Abnégation des missionnaires et le salut des âmes
Heber J. Grant
Je me réjouis grandement d'avoir l'occasion de me trouver avec mes frères et sœurs en cette conférence, et je désire ardemment, tandis que je me tiens devant vous, être béni comme l'ont été mes frères qui vous ont adressé la parole jusqu'ici. ¶
Je n'ai jamais eu d'autre désir, en me tenant devant le peuple, que de pouvoir dire quelque chose qui encouragerait et bénirait ceux qui étaient rassemblés, moi y compris, et nous inspirerait le désir de nous acquitter des devoirs et des obligations qui reposent sur nous en tant que saints des derniers jours. ¶
Je crois fermement aux enseignements de l'apôtre Jacques. Je crois en l'homme qui est disposé à faire les choses que le Seigneur a commandées, et qui montre sa foi par ses œuvres. ¶
J'ai assisté à une réunion de jeûne dimanche dernier matin, et à une autre l'après-midi ; et l'une des personnes qui prirent la parole à cette dernière réunion fut sœur Anna Snow, épouse âgée de feu l'apôtre Erastus Snow. Elle venait de Scandinavie, et depuis son enfance s'était adonnée à l'usage du café, pensant qu'elle pouvait difficilement s'en passer ; mais finalement, après avoir atteint l'âge de quatre-vingt-deux ans, elle fut touchée par le sentiment qu'elle avait manqué à son devoir à cet égard, et décida, le jour de son quatre-vingt-troisième anniversaire, qu'elle observerait la Parole de Sagesse encore plus parfaitement, et cesserait de boire du café. Cela faillit la tuer, mais elle finit par vaincre cette habitude ; et elle se leva avec humilité devant le peuple, confessant sa faute de ne pas avoir pleinement observé la Parole de Sagesse, et exprima sa gratitude envers le Seigneur de lui avoir donné, même à ce stade tardif de sa vie, la capacité de surmonter sa faiblesse ; et elle témoigna du bien qu'elle avait déjà reçu grâce à l'amélioration de sa santé en obéissant à cette loi de Dieu. J'ai été profondément touché par son remarquable témoignage, et combien j'aurais souhaité que chacune de nos bonnes sœurs, et nos frères également, qui, année après année, continuent d'enfreindre ce simple commandement du Seigneur, aient pu être là et entendre son témoignage. Je sais que beaucoup de gens ont entendu des sermons sur la Parole de Sagesse pendant de nombreuses années, sans que cela ne fasse jamais aucune impression sur eux. Je ne sais comment nous pourrions faire impression sur certaines personnes. Je connais beaucoup de gens qui ont été travaillés avec diligence en privé, aussi bien que par l'enseignement et l'exhortation publics, mais ces efforts n'ont eu aucun effet sur eux. Je sens dans mon cœur qu'il est de mon devoir de chercher à découvrir les points faibles de ma nature, puis de prier le Seigneur de m'aider à les surmonter. En lisant la Parole de Sagesse, j'apprends qu'elle est adaptée au plus faible de tous les faibles qui sont ou peuvent être appelés saints ; et je crois que ce serait une merveilleuse aide à l'avancement du royaume de Dieu si tous les saints des derniers jours obéissaient à ce simple commandement du Seigneur. Lorsque j'ai entendu cette sœur âgée témoigner qu'à un âge avancé elle avait vaincu, j'ai souhaité que tout Israël ait pu entendre ce témoignage et en être touché. ¶
Je me suis réjoui du grand bien qui s'accomplit, et des progrès réalisés par nos missionnaires, en écoutant les remarques faites ici ce matin par le président Lund, se référant aux travaux du frère Alma O. Taylor, président de la mission du Japon. Mais il y avait une erreur à dire que le frère Taylor était absent depuis cinq ans ; il est absent depuis plus de six ans ; ce sont les autres jeunes anciens, les frères Caine et Stoker, qui sont absents depuis plus de cinq ans. Dans la lettre à laquelle le frère Lund faisait allusion, l'ancien Taylor exprimait le désir de rester, s'il le fallait, au moins deux années de plus pour achever l'œuvre qu'il sentait que le Seigneur désirait qu'il accomplisse. En écoutant les remarques du frère Lund, elles m'ont rappelé mon association au Japon avec le frère Taylor, ainsi qu'avec les anciens Caine et Stoker, et j'ai souhaité de tout cœur que tous les missionnaires qui partent proclamer l'Évangile possèdent le