Mes frères et sœurs bien-aimés...
Marion G. Romney
Mes frères et sœurs bien-aimés : Je prie et j'espère sincèrement que l'Esprit mentionné par frère Lee ce matin nous animera, vous et moi, pendant que j'occupe cette place très importante, car j'ai l'intention de faire quelques remarques sur le principe fondamental sur lequel l'Évangile de Jésus-Christ est bâti, le principe du libre arbitre. ¶
L'année de la décision
En cette année de décisions, nous aurons l'occasion d'exercer notre droit de vote. Il semble n'y avoir aucune limite aux conseils disponibles quant à la façon dont nous devrions le faire. Du vacarme de la confusion s'élève l'affirmation selon laquelle la façon de l'exercer et de démontrer réellement que nous le possédons est de faire de l'Utah un État grand ouvert en votant pour la vente d'alcool au verre. Avec toutes les personnes animées d'un esprit droit, nous rejetons cette fallacieuse prétention. De même, nous nous unissons à tous les hommes droits pour défendre le droit de chaque homme de faire son propre choix. ¶
Dans le contexte des événements actuels, je n'ai pas cru déplacé de formuler quelques observations concernant la prise de décision et l'effet des décisions d'une personne sur son propre libre arbitre. ¶
L'homme, un agent libre
Nos institutions politiques ont été structurées selon le principe que l'homme est un agent libre de par un don divin. C'est selon cette prémisse que la Grande Charte fut arrachée au roi Jean en 1215. Combattant pour ce principe, les Pères pèlerins furent chassés de leur terre natale par le roi Jacques. Après avoir trouvé un refuge temporaire en Hollande, ils vinrent en Amérique, où ils fondèrent un nouvel État dans lequel ils purent concrétiser leurs idéaux de liberté. Un siècle et demi plus tard, les colons inscrivirent le principe du libre arbitre dans la Déclaration d'indépendance. Après la révolution, les Pères fondateurs le perpétuèrent dans la Constitution. ¶
Notre force nationale a toujours résidé dans notre dévouement à la liberté. ¶
Lorsqu'on lui demanda : « Qu'est-ce qui constitue le rempart de notre liberté et de notre indépendance ? », Abraham Lincoln répondit : « Ce n'est pas dans nos créneaux redoutables, ou nos côtes hérissées de défenses, notre armée et notre marine. ¶
. . . Notre confiance repose dans la loi de liberté que Dieu a plantée en nous. » ¶
Nous, saints des derniers jours, savons que le droit des hommes de prendre leurs propres décisions est accordé par Dieu, car à Moïse le Seigneur a dit : « . . . j'ai donné aux hommes . . . la connaissance, le jour où je les ai créés ; et dans le jardin d'Éden, j'ai donné à l'homme son libre arbitre » (Moïse 7:32.) Cela, le Seigneur l'a confirmé à Joseph Smith quand il a dit : « . . . j'accordai [à Adam] d'être son propre maître » (D&A 29:35.) Par l'intermédiaire d'un ancien prophète américain, le Seigneur a dit : « . . . souvenez-vous, mes frères . . . vous êtes libres ; il vous est permis d'agir par vous-mêmes ; car voici, Dieu vous a donné la connaissance et il vous a rendus libres. » (Hélaman 14:30.) ¶
La préservation du libre arbitre
Les saints des derniers jours ne croient pas seulement que la liberté de faire ses propres choix est un droit divin inaliénable ; ils savent aussi que son exercice est essentiel à la croissance et au développement de l'homme. Privés de lui, les hommes ne seraient que des marionnettes entre les mains du destin. ¶
La préservation du libre arbitre est plus importante que la préservation de la vie elle-même. En fait, sans lui, il n'y aurait point d'existence. ¶
« Toute vérité [dit le Seigneur] est indépendante dans la sphère où Dieu l'a placée, pour agir par elle-même, de même que toute intelligence ; autrement, il n'y a pas d'existence. ¶
« Voici, c'est là le libre arbitre de l'homme. ¶
