La mission japonaise et l'obéissance
Heber J. Grant
Il est inutile pour moi de dire aux saints des derniers jours que je me réjouis d'avoir de nouveau le privilège de me tenir devant vous dans ce Tabernacle. C'est en vérité un plaisir, pour tout homme et toute femme qui possède un témoignage de la divinité de l'œuvre à laquelle nous nous consacrons, d'aller de l'avant et de rendre ce témoignage à ses semblables. Il n'y a pas de joie qui vienne au cœur humain, autant que mon expérience de la vie me permette d'en juger, qui égale celle que nous ressentons lorsque nous sommes engagés dans l'œuvre du Seigneur, chez nous ou à l'étranger. Je crois, en règle générale, que lorsque nous sommes loin de chez nous, et déchargés des soucis ordinairement associés aux affaires courantes de la vie, qui absorbent la plus grande part de notre attention, nous nous rapprochons alors du Seigneur, et recevons plus abondamment les manifestations de son Saint-Esprit que lorsque nous sommes chez nous. C'est à cause de ce fait que le jeune ancien qui revient de mission, et l'ancien qui a été en deuxième ou troisième mission, s'il a été fidèle, peut se lever devant les assemblées des saints et témoigner qu'il a grandement joui de ses travaux missionnaires, malgré qu'il ait été séparé de ses amis et n'ait pas poursuivi les occupations ordinaires de la vie. ¶
Au cas où je l'oublierais, je veux dire un mot ou deux sur le cantique que nous venons d'entendre — « The Morning Breaks, the Shadows Flee », etc. Je ne prendrai pas le temps de le lire, mais c'est le premier cantique du recueil. Il fut écrit sous l'inspiration du Seigneur, par l'un des plus grands prédicateurs et écrivains de l'Évangile de son époque — Parley P. Pratt. Que Dieu soit loué, il a des petits-fils qui savent le chanter si bien! Cela remplit mon cœur de joie quand je réalise que des hommes qui ont donné leur vie, et tout leur temps et leurs talents à l'œuvre de Dieu, qui n'ont jamais cherché à accumuler des richesses, ont laissé des fils et des petits-fils qui marchent sur leurs traces. « The Voice of Warning » est aujourd'hui aussi vivant qu'au jour où Parley P. Pratt en acheva la rédaction. Il est envoyé par dizaines de milliers, et il y a une inspiration et un pouvoir qui accompagnent cette œuvre partout où elle est diffusée. ¶
Je sais que les saints des derniers jours se sont grandement intéressés à la mission que j'avais été appelé à présider, et je regrette de ne pouvoir vous dire que nous avons accompli quelque chose de merveilleux là-bas au Japon. Pour être tout à fait franc avec vous, je reconnais avoir accompli fort peu de chose, en tant que président de cette mission; et fort peu a été accompli — pour ce qui est des conversions — par les quelques anciens envoyés y travailler, ou par les sœurs qui m'accompagnaient. En même temps, j'ai l'assurance dans mon cœur qu'il y aura encore un grand et important travail accompli dans ce pays. Les habitants sont un peuple merveilleux. Ce qu'ils ont accompli au cours des cinquante dernières années, depuis que le pays s'est ouvert aux étrangers, tient presque du prodige. En vérité, « une nation est née en un jour », au Japon! Lorsque je revenais de cette mission, ainsi que sur le chemin de l'aller, j'ai été profondément impressionné par le grand progrès accompli par ce peuple. J'ai voyagé de Seattle au Japon, à mon retour dans ce pays, sur l'un des vaisseaux de la compagnie du Japan Steamship. C'est un vaisseau d'une capacité de six à sept mille tonnes. Il fut construit par les Japonais eux-mêmes. Il appartient à des capitaux japonais, et il fait concurrence sur les marchés du monde, pour ainsi dire, aux navires anglais et américains, et il tient sa place. Cette compagnie possède aussi une grande ligne de vapeurs allant en Angleterre, en Australie et en Nouvelle-Zélande. C'est l'une des plus grandes compagnies possédant des vaisseaux sur l'océan Pacifique. Quand vous pensez à