Tolérance envers les opinions d'autrui
John A. Widtsoe
Mes frères et sœurs : Nous souhaitons de tout notre cœur la bienvenue à frère Harold B. Lee et aux autres frères qui ont été appelés à un nouveau service dans l'Église et le Royaume de Dieu. ¶
Cette conférence a été profitable et inspirante. Le doux Esprit du Seigneur a plané sur les sessions de la conférence, depuis la première, où le président Grant a prononcé son discours d'ouverture remarquablement impressionnant. ¶
Je désire parler d'un sujet simple et bien connu, un sujet qu'a abordé chaque orateur de cette splendide conférence, et qui est nécessairement traité dans chaque conférence de pieu ou de paroisse. Pourtant, il mérite d'être répété. ¶
Tolérance envers les opinions d'autrui
J'ai choisi un thème qui semble vital dans la vie des saints des derniers jours. ¶
Parmi les principes de beauté et de puissance qui composent l'Évangile, aucun n'est plus propice à la paix que la doctrine mormone de la tolérance. Il nous est enseigné d'accorder le respect qui convient aux opinions et au mode de vie de nos semblables. Ce principe admis a été formulé de façon concise par le prophète Joseph Smith : ¶
Nous affirmons avoir le droit d'adorer le Dieu Tout-Puissant selon les inspirations de notre conscience et reconnaissons le même droit à tous les hommes : qu'ils adorent comme ils veulent, où ils veulent ou ce qu'ils veulent. (11e article de foi.) ¶
C'est-à-dire que les hommes peuvent croire et agir comme il leur semble bon, tant qu'ils ne portent pas atteinte à nos droits ni ne transgressent la loi. Ils peuvent nourrir de fausses croyances, et pourtant nous nous mêlons à eux avec amitié. C'est ainsi que la fréquentation entre les hommes devient tolérable. ¶
L'Église a souffert de l'intolérance
Nous, membres de cette Église, avons des raisons d'être tolérants ; car nous connaissons la cruauté sans loi de l'intolérance. Pendant plus d'un siècle, nous avons subi une persécution religieuse d'une fureur satanique, sans égale dans les temps modernes, et rarement, sinon jamais, surpassée dans les temps anciens. Souvent impuissants devant la fureur intolérante, les saints des derniers jours n'ont pu que dire : « Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu'ils font. » Si le Seigneur n'avait pas été notre capitaine, et