. . . » (D&A 93:30-31.) Ce qui précède ne constitue que des échantillons des Écritures qui énoncent le principe du libre arbitre accepté et mis en œuvre par l'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours. Ni l'Église, ni ses officiers, ni aucun de ses représentants responsables ne cherchent jamais à restreindre la liberté de quiconque de prendre ses propres décisions — que ce soit dans l'isoloir ou ailleurs. Les allégations contraires sont faites soit par ignorance, soit par malveillance. Généralement, de telles représentations sont destinées à influencer les gens dans l'exercice de leur libre arbitre — l'objectif même qu'ils imputent aux autres et qu'ils condamnent si vivement chez eux. Seuls Satan et les hommes méchants cherchent à restreindre le libre arbitre des hommes. Le Seigneur ne le fait jamais. Ses serviteurs non plus. Le don divin du libre arbitre n'est toutefois pas une dotation qui se perpétue d'elle-même. ¶
Les hommes limitent leur propre libre arbitre
Les hommes peuvent eux-mêmes restreindre, et la plupart d'entre eux restreignent en effet, leur propre libre arbitre par les décisions qu'ils prennent eux-mêmes volontairement. ¶
Chaque choix que l'on fait élargit ou rétrécit le domaine dans lequel on peut prendre et exécuter des décisions futures. Quand quelqu'un fait un choix, il se lie irrévocablement à accepter les conséquences de ce choix. ¶
Jésus, dans sa parabole du fils prodigue, donne une illustration classique de cette vérité. ¶
Vous vous souviendrez qu'un jeune homme, exerçant son droit inhérent de choisir, prend la décision de réclamer sa part des biens de son père et de partir voir le monde. C'est ce qu'il fait, après quoi la nature suit son cours uniforme. ¶
Lorsque les biens du prodigue sont dilapidés, il fait un autre choix qui le ramène chez lui, où l'attendent « l'anneau, la robe et le veau gras ». Son père plein de sollicitude lui réserve un accueil chaleureux. Mais la conséquence de sa décision antérieure « le poursuit, car le domaine a disparu. Le "père" lui-même ne peut effacer l'effet du choix passé. » (Collins, Such Is Life, p. 85-88.) ¶
La liberté de choisir
Dès le commencement, Dieu a, par l'intermédiaire de ses prophètes, précisé qu'une plus grande liberté découle de choix sages, et que la liberté est restreinte par des décisions imprudentes. ¶
« Vois, je mets aujourd'hui devant vous une bénédiction et une malédiction », dit Moïse aux enfants d'Israël. « La bénédiction, si vous obéissez aux commandements de l'Éternel, votre Dieu, . . . La malédiction, si vous n'obéissez pas [à eux]. . . . » (Deutéronome 11:26-28.) Léhi a dit que « les hommes sont libres selon la chair ; et tout ce qui est nécessaire à l'homme leur est donné. Et ils sont libres de choisir la liberté et la vie éternelle ... ou de choisir la captivité et la mort. » (2 Néphi ¶
2:27.) ¶
Le choix d'un roi par Israël
Il y a une grande leçon sur ce point, telle qu'elle a affecté une nation tout entière, dans le rejet par Israël des juges, qui avaient été recommandés par le Seigneur, pour choisir d'être gouverné par des rois. Vers la fin de son administration en tant que juge d'Israël, le peuple dit à Samuel : ¶
« Voici, tu es vieux, et tes fils ne marchent point sur tes traces ; maintenant, établis sur nous un roi pour nous juger, comme il y en a chez toutes les nations. » ¶
(1 Samuel 8:5.) Samuel, affligé par ce désir du peuple, implora le Seigneur et fut instruit par le Seigneur de dire à Israël : ¶
« Voici quel sera le droit du roi qui régnera sur vous. Il prendra vos fils, et il les mettra sur ses chars et parmi ses cavaliers, afin qu'ils courent devant son char ; ¶
« il s'en fera des chefs de mille et des chefs de cinquante, et il les emploiera à labourer ses terres, à récolter ses moissons, à fabriquer ses armes de guerre et l'attirail de ses chars. ¶
« Il prendra vos filles, pour en faire des parfumeuses, des cuisinières et des boulangères. ¶
« Il prendra la meilleure partie de vos champs, de vos vignes et de vos oliviers, et la donnera à ses serviteurs. ¶
« Il prendra la dîme du produit de vos semences et de vos vignes, et la donnera à ses eunuques et à ses serviteurs. ¶