plusieurs milliers de tonnes de charbon chargées dans un vaisseau, vous pouvez imaginer que c'est un bateau d'une taille respectable. Il est presque deux fois aussi long que le magasin de la Zion's Co-operative Mercantile sur Main Street, et il a deux fois plus d'étages, en comptant les ponts sous et au-dessus de la ligne de flottaison, bien qu'ils ne soient pas tout à fait aussi hauts; et il fait environ 50 pieds de large. C'est assurément un vaisseau immense. Je suis revenu chez moi par un autre vaisseau, appartenant à la même compagnie, tout juste achevé au Japon, et commandé par l'homme qui était en charge de celui sur lequel j'étais allé au Japon. Pour vous donner une idée de la stabilité de ces grands vaisseaux, je dirai que nous avons quitté le Japon pour rentrer chez nous en plein milieu de ce qu'on appelle un typhon asiatique, et malgré que l'eau balayât par moments le pont avant, qui se trouvait, je crois, à 25 ou 40 pieds au-dessus de la mer (il est très difficile de juger de la hauteur en regardant par-dessus le bordage d'un vaisseau), et malgré que les vagues fussent hautes, je ne crois pas qu'un verre d'eau, posé sur le sol, se serait renversé durant la tempête. ¶
En écoutant les remarques du président Smith, j'ai été fortement frappé par certaines leçons que j'ai apprises en allant au Japon. L'une d'elles est qu'il y a en Utah une abondance de possibilités pour tout homme actif et bien éveillé, et qu'en vérité, il n'a pas besoin de courir de par le monde pour tenter de trouver un meilleur pays où aller. En Utah, nous cultivons environ 15 pour cent du sol. Au Japon, on prétend qu'ils n'en cultivent que 12 pour cent. Le Japon est environ 25 pour cent plus grand que notre État; par conséquent, la surface de terre cultivée y est à peu près la même qu'ici; pourtant ils font vivre sur cette étendue de terre entre quarante et cinquante millions de personnes! Nous pensons que nous cultivons la terre; eh bien, nous ne faisons que la gratter, mes frères et sœurs. Il y a eu une augmentation remarquable de la valeur des terres dans les environs de la fabrique de sucre de Lehi, ainsi que des terres dans les environs des fabriques d'Ogden, de Logan et de Garland, à cause d'une meilleure culture donnant de plus grandes récoltes. Je sais que c'est là un problème qui se pose aux saints des derniers jours. Nous devrions étudier ensemble comment créer des améliorations qui feront produire davantage à la terre, plutôt que d'essayer de voir où nous pourrions aller obtenir un grand morceau de terre. Il y a bien des hommes qui, avec quelques acres bien soignés et cultivés, produisent davantage que ceux qui possèdent de grandes fermes qu'ils ne font que gratter. Nous devrions avoir des poules pour faire le grattage, mais nous devrions cultiver soigneusement notre terre. Je me souviens d'un homme qui vit à Lehi, à un peu plus d'un jet de pierre de la gare de chemin de fer. Une année, cet homme a récolté, sur un peu moins de quatre acres de terrain, 128 tonnes de betteraves. C'était un homme fort honnête, et il se rendait compte que beaucoup de ces betteraves n'étaient pas bonnes pour le sucre. Vous savez, dans les débuts de la fabrique de sucre de Lehi, nous devions accepter toutes les betteraves que le fermier apportait, quelle qu'en fût la qualité. Ce n'était pas comme le blé; si le fermier récoltait du blé et qu'il fût gelé, sans valeur, le meunier n'était pas obligé de l'acheter; mais quand nous avons lancé l'industrie sucrière, nous nous sommes, pour ainsi dire, mis à genoux devant le fermier, et si cela ne suffisait pas, nous avons presque rampé vers lui, et l'avons supplié de cultiver des betteraves. Nous devions accepter toutes les betteraves qu'ils nous apportaient, et les payer 5 dollars la tonne, puis nous devions en nourrir les porcs avec une partie, car elles n'étaient absolument bonnes à rien, n'ayant aucune matière saccharine. Cet homme dont je parle, cependant, se