Pulpit

Discours de conférence

Clifford E. Young

1946 April General Conference·Second Day Afternoon Session·1946-04-06

Je sens le besoin de votre foi et de vos prières, mes frères et sœurs, alors que je me tiens devant vous cet après-midi. Je désire ajouter mon témoignage aux nombreux témoignages vigoureux de cette conférence.

Histoire de la période de Nauvoo

Récemment, je lisais une biographie publiée cette année, couvrant les années de guerre d'Abraham Lincoln. Cette biographie a été écrite par J. G. Randall, professeur d'histoire à l'université de l'Illinois, et, pour poser le contexte de la période de guerre de la vie de Lincoln, il remonte à la période de l'Illinois du début des années quarante, une période bien connue des Saints des derniers jours de cette époque, et il y fait une ou deux observations pertinentes :

En 1840, peu de villes de l'Illinois comptaient plus de deux mille habitants. C'est un fait curieux que le plus grand établissement de l'Illinois, de loin, au milieu des années quarante, était la ville mormone de Nauvoo, magnifiquement située sur le large Mississippi, à une centaine de milles au nord-ouest de Springfield. Ici, dans les années 1840, alors que Chicago n'était qu'un jeune village de moins de cinq mille habitants, et Springfield une petite ville boueuse récemment implantée sur la prairie, se dressait la plus grande ville de l'Illinois, une communauté de plus de vingt mille habitants. . . . Centre du mormonisme. Nauvoo possédait des milliers d'habitations, et un grand temple dans la construction duquel avait été investi un million de dollars. (Lincoln the President, J. G. Randall.)

Il décrit en outre certaines des conditions qui existaient à cette époque, et dit, citant l'un des historiens de l'Illinois, que ce fut une période sans loi dans l'histoire de notre nation, et que l'Illinois participait de cette absence de loi. Le gouverneur Ford, dans son Histoire de l'Illinois (écrite dans les années quarante), traite longuement de « l'esprit de populace » en Illinois, et Lincoln en parle et met en garde contre ses dangers en ces termes : « Que chaque homme se souvienne que violer la loi, c'est fouler aux pieds le sang de ses pères et déchirer la charte de sa propre liberté et de celle de ses enfants. » (Randall, page 22.) En lisant cela, j'ai pensé que notre peuple, assurément, savait ce que cela signifiait. Lui aussi souffrit de ces conditions.

Beveridge, dans sa biographie de Lincoln, décrit d'autres choses intéressantes, montrant qu'à cette époque les normes n'étaient pas ce qu'elles sont aujourd'hui. Il écrit :

De grandes quantités de whisky étaient consommées, tout le monde s'y adonnant, femmes et prédicateurs compris. Les hommes étaient prompts à se battre, et les combats étaient brutaux. Le blasphème était général et énergique ; pourtant, un amour inné de la justice, de la sincérité et de l'honnêteté imprégnait beaucoup de ces communautés, et une hospitalité généreuse et empressée y était de premier ordre. Malgré cela, la religion aussi occupait une place vitale dans leur vie. Des églises étaient organisées dès qu'il y avait assez de colons pour former de petites congrégations. La prédication était rude, directe et bruyante, mais elle constituait une force efficace pour le bien. Des écoles, quoique rudimentaires, furent créées presque aussi tôt que les églises. En fait, l'église et l'école étaient des influences complémentaires pour la décence, le savoir et la moralité dans la vie des pionniers. Souvent, les relations sociales étaient relâchées et sans discipline.

Et il poursuit en parlant des dialectes de l'époque, qui étaient extrêmement grossiers. Beveridge fait référence à une accusation portée contre Lincoln, alors qu'il menait ses débats sur les droits des États avec Stephen A. Douglas, selon laquelle Lincoln prônait le mariage des Blancs avec les Noirs. Lincoln, bien entendu, s'en offusqua, et répondit que, parce qu'il cherchait la liberté de ces gens et soutenait qu'ils pussent manger le pain qu'ils avaient gagné, ce n'était pas une raison pour que ses motifs fussent mis en doute.

Les motifs de Joseph Smith incompris

En lisant cela, mes frères et sœurs, mon esprit est revenu au prophète Joseph. Lui aussi fut victime de la mise en doute de ses motifs. C'était une époque où l'on mettait en doute les motifs des gens, où l'on était souvent malveillant dans ses imputations, et le prophète et notre peuple en furent victimes ; et lorsque nous regardons en arrière aujourd'hui, il n'est pas étonnant que le prophète Joseph ait été incompris. On ne sut pas interpréter fidèlement ses motifs ; on ne sut pas ressentir l'élan de sa vie droite, et lorsqu'il prônait des pratiques et des doctrines qui contrevenaient aux usages alors connus, les hommes mettaient en doute ce qu'il prônait et, en particulier, le motif qui s'y trouvait. Et c'est ainsi que le prophète Joseph devint victime de cette mise en cause de ses motifs, et cela contribua largement à son martyre. Les hommes ne le connaissaient pas alors, et hommes et femmes, de nos jours, n'ont pas cherché à le connaître. Cela est regrettable.