« Il prendra vos serviteurs et vos servantes, vos meilleurs jeunes gens et vos ânes, et s'en servira pour ses travaux. ¶
« Il prendra la dîme de vos troupeaux, et vous-mêmes serez ses esclaves. ¶
« Et alors vous crierez contre votre roi que vous vous serez choisi, mais l'Éternel ne vous exaucera point. » ¶
Samuel transmit ce message. ¶
« Le peuple refusa d'écouter la voix de Samuel. Non ! dirent-ils, mais il y aura un roi sur nous, « et nous aussi nous serons comme toutes les nations. . . . » (1 Samuel 8:11-20.) « L'Éternel dit à Samuel : Écoute la voix du peuple . . . car ce n'est pas toi qu'ils rejettent, c'est moi qu'ils rejettent, afin que je ne règne plus sur eux. » (1 Samuel 8:7.) Le Seigneur suivit ici son comportement invariable. Il refusa d'interférer avec le droit de choix d'Israël, même si son choix consistait à le rejeter. Israël, ayant été averti à la fois par son Dieu et par son prophète Samuel, exerça son libre arbitre, à l'encontre des conseils de l'un et de l'autre. ¶
Ils eurent leur roi, et ils en subirent les conséquences. En temps voulu, leur royaume fut divisé, ils furent emmenés captifs, et finalement ils devinrent esclaves. ¶
Un guide pour de bonnes décisions
Prendre conscience que la liberté dépend des décisions que nous prenons devrait nous inspirer le désir de faire des choix de nature à préserver et à étendre notre liberté, et je crois que cela nous inspire effectivement en ce sens. ¶
Ce qui manque aux gens et ce dont ils ont désespérément besoin aujourd'hui — comme ils en ont toujours eu besoin —, c'est un guide sûr pour prendre de bonnes décisions. Combien ce serait merveilleux si tous pouvaient jouir de la bénédiction récemment prononcée sur la tête d'un jeune homme, auquel un patriarche a dit : ¶
« Vous avez le pouvoir de discernement, de regarder vers l'avenir, et de discerner et de comprendre les fruits qui découlent d'une vie droite . . . ¶
Vous pouvez reconnaître l'effet des tendances mauvaises même à leurs débuts. . . . ¶
Vous êtes, pour ainsi dire, une sentinelle sur la tour de Sion, en raison de ce pouvoir dont le Seigneur vous a béni et de cette compréhension que vous avez et qui grandira avec vous au fil des années pour voir et comprendre les résultats, qui sont modestes au commencement. » ¶
Le modèle donné par Mormon
C'est en vérité une bénédiction magnifique. ¶
Et ce qui est tout aussi admirable, c'est qu'elle est accessible à chacun de nous si seulement nous nous qualifions pour elle. Tout ce que nous avons à faire est de suivre le modèle prescrit par Mormon alors qu'il cherchait, tout comme je cherche à le faire en ce moment, à souligner l'importance de prendre de bonnes décisions. Frère Lee l'a lu ce matin et je vais ¶
le lire à nouveau, en raison de sa grande importance. À son peuple, Mormon a dit : ¶
« . . . prenez garde, mes frères bien-aimés, de juger que ce qui est mal est de Dieu, ou que ce qui est bien et de Dieu est du diable. ¶
« Car voici, mes frères, il vous est donné de juger [vous, détenteurs de la prêtrise, ceci s'adresse directement à vous], afin que vous puissiez discerner le bien du mal ; et la façon de juger est aussi claire, pour que vous puissiez savoir avec une connaissance parfaite, que la lumière du jour l'est de la nuit noire. ¶
« Car voici, l'Esprit du Christ est donné à tout homme pour qu'il puisse discerner le bien du mal ; c'est pourquoi, je vous montre la façon de juger ; car tout ce qui invite à faire le bien et à persuader de croire au Christ est envoyé par le pouvoir et le don du Christ ; c'est pourquoi vous pouvez savoir avec une connaissance parfaite que c'est de Dieu. ¶
« Mais tout ce qui persuade les hommes de faire le mal, et de ne pas croire au Christ, et de le nier, et de ne pas servir Dieu, alors vous pouvez savoir avec une connaissance parfaite que c'est du diable ; car c'est de cette manière que le diable travaille, car il ne persuade aucun homme de faire le bien, non, pas même un seul ; ses anges non plus ; et ceux qui s'assujettissent à lui non plus. ¶
