Pulpit

Mes frères, j'apprécie grandement ce privilège...

Sterling W. Sill

1965 April General Conference·Second Day (Monday, April 5) — General Priesthood Meeting, 7:00 p.m.·1965-04-05

Mes frères, j'apprécie grandement ce privilège d'avoir part avec vous à cette grande fraternité de la prêtrise au sein de laquelle nous recevons notre mission de servir Dieu.

Il y a quelque temps, un de mes amis qui vit à la ferme me racontait qu'à mesure que ses fils atteignent l'âge de partager la responsabilité des travaux de la ferme, il s'arrange pour leur attribuer un lopin de terre à cultiver ou quelques animaux de ferme à élever.

Et, bien entendu, ils reçoivent la rémunération correspondante.

« Les affaires de mon Père »

Le Seigneur a lui aussi ce genre de programme. À mesure que ses enfants acquièrent une maturité suffisante, il les invite à prendre part à cette grande entreprise que Jésus qualifiait de « les affaires de mon Père ». C'est l'œuvre qui consiste à façonner le caractère, l'intégrité, la piété et la vie éternelle chez ses enfants.

Dieu a déclaré que son œuvre et sa gloire consistent « ... à réaliser l'immortalité et la vie éternelle de l'homme ».

(Moïse 1:39.) Et puis, en guise d'invitation à notre intention, il a dit : « ... si vous avez le désir de servir Dieu, vous êtes appelés à l'œuvre ; »

(D&A 4:3.) Et nous pouvons avoir une part aussi grande que celle pour laquelle nous sommes capables de nous qualifier dans l'œuvre même à laquelle Dieu lui-même consacre tout son temps. Bien entendu, nous devons aussi être prêts à assumer notre part de responsabilité.

Nous avons reçu la prêtrise, qui est l'autorité d'agir au nom du Seigneur. Mais nous devons développer nous-mêmes la capacité de diriger, qui est l'aptitude à agir au nom du Seigneur. Et je suppose que l'un n'est pas d'une grande portée sans l'autre. C'est-à-dire : quel bien résulterait d'un missionnaire qui aurait l'autorité de faire des convertis s'il n'avait pas aussi la capacité de faire des convertis ?

Notre monde lui-même est fait d'opposés. Il y a une sorte de pôle nord et de pôle sud dans chaque vie. Nous vivons au milieu des contrastes du positif et du négatif, du bien et du mal, de la montée et de la descente, du ciel et de l'enfer. Jésus a parlé du chemin étroit et resserré qui mène à la vie, mais nous devons également être conscients des dangers de cette route large qui mène vers la mort.

Bénédictions, si vous obéissez

Le Seigneur lui-même a dit : « Vois, je mets aujourd'hui devant vous une bénédiction et une malédiction : la bénédiction, si vous obéissez aux commandements de l'Éternel, votre Dieu... la malédiction, si vous... vous écartez de la voie que je vous prescris en ce jour... » (Deutéronome 11:26-28.) Et nous déterminons la direction de notre vie par les affinités, les antagonismes ou les inclinations que nous y développons. Il y a dans la vie une dualité naturelle que Platon appelait « l'âme supérieure et l'âme inférieure ». Jésus faisait référence à cet antagonisme par « l'esprit et la chair », mais il y a quelque temps, un psychologue déclarait que chacun de nous porte en lui « un instinct de vie » et aussi « un instinct de mort ».

Le dictionnaire indique qu'un « instinct » est une aptitude ou une tendance naturelle menant vers un but. En présentant le Maître, l'apôtre Jean a dit : « En elle était la vie, et la vie était la lumière des hommes ». (Jean 1:4.) La plus grande réalité de l'univers est la vie. Et Jésus a annoncé sa propre mission en disant : « Je suis venu afin que les brebis aient la vie, et qu'elles soient dans l'abondance ». (Voir ibid., 10:10.) Dieu a doté chaque semence d'un germe de vie grâce auquel elle est capable de s'élever vers de meilleures choses. Mais le plus grand don de Dieu est la vie éternelle, et après avoir doté ses enfants de ses propres potentialités, il a implanté en eux une sorte d'élan vers le haut, une inclination ou une tendance naturelle à l'effort par laquelle la descendance de Dieu peut espérer devenir semblable au parent.

