Gratitude pour l'Évangile et rapport sur le pieu de Salt Lake
Nephi L. Morris
À la conclusion de chaque réunion de cette conférence, j'ai ressenti dans mon cœur un profond sentiment de gratitude envers notre Père céleste pour l'assurance personnelle qu'il m'a donnée de sa présence auprès des Saints en cette grande conférence. Je ne pense pas que l'Église ait jamais connu de plus splendides démonstrations d'unité, une harmonie de sentiment plus parfaite, une manifestation plus magnifique de l'influence sacerdotale que celles qui se sont manifestées au cours de cette conférence. Le temps des petites choses est passé. Le Royaume de Dieu ne sera plus jamais réduit à quelque chose de comparable à son enfance; année après année, nous le voyons avancer, croître en force et en puissance, croître en intelligence et dans les vertus de l'Évangile, jusqu'à devenir une lumière pour le monde, placée sur le sommet d'une colline, et qui ne peut être cachée. Quelles que soient les circonstances qui entourent l'Église, quelle que soit l'attitude que le monde maintienne à son égard, aussi ardemment que certains œuvrent à sa destruction, le monde entier doit admettre que le « mormonisme » avance résolument malgré l'opposition du monde. ¶
Je me réjouis de cette démonstration de puissance et de progrès, car l'œuvre de Dieu m'est chère, et est, en fait, ce que j'ai de plus cher au monde. Il n'y a rien sur la terre qui reçoive de moi une telle vénération, une telle confiance durable, que cette œuvre des derniers jours. ¶
Je peux facilement concevoir que les institutions de la terre s'effondrent, que des nations tombent, que des peuples soient anéantis ou absorbés par des nations plus grandes. Mais il n'entre pas dans le cadre de mon esprit de concevoir la destruction et l'anéantissement de l'œuvre de Dieu. D'où vient cette conviction ou ce sentiment, je vous laisse en juger. Qu'il provienne d'une croissance constante de la foi, de la tradition ou de l'enseignement de mes parents, je ne suis peut-être pas prêt à le dire avec certitude. Mais il me semble qu'il n'y a rien sur terre d'aussi fort, d'aussi durable, et d'aussi assuré du triomphe que l'œuvre de Dieu. Et cela, malgré toutes les prédictions faites en sens contraire. ¶
Les remarques de frère Stohl concernant le compliment que nos amis, l'ennemi, adressent aux Saints des Derniers Jours en tant que peuple, où ils disent : « Nous n'avons rien contre vous, gens mormons; en fait, vous êtes de très bonnes gens; vous êtes travailleurs, vous êtes honorables; vous êtes, en effet, de bonnes gens; mais vos dirigeants sont mauvais! » Quelle sotte sophistique que voilà. « Vos dirigeants sont mauvais, mais vous êtes bons. » Cueille-t-on des raisins sur des chardons? D'où viennent ces dirigeants, ne sont-ils pas le fruit et le produit du peuple? Lorsque nous désirons installer quelqu'un à la présidence d'un collège, allons-nous le chercher en dehors de l'Église? Invariablement, ils sont pris parmi les rangs de la prêtrise, parmi le peuple, et ils sont le fruit, le prolongement du peuple. Ce qui me donne un grand encouragement, c'est que le peuple et les dirigeants ne font qu'un, et que le peuple ressemble aux dirigeants; si les dirigeants sont corrompus et mauvais, alors le peuple l'est aussi. Si le peuple est bon, alors les dirigeants le sont aussi, ils sont de la même parenté. Le même esprit les caractérise que celui qui caractérise le peuple dans son ensemble. Quel plus beau compliment pourrait-on faire à des hommes que de dire que le grand corps de gens travailleurs et honnêtes connus sous le nom de Saints des Derniers Jours ont une confiance illimitée en leurs dirigeants? C'est là le compliment que l'opposition adresse aux dirigeants, lorsqu'elle dit qu'ils sont mauvais, car le peuple, fort de quatre cent mille âmes, représenté par les hommes dirigeants de chaque paroisse et de chaque collège de Sion, s'assemble et lève la main, fort de dix mille, pour soutenir ces dirigeants que le monde dit corrompus. Je me demande si l'on pourrait en dire autant des dirigeants de l'opposition, s'il y a des gens qui ont confiance en eux au point de leur confier leurs dîmes, et, s'il le fallait, leur vie? D'après ma connaissance personnelle de certains de ces hommes, je doute que quiconque sur terre ait confiance en eux; je sais que moi, je n'en ai pas. J'ai voyagé avec eux, correspondu avec eux, conversé avec eux, et j'ai eu des relations d'affaires avec certains