Prendre l'Église au sérieux
Joseph F. Smith
Frères, si un ou deux Joseph F. de plus s'ajoutent à la liste des Autorités générales, la conférence générale fera de moi une épave totale. (Rires) ¶
Enfant, je m'étonnais quand mon père disait qu'à la conférence générale il perdait l'appétit, et que lorsqu'on l'appelait à parler, ses bras, ses coudes et ses mains s'engourdissaient. Je considère maintenant mon père comme un homme d'une force d'âme peu commune. (Rires) J'ai senti que j'étais en danger de désintégration imminente, au sud de ma pomme d'Adam. ¶
J'espère que les quelques instants qui me sont impartis ne seront pas dépensés en vain pour vous, et que votre foi m'aidera à dire une ou deux choses qui aient quelque valeur. ¶
Une responsabilité, chose sérieuse ¶
Il y a six mois, en rendant compte de la conférence générale, le magazine Time, à sa manière caractéristique, a parlé de l'Église mormone, organisation de moins d'un million de personnes, comme d'une organisation qui se prenait très au sérieux en tant qu'influence internationale. Le correspondant de Time à Salt Lake City, qui je suppose a écrit cet article, a écrit mieux qu'il ne le savait, et je pense que Time ne pourrait mieux s'immortaliser qu'en accrochant prophétiquement ces mots en bronze aux murs de ses bureaux de rédaction. ¶
L'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours se prend en effet au sérieux comme puissance internationale. La difficulté est que les membres de l'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours ne prennent pas suffisamment en considération l'importance internationale de l'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours. Je vous soumets que, concentrée sous cette fameuse coupole, il y a une potentialité plus grande, si elle était employée dignement, que celle que l'on trouve dans les commandements militaires combinés des nations en guerre, et, comme nous l'avons entendu à maintes reprises pendant cette conférence, c'est là une grande responsabilité. ¶
Nous ne prenons pas l'Église suffisamment au sérieux. Hier, comme frère Peterson, si je me souviens bien, ancien président de la Mission norvégienne, parlait — je crois que c'est lui qui a raconté l'histoire d'avoir trouvé une École du Dimanche dissoute parce que l'épiscopat était parti chasser le faisan — ce grand corps de la Prêtrise a été porté à la gaieté. Personnellement, je ne trouve aucune trace d'humour dans le fait que des hommes détenant la Prêtrise, et ayant une responsabilité envers une congrégation, la dissolvent pour rompre le sabbat. ¶
Nous ne prenons pas assez au sérieux l'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours. Sont réunis ici des hommes qui détiennent la Prêtrise du Dieu Tout-Puissant, et il nous a été dit en termes non équivoques que là où il est beaucoup donné, il est beaucoup attendu, et que nous serons tenus responsables si nous ne magnifions pas l'appel qui est le nôtre. Il est essentiel, si nous devons être intelligemment obéissants à l'Évangile, si nous devons intelligemment garder les alliances que chacun de nous a contractées, que nous sachions ce qu'est l'Évangile et ce que ces alliances impliquent, ce qui signifie que chacun de nous devrait être un étudiant des Écritures. Non seulement il devrait être un étudiant de l'Écriture telle qu'elle se trouve consignée dans les Saintes Écritures, mais il devrait être obéissant à l'Écriture telle qu'elle provient de l'autorité constituée de l'Église. Il semble d'une certaine manière si facile de croire que la parole du Seigneur est imprimée dans un livre, mais il semble un peu difficile à certaines personnes lorsque la parole du Seigneur vient d'un homme vivant. ¶
La parole du Seigneur donnée par le Saint-Esprit ¶
Puis-je lire juste un mot ou deux d'une révélation qui fut donnée à Orson Hyde et à d'autres missionnaires : Et tout ce qu'ils diront sous l'inspiration du Saint-Esprit sera Écriture, sera la volonté du Seigneur, sera l'avis du Seigneur, sera la parole du Seigneur, sera la voix du Seigneur et le pouvoir de Dieu pour le salut. (D. & A. 68:4) ¶