Les forces de mort

Mais l'instinct de vie a aussi son contraire. Tout autour de nous, nous voyons les résultats de cette sinistre attraction menant vers la mort, que l'on pourrait comparer à l'instinct qui conduit le papillon de nuit vers la flamme qui va le détruire. C'est un fait remarquable que la nature ne se lasse jamais d'infliger des châtiments. L'infortuné papillon peut se brûler les ailes, couvrir son corps d'ampoules et se rendre aveugle par le feu, mais la flamme continue de brûler, sans être troublée, sans être blessée, sans compassion et même sans avoir conscience de la terrible douleur qu'elle a infligée. Nul ne sait vraiment à quel point les tourments du corps peuvent être rigoureux.

Nous savons qu'ils peuvent suffire à rendre fou ou à causer la mort. Mais l'esprit est éternel ; il peut souffrir, mais il ne peut pas mourir. L'anéantissement de l'existence n'existe pas. La caractéristique principale de la mort éternelle n'est pas l'oubli, mais une douleur et des regrets sans fin. Lorsque l'on meurt quant aux choses de la justice, la misère et le désespoir s'emparent alors de la vie ; et à propos de certains qui avaient dépassé le point de non-retour, le Seigneur a dit : « Que celui qui est injuste soit encore injuste, que celui qui est souillé se souille encore ». (Apocalypse 22:11.) Et assurément, ceux qui laissent mourir leurs meilleures aspirations seront misérables à jamais, car il ne saurait y avoir de bonheur dans le péché.

L'expérience la plus redoutée de l'existence est la mort. Nous nous accrochons instinctivement à la vie de toutes nos forces. Aux jours de Job, il a été dit : « ... tout ce que possède un homme, il le donne pour sa vie ».

(Job 2:4.) Il n'y a rien que nous ne ferions pas, il n'est aucune dépense dans laquelle nous ne nous engagerions pas pour prolonger la vie d'une semaine ou d'un mois, même si nous savions que cette période serait remplie de douleurs et de malheur. Mais lorsque Jean disait : « Il y a un péché qui mène à la mort... » (1 Jean 5:16), il parlait d'une mort bien plus redoutable que celle du corps. Et Paul décrit ce péché en disant : « Car il est impossible que ceux qui ont été une fois éclairés, qui ont goûté le don céleste, qui ont eu part au Saint-Esprit, qui ont goûté la bonne parole de Dieu et les puissances du siècle à venir, et qui sont tombés, soient encore renouvelés et amenés à la repentance, puisqu'ils crucifient pour leur part le Fils de Dieu et l'exposent à l'ignominie ». (Hébreux 6:4-6.) Mais cette seconde mort ne se produit pas d'un seul coup. Spirituellement, nous mourons un petit peu à la fois. Notre enthousiasme meurt, notre foi meurt et notre ambition meurt.

Personne ne quitte le chemin étroit et resserré à angle droit, et aucun péché ne naît pleinement formé. Tout péché est mineur au commencement. En pourcentage, très peu de personnes perdront jamais leurs bénédictions parce qu'elles sont devenues des meurtriers ou des fils de perdition.

Comme quelqu'un l'a fait remarquer, ce ne sont pas les séquoias géants qui nous font trébucher lorsque nous marchons dans la forêt, ce sont les lianes et les broussailles.