d'entre eux pendant des années, mais je n'ai absolument aucune confiance en eux, et je sais de quoi je parle. Chez nous, les choses sont tout à fait différentes. C'est la proposition la plus incohérente que j'aie jamais entendue, qu'un peuple ait de mauvais dirigeants alors que ces dirigeants sont pris parmi le peuple et issus de lui. Or, pour un étranger, et peut-être pour certains de nos anciens membres, ces compliments que nous nous adressons à nous-mêmes peuvent sembler un peu choquants. J'admets que nous pourrions aller à l'extrême en nous défendant, mais il ne faut pas oublier, mes frères et sœurs, que nous sommes mis sur la défensive. La guerre menée contre les Saints des Derniers Jours les contraint à parler pour leur propre défense, sans quoi ils se trouvent condamnés par leur silence; et puisqu'ils ont le droit de parler, nul ne peut leur reprocher de le faire s'ils le désirent. Nous ne considérons pas nos dirigeants comme étant sans tache et parfaits. Nous savons qu'ils ont des faiblesses, et pour leurs faiblesses nous avons de la compassion et de la charité, parce que de semblables faiblesses existent en nous. Si les dirigeants et le peuple étaient parfaits, l'Évangile ne servirait à rien, en ce qui nous concerne, car l'Évangile est la puissance de Dieu pour la perfection, ou le salut. C'est un moyen en vue d'une fin, et il a affaire à des êtres imparfaits, et c'est pourquoi nous avons l'Évangile pour corriger nos maux et améliorer notre vie. Nous n'admettons cependant pas que les dirigeants de notre peuple, ni le peuple lui-même, soient le moins du monde en deçà de la moralité et du discipulat chrétiens ordinaires. Je pensais, tandis que les frères parlaient, à un passage familier de l'Évangile selon saint Matthieu. Ce sont quelques-unes des phrases tombées des lèvres du Sauveur lorsqu'il prononçait son grand sermon sur la montagne. Permettez-moi de lire trois versets : ¶
« Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des cieux est à eux! Heureux serez-vous, lorsqu'on vous insultera, qu'on vous persécutera et qu'on dira faussement de vous toute sorte de mal, à cause de moi. Réjouissez-vous et soyez dans l'allégresse, parce que votre récompense sera grande dans les cieux; car c'est ainsi qu'on a persécuté les prophètes qui ont été avant vous. » ¶
« Heureux serez-vous, lorsqu'on vous insultera et qu'on vous persécutera. » Ne nous a-t-on pas enseigné, tout au long de cette conférence, et tout au long de notre vie d'ailleurs, les principes du pardon, de la charité et de la bonté aimante? Si le monde ne nous persécutait pas et ne nous outrageait pas, nous n'aurions rien à pardonner, et nous subirions une grande perte si nous n'avions personne pour nous offenser ou s'opposer à nous. « Heureux serez-vous quand les hommes vous persécuteront », car vous pouvez alors exercer les plus hautes vertus de l'âme humaine, les vertus du pardon et de la charité. Notre bien-aimé Sauveur, l'homme de douleur, est venu sur terre pour nous enseigner comment vivre afin que nous puissions vivre plus abondamment, afin que la vie puisse être rendue grande et belle dans sa nature, afin qu'elle puisse être progressive dans son cours; et sa vie, plus que toute autre vie, nous enseigne le sublime principe du pardon. Il n'était cependant pas toujours doux et soumis. Il ne semblait pas toujours laisser passer le mal, le péché et l'iniquité sans les réprimander. Parfois son âme était remuée d'indignation, et c'est avec noblesse, voire avec sublimité de caractère qu'il dénonçait l'hypocrite, et tous ceux qui aimaient l'iniquité et l'injustice, les appelant hypocrites qui blanchissaient les sépulcres et ainsi de suite, rendant l'extérieur propre, blanc et beau, mais qui, au-dedans, étaient pleins d'ossements de morts, dont le cœur était corrompu et la vie intérieure impie. Ils n'étaient pas ce qu'ils paraissaient être ou prétendaient être. Mais lorsque nous atteignons le point culminant de sa sublime carrière, j'imagine qu'il avait presque besoin de cette qualité de dénonciation et de réprimande, et dans le jardin de Gethsémané, sur la colline du Golgotha, il n'ouvrit la bouche que pour prononcer les paroles sublimes qui firent de lui le Dieu véritable : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu'ils font. » C'est sans doute le plus haut idéal jamais donné au monde, et tout vrai disciple du Christ doit s'efforcer d'atteindre ce beau et saint type de discipulat, de pardonner lorsqu'il