même esprit de loyauté à travailler dans le champ de la mission que les anciens Taylor, Caine et Stoker. J'ai eu sous ma juridiction, alors que je travaillais dans la mission européenne, de nombreux missionnaires talentueux pour qui le jour où ils seraient relevés était l'unique étoile brillante qu'ils attendaient avec impatience. Ils ne s'intéressaient pas à leur travail autant qu'ils l'auraient dû. Je souhaiterais, si cela rencontre l'approbation de la Présidence de l'Église, que la lettre à laquelle le frère Lund a fait allusion, de l'ancien Taylor, puisse être publiée, car je crois que son esprit serait une source d'inspiration et de profit pour la jeunesse d'Israël. J'ai eu le plaisir de l'entendre lire, et j'aimerais que d'autres aient le même privilège. ¶
L'esprit qui se dégageait de cette lettre du frère Taylor, à laquelle nous avons fait allusion, était que huit années données à l'œuvre de Dieu ne sont rien. Si nécessaire, tout serviteur de Dieu ayant connaissance de l'Évangile devrait être disposé à donner sa vie à cette cause, qui est en vérité l'œuvre du Maître, le plan de vie et de salut, l'Évangile de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ. Lorsque nous arrivons à comprendre pleinement que nous avons en vérité la Perle de Grand Prix, que l'Évangile que nous devons donner aux peuples du monde signifie la vie éternelle pour ceux qui l'embrassent et le vivent fidèlement ; lorsque nous en prenons conscience, et lorsque nous nous arrêtons pour réfléchir à la révélation donnée au prophète Joseph Smith et à Oliver Cowdery, dans laquelle le Seigneur dit : « Et si vous travaillez toute votre vie à appeler ce peuple au repentir et que vous m'amenez ne fût-ce qu'une seule âme, comme votre joie sera grande avec elle dans le royaume de mon Père ! Or, si votre joie est grande avec cette seule âme que vous m'aurez amenée dans le royaume de mon Père, comme elle sera grande si vous m'en amenez beaucoup ! » Alors nous commencerons à réaliser, à comprendre et à saisir l'ampleur de cette œuvre. Le salut des âmes est, entre tous, le travail le plus précieux, le plus important, celui qui nous vaudra les bénédictions de notre Père céleste et de notre Seigneur et Maître, Jésus-Christ. ¶
J'ai été profondément touché par les remarques faites par le président McQuarrie, de la mission des États de l'Est, lors d'une réunion de jeûne, dimanche dernier, où il évoquait le fait que ce n'est pas ce que nous accumulons, ce que nous attirons à nous, qui fait des hommes des êtres semblables à Dieu, mais ce que nous donnons. Je plains l'homme ou la femme qui n'a jamais connu la douce joie qui vient au missionnaire qui proclame l'Évangile de Jésus-Christ, et amène des âmes honnêtes à la connaissance de la vérité, et qui entend les expressions de gratitude et d'action de grâces provenant du cœur de ceux que ses travaux ont amenés à comprendre la vie éternelle. Je plains également ceux qui n'ont jamais connu la douce joie résultant du fait de tendre la main pour aider ceux qui étaient dans le besoin. Assurément, il vient à nous plus de bénédiction du fait de donner que d'accumuler ; il n'y a là aucun doute dans mon esprit. Il vient aussi à nous plus de bénédiction du fait d'aller proclamer l'Évangile de Jésus-Christ et de travailler au salut des âmes des hommes, que ce qui peut nous venir du simple fait de posséder une connaissance de la vérité de notre religion, pour ensuite rester chez soi et se mêler aux affaires ordinaires de la vie, et accumuler les richesses de ce monde qui périssent à l'usage. Un grand écueil est que nous perdons souvent de vue quel est le travail le plus précieux que nous puissions accomplir, celui qui sera le plus agréable aux yeux de notre Père céleste. ¶
Je me réjouis, comme je l'ai dit au début de mes remarques, de l'œuvre remarquable qui s'accomplit aujourd'hui pour répandre l'Évangile. Je crois que le Seigneur bénit, et continuera de bénir, les anciens qui travaillent dans la vigne, plus abondamment à l'avenir que par le passé. Je sais que l'œuvre actuellement accomplie par le frère Chas. W. Penrose dans la mission britannique est plus grande, et que les baptêmes dépassent de loin ce qui fut accompli lorsque j'y étais moi-même en mission, et je m'en réjouis. Je me réjouis de la merveilleuse capacité qu'il possède à inspirer les anciens, en raison de sa grande somme de connaissances et d'informations, et de sa rare intelligence, grâce à laquelle il a une bien meilleure avance que moi et beaucoup d'autres qui ont travaillé dans le champ missionnaire. ¶
