Mes frères et sœurs bien-aimés...
Boyd K. Packer
Mes frères et sœurs bien-aimés : ¶
Nous avons passé une grande partie de l'année écoulée à présider la mission de Nouvelle-Angleterre. Je ne peux résister à citer quelques vers de Robert Frost. Venant de Nouvelle-Angleterre pour retrouver ici les multiples variétés de beau temps dont nous avons été témoins aujourd'hui, ces vers me semblent si appropriés : ¶
« Le soleil était vif mais l'air était glacé. ¶
Vous savez ce qu'il en est d'un jour d'avril, Quand le soleil brille et que le vent s'est tu, Et que l'on se croit déjà au beau milieu de mai. ¶
Mais si vous avez seulement l'audace de parler, Un nuage s'étend sur l'arche lumineuse, Un vent glacé dévale des cimes enneigées, Et vous voici renvoyés deux mois plus tôt, au tout début de mars. » ¶
(« Two Tramps in Mudtime ».) La Nouvelle-Angleterre est belle à bien des égards : ¶
« Ô beau pour les pas des pèlerins, Dont la marche austère et passionnée Traça une voie de liberté À travers la contrée sauvage ! » ¶
(Katherine Lee Bates, « America the Beautiful ».) C'est un lieu d'origines. C'est là... ¶
« Près du pont rustique franchissant les flots, Leurs drapeaux déployés à la brise d'avril, Se tinrent autrefois les vaillants fermiers, Et tirèrent le coup entendu d'un bout à l'autre du monde. » ¶
(Ralph Waldo Emerson, « Hymne de Concord ».) « Le berceau de la liberté » ¶
On dit de cette région qu'elle est le berceau de la liberté. Elle est plus que cela. ¶
Elle est le lieu de naissance de prophètes de Dieu. ¶
Joseph Smith y est né, Brigham Young, Wilford Woodruff et bien d'autres. Joseph Smith y a prêché par deux fois de porte en porte. ¶
Aujourd'hui, nos missionnaires posent leurs pas sur les mêmes pavés de granit, frappent aux mêmes heurtoirs des mêmes portes pour rendre le même témoignage. ¶
On les voit venir, deux par deux — enseignant la vérité, laissant des bénédictions. Parce qu'ils ne sont que de jeunes gens, on ne discerne pas en eux des serviteurs du Seigneur, autorisés à représenter L'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, selon sa propre déclaration « la seule Église vraie et vivante sur toute la surface de la terre, en laquelle moi, le Seigneur, je me complais... » (D&A 1:30.) Ce service dévoué des missionnaires attire grandement les non-membres. La semaine dernière, je déjeunais avec deux cadres d'une organisation nationale d'entraide. « Accepteriez-vous », me demanda l'un d'eux, « de passer une soirée avec nous pour nous expliquer le fonctionnement de votre programme de bénévolat ? Nous dépendons dans une large mesure de l'aide bénévole et nous avons besoin de connaître le secret de votre réussite. » ¶
Le secret de notre réussite : ¶
S'il y a un secret à notre réussite, il est bien mal gardé. Tout le dessein de cette conférence et de notre effort missionnaire est de le proclamer — encore, encore et toujours. ¶
Un pasteur éminent se demandait récemment pourquoi ses fidèles refusaient de servir. « Nos ministres sont dévoués. ¶
Pourquoi nos membres ne répondent-ils pas ? » ¶
Ce qu'il ne parvient pas à comprendre, c'est que la réponse à un tel appel ne dépend pas du dévouement et de la conviction du ministre ou de celui qui lance l'appel, mais plutôt du dévouement et de la conviction de celui qui y répond. ¶
Dans L'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, il n'y a pas de clergé professionnel, comme cela est courant dans les autres églises. Peut-être plus significatif encore, il n'y a pas de laïcat. Tous les membres de l'Église peuvent être appelés à rendre un service et à mener à bien les activités de l'Église. Le miracle, c'est que les membres répondent présents ! ¶
En une occasion, je me trouvais dans le bureau du président Henry D. Moyle lorsqu'il passa un coup de téléphone. Après avoir salué son interlocuteur, il lui dit : « Je me demande si vos affaires professionnelles vous amèneraient à Salt Lake City prochainement ? J'aimerais m'entretenir avec vous et votre épouse, car j'ai une question d'une certaine importance dont je souhaiterais discuter avec vous. » ¶
Bien qu'il se trouvât à des centaines de kilomètres de là, cet homme se souvint soudain que ses affaires l'amenaient précisément à Salt Lake City dès le lendemain matin. J'étais présent lorsque le président Moyle annonça à cet homme qu'il avait été appelé à présider l'une des missions de l'Église. ¶