est offensé, d'être patient et charitable, non seulement envers les frères qui l'offensent, mais envers les ennemis qui avouent leur colère et leur haine à son égard. Considérez alors, sous cet éclairage, un instant, la position unique qu'occupent les Saints des Derniers Jours dans ce monde. Où trouve-t-on un tel peuple, qui a l'occasion de pardonner et de bénir ceux qui l'outragent et qui voudraient le persécuter? Il n'y a qu'une seule chose sur laquelle le monde chrétien soit uni, c'est la persécution et la dénonciation des Saints des Derniers Jours. L'amour de Dieu n'a pas réussi à unir le monde chrétien pendant deux mille ans, mais la haine de l'œuvre du Christ les a enfin unis. Voilà, certes, une doctrine plutôt étrange, mais c'est ainsi qu'elle apparaît à un Saint des Derniers Jours, et nous revendiquons le droit de parler selon ce que nous ressentons, pour autant que nous respections les autres dans la même mesure. ¶
Cela me rappelle un incident, ou plutôt quelques remarques faites par le président Smith il y a peu de mois, durant la récente tirade de calomnies dont il a été l'objet extrême. Il est venu à une convention d'instructeurs de l'École du Dimanche, fatigué et épuisé par le labeur de sa journée, mais on lui a demandé de s'adresser à la convention, et au cours de son discours il a donné expression à ces pensées, ces sentiments plutôt : « Répondre à nos ennemis dans le même esprit de colère avec lequel ils nous attaquent, ce serait faire entrer le venin de la vipère dans notre propre cœur, et nous abaisser ainsi à leur niveau. Il vaut mieux pour nous dire : "Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu'ils font." Mais, » ajouta-t-il, « je sais qu'ils savent parfaitement ce qu'ils font. » Or, le président Smith (puisque nous ne sommes pas en sa présence, nous pouvons parler librement de lui, car parmi les autres vertus qu'il possède se trouve la vertu de modestie, et en sa présence je ne me sentirais pas libre de parler de lui de cette manière); le connaissant du moins dans une certaine mesure, comme je le connais, j'ai cru voir dans une telle expression un splendide triomphe de son caractère, car ce n'est pas un homme comme nos amis, taillé dans l'albâtre; c'est un homme dont le sang est chaud, plein d'impulsions, de passions, énergique et déterminé par nature, et après avoir subi l'assaut le plus furieux qui ait été mené, poursuivi pendant des mois entiers, il a pu se lever en public et parler avec une telle douceur d'esprit, j'ai pensé quelle splendide victoire il a remportée sur lui-même. Combien il est béni de pouvoir dire : « Père, pardonne-leur, ils ne savent ce qu'ils font », et de ne pas s'abaisser à répondre dans le même esprit de colère qui a caractérisé l'assaut mené contre lui. Et puisque telle est son expérience, telle est aussi l'expérience de chaque Saint des Derniers Jours, car nous ne faisons qu'un, et nous avons tous de semblables et splendides occasions de manifester ces vraies marques du discipulat, le pardon et la charité. ¶
Il y a encore un autre aspect de cette opposition qui développe chez nous toute une philosophie, la philosophie de l'opposition, car le Livre de Mormon nous a dit qu'il doit y avoir de l'opposition en toutes choses. Nous commençons à apprécier les bienfaits de l'opposition. Nous voyons maintenant que cette malédiction, cette malédiction apparente, prononcée sur le père Adam et la mère Ève, était une bénédiction déguisée, et aujourd'hui le déguisement est ôté et nous le voyons clairement. Le Seigneur, lorsqu'il chassa Adam et Ève du jardin d'Éden, leur dit d'assujettir la terre, de la conquérir et d'en avoir la domination. Ce n'était pas une malédiction. C'était la plus grande bénédiction jamais accordée à la race humaine, lorsqu'il leur dit de se mettre au travail, de conquérir et d'assujettir la terre; il leur montra le chemin de la domination, de la souveraineté, du pouvoir. Quel splendide chemin l'humanité a parcouru depuis ce jour jusqu'à aujourd'hui! Comment la terre lui appartient et sert son dessein; comment les bêtes des champs et toutes les créatures de la terre sont au service de l'homme, parce qu'il a conquis la terre et l'a faite sienne. Ainsi, à travers toutes les vicissitudes de la vie humaine, l'opposition, la résistance, ont été une cause du développement chez les hommes de pouvoirs et de facultés qu'ils n'auraient pas connus sans cette opposition. L'aigle ne se heurte-t-il pas rudement le