La révélation à laquelle le frère John Henry Smith a fait allusion ici est une révélation que nous ferions tous bien de nous rappeler. Je me réjouis de savoir que le degré d'intelligence que nous atteignons en cette vie se relèvera avec nous dans la vie à venir, et que nous aurons d'autant plus d'avantage sur ceux qui n'ont pas acquis l'intelligence, à cause de leur manque de diligence à étudier. Cela ne s'applique pas seulement à la vie à venir, mais aussi à cette vie dans laquelle nous travaillons maintenant. Le frère Penrose a été plus diligent à amasser dans son esprit les choses du royaume de Dieu que je ne l'ai jamais été. C'est pourquoi, dans les desseins de Dieu, il a sur moi cet avantage, et peut accomplir de plus grands résultats en tant que président de la mission européenne qu'il ne m'était possible d'accomplir, en raison de la connaissance supplémentaire qu'il possède, qui élargit sa capacité à enseigner l'Évangile du Seigneur Jésus-Christ. Je remercie Dieu pour la force de son corps et de son esprit, pour la vigueur qu'il a à un âge avancé, et je prie qu'elle croisse et se fortifie avec ses années. Mardi et mercredi derniers, j'ai eu le plaisir d'entendre lire des lettres de lui, racontant ses travaux et ses voyages pour l'Évangile, non d'une manière vantarde, mais avec modestie, expliquant ce qu'il avait fait en Allemagne, en Hollande, en Belgique, en Suisse et dans les pays scandinaves. Ce fut pour moi presque merveilleux d'entendre ce qu'il accomplissait, me rappelant, comme je le fais, qu'il a 75 ans. Je prie Dieu de prolonger sa vie sur la terre, afin que vous et moi et bien d'autres puissions bénéficier de la connaissance qu'il possède, et de la capacité qu'il a d'expliquer l'Évangile du Seigneur Jésus. ¶
Je sens souvent qu'il est nécessaire pour nous de nous arrêter et de réfléchir, et de prendre le temps de lire, d'étudier et de méditer les choses de Dieu ; je sais que cela m'est nécessaire. Je ne suis pas naturellement studieux ; mon esprit se porte vers les choses matérielles de ce royaume. Vous savez que l'un des journaux publiés dans cette ville affirme que le cantique préféré de Heber J. Grant est « Nous te remercions, ô Dieu, pour un prophète », et qu'il l'épelle « p-r-o-f-i-t » (« profit »). Il peut y avoir quelque vérité dans cette remarque ; mais je remercie mon Père céleste pour un prophète de Dieu qui dirige ce peuple. Je le remercie de la connaissance que je possède, à savoir que je suis engagé dans son œuvre, et de la connaissance que Jésus est le Christ, et que Joseph Smith est un prophète de Dieu. Je remercie mon Père céleste, avec toute la capacité que je possède, que cet Évangile de Jésus-Christ se répande sur la face de la terre, que des hommes et des femmes honnêtes apprennent que les saints des derniers jours ne sont pas le peuple dégradé et abusé qu'on les a présentés être, qu'ils ne sont pas le peuple dans l'erreur que le monde croyait qu'ils étaient. Je remercie le Seigneur qu'à mesure que les hommes examinent le plan de vie et de salut, ils voient ce qu'il accomplit pour ceux qui l'ont embrassé. ¶
Beaucoup ont dit que le peuple « mormon » était meilleur que sa religion. J'ai entendu, il y a quelques dimanches, un magnifique discours de cette tribune, prononcé par le frère Joseph S. Wells, dans lequel il réfutait cette affirmation. Il expliqua combien il est absolument impossible pour un peuple d'être meilleur que l'Évangile de notre Seigneur et Maître Jésus-Christ. Je demande respectueusement, si cela a été noté par nos rapporteurs, que le court discours du frère Wells soit publié dans le Deseret News. Je ne sais si j'ai jamais entendu des remarques qui m'aient plus profondément touché que les siennes en cette occasion, et je les approuve de tout mon cœur. Nul homme, aujourd'hui, dans l'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, ne vit pleinement selon les enseignements de l'Évangile de notre Seigneur et Maître Jésus-Christ. Avec l'aide du Seigneur, nous essayons d'y parvenir ; mais il n'y a aucun homme dans l'Église du Christ qui prétende à l'infaillibilité. Nous reconnaissons nos faiblesses, mais tout en les reconnaissant, nous pouvons aussi proclamer au monde notre force, force dans la connaissance que Dieu vit, que Jésus est le Christ, que Joseph Smith est un prophète de Dieu, et que nous avons la vérité à proclamer au monde. ¶
