L'œuvre de Dieu ne dépend pas du monde
Matthias F. Cowley
Mes frères et sœurs, c'est très réjouissant de voir tant de monde assister à cette conférence, et je sens qu'une agréable variété d'instructions nous a été donnée, et que ce serait une bonne chose pour les saints des derniers jours dans leur ensemble, et pour la Prêtrise en particulier, de noter, sinon dans un carnet, du moins dans leur esprit, les points d'instruction qui ont été abordés, afin que nous puissions agir en conséquence dans nos diverses paroisses et pieux à notre retour. Ce n'est pas par de brillantes généralités que nous accomplissons beaucoup ; c'est en retenant les détails et en travaillant sur eux de manière à en tirer de bons fruits. Je ne me souviens pas d'avoir assisté à une conférence où j'ai senti que l'Esprit du Seigneur avait mû les frères de façon plus complète et plus appropriée, abordant les sujets particulièrement adaptés à nos besoins. ¶
Une idée m'a frappé en écoutant mes frères, c'est que toute l'histoire de cette œuvre a montré que nous n'avons pas besoin de l'aide du monde pour la soutenir. Je ne veux pas dire par là que je méprise l'assistance, le sentiment ou le soutien bienveillants que peuvent nous accorder des hommes honnêtes et droits qui, de temps à autre, défendent les droits des saints des derniers jours, et qui ont assez de la lumière de la vérité pour voir la pureté et la puissance des doctrines enseignées par ce peuple ; mais je veux dire que tout cela montre que Dieu a établi cette grande œuvre, et qu'il l'a soutenue en tous points. Lorsque j'ai entendu frère Smoot, ce matin, parler et lire un peu sur les idées que les hommes se font de l'effet du « mormonisme », comme on l'appelle, plus particulièrement dans les États de l'Est, certains estimant qu'il représentait une grande menace pour le peuple, je me suis dit que le monde faisait un cauchemar. J'ai entendu une fois Sol Smith Russell lire un essai sur le cheval. Il disait que le cheval était un animal noble. Il vivrait d'avoine et de sciure, disait-il. Puis il se mit à décrire les diverses sortes de chevaux qui existaient. Il dit qu'il y avait le cheval de bois, et le raifort (« cheval-radis »), et puis il y avait le revolver Colt, et puis il y avait le « night-mare » (le cauchemar). Il dit : « le cauchemar est un cheval qui naît la nuit, et ma tante Jane en a beaucoup. » Je pense que l'esprit de secte fait un cauchemar de cette œuvre, et il se peut que ce soit juste qu'il en soit ainsi. Cela me donne le sentiment qu'il n'y a pas seulement des prophètes parmi le peuple de Dieu, mais qu'il y en a aussi dans le monde. J'ai entendu, il y a quelques années, un de nos hommes politiques locaux se lever devant un public, à l'époque où la question de la division selon les lignes politiques nationales agitait ce peuple, et où certains doutaient de son opportunité. Ils voulaient maintenir uni l'ancien parti anti-mormon, et nous acculer davantage au mur, et user de leur pouvoir auprès des grands partis de la nation pour affliger et opprimer ce peuple par une législation hostile. L'un des orateurs qui se levèrent pour s'adresser à cet auditoire fit cette déclaration : « Les mormons finiront par l'emporter, quoi que vous fassiez. » Il dit qu'il ne croyait pas à la division selon les lignes politiques ; il croyait qu'il fallait garder la main sur les mormons aussi longtemps que possible, car, disait-il, ils finiront par l'emporter. Pour illustrer sa prophétie, il raconta une anecdote au sujet du général Mahone, de Virginie, et de l'un de ses esclaves noirs, comparant notre peuple au général et eux-mêmes à l'esclave. Il dit que ce pauvre esclave fit un rêve. Il rêva qu'il était mort et était allé aux portes du ciel, où il rencontra l'apôtre Pierre. Pierre lui demanda qui il était. « Eh bien, dit-il, je suis l'esclave du général Mahone, de Virginie. » « Bon, dit Pierre, es-tu monté, ou es-tu à pied ? » « Je suis à pied », répondit-il. « Bon, dit Pierre, tu ne peux pas entrer ici. » Alors le pauvre nègre redescendit