« Et maintenant, mes frères, vu que vous connaissez la lumière par laquelle vous pouvez juger, laquelle lumière est la lumière du Christ, veillez à ne pas juger à tort ; car du jugement dont vous jugez, vous serez aussi jugés. ¶
« C'est pourquoi, je vous supplie, frères, de chercher diligemment dans la lumière du Christ, afin de discerner le bien du mal » (Moroni 7:14-19). ¶
Des personnalités façonnées par les décisions
Soyons toujours conscients du fait que nos caractères sont façonnés par les décisions que nous prenons. Le libre arbitre ne garantit pas la liberté et la paix. ¶
La liberté, l'émancipation et la paix sont les fruits de bonnes décisions prises dans l'exercice du libre arbitre. ¶
Par la prise de décisions correctes, Jésus-Christ est devenu le Fils de Dieu et notre Rédempteur. En prenant de mauvaises décisions, Lucifer, le « fils de l'aurore », est devenu Satan. ¶
Fondamentalement, ils étaient tous deux pourvus du libre arbitre. ¶
« Un navire fait voile vers l'est et un autre vers l'ouest Avec les mêmes vents qui soufflent. ¶
C'est l'orientation des voiles Et non la tourmente Qui nous indique la route à suivre. » ¶
(Ella Wheeler Wilcox, « Les vents du destin ») James Russell Lowell suggère les conséquences et l'importance des décisions, dans ces vers : ¶
« Il vient une fois pour tout homme et toute nation le moment de décider, Dans la lutte de la Vérité contre le Mensonge, pour le bien ou le mal ; Quelque grande cause, nouveau Messie de Dieu, offrant à chacun la fleur ou la flétrissure, Sépare les boucs sur la gauche et les brebis sur la droite, Et le choix s'en va à jamais entre cette obscurité et cette lumière ! » ¶
(« La crise actuelle ») ¶
Des décisions qui étendent la liberté
Je vous rends mon témoignage solennel que ces principes sont vrais et qu'ils sont toujours à l'œuvre dans notre vie. Je témoigne en outre de ce que vous et moi savons tous deux, à savoir que si nous voulons bénéficier de ces principes et être sur le chemin de la vie éternelle, nous devons les mettre en pratique dès maintenant dans notre vie quotidienne. Nous devons être guidés par eux dans nos affaires temporelles aussi bien que dans nos affaires spirituelles, dans l'isoloir aussi bien que dans nos églises. Le jour des élections dans un mois, nous aurons l'occasion d'éprouver notre engagement envers ces principes de l'Évangile. Il en est ainsi parce qu'au moins l'une des questions à trancher, celle soulevée par la « Pétition d'initiative sur l'alcool n° A », est d'une nature morale vitale. Aucune quantité de sophismes ne saurait faire qu'il en soit autrement. Le Seigneur lui-même et son porte-parole vivant l'ont ainsi déclaré. Que nul homme ne manque à son Dieu ou à son État en s'abstenant de voter sur cette question. ¶
Si, ce jour-là, dans l'intimité de l'isoloir, nous exerçons notre droit de vote de manière à nous satisfaire et à plaire à notre Dieu, nous aurons pris une décision calculée pour préserver notre libre arbitre et étendre le domaine dans lequel nous pourrons l'exercer à l'avenir. ¶
Et enfin, lorsque les résultats seront proclamés, que nous soyons du côté des vainqueurs ou des vaincus, de ceci nous pouvons être certains : faire le bon choix sur une quelconque question est d'une bien plus grande importance pour nous personnellement que l'issue immédiate de la question sur laquelle nous prenons une décision. Les choix que nous faisons affecteront la portée de notre libre arbitre à l'avenir. À l'heure actuelle, nous avons le droit de décision. Ce que nous aurons demain dépend de la manière dont nous décidons aujourd'hui. En conclusion, je vous soumets la question et l'exhortation adressées par Élie à Israël : ¶
« Jusqu'à quand boiterez-vous des deux côtés ? Si l'Éternel est Dieu, allez après lui ; si c'est Baal, allez après lui ! » ¶
(1 Rois 18:21.) Que Dieu nous accorde le discernement et le courage de prendre de bonnes décisions, je le demande humblement, au nom de Jésus-Christ. Amen. ¶