Depuis notre dernière rencontre ici, l'un des associés bien-aimés du Collège des douze apôtres a quitté cette vie, l'ancien George Teasdale. Il ne m'est jamais échu d'être associé à un homme plus humble, craignant Dieu et diligent. Dans les desseins bienveillants du Seigneur, je fus appelé à l'apostolat le même jour que l'ancien Teasdale, et j'ai travaillé avec lui, à propos et hors de propos, durant vingt-quatre années et demie. Je l'ai toujours trouvé plein d'humilité, plein d'amour pour ses semblables. Je ne l'ai jamais vu en colère ; je n'ai jamais entendu une parole méchante sortir de ses lèvres. J'ai toujours trouvé que son cœur était plein d'amour ; qu'il cherchait le bien, l'élévation et l'amélioration de l'humanité ; et il me semblait qu'il était en vérité un serviteur idéal de Dieu, un prédicateur du plan de vie et de salut. Je me souviens d'une occasion où j'écoutais ce grand vieil homme, Karl G. Maeser, dans la ville de Baker, dans l'État de l'Oregon, alors qu'il enseignait une classe de petits enfants, leur donnant une leçon (je crois que c'était une classe de religion) ; et je me souviens d'avoir versé des larmes de gratitude pour son inspiration, tandis que je l'écoutais, et avec quelque humiliation, j'ai pensé à mes propres travaux, luttant si souvent pour les choses de ce monde. Lorsque j'ai comparé ma vie à celle de Karl G. Maeser, qui s'était entièrement consacré à l'élévation du peuple de Dieu, j'ai senti que je pouvais m'asseoir dans la poussière à ses pieds. J'ai souvent eu cette même impression en écoutant les enseignements de feu l'ancien George Teasdale, et en étant associé à lui. Je ne sais quand j'ai été plus contrarié que lorsque j'ai trouvé, au Assembly Hall, aux funérailles du frère Teasdale, l'une des assemblées les plus clairsemées que j'y aie jamais rencontrées. Je me suis dit : combien peu les gens absorbés par les affaires ordinaires de la vie réalisent et apprécient la véritable valeur des hommes. J'avais assisté, peu de temps auparavant, à des funérailles dans ce même bâtiment, alors qu'il était littéralement bondé ; mais la grande attraction de ces funérailles était qu'un remarquable programme musical y était donné. On avait annoncé qui allait chanter, et combien ce serait intéressant, et la musique et les fleurs furent la grande attraction. Mais lorsqu'un des serviteurs de Dieu qui avait consacré presque toute sa vie, comme l'avait fait George Teasdale, à proclamer cet Évangile dans son pays natal et dans son pays d'adoption, et qui avait traversé l'océan à maintes reprises pour des missions, dépose sa vie, les préoccupations ordinaires des affaires ont tenu les gens éloignés de ses funérailles. Dieu merci, nous ne serons pas jugés selon l'opinion de nos semblables, mais selon l'œuvre que nous accomplissons. ¶
Une fois de plus, je le dis, j'aime les enseignements de l'apôtre Jacques : « Montre-moi ta foi sans les oeuvres, et moi, je te montrerai la foi par mes oeuvres. » Soyons des « faiseurs de la parole ». Soyons des observateurs des commandements de Dieu. Que notre lumière brille de telle sorte que tout homme, voyant nos bonnes œuvres, glorifie Dieu. Que ceux d'entre nous qui savent que c'est là l'œuvre de Dieu le montrent par leur conduite quotidienne, par leur intégrité, leur dévouement, leur humilité, leur générosité, en surmontant les faiblesses et les imperfections de leur nature, en observant la Parole de Sagesse, en étant généreux dans leurs offrandes, en payant à Dieu une dîme honnête, en assistant aux réunions et en recevant le pain de vie, que nous aimons véritablement l'œuvre de Dieu, et qu'ainsi nos actes témoignent de sa vérité ; telle est ma prière et mon désir, et je le demande au nom de Jésus-Christ. Amen. ¶