bec contre un rocher avant que l'ichneumon ne vienne? Mais du combat, il retire une vie nouvelle, des forces accrues se développent, et il devient plus fort et plus vaillant pour les vicissitudes qu'il a traversées. Dans la vie nationale, le même principe prévaut. Où irez-vous chercher vos idéaux en tant que citoyens américains, à quelle période particulière ferez-vous appel pour les plus hauts types de civisme américain, pour les plus beaux exemples de patriotisme? Vous n'irez pas chercher dans la longue période de prospérité. Vous retournerez aux jours sombres, à la crise de l'histoire nationale, à un Nathan Hale, ou à un Ethan Allen, qui, conduit à l'échafaud et interrogé s'il avait quelque chose à dire, prononça ces mots : « Mon seul regret est de n'avoir qu'une seule vie à donner pour mon pays. » Vous retournerez à Washington qui, avec ses fils à Valley Forge, affronta les affres et les difficultés d'éléments hivernaux hostiles, à peine vêtu, cherchant sa nourriture, mais qui força son chemin vers une délivrance victorieuse. Vous retournerez à la période critique de Lincoln pour un autre idéal. Ainsi, nous devons toujours nous tourner vers l'heure sombre, le jour de l'adversité, pour découvrir notre vraie force, et voir se développer en nous les plus hauts principes et les plus hautes vertus. Et pour nous, en tant que peuple, le même principe ne prévaut-il pas? Depuis que nous avons enduré les épreuves de l'expulsion du Missouri et de l'Illinois, nous ne pourrions plus être paralysés ni effrayés par de telles choses, parce que l'œuvre de Dieu a triomphé de ces épreuves, et en est sortie plus forte encore. En fait, je crois que nous pouvons poser comme principe fondamental de l'expérience humaine, un principe que l'histoire confirmera de façon satisfaisante, que les hommes accomplissent rarement de grandes choses volontairement, que les plus grandes réalisations du monde sont nées de la nécessité. Les hommes font les choses parce qu'ils y sont obligés; c'est du moins ce qu'a été notre expérience. Sur le plan local, quelle a été notre histoire à cet égard? Nous avons parlé de l'accroissement du nombre, de l'accroissement du territoire occupé par notre peuple. Nous parlons avec plaisir et fierté de la vaste étendue de territoire occupée par les saints de Dieu. Nous montrons le Mexique au sud et le Canada au nord, et la splendide bande de terre entre les deux qui se trouve plus ou moins dans le domaine du mormonisme. Comment avons-nous fini par acquérir pied et position au Mexique? Non parce que nous le voulions, mais parce que nous y avons été contraints, parce que les choses étaient inconfortables en Utah, et que nous avons dû aller au Mexique. Comment avons-nous découvert et acquis pied et de prometteuses communautés prospères dans l'État de la Gemme au nord? Non parce que nous voulions aller dans l'Idaho, mais parce que, dans des circonstances particulières, nous avons dû y aller, et l'on peut en dire autant du Canada. Ainsi, l'opposition et la nécessité nous ont apporté les plus grandes bénédictions que nous connaissions; et si jamais nous devions déménager d'ici, en partie ou en totalité (je ne vois pas comment cela pourrait arriver), l'histoire suggère que nous ferions par là un pas de plus en avant, parce que cela nous conviendrait de le faire. Ainsi, nous n'avons rien à craindre de l'opposition, mais nous devons nous réjouir et être dans une grande allégresse à cause des bénédictions qui nous en viennent. ¶
Cela me rappelle les paroles du prophète Joseph, que je voudrais lire en conclusion, car elles sont pour moi une source d'encouragement, et elles le seront pour tous les Saints des Derniers Jours; et si lui, qui avait traversé les épreuves difficiles qu'il a connues, a pu parler ainsi, assurément nous, soixante-dix ans plus tard, avec toutes les splendides réalisations qui se sont déroulées devant nous, nous pouvons aussi faire écho à ses paroles. Il a dit : ¶
« Aucune main impie ne peut arrêter le progrès de l'œuvre; les persécutions peuvent faire rage, les foules peuvent se liguer, les armées peuvent se rassembler, la calomnie peut diffamer, mais la vérité de Dieu ira de l'avant, hardiment, noblement et de façon indépendante, jusqu'à ce qu'elle ait pénétré chaque continent, visité chaque climat, balayé chaque pays, et retenti à chaque oreille, jusqu'à ce que les desseins de Dieu soient accomplis, et que le grand Jéhovah dise que l'œuvre est achevée. » Amen. ¶