« Maintenant », dit-il, « nous ne voulons pas brusquer votre décision. Appelez-moi d'ici un jour ou deux, dès que vous aurez pu faire le point sur vos sentiments à l'égard de cet appel. » ¶
L'homme regarda sa femme et elle le regarda, et sans une parole s'établit cette conversation silencieuse entre époux, marquée par ce léger hochement de tête presque imperceptible. Il se tourna de nouveau vers le président Moyle et dit : « Eh bien, président, que voulez-vous que nous disions ? Que pourrions-nous vous dire dans quelques jours que nous ne puissions vous dire maintenant ? Nous avons été appelés. Quelle autre réponse apporter ? Bien sûr que nous répondrons à cet appel. » ¶
Le président Moyle dit alors avec douceur : « Eh bien, si vous le ressentez ainsi, il y a en réalité une certaine urgence dans cette affaire. Je me demande si vous pourriez être prêts à partir pour le 13 mars ? » ¶
L'homme déglutit, car ce n'était que dans onze jours. Il jeta un coup d'œil à son épouse. Il y eut un autre échange silencieux. Et il dit : « Oui, président, nous serons prêts à cette date. » ¶
« Et qu'en est-il de votre entreprise ? », demanda le président. « Qu'en est-il de votre silo à grains ? Qu'en est-il de votre bétail ? ¶
Qu'en est-il de vos autres biens ? » ¶
« Je ne sais pas », répondit l'homme. « Mais nous prendrons des dispositions. D'une façon ou d'une autre, toutes ces choses s'arrangeront. » ¶
Tel est le grand miracle que nous voyons se renouveler jour après jour. Ces hommes, chacun avec son épouse et sa famille, règlent leurs affaires privées du mieux qu'ils peuvent avec des proches ou des associés. Ils répondent à l'appel, renonçant à des responsabilités politiques, à des possibilités d'avancement professionnel, à des opportunités d'accroître leurs biens et leur fortune. ¶
L'un des merveilleux témoignages dont nous sommes régulièrement témoins est la générosité des employeurs non membres de l'Église. Non seulement ils autorisent, mais ils encouragent de fait des hommes qui peuvent être leurs cadres de direction clés à répondre à de tels appels, et ils les rassurent ¶
Cette réalisation n'a pas été imposée de l'extérieur. Cette soif d'agir et d'être a été allumée de l'intérieur par une chose aussi simple qu'un témoignage de l'Évangile. ¶
J'ai reçu ce témoignage. Je vous ai rendu mon témoignage. La mise à l'épreuve de la véracité de mon témoignage, ainsi que du témoignage de tous ceux qui se sont ainsi exprimés au cours de cette conférence, ne repose pas sur l'acceptation des non-membres de l'Église, ni même sur celle des membres de l'Église. Le test réside dans le fait de savoir si Dieu l'a inspiré, s'il reconnaît et honore ce témoignage. Chacun d'entre vous peut connaître la véracité des choses qui ont été énoncées en demandant au Seigneur son propre témoignage personnel que ces choses sont vraies. Puisse chacun de vous se préoccuper suffisamment de sa destinée éternelle pour faire cette demande, je le prie humblement au nom de Jésus-Christ. Amen. ¶
en leur adressant cet adieu : « Nous ne comprenons pas, mais nous vous félicitons pour votre dévouement. Nous vous garantissons que vous pourrez réintégrer votre poste avec tous vos avantages à votre retour. » ¶
La générosité de tels hommes, bien qu'ils ne soient pas membres de l'Église, ne restera pas vaine. À vous, nos amis qui avez manifesté une telle générosité, nous disons que vous êtes présents dans nos prières et que des bénédictions se déverseront à votre profit. ¶
La chose la plus remarquable sans doute chez ces hommes et ces femmes qui servent est leur disposition à payer pour ce privilège. ¶
« Apportez à la maison du trésor toutes les dîmes, afin qu'il y ait de la nourriture dans ma maison ; mettez-moi de la sorte à l'épreuve, dit l'Éternel des armées. Et vous verrez si je n'ouvre pas pour vous les écluses des cieux, si je ne répands pas sur vous la bénédiction en abondance. » (Mal. 3:10.) Sans aucun agent de recouvrement, sans aucune facturation ni système de collecte, dix pour cent de leurs revenus sont généreusement versés. En vérité, ce n'est là que le début. Il y a l'offrande de jeûne pour soutenir les pauvres ; il y a les fonds de construction ; il y a des dons de toutes sortes. De tels dons les dépouillent de tout égoïsme. C'est une chose que de faire de belles déclarations — c'en est une autre que d'ordonner sa vie. ¶