Des remparts contre les forces de destruction

Et l'un des péchés les plus destructeurs et l'un de ceux qui donnent la plus grande force à notre instinct de mort est la violation de cette grande révélation donnée il y a 132 ans, appelée la Parole de Sagesse. Certains transgresseurs de cette loi ont tendance à se justifier parce que cela semble être une chose si insignifiante. Cela ressemble à une simple petite désobéissance, un peu de caféine, un peu de nicotine, une petite indulgence amicale dans l'alcool. Pourtant, ce sont là les tremplins vers la maladie, les foyers brisés, l'immoralité, la déloyauté envers Dieu, la mort physique et la mort d'un grand nombre de nos intérêts éternels.

Dans le numéro du 26 février 1965 du magazine Life, figure un article effrayant sur le tribut prélevé par le trafic de drogue aux États-Unis.

Et parmi ses effets les plus funestes se trouvent la dépendance mortelle qu'il engendre et les nobles inclinations détruites par son manque obsédant. Les consommateurs de drogue mentent, volent ou tuent souvent pour satisfaire ces appétits de mort. Mais à un certain degré, ces mêmes conséquences sont caractéristiques de tout péché. Chaque désobéissance, chaque malhonnêteté et chaque complaisance dans la convoitise crée une mauvaise dépendance et renforce les instincts de mort. Nul n'a besoin d'un ange greffier penché sur son épaule pour prendre des notes sur ses péchés.

Bon ou mauvais, tout ce que nous faisons est consigné dans nos appétits, notre système nerveux, notre personnalité, notre esprit et notre âme immortelle.

Chaque cigarette, chaque crime et chaque manque de respect s'inscrit de façon indélébile dans la personne même de sa victime. Le transgresseur des lois humaines peut au moins espérer que son crime ne sera pas découvert. Mais pour les transgresseurs des lois de Dieu, il n'y a aucune possibilité d'échapper au châtiment. Et chaque transgresseur devient son propre accusateur, son propre juge, son propre jury et son propre bourreau.

Une violation de la loi civile peut nous conduire en prison. Une infraction contre notre santé peut nous faire enfermer dans quelque pénible hôpital de souffrance, mais un péché contre notre vie éternelle peut donner à nos instincts de mort une puissance suffisante pour nous précipiter dans les feux de l'enfer. Et malheureusement, contre ce verdict, il n'y a point d'appel, car lorsque nous nous condamnons nous-mêmes à être des toxicomanes, des alcooliques, des faibles moraux ou des serviteurs inutiles, quel pouvoir peut annuler cette condamnation ?

Le salaire du péché

L'apôtre Paul a dit : « ... le salaire du péché, c'est la mort... » (Romains

6:23.) La mort est la conséquence irrévocable du fait de laisser cette étrange affinité pour le mal s'établir dans notre vie. Le péché peut rendre le bien si peu attrayant que nous tournons le dos à la justice et combattons contre Dieu.

L'autre jour, un homme qui avait été témoin de la longue et angoissante agonie par le cancer subie par son père s'est tiré une balle lorsque le médecin lui a annoncé que ses symptômes indiquaient qu'il pourrait subir un sort semblable. Le suicide peut résoudre son problème pour ce qui est de cette vie, mais qu'en est-il de l'éternité ? Si nous redoutons à ce point la mort pitoyable, lente et malheureuse du corps, que serait-ce d'endurer la mort éternelle dans son âme même ?

De ceux qui commettent le péché qui mène à la mort, le Seigneur a dit : « ... il eût mieux valu pour eux de n'être jamais nés ; car ils sont des vases de colère, condamnés à souffrir... avec le diable et ses anges dans l'éternité ; au sujet desquels j'ai dit qu'il n'y a point de pardon dans ce monde ni dans le monde à venir... ils... iront dans l'étang de feu et de soufre, avec le diable et ses anges, et ce sont les seuls sur qui la seconde mort aura quelque pouvoir ». (D&A 76:32-34, 36-37.) Et pourtant, la mort par cancer la plus douloureuse que nous puissions nous infliger n'est peut-être qu'un pâle symbole de nos souffrances et de nos regrets éternels.