rendant compte que les grosses betteraves qui avaient poussé sur le bord de son petit jardin, près de l'endroit où coulait l'eau, avaient bien peu de sucre, et qu'elles ne valaient pas 5 dollars la tonne, en choisit environ huit tonnes des plus grosses et les garda pour nourrir son propre bétail; il nous apporta le reste, et en tira 600 dollars en argent comptant — de quatre acres. Peu après, je me rendis dans la vallée de la Snake River. J'y trouvai un homme possédant 360 acres (j'étais plutôt désolé qu'il n'en eût pas 400), et je lui demandai combien il avait récolté cette année-là. Il me dit environ 500 dollars. Il avait gratté, travaillé, labouré et hersé sa grande ferme, et avait récolté ce peu; tandis que mon ami avec ses quatre acres — soit dit en passant, il avait un jardin de fleurs, et cultivait des légumes pour sa famille, de sorte qu'il n'avait pas tout consacré aux betteraves — avait gagné 600 dollars en argent comptant. Il avait aussi le plaisir de vivre là, parmi ses amis, jouissant des avantages des écoles et autres commodités pour ses enfants, au lieu de vivre isolé dans un ranch, sans avantages scolaires, sans société, sans associations d'amélioration, sans écoles du dimanche, et où il aurait dû gratter, marcher, herser, labourer et s'épuiser. Puis, en ce temps-là, nous accordions des prix (je ne sais pas si on les accorde encore) pour les meilleurs 10 acres, les meilleurs 5 acres, et les meilleurs 2 acres et demi; et les quatre acres de cet homme valaient mieux que les 2 acres et demi de quiconque, si bien qu'il obtint un prix de 50 dollars. Ainsi, ses quatre acres de terre lui rapportèrent huit tonnes de betteraves, des légumes pour sa famille, lui fournirent une maison où vivre, et lui donnèrent 650 dollars en argent comptant. ¶
Le président Young essaya d'établir l'industrie de la soie, quand j'étais enfant, et certaines personnes se moquèrent et raillèrent cette idée. Elles se moquèrent et raillèrent aussi l'industrie sucrière. Je me souviens que chaque fermier à qui j'en parlais disait que nous ne pouvions pas nous permettre de cultiver des betteraves; qu'il en coûterait plus cher de les planter, de les arracher et d'en couper les fanes qu'elles ne valaient réellement. Ils savent mieux maintenant. Bon nombre d'entre eux ont découvert qu'il est raisonnablement rentable de cultiver des betteraves. Avant d'aller au Japon, j'ai fait évaluer bien des fermes dans les environs de Lehi, et les propriétaires avaient simplement doublé les prix par rapport à ce qu'ils étaient avant la construction de la fabrique. Je vous dis que l'augmentation réelle de la valeur des terres dans le comté d'Utah dépasse le coût de la construction de cette fabrique. Aussi, je suis enclin à penser que cela a bénéficié au fermier, que ce fut avantageux au peuple aussi bien qu'à l'actionnaire — c'est-à-dire, à ceux qui devinrent actionnaires après que l'affaire fut lancée, et non certains d'entre nous qui y sommes entrés au commencement et qui y avons « fait faillite ». ¶
Je trouve qu'il y a beaucoup d'occasions, si nous voulons seulement en profiter, et si nous étudions constamment comment améliorer et accroître la production du sol, ainsi que faire le meilleur usage possible de nos moyens. On me dit que beaucoup de terres, dans certaines parties de la vallée de Cache, considérées jadis comme de bien peu de valeur, sont aujourd'hui très précieuses, à cause de l'industrie laitière. Je me réjouis d'apprendre cette augmentation de valeur due à l'établissement de manufactures. J'ai toujours porté des vêtements faits chez nous. (Bien sûr, je porte en ce moment des vêtements japonais, mais ils seront bientôt usés, et si je reste ici assez longtemps, je porterai de nouveau des étoffes de Provo.) J'ai toujours cru bon d'en porter. Pourquoi? Parce qu'un costume fabriqué chez nous garde 20 à 30 dollars au pays; tandis qu'en envoyant la laine au loin pour la faire travailler, la communauté ne s'enrichirait que de 75 cents rapportés! En gardant les 30 dollars ici, si je ne les reçois pas, quelqu'un d'autre les reçoit; et j'ai toujours pensé que, s'ils circulaient dans les environs, peut-être finirais-je par en récupérer une part. En achetant des vêtements faits chez nous, il y a en partie du patriotisme, et en partie un souci de mon propre intérêt. ¶