Ce sont des hommes et des femmes qui sont « dans le monde », mais « non du monde ». ¶
Ce sont des Saints — des Saints des Derniers Jours — et ils sont des centaines de milliers. L'épreuve, bien entendu, ne réside pas dans le seul nombre. Pour connaître ce prétendu « secret », il faut regarder à l'intérieur du cœur de la personne. ¶
Ce n'est pas une mince affaire que d'ouvrir son cœur et d'exposer les sentiments les plus tendres et les plus délicats. Je ne le fais qu'en hésitant, uniquement poussé par le sentiment que cela pourra aider quelqu'un, que cela pourra illustrer et permettre de comprendre que l'Évangile a une application pratique dans la vie quotidienne ; mais par-dessus tout parce que c'est Pâques. ¶
Il y a un peu plus d'un an, ma mère est décédée, une charmante petite mère soignée de onze enfants, dont j'ai déjà parlé à cette chaire. Ses parents avaient émigré de leur pays d'origine, et elle avait grandi en parlant le danois. ¶
Il y a deux ans, elle a contracté une maladie incurable. Heureusement, elle était suivie par un médecin qui était comme un fils pour elle ; ses soins auprès d'elle témoignaient d'une telle vénération. Elle a traversé cette expérience trop commune parmi nous : l'affaiblissement graduel et l'érosion de ses facultés, accompagnés de douleurs croissantes. À cette époque, l'un de mes frères, accompagné du patriarche, lui donna une bénédiction, comme l'autorise la révélation qui stipule que « les anciens de l'Église, deux ou plus, seront appelés, prieront pour eux et leur imposeront les mains en mon nom ; et s'ils meurent, ils mourront pour moi, et s'ils vivent, ils vivront pour moi ». (D&A 42:44.) D'une manière merveilleuse, elle fut délivrée de la douleur et put reposer confortablement, sauf lorsqu'on la déplaçait. Elle affronta la longue épreuve du déclin. ¶
Un vendredi après-midi, à mon bureau, alors que je travaillais à mon courrier, il me vint soudain à l'esprit que nous devions aller voir Mère. Ce fut une impression très forte. Nous fîmes le déplacement ce jour-là même. ¶
Nous avons trouvé Mère à peu près dans le même état que lors de plusieurs de nos visites précédentes. Elle parut plus reconnaissante que d'habitude de notre présence. Puis elle chuchota à plusieurs reprises ce seul mot : « Demain. » Finalement, je compris et dis : « Maman, est-ce que demain est le grand jour ? » Elle eut un sourire radieux qui illumina le visage de cette frêle petite dame affaiblie. « Oui », ¶
dit-elle. « Maman, en es-tu sûre ? » « Oh oui », dit-elle. « J'en suis sûre. » ¶
Je lui demandai alors si elle souhaitait recevoir une bénédiction. « Ce serait bien », ¶
répondit-elle. ¶
Ce soir-là, les frères vinrent comme ils le faisaient habituellement, et nous fûmes six à lui administrer les soins de la prêtrise. L'esprit d'inspiration était présent, et les paroles de la bénédiction apportent une sainte assurance à notre famille. ¶
J'avais l'obligation d'assister à une conférence à Panguitch [Utah] le lendemain, et j'hésitais ; mais finalement, je sentis que je devais accomplir le ministère auquel j'avais été appelé. Le médecin nous assura qu'il n'y avait aucun changement et l'on me suggéra de les appeler le dimanche soir à mon retour. ¶
« Oh non », dis-je. « Je prendrai des nouvelles demain. » ¶
Le samedi, ce lendemain dont elle avait parlé, j'appelai avant de partir. Le médecin était passé et tout était comme avant. En arrivant à destination, j'appelai de nouveau et reçus la même assurance. ¶
Après la première réunion, je passai un autre coup de téléphone et l'on m'informa que Mère s'était paisiblement endormie, entourée de sa famille. Les derniers mots qu'on l'entendit prononcer furent « Ira, Ira », ¶
le nom de mon père qui l'avait précédée de six années dans la mort. ¶
Tel est donc le secret : de mille manières discrètes et spirituelles, ce témoignage nous parvient. L'Évangile de Jésus-Christ est vrai. Je rends le témoignage solennel que Jésus est le Christ. Je sais, et elle savait, qu'il est la résurrection et la vie, et que, comme il l'a dit : « celui qui croit en moi vivra, quand même il serait mort ; ¶
et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. » (Jean 11:25-26.) Au nom de Jésus-Christ. Amen. ¶