient pas aux enseignements du Nouveau Testament — parce que ces individus sont citoyens de notre grande république, nous avons écouté leur protestation, et permis que soit retiré des écoles de la république le grand manuel, le livre des livres, la Bible, et la jeunesse de notre nation grandit sans connaître ses personnages ni les idéaux qu'il présente aux hommes. Il en résulta une grande discussion pour savoir si la Bible ne devrait pas être réadmise dans les écoles comme manuel scolaire, étant bien entendu qu'il ne devrait y avoir aucun enseignement, au sens religieux, d'aucun des credo particuliers, mais qu'elle devrait être mise entre les mains du peuple, afin qu'il se familiarise avec son histoire sacrée. Dans l'une des réunions annexes qui eurent lieu, reprenant en bref les déclarations que j'ai rapportées, la question se posa : comment devons-nous enseigner la jeunesse, sur quoi devra reposer son éducation au sens religieux, et sur quoi devra-t-elle fonder sa foi ? Beaucoup d'opinions furent avancées et exprimées, mais aucune ne parut satisfaisante, et l'on finit par en appeler au plus savant de tous, le docteur William T. Harris, le grand psychologue de Washington, D. C., pour qu'il exprime son opinion sur le fondement d'une formation et d'une croyance religieuses appropriées. S'il est, dans le monde pédagogique, un homme capable de répondre à cela philosophiquement, c'est bien le docteur Harris, un homme au fait des mécanismes de l'esprit, une autorité en matière de phénomènes psychiques, un homme familier des émotions de l'âme et des mouvements du cœur. Redressant sa silhouette voûtée — car c'est un homme âgé — il s'exprima ainsi : ¶
« Pour une formation appropriée et pour une conviction religieuse profonde, afin que les intérêts de notre pays puissent être préservés et ses institutions perpétuées, il est absolument nécessaire que l'on inculque à notre jeunesse, et qu'elle possède, la juste conception d'un Dieu personnel. » ¶
Des larmes de joie coulèrent sur mes joues, mes frères et sœurs, lorsque j'entendis cela. J'ai senti, ô combien le petit levain fait lever toute la pâte. Si l'esprit de ce congrès se répand dans les écoles de ces États-Unis, d'ici dix ans les anciens ne rencontreront plus les objections aux enseignements des saintes Écritures et de l'Évangile du Seigneur Jésus-Christ qu'ils rencontrent aujourd'hui. Voici l'expérience que j'ai acquise dans notre champ : il sert à peu de chose de citer les Écritures aux gens tant qu'on ne les a pas convaincus qu'elles ont de la valeur et sont vraies. C'est une question de : « Montrez-moi, par votre philosophie, votre raison ou votre logique, comment cela peut être vrai, et en quoi cela me profitera, à moi et aux miens ; quels sont les résultats de votre éthique, les fruits de votre religion ou de votre mode d'adoration, et vos vies, que sont-elles ? » Alors, lorsque nous rencontrons ces gens, nous devons les conduire à l'école de la théologie pour qu'ils soient instruits ; nous leur enseignons que c'est là la religion dont parlent les Écritures, en fait qu'elle est conforme aux Écritures, et alors seulement ils semblent se soucier de la preuve scripturaire. Mais il me semble que les conditions seraient bien différentes en effet si cet esprit dont j'ai parlé se répandait parmi tout le peuple de ces États-Unis. ¶
J'ai souvent entendu l'ancien Heber J. Grant raconter que l'un de ses amis renommés, lui écrivant au sujet de la religion, incapable de la comprendre, n'étant ni fidèle ni membre d'aucune église, mais considérant l'économie du « mormonisme », lui dit : « Heber, s'il y a quelque chose dans la religion, il y a tout dedans. » J'ai souvent cité cette parole, et pourtant, ce n'est que ces dernières années que j'en ai compris tout le poids, et peut-être n'en saisis-je pas encore aujourd'hui toute la portée. Si nous passons en revue l'histoire de ce monde et de ses peuples, nous ne pouvons manquer de voir que ceux qui se sont adonnés à la formation et à l'impulsion religieuses sont ceux qui ont ouvert la voie à l'éducation et à la civilisation. Ce sont eux qui ont préservé les meilleurs intérêts du monde, et qui ont subsisté le plus longtemps comme nations de la terre. Nous parlons de l'Égypte comme du berceau de la civilisation. L'Évangile fut prêché à l'Égypte, mais elle tomba en chemin, et sa gloire n'est plus connue qu'à travers ses œuvres, les pyramides de Gizeh et de Chéops, le temple de Karnak, qui nous parviennent d'un lointain passé, et son sphinx qui parle, d'une langue muette, des morts depuis longtemps silencieux. On peut en dire autant de la Chaldée et de Babylone, et presque autant de la Grèce et de Rome. Nous nous rendons dans ces pays anciens pour y étudier leur architecture, leur art de la peinture et de la sculpture, leur rhétorique et leur poésie, mais les fils et les filles de ces terres sont devenus étrangers aux langues dans lesquelles leurs ancêtres parlaient et chantaient. Chacune de ces civilisations, à son tour, eut quelques-uns des princes de la maison de Juda pour leur déclarer l'Évangile du Dieu unique, que Jésus-Christ leur ait été prêché ou non. Sur les ruines de la civilisation grecque, l'apôtre Paul leur déclara le Dieu que les Grecs dégénérés adoraient sans le connaître. Pierre proclama l'Évangile du Seigneur Jésus-Christ aux maisons des Césars, comme Paul le fit sans doute également, et leurs enseignements furent rejetés. Mais ce peuple à la nuque raide de la maison d'Israël, bien que rebelle et n'ayant reçu qu'une partie de la loi — une loi de commandements charnels destinée à leur servir de pédagogue pour les amener au Christ — bien que soumis à l'Égypte, à Babylone et à Rome, a néanmoins préservé jusqu'à ce jour son éducation, sa langue, ses coutumes, son individualité et son nom. Le Juif, méprisé encore aujourd'hui, chassé, opprimé, dispersé et dépouillé, demeure néanmoins, de tous les peuples, la seule nation qui ait été préservée depuis des temps immémoriaux, parce qu'il s'est en partie donné aux enseignements de Dieu. Aujourd'hui, avant qu'aucune nation civilisée d'Europe, ni peut-être d'Amérique, ne puisse déclarer la guerre, elle doit consulter le Juif, le baron Rothschild et ses semblables, qui tiennent les cordons de la bourse du monde, en accomplissement de la prophétie selon laquelle ils suceraient le lait des nations. Si la religion a pu faire cela pour un peuple qui ne l'a comprise qu'à moitié, et qui n'avait qu'une loi inférieure destinée à lui servir de pédagogue pour l'amener au Christ, cela doit convaincre tout homme réfléchi qu'une religion ayant pour fondement l'Évangile de Jésus-Christ, la puissance de Dieu pour le salut, servira le mieux les intérêts des gouvernements du monde, préservera son peuple, et le préparera pour le règne de paix et de justice, lorsque le Christ viendra avec les saints et demeurera sur la terre. Que cette époque soit hâtée, que nous puissions participer à ses bénédictions et nous réjouir avec tous ceux qui aiment la vérité, qui aiment la liberté, qui aiment l'égalité devant le Seigneur, telle est ma prière, au nom de Jésus. Amen. ¶