Le peuple du Japon est industrieux. Il apprend l'économie, parce qu'il doit simplement vivre de très peu. Je crois que si les saints des derniers jours pratiquaient plus généralement l'économie, la frugalité, et augmentaient la production du sol, il y aurait de plus grandes occasions non seulement pour ceux qui sont ici, mais pour bien des fois leur nombre. Nous n'avons pas besoin d'aller au Mexique, au Canada, au Wyoming ou ailleurs, pour améliorer notre condition, en règle générale. Remarquez bien, il y a des exceptions, et je ne veux pas que l'on pense que je ne souhaite pas voir le Canada, le Wyoming, le Colorado et le Mexique se développer. Je me réjouis de voir Sion s'étendre. Mais, en s'étendant, que le peuple cherche à s'améliorer. Ne prenez pas tant de terre que vous vous épuisiez au travail, et laissiez vos enfants se quereller à son sujet. Contentez-vous d'une ferme de taille modérée — une que vous puissiez cultiver et faire produire au maximum. Comme je le dis, en voyant cette nation de quarante ou cinquante millions de personnes soutenue sur pratiquement la même étendue de sol que nous cultivons, cela m'a donné l'idée qu'il existe de merveilleuses possibilités pour nous d'établir d'autres industries en plus de l'industrie sucrière. ¶
Or, je dis aux saints des derniers jours, recherchez l'Esprit du Seigneur. Priez Dieu de vous donner le désir et la force de mettre à exécution, dans toute la mesure de la capacité que Dieu vous a donnée, le conseil et les instructions du serviteur de Dieu et de ses conseillers, qui se tiennent à la tête de ce peuple. Je vous dis que si Wilford Woodruff s'était appuyé sur les saints des derniers jours, et sur l'inspiration des saints des derniers jours pris individuellement, vous n'auriez jamais eu d'industrie sucrière dans ce pays, du moins pas avant de nombreuses années encore. La Présidence de cette Église, aux jours du « boom », et juste avant l'effondrement, écrivit des lettres circulaires et les envoya par tout Israël, déclarant qu'elle désirait que cette industrie fût établie. Elle en appela aux saints des derniers jours, d'un bout à l'autre de Sion, pour qu'ils investissent leur argent; et des hommes qui investiraient dix, vingt, trente, cinquante mille dollars dans des moutons, et s'endetteraient même pour cela, ne mettraient pas plus de cinquante ou soixante dollars dans cette industrie destinée à créer de l'emploi pour les saints des derniers jours, et à profiter aux fermiers. Si vous montriez à quelque riche éleveur de moutons un troupeau valant quinze mille dollars, et que vous lui disiez qu'il pouvait l'avoir pour quatorze mille, il irait à la Deseret National Bank, ou à la State Bank, emprunterait l'argent, et prendrait le risque; mais il n'emprunterait pas d'argent pour le mettre dans une industrie que l'homme que Dieu avait appelé à se tenir à la tête de ce peuple désirait voir établie. Non; il donnerait les soixante dollars, en disant qu'il ne s'attendait jamais à les revoir, parce que l'entreprise ne réussirait pas. Tout Israël, dans la plus grande industrie qui ait été établie ici jusqu'alors, investit l'énorme somme de dix mille dollars au moment où le premier versement dut être fait sur cette fabrique. Beaucoup d'hommes riches auprès de qui je me rendis, muni d'une lettre de la Présidence de l'Église, leur demandant d'aider cette industrie — et ils en étaient pourtant amplement capables — refusèrent de le faire, disant qu'ils ne croyaient pas que l'Église eût quoi que ce soit à faire dans une fabrique de sucre, que ce n'était