Lorsque Heber J. Grant, que vous avez soutenu, et que j'espère vous soutiendrez de nouveau avant la fin de cette conférence, donne des instructions en tant que prophète, voyant et révélateur, cette parole devrait être Écriture pour nous. C'est la parole du Seigneur lui-même par son prophète, et il se peut que parfois ce conseil ne soit pas exactement en accord avec nos désirs personnels. Il n'a jamais été l'affaire d'un prophète de Dieu de dire aux gens ce qu'ils voulaient entendre ; c'est l'affaire d'un prophète, et j'imagine que c'est parfois une affaire très désagréable, de dire au peuple ce que le Seigneur veut qu'il sache et qu'il fasse, et nous qui détenons la Prêtrise devrions prendre l'Église suffisamment au sérieux pour être obéissants aux Écritures. ¶
Suggestions au sujet de la bonté ¶
J'ai été impressionné, pendant cette conférence, par les moments où l'importance de la bonté a été soulignée, et je partage de tout cœur ces sentiments. Il est cependant nécessaire, si nous voulons être véritablement bons, que nous soyons intelligents, que nous soyons compréhensifs. Nous entendons fréquemment qu'il ne faut pas chasser les jeunes gens de l'Église parce qu'ils se mettent à fumer, ce qui est tout à fait vrai. Vous vous souviendrez des remarques de l'évêque Ashton hier. Je pense cependant que nous devrions aller un peu plus loin et, en étant bons envers ces personnes, leur faire comprendre clairement que, dans chaque cas, au moins cinquante pour cent de l'isolement qu'elles ressentent, et souvent un pourcentage plus élevé encore, est dû non pas à l'Église mais à la personne qui ne se conforme pas. ¶
J'ai eu une conversation intéressante avec un homme de Washington il n'y a pas longtemps, et il m'a dit qu'il n'allait plus à l'église parce qu'il ne s'y sentait pas à l'aise ; on ne le faisait pas se sentir chez lui ; on prêchait la Parole de Sagesse, et il se sentait isolé ; il sentait qu'il n'était pas le bienvenu, alors il s'en tenait éloigné. Il s'était mis à fumer. Je lui ai demandé si quelqu'un lui avait spécifiquement dit qu'il n'était pas le bienvenu. « Non, non, mais on prêche la Parole de Sagesse. » ¶
Je lui ai dit : « Eh bien, voudriez-vous que nous cessions de prêcher la Parole de Sagesse parce que vous vous êtes mis à fumer ? Devrions-nous ne pas rester fidèles à la parole révélée du Seigneur parce que vous avez jugé bon de ne pas suivre ce conseil ? » ¶
Finalement, il a admis que la raison pour laquelle il ne se sentait pas chez lui n'était pas qu'on lui avait tourné le dos, mais parce qu'il savait au fond de son cœur qu'il faisait ce qu'il ne devait pas faire. ¶
Je pense que bien des fois, ce serait un acte de bonté d'aider les gens à comprendre leurs propres réactions. Il est si facile de penser à la place de l'autre ; il m'est si facile de penser que, parce que je ne fais pas ce qui est juste, l'autre cherche à me devancer. La plus grande bonté que ce corps de la Prêtrise, et la Prêtrise où qu'elle se trouve, puisse offrir au monde, c'est d'abord de donner courageusement un exemple inébranlable de droiture ; et ensuite, de rendre témoignage de la vérité. Il n'y a pas de plus grande bonté que ce peuple puisse offrir au monde. ¶
Frères, nous devrions prendre l'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours plus au sérieux en tant que puissance internationale. Je vous promets qu'il n'y aura aucune solution à nos divers problèmes ; nous continuerons à voir les sages du monde confondus et leur sagesse devenir folie, parce qu'ils s'imaginent savoir par eux-mêmes ; nous ne verrons aucune solution à nos problèmes tant que le monde ne commencera pas à accepter le Christ en actes, et non en simples paroles ; et c'est votre responsabilité et la mienne, en tant que membres de l'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, de veiller à ce que cette parole se répande par l'exemple aussi bien que par le précepte. ¶
Que Dieu nous accorde de voir notre tâche, de ne pas prendre notre responsabilité si à la légère que nous considérerions la négligence comme un sujet d'amusement, alors qu'elle est tragique en ces jours, afin que cette œuvre puisse devenir le levain ultime du monde qu'elle est destinée à être ; c'est ma prière, au nom de Jésus-Christ. Amen. ¶