« S'attacher à l'esprit, c'est la vie et la paix »

Mais d'un autre côté de nos possibilités, quelle occasion exaltante nous avons de développer nos instincts de vie !

Nous vivons à la plus grande époque, dans les conditions les plus favorables que le monde ait jamais connues. Le chemin vers l'exaltation a été parfaitement balisé et brillamment éclairé, et nul n'a besoin de quitter le chemin étroit et resserré si ce n'est de son propre gré. Dans la révélation, le Seigneur a dit : « Et tous les saints qui se souviennent de garder et de pratiquer ces paroles, marchant dans l'obéissance aux commandements, recevront la santé en leur nombril et de la moelle pour leurs os, et trouveront de la sagesse et de grands trésors de connaissance, oui, des trésors cachés ; et ils courront et ne se fatigueront point, et ils marcheront et ne faibliront point.

« Et moi, le Seigneur, je leur fais la promesse que l'ange destructeur passera à côté d'eux, comme pour les enfants d'Israël, et ne les frappera pas ». (Ibid., 89:18-21.) Le corps est le temple de l'esprit, et tous deux agissent mutuellement l'un sur l'autre. John Locke disait : « Un esprit sain dans un corps sain est une description brève mais complète d'un état heureux dans ce monde ». Lorsque l'esprit et le corps fonctionnent harmonieusement et que les tissus réclament de l'exercice, il y a de la joie et de l'entrain à vivre. Pour maintenir sa santé et sa force, le corps doit travailler. De même, un esprit sain doit être constamment et vigoureusement employé à faire le bien. La léthargie fait partie de l'instinct de mort, tandis que le zèle vertueux développe l'instinct de vie. L'idée la plus sublime de l'univers est probablement la promesse de Dieu que nous « ... pourrions avoir la vie, et... l'avoir en abondance ». (Jean 10:10.) Et notre vie échoue dans la mesure où nos instincts de vie perdent leur ascendant en tolérant ces petits maux qui causent notre accoutumance au péché.

On raconte l'histoire d'un explorateur cheminant au cœur d'un hiver arctique. Parce qu'il était fatigué et transi de froid, il décida de s'asseoir et de se reposer. Après quelques minutes, il commença à se sentir mieux.

La lassitude et le malaise commencèrent à disparaître. Comme il était un peu somnolent, il se dit qu'un somme de quinze minutes lui apporterait le réconfort dont il avait besoin. Puis, soudain, il comprit qu'il était en train de mourir de froid.

En désespoir de cause, il bondit sur ses pieds et courut de toutes ses forces. Il courait pour sauver sa vie, et bientôt le sang afflua avec force dans ses veines, produisant la chaleur naturelle qui le sauva de la mort.

À travers notre monde de contrastes, nous courons nous aussi pour sauver notre vie, et Jésus a indiqué quelle doit être l'ampleur de nos efforts lorsqu'il a dit : « Ô vous qui vous embarquez dans le service de Dieu, veillez à le servir de tout votre cœur, de tout votre pouvoir, de tout votre esprit et de toutes vos forces, afin de vous tenir innocents devant Dieu au dernier jour ». (D&A 4:2.) Que Dieu nous aide à garder tous ses commandements, afin que, dans son sens le plus sublime, nous ayons la vie et que nous l'ayons en abondance. C'est là ma prière au nom de Jésus-Christ. Amen.

Citer ce discoursSterling W. Sill, « Mes frères, j'apprécie grandement ce privilège... », 1965 April General Conference, Second Day (Monday, April 5) — General Priesthood Meeting, 7:00 p.m. (1965-04-05). Pulpit Vault, 1965-04-sill-my-brethren-i-appreciate-very-much-some. Traduction de la présente édition, par méthode de glossaire, archive.org.Pulpit Vault, édition du 23 septembre 2026 (commit 4bdc6ac627).