pas du ressort de l'Église de faire de telles choses. Je vous dis que c'est le devoir de la Présidence de cette Église de demander au peuple de faire tout ce que l'inspiration de Dieu lui dicte de faire. N'eût été la sagesse de Brigham Young, sous l'inspiration du Dieu tout-puissant, les saints des derniers jours ne seraient pas du tout dans ce pays. Nous sommes ici en accomplissement de la prédiction de Joseph Smith, dans laquelle il déclara que nous serions chassés de ville en ville, de comté en comté, et finalement poussés jusqu'aux montagnes Rocheuses, pour y devenir un peuple grand et prospère. C'est par l'inspiration de Joseph Smith et de Brigham Young que le peuple a été établi ici; et c'est par les bénédictions de Dieu et sa sollicitude envers ce peuple qu'il a prospéré. Lisez dans l'Improvement Era (je crois que c'est dans le premier volume) un article intitulé « A Voice from the Soil », par le professeur Widtsoe; il montre l'inspiration de Dieu envers ces deux hommes. Nous sommes dans l'un des plus grands et des plus beaux pays producteurs de la terre; et ce savant, le professeur Widtsoe, dit que ce pays est capable de soutenir le peuple de toutes les nations de la terre, quand elles fuiront vers Sion pour y trouver refuge. Soyons prêts et disposés à suivre nos chefs de file, et à les soutenir. Je vous dis que l'établissement de l'industrie sucrière ici est le résultat de l'inspiration de Dieu à Wilford Woodruff, cet homme doux et humble qui était digne de l'inspiration de Dieu, et qui la reçut. Bien que des hommes d'affaires, et d'autres, aient critiqué son action à l'époque, j'ai vécu assez longtemps pour voir sa sagesse se révéler supérieure à la critique des « sages », et le peuple en a été béni et bénéficié. Vous serez toujours bénis et avantagés en suivant les avis et les conseils de ceux que Dieu a choisis pour présider l'Église. En honorant l'homme que Dieu a choisi, Dieu vous honorera et vous bénira; et à mesure que vous accomplirez individuellement votre devoir, vous grandirez et croîtrez dans la lumière et l'inspiration de l'Esprit de Dieu. À mesure que nous grandissons et croissons individuellement, ainsi grandit et croît l'Église. Je vous le dis, « l'obéissance vaut mieux que les sacrifices et l'observation de sa parole vaut mieux que la graisse des béliers ». Je suis prêt à être complètement ruiné financièrement, si cela résultait de l'accomplissement du conseil et des désirs de ceux que Dieu a placés pour présider sur moi. C'est là l'œuvre de Dieu. Joseph Smith fut un prophète de Dieu; nous devons nous en souvenir. Nous devons « chercher premièrement le royaume de Dieu et sa justice », et alors toutes les autres choses nous seront données par-dessus. La vie éternelle, voilà ce pour quoi nous travaillons. Ne laissons pas la sagesse, les richesses ou l'instruction du monde, ni quoi que ce soit d'autre, aveugler nos yeux au fait que ceci est l'œuvre de Dieu, et que le porte-parole de Dieu est sur la terre; quand il parle, soyons prêts et disposés, avec notre temps, nos talents et tout ce qui nous a été donné, à travailler pour accomplir ce que Dieu désire. Je vous le dis, Dieu justifiera son porte-parole, comme il a justifié Wilford Woodruff et ses conseillers dans l'établissement de l'industrie sucrière. ¶
J'ai complètement oublié la mission japonaise, à force de prêcher sur la fabrique de sucre de Lehi. Je me réjouis de dire que nous avons fait un voyage délicieux au Japon; et un très agréable voyage de retour, sauf les trois premiers jours, où nous étions dans le typhon. Quand nous tenions un service, le capitaine nous fit l'honneur de venir à la réunion. Il fêta son soixante-dixième anniversaire à bord du vaisseau alors que nous rentrions, et les passagers contribuèrent chacun quelques dollars, et remirent la somme à un monsieur chargé d'acheter une très belle coupe d'argent à offrir au capitaine, à son arrivée à Seattle. J'ai tenu des