La juste appréciation des premiers convertis

Si je puis me permettre d'être un peu personnel, mon grand-père, avec ses quatre frères et leur père, se joignit à l'Église en 1832. Mon arrière-grand-père avait alors près de soixante-dix ans. Tous ces cinq frères, à l'exception de Lorenzo Young, étaient plus âgés que Joseph Smith, et pourtant, lorsqu'ils arrivèrent à Kirtland, ils reconnurent en lui un prophète du Dieu vivant. C'étaient des hommes intelligents ; c'étaient des hommes capables d'analyser le prophète Joseph Smith et d'apprécier les choses qu'il représentait. Ils crurent implicitement en lui, et lorsqu'ils acceptèrent la vérité telle qu'elle leur avait été enseignée par les premiers missionnaires, jusqu'au jour de leur mort, ils ne vacillèrent jamais. Tous furent fidèles à la foi. Cela était typique de beaucoup. John Taylor se distingue comme un phare. Il était venu d'Angleterre, jeune homme. Il est vrai qu'il était plus jeune que le prophète, car il était né en 1808. Il était venu d'Angleterre en 1832 et s'était établi au Canada. Et en 1836, Parley P. Pratt le trouva et lui prêcha l'Évangile, qu'il embrassa par la suite. Plus tard, il vint à Kirtland rendre visite au prophète. C'était une période d'apostasie ; c'était une période de persécution, mais il ne vacilla jamais, parce que le Seigneur lui avait rendu témoignage qu'il y avait là un prophète du Dieu vivant.

Après cette visite, John Taylor retourna au Canada, et par la suite, Joseph Smith lui rendit visite en compagnie d'autres personnes. Plus tard, à l'automne 1837, John Taylor fut invité et instruit de régler ses affaires et de se joindre au corps des saints. Arrivant à Kirtland, il trouva que le prophète était à Far West, et poursuivit donc son voyage jusque dans le Missouri. Vous pouvez bien imaginer ce que cela signifiait à cette époque, avec des voyages lents et sans routes, dans des conditions rudimentaires et primitives, semblables à celles auxquelles j'ai fait référence au début, telles que décrites par le professeur Randall. Et pourtant, en arrivant à Far West, où régnait aussi l'apostasie, cela ne fit aucune différence pour John Taylor. Il savait, et c'était tout ce qui était nécessaire, et dès lors il consacra sa vie à un dévouement et à un service presque sans égal dans cette nouvelle dispensation. Il était auprès du prophète lors de son martyre et ne vacilla jamais. Sa vie se lit comme un roman, et pourtant elle sonne vrai en raison de sa loyauté et de sa foi.

Et ainsi, mes frères et sœurs, en lisant le récit de ces conditions primitives, j'ai pensé combien il était facile de mettre en doute les motifs ; combien il est facile aujourd'hui, lorsqu'on ne connaît pas et ne ressent pas l'âme humaine, de ne pas répondre à cette âme lorsqu'elle exhale le témoignage de la divinité de cette grande œuvre.

Le retour d'Oliver Cowdery à l'Église

Je voudrais mentionner encore deux choses avant de terminer. J'ai toujours été impressionné, comme vous, en lisant le récit d'Oliver Cowdery et de David Whitmer. C'est par l'entremise de Phineas Young qu'Oliver Cowdery revint dans l'Église. Ils étaient beaux-frères, Phineas ayant épousé la sœur d'Oliver. Oliver Cowdery quitta l'Église en 1838 et fut retranché avec David Whitmer. Il erra çà et là et finit par revenir à Richmond, dans le Missouri. Phineas Young écrivit à Oliver, le suppliant de revenir dans l'Église. Oliver répondit avec émotion qu'il avait été lésé, que les frères avaient mal jugé ses motifs. Notre peuple, dans le Missouri, avait souffert de la persécution. Il avait perdu ses terres et, dans bien des cas, ses foyers. On s'émerveille, en lisant ce récit, qu'il n'y ait pas eu davantage de défections, car cette partie de l'Église était si éloignée des dirigeants de l'Église, et il était facile pour les hommes de s'écarter du droit chemin.