les marches, et rencontra son maître en bas, et lui dit : « Général, où pensez-vous donc aller ? » « Je vais au ciel », dit le général. « Non, vous n'irez pas, dit-il ; vous ne pouvez pas entrer là-dedans, à moins d'être monté. » Alors une heureuse pensée vint à l'esprit du nègre, et il dit au général : « Je vais vous dire, général, je vais me mettre à quatre pattes, et vous monterez sur mon dos, et quand Pierre vous demandera si vous êtes monté, vous direz oui, et nous entrerons tous les deux directement. » Le général monta donc sur son dos, et lorsqu'ils arrivèrent aux portes du ciel, Pierre demanda qui il était. Il répondit qu'il était le général Mahone, de Virginie. « Êtes-vous monté ou à pied ? » « Je suis monté », dit le général. « Bon, dit Pierre, attachez votre cheval dehors, et entrez. » Ce grand homme politique, qui était opposé à ce que les saints des derniers jours s'identifient aux partis politiques nationaux, dit : « Ils entreront tout droit, qu'ils soient montés ou à pied. » Et je me suis dit qu'il tenait la clé de toute l'affaire ; qu'il comprenait la chose à peu près exactement. Et pourquoi en est-il ainsi, mes frères et sœurs ? C'est parce que Dieu a établi cette œuvre. Je veux lire juste un peu. Les frères ont lu les Écritures, et je crois qu'il convient d'avoir un peu de lecture des Écritures en de telles occasions. Le Seigneur dit, comme il est écrit dans la section 1 du livre des Doctrine et Alliances, que c'est « la seule Église vraie et vivante sur toute la surface de la terre et en laquelle moi, le Seigneur, je me complais — et je parle ici à l'Église dans son ensemble et non aux membres individuellement ». Bien que Dieu ait établi cette œuvre, et qu'il en soit satisfait parce qu'elle est son œuvre, nous ne devrions pas perdre de vue le fait qu'il n'est pas satisfait de chaque individu qui la compose, si ce n'est dans la mesure où cet individu conforme sa vie aux principes et à l'esprit de cet Évangile. La seule chose sûre pour un saint des derniers jours est de se trouver dans l'accomplissement de tout devoir, d'être absolument exempt de péché et de se conformer, autant que possible, à tout principe que le Seigneur notre Dieu a révélé. On a beaucoup parlé, à cette conférence et à notre réunion d'hier soir, des maux qui s'insinuent parmi les saints des derniers jours. Tandis que nous en parlons du haut de cette tribune et avertissons le peuple, tandis que le président Smith nous donne la parole de Dieu, c'est le devoir impérieux de la Prêtrise locale, dans chaque pieu de Sion et dans chaque paroisse, de veiller à ce que l'iniquité soit extirpée du milieu du peuple de Dieu, afin que vienne le jour où le Seigneur dira qu'il est satisfait non seulement de l'Église dans son ensemble, mais aussi de chaque individu, celle-ci ayant été purifiée et sanctifiée de tout péché. ¶
J'avais commencé à vous dire la pensée que j'avais à l'esprit, et une autre pensée qui s'y rattache : de même que l'œuvre de Dieu a été établie et promue sur la terre sans le soutien des hommes, sans leur aide financière, sans la popularité du monde, au sens religieux, ainsi je dis que Dieu soutiendra cette œuvre du point de vue temporel, et fera des saints des derniers jours un peuple uni, un peuple d'une parfaite unité en toutes choses, pourvu que nous fassions dans les choses temporelles exactement ce que nous avons fait dans les choses spirituelles — c'est-à-dire écouter la voix de Dieu, jouir de l'inspiration du Saint-Esprit, et être guidés et dirigés par la direction et le conseil de la sainte Prêtrise. En agissant ainsi, nous pouvons devenir un en toutes choses. Nous ne devrions pas considérer qu'il y ait quoi que ce soit de nature charnelle, ou, si l'on veut, de nature temporelle — quelque chose qui, dans ses effets, ne concerne que cette vie ; car il n'y a rien qui se rattache à l'œuvre de Dieu sur la terre qui n'ait ses effets, non seulement ici, mais à travers les âges innombrables de l'éternité. Dans la mesure où nous vivons près de Dieu en tout, nous aurons