services sur le bateau pendant la traversée, et j'ai parlé pendant 40 ou 50 minutes. Le capitaine dit qu'il était en mer depuis son enfance, mais qu'il avait vu tant d'hypocrisie en matière de religion qu'il n'assisterait jamais à aucune des réunions qui se tenaient sur son vaisseau. Mais, il semble qu'il ait appris à nous aimer, car, comme nous allions avec lui au Japon, il vint à la réunion et nous écouta; et il dit: « Je déclare que c'est du bon sens, ce que vous dites là. La vôtre est une religion assez pratique; j'aime plutôt les mormons, et je serai toujours heureux de les avoir à bord de mon bateau. » ¶
Au Japon, nous avons beaucoup d'amis sincères; et nous nous réjouissons de savoir que nos anciens s'en tirent tous fort bien; et les deux sœurs là-bas ont un excellent esprit. Nous étions une douzaine là-bas, et je ne crois pas avoir jamais été associé avec le même nombre de frères et de sœurs, pendant la même durée, que j'aie aimés plus tendrement. Ils sont très précieux. Bien sûr, ils sont jeunes et inexpérimentés, mais le Seigneur les bénit, et les plus jeunes apprennent la langue très rapidement. Je suis fort satisfait des progrès qu'ils font. Le frère Ensign, je le sens, sera capable de prendre en charge les affaires de cette mission tout aussi bien que je l'aurais pu faire moi-même si j'étais resté. Il a l'expérience du travail missionnaire; il aime l'œuvre du Seigneur, et il serait prêt et disposé, s'il le fallait, à donner sa vie pour la cause, et c'est tout ce qu'un homme peut faire. Il a trouvé difficile d'apprendre cette langue, et une fois ou deux il s'est montré un peu découragé. Je ne l'en blâme pas. Nous nous décourageons tous parfois; mais si nous nous repentons de notre découragement, et travaillons avec un zèle accru, le Seigneur ne nous en tient jamais rigueur, non plus que nos frères. Une raison pour laquelle le frère Ensign s'est peut-être un peu découragé par moments était, je crois, qu'il avait mené une vie si active et énergique comme missionnaire dans le Colorado. Là, il était à l'œuvre tôt et tard, chantant, priant et prêchant, dehors et dedans; puis passer au Japon, s'asseoir et étudier ce que les gens appellent « cette langue abominable » jour après jour, sans rien d'autre à faire — eh bien, je vous le dis, cela exige bien davantage de courage et d'endurance que de sortir faire un travail actif. Cela éprouve un homme plus que le labeur lui-même. Il ne faut pas beaucoup de courage à un homme pour en terrasser un autre qui le frappe; mais il en faut beaucoup pour subir un coup sans le rendre. Cela devient monotone de ne rien faire. Bien des hommes sont excellents dans un combat, mais de peu de valeur pour monter la garde. Le frère Ensign travaille fidèlement et diligemment, et le Seigneur le bénit. Tous les anciens là-bas l'aiment, et il a assez de sagesse, et suffisamment de l'Esprit du Seigneur, pour y présider avec succès. ¶
Quand j'ai reçu ma libération, j'ai senti que je ne pouvais pas rentrer chez moi; qu'il me fallait rester au moins six mois de plus; et la première nuit, au lieu d'être heureux, comme on l'est d'ordinaire quand on est libéré pour rentrer chez soi, je me suis senti triste, pour la première et la seule fois au Japon. Je ne me suis pas endormi avant trois ou quatre heures du matin, et j'ai senti que je devais câbler chez moi pour demander la permission de rester. Mais le lendemain, je me suis mis à m'interroger: à quoi bon rester ici? Combien de plus peux-tu faire que le frère Ensign? Et j'ai commencé à réaliser que c'était le désir de pouvoir rentrer chez moi et de vous dire que j'avais accompli quelque chose qui inspirait mon souhait d'y rester plus longtemps. C'était un esprit d'orgueil; je répugnais à devoir vous dire que j'y avais été 15 mois sans rien accomplir. Je voulais rester six mois de plus, pour obtenir quelques résultats du travail actif que nous y avions fait, afin de pouvoir rentrer et dire que j'avais