Or, Oliver Cowdery sentait que ses motifs avaient été mis en doute, et il écrivit donc à Phineas Young qu'il pensait que les saints ne le recevraient pas. Phineas répondit qu'Oliver devait revenir dans l'Église, qu'il savait qu'elle était vraie et que c'était là qu'était sa place. En 1848, alors qu'une conférence se tenait à Council Bluffs, Oliver vint à la conférence, et au cours de l'une des réunions, il demanda à parler, et vous connaissez l'histoire. Il proclama de nouveau son témoignage du Livre de Mormon et sa foi dans le prophète Joseph.

Après la conférence, il se présenta devant le grand conseil. « Je ne demande pas à être rétabli dans ma position antérieure », dit-il. Il avait été le deuxième ancien de l'Église. « Tout ce que je demande, c'est de pouvoir revenir dans l'Église, parce que je sais qu'elle est vraie. » Un vote fut pris par le grand conseil qui l'avait excommunié, et cela se fit dans l'ordre voulu, et il vota de le recevoir dans l'Église, et il fut par la suite baptisé et ordonné ancien. Des préparatifs furent faits pour qu'il vienne en Utah, mais avant que cela pût s'accomplir, il fut sérieusement malade et mourut. Mais il mourut, comme David Whitmer le dit par la suite, l'homme le plus heureux qu'il eût jamais vu, parce qu'il était de retour dans l'Église où était sa place.

David Whitmer fidèle à son témoignage

Il en fut de même pour David Whitmer. Parmi les annonces de décès lues ici hier se trouvait celle du décès de James H. Moyle, le père de Henry Moyle, président du comité d'entraide. J'ai eu la bonne fortune, étant enfant, de subir l'influence de frère Moyle, en travaillant avec lui à la Mutuelle, et depuis lors j'ai eu de l'affection pour lui dans mon cœur et de l'estime pour son dévouement à l'Église. Je me souviens qu'il racontait son entretien avec David Whitmer, comment lui, tout juste sorti du collège, voulait savoir — il était jeune homme et le défi se présentait à lui — il voulait savoir. Ses parents s'étaient joints à l'Église en Angleterre et avaient émigré vers Sion, mais lui-même voulait savoir s'il y avait ou non quelque chose de vrai dans cette chose appelée « mormonisme ». Apprenant que David Whitmer était encore en vie, il se rendit à Richmond pour l'interroger, et frère Moyle écrit qu'il n'avait de toute sa vie contre-interrogé personne aussi vigoureusement qu'il le fit avec David Whitmer.

Tel que frère Moyle le raconta, cela fortifia ma foi, et en y réfléchissant depuis, j'ai pensé combien il aurait été facile pour David Whitmer de dire : « Mon garçon, c'était il y a cinquante-deux ans. Nous nous sommes trompés ; nous étions jeunes. Joseph Smith avait de l'influence sur nous, et nous nous sommes trompés. » Mais il ne dit pas cela. Il aurait pu le dire, car il avait auparavant été cité par l'Encyclopædia Britannica comme ayant renié son témoignage. Il ne dit pas cela, mais il dit : « Je veux vous dire une fois pour toutes que le témoignage que j'ai rendu alors est aussi vrai aujourd'hui qu'il l'était le jour où nous l'avons prononcé. » C'était dans les années quatre-vingt, plus de cinquante ans après que le témoignage des trois témoins eut été inscrit sur la page de garde du Livre de Mormon.

Joseph Smith, un vrai prophète

Mes frères et sœurs, mon temps est écoulé. Le prophète Joseph vit aujourd'hui, aussi réellement prophète vivant qu'il le fut jamais. Ses motifs furent incompris alors ; ils sont incompris aujourd'hui, mais son intégrité et son appel divin ne font aucun doute. Lorsque des hommes tels que John Taylor, les Young et les Kimball et d'autres vinrent à lui et s'associèrent avec lui, Oliver Cowdery et David Whitmer, qui furent retranchés de l'Église, qui le connurent et s'associèrent intimement avec lui — je le répète — lorsque des hommes tels que ceux-là s'associèrent avec lui et reconnurent en lui un prophète du Dieu vivant, alors nous pouvons dire que les détracteurs du prophète aujourd'hui doivent aussi prendre en considération ces témoignages, tout autant que les hommes qui mirent en doute ses motifs et qui le calomnièrent et le dénigrèrent, comme le firent les apostats de son temps, et comme le font de nos jours ceux qui n'ont pas l'esprit de l'Évangile.

Que Dieu nous bénisse et nous aide à apprécier qu'il fut un prophète du Dieu vivant, je le prie au nom de Jésus-Christ. Amen.

Citer ce discoursClifford E. Young, « Discours de conférence », 1946 April General Conference, Second Day Afternoon Session (1946-04-06). Pulpit Vault, 1946-04-clifford-e-young-conference-address. Traduction de la présente édition, par méthode de glossaire, archive.org.Pulpit Vault, édition du 23 septembre 2026 (commit 4bdc6ac627).