droit à sa compagnie et, selon notre fidélité, à une plus grande mesure du Saint-Esprit, qui nous donnera une meilleure compréhension des choses de Dieu, nous qualifiera pour vivre plus près de Dieu, et, par conséquent, pour nous assurer une plus grande exaltation en sa présence. Il n'y a rien de temporel ou de transitoire qui se rattache à l'œuvre de Dieu. L'un des anciens prophètes a dit : « Je sais que ce que Dieu fait, il le fait pour toujours. » Ce qu'il fait a des effets éternels. Le prophète Joseph Smith a fait cette déclaration : « Tout ce que vous faites, vous devriez le faire en gardant les yeux fixés sur l'avenir. » Cela devrait se faire en tenant compte des effets qui résulteront, dans l'avenir, de nos actions. ¶
J'ai été très frappé par une remarque du président Lund concernant notre conduite et nos paroles en présence de nos enfants, où il disait que certains avaient l'habitude de faire des remarques dépréciatives au sujet de leurs frères, de l'évêque de la paroisse, ou du président de pieu, ou des autorités de l'Église, et que certains, peut-être, avaient tendance à faire des remarques irrespectueuses à l'égard de certains principes de l'Évangile, en présence de leurs enfants. Là où cela se fait, il faudrait s'en repentir et y mettre fin ; car cela aura un effet marquant sur le cœur de la jeunesse de Sion. Je me souviens d'une illustration des plus frappantes de cela, dans le cas de l'un des frères dirigeants de l'Église. Je l'ai entendu se lever maintes et maintes fois pour déclarer la parole de Dieu au peuple. Je l'ai entendu conseiller aux saints de Dieu de ne jamais parler avec irrespect des autorités de cette Église, et surtout en présence de leurs enfants. Or, ce même homme s'est rendu coupable de ce contre quoi il mettait les saints en garde, et aujourd'hui il a perdu sa position ; et sa postérité, suivant l'exemple qu'il pratiquait en privé mais dénonçait en public, est tombée dans ses mêmes habitudes et manque de respect aux serviteurs de Dieu. Mes frères et sœurs, c'est le salut que nous recherchons. C'est d'établir et d'affermir nos enfants dans la foi. Nous devrions vivre et travailler à cette fin, afin qu'ils ne s'écartent pas du droit chemin, et ne disent pas ensuite qu'ils s'en sont écartés parce que leurs parents leur ont donné le mauvais exemple. Vous savez que le président Kimball a prophétisé un jour à ce peuple, et particulièrement aux mères, que si elles parlaient avec irrespect d'un certain principe de l'Évangile et le combattaient, le jour viendrait où leurs filles s'écarteraient du droit chemin et perdraient leur vertu, et deviendraient des objets d'immoralité dans les rues de Salt Lake City. Je veux dire que cette prédiction, aussi triste qu'elle puisse paraître, s'est accomplie. Je veux appuyer les instructions de mes frères, à savoir que nous devrions surveiller attentivement la conduite de nos enfants qui courent les rues de Salt Lake City, et, d'ailleurs, les rues de toutes les villes et bourgades de Sion. Je sais que de mauvaises habitudes s'insinuent parmi nous. Je sais qu'une influence s'exerce sur l'esprit des petits pour leur apprendre et leur faire pratiquer le mal, ce qui va jusqu'à détruire la force de leur corps et de leur esprit, et à attrister et éloigner d'eux l'Esprit de Dieu. Or, la responsabilité incombe tout particulièrement à ceux qui détiennent la sainte Prêtrise. Les instructeurs qui vont visiter les saints, de famille en famille, devraient être des hommes doués de l'esprit de révélation de Dieu. Ils devraient étudier les principes de l'Évangile, et vivre de manière à jouir de l'inspiration du Saint-Esprit dans leurs instructions, afin que celles-ci soient comprises et attirent les enfants ; ils ne devraient pas s'y rendre simplement pour accomplir une routine, poser certaines questions, juste pour pouvoir dire qu'ils ont fait leur visite mensuelle. Ils devraient être des hommes inspirés de l'esprit de révélation de Dieu, afin de toucher le cœur des familles, et surtout des enfants, là où ils se