aussi bien réussi que d'autres apôtres partis en mission. J'ai conclu que c'était de l'orgueil, et non l'Esprit du Seigneur, qui suscitait ce sentiment. Puis j'ai pensé que je pourrais rentrer et peut-être aller ailleurs, si le Seigneur voulait que je le fasse; du moins, je pourrais faire quelque chose de plus utile que de rester assis au Japon, et là-bas tout irait bien; peut-être pourrais-je déplacer une pierre, sinon plus, en rentrant. Dès l'instant où j'ai retrouvé le juste esprit, j'ai été merveilleusement heureux. Le frère Kelsch fut honorablement libéré pour rentrer chez lui, et je crois que ce fut à peu près pareil pour lui que pour moi; mais, sans doute, après y avoir réfléchi une nuit, comme je l'ai fait moi-même, il a été bien content de rentrer. Vous pouvez le lui demander quand vous le verrez. Le frère Kelsch et moi, j'en ai peur, sommes trop avancés en âge pour jamais apprendre le japonais. Je crois, comme le président Smith, que le Seigneur nous aidera à accomplir quelque chose si nous faisons tout notre possible par nous-mêmes pour y parvenir; mais dans ce cas, le Seigneur devrait aider le frère Grant et le frère Kelsch dans une si grande mesure que je ne crois pas que l'un ou l'autre d'entre nous ait eu la foi de croire qu'il le ferait. ¶
Des quatre qui étaient originellement partis au Japon, il reste les frères Ensign et Taylor. Le frère Ensign en est maintenant le président, et il fera bien. Le frère Taylor a fort bien réussi. Le Seigneur l'a abondamment béni. Il a étudié avec diligence, et c'est un jeune homme merveilleusement intelligent et brillant. Contrairement à l'effet habituel, quand le Seigneur a doté un jeune homme d'une capacité remarquable, au lieu que sa tête n'enfle et qu'il ne pense tout savoir, il est aussi humble et modeste qu'il est brillant. Je n'ai jamais été associé, de toute ma vie, à un jeune homme plus diligent, plus énergique et plus fidèle. Il est un honneur pour ses parents, et pour l'œuvre de Dieu; et, aussi vrai qu'il vive, il deviendra un instrument entre les mains de Dieu pour accomplir une grande et noble œuvre. Les cinq jeunes gens qui m'ont accompagné plus tard ont tous été diligents. Certains d'entre eux ont trouvé plus facile d'apprendre la langue que d'autres. Ce sont tous des esprits d'élite, et ils progressent constamment. Ceux qui ont eu le plus de difficulté à apprendre la langue ont été les plus abondamment bénis par notre Père céleste. Ils ont été diligents, et le Seigneur a semblé leur donner en compensation ce qui leur manquait en apprentissage rapide. Ceux qui ont trouvé le plus difficile de parler japonais, à plusieurs occasions, en expliquant les principes de l'Évangile, le Seigneur leur a donné des paroles à dire, et ils ont pu parler au-delà de leur connaissance de la langue. Nous nous sommes réjouis de ce témoignage supplémentaire de la bonté de Dieu envers nous. Les deux sœurs qui s'y trouvent ont fort bien réussi. Ma femme a trouvé très difficile d'apprendre la langue, étant plus avancée en âge que les autres sœurs; elle l'a cependant bien mieux apprise que moi. Ce fut néanmoins une tâche ardue pour elle. Ma fille l'a trouvé plus facile; et j'ai vraiment regretté, à cause d'elle, de rentrer à la maison; car elle acquérait l'esprit missionnaire; elle était capable de rendre témoignage, et elle le faisait humblement, et avec la bénédiction de Dieu. J'ai senti que, si elle avait pu rester là quelques mois de plus, Dieu lui aurait donné un témoignage accru, et un pouvoir et une capacité d'accomplir un travail remarquable dans ce pays. J'étais triste de la ramener chez nous, parce que je sentais qu'elle acquérait, dans son enfance, une expérience qui lui serait d'une très grande valeur. ¶
Le peuple là-bas fut aussi bienveillant et prévenant envers nous que nous aurions pu le désirer. Nous avons suivi les conseils que nous avions reçus de la Présidence, du mieux que nous le pouvions. Nous avons publié deux tracts. L'un d'eux était un court tract que j'ai écrit, contenant quelques renseignements sur l'Église, qui a été republié dans l'« Era ». L'autre était un tract écrit entièrement par le frère Taylor, sur Dieu. Il n'a pas tenté d'écrire sur la Divinité, de peur de troubler ce peuple. C'est un tract fort habile. Il en avait d'abord écrit un qui aurait été fort satisfaisant dans tout pays où l'on comprend l'anglais; mais il me sembla que ce serait trop profond, et bien au-delà de ce que les Japonais pourraient comprendre; alors je le lui remis en disant: Frère Taylor, je voudrais que vous demandiez au Seigneur de vous aider à écrire cela dans une sorte de style de manuel de deuxième année. Il le récrivit, et le simplifia; et, si vous n'aviez pas su que le même homme avait écrit les deux tracts, vous auriez eu peine à le croire. Cela nous ravit tous, et nous louâmes le Seigneur pour la capacité qu'il avait donnée au frère Taylor d'écrire ce tract; nous sentons qu'il fera beaucoup de bien. Le peuple là-bas s'intéresse merveilleusement à apprendre l'anglais. À un moment, il y avait dix jeunes gens qui voulaient être baptisés. Nous leur avons dit de ne pas se presser, mais de venir nous voir de temps en temps, et nous parlerions avec eux, et, une fois qu'ils comprendraient mieux l'Évangile, nous les baptiserions. Mais dès que le frère Taylor et les autres frères furent assez avancés pour que, lorsqu'ils venaient et parlaient anglais, les frères leur répondaient en japonais, ils se mirent à se retirer les uns après les autres. Presque tous nos convertis furent de cette sorte. Ils nous aiment très tendrement, ils savent que nous avons la vérité, et ils veulent être baptisés tout de suite; mais dès que nous cessons de leur parler anglais, ils perdent leur amour de l'Évangile. Cela m'amusait fort de voir un Japonais intelligent et brillant s'asseoir toute une soirée à converser avec le frère Taylor, déterminé à parler anglais et jamais un mot de japonais, tandis que le frère Taylor, tout aussi déterminé, ne disait jamais un mot d'anglais, lui parlant en japonais. ¶
Nous n'avons baptisé que trois personnes jusqu'à présent, et deux d'entre elles, j'en ai peur, ne valent rien. L'autre, je crois, est un homme converti et un saint des derniers jours. Les deux premiers baptisés étaient assez prometteurs, et, lorsque je suis rentré la première fois, j'ai rapporté à quel point nous étions satisfaits de ces deux hommes. L'un d'eux savait parler anglais, et avait lu la Bible. Oh! il y croyait entièrement — prêt à donner sa vie pour cela. J'ai découvert par la suite qu'il voulait m'emprunter de l'argent pour lancer un établissement de médecine brevetée. L'autre homme, un prêtre shintoïste, que j'essayai de persuader d'attendre un peu avant d'être baptisé, mais il dit qu'il croyait chaque parole. J'ai pris les « Ready References » du frère Kelsch, et je les ai passées en revue avec lui, par l'entremise d'un interprète, référence par référence, et il les avalait toutes. Moins d'une semaine après mon premier départ du Japon, il voulait de l'argent des frères, et dès que je fus de retour là-bas, il voulut mille cinq cents dollars de moi pour lancer une imprimerie, et quand il ne les obtint pas, sa foi s'évapora. Le dernier converti nous a carrément « pris à partie » au début. On lui avait enseigné l'anglais par un pasteur chrétien, et il connaissait tous les arguments de nos amis chrétiens. Il venait régulièrement livrer bataille avec le frère Taylor, et le frère Taylor le vainquait à chaque fois, jusqu'à ce qu'il commençât à comprendre que nous devions détenir la vérité, voyant que tout ce qu'il avançait était réfuté. Il se mit à étudier notre foi, et lut le Livre de Mormon. Il fut finalement baptisé, et est resté fidèle depuis, et nous espérons qu'il continuera ainsi. ¶
Or, je n'ai pas raconté la moitié de mon histoire; mais le temps est écoulé. Que Dieu vous bénisse. Amen. ¶