rendent. Bien qu'on ait dit ici qu'il existe, dans une certaine mesure, un sentiment parmi le peuple qui ne respecte pas la Prêtrise, en parlant des autorités des paroisses, des pieux et de l'Église, je veux dire que nous ne respectons pas la Prêtrise moindre autant que nous le devrions. Nous devrions respecter chaque diacre de l'Église, et encourager chaque diacre à accomplir son devoir. Nous devrions respecter chaque instructeur, l'accueillir, et le soutenir dans ses interventions dans nos foyers. Je sais que ceux qui comprennent le mieux la Prêtrise, et qui ont le plus grand respect pour elle, sont les hommes qui réunissent leur famille lorsque les instructeurs leur rendent visite, et qui s'assoient pour écouter ce que les instructeurs ont à dire. Quand j'étais enfant, dans la Quatorzième paroisse, avec frère John W. Taylor et d'autres jeunes gens, j'avais l'habitude de rendre visite au président John Taylor en tant qu'instructeur. J'avais l'habitude de rendre visite au président Wilford Woodruff dans la même fonction. Je dois admettre que j'étais content quand ils étaient absents, car j'étais si intimidé ; mais lorsque j'avais fini et que je quittais la maison, j'étais content qu'ils aient été présents, et qu'ils m'aient reçu comme instructeur dans son Église du Christ. Ils nous traitaient avec plus de respect, nous mettaient plus à l'aise, et nous encourageaient davantage dans l'accomplissement de notre devoir que n'importe quelle des familles que nous devions visiter dans notre pâté de maisons. Cela tenait à ce qu'ils avaient l'esprit de l'Évangile et comprenaient la responsabilité de la sainte Prêtrise. Je me souviens que beaucoup des belles leçons que j'ai reçues sur le principe de la foi me sont venues des douces instructions du président John Taylor lorsque nous lui rendions visite comme instructeurs ; car, lorsque nous avions terminé nos devoirs, il disait : « Maintenant, mes garçons, vous m'avez instruit, j'aimerais vous instruire un peu » ; et il nous racontait des anecdotes pour accroître la foi dans notre esprit ; il nous racontait comment il avait demandé à Dieu de lui ouvrir la voie tandis qu'il annonçait l'Évangile à l'étranger, de lui donner un peu d'argent, juste ce qu'il lui fallait pour payer des brochures ou quelque chose de ce genre, et le Seigneur avait répondu à ses prières d'une manière des plus remarquables. Il nous a raconté beaucoup d'incidents de ce genre, et ils tendaient à créer et à encourager le principe de la foi dans notre cœur. ¶
Mes frères et sœurs, que Dieu nous permette de nous souvenir des glorieuses instructions que nous avons reçues ; souvenons-nous de ce que le président Smith a dit, que nous sommes, dans l'ensemble, dans une meilleure condition que jamais auparavant. Veillons tous à ce qu'il ne soit pas déçu dans ce sentiment d'encouragement à l'égard de ce peuple. Souvenons-nous des instructions de frère McMurrin et des soixante-dix concernant nos devoirs et obligations dans le choix des missionnaires à envoyer porter l'Évangile jusqu'aux extrémités de la terre. Souvenons-nous de l'exhortation concernant notre dîme, notre conduite morale, et toute obligation que l'Évangile de Jésus-Christ nous impose. Si nous faisons cela, tout ira bien pour nous. Chaque saint des derniers jours sait que le fait de s'acquitter de son devoir le rend heureux, et que, lorsqu'il ne s'en acquitte pas, il ressent un malaise qui lui fait sentir que quelque chose ne va pas. Que Dieu vous bénisse, mes frères et sœurs ; aidez-nous à garder les commandements qu'il nous a donnés, et à accomplir les devoirs qui nous sont imposés, à être prêts en tout temps à partir au loin déclarer l'Évangile, ou à œuvrer dans l'Évangile de Jésus-Christ chez nous. Le meilleur genre de saint des derniers jours est l'homme ou la femme qui est prêt à toute sorte de labeur, que ce soit chez lui ou à l'étranger, et qui n'a pas de marotte, pas de désir particulier dans un domaine précis, au détriment de tout le reste. Que Dieu vous bénisse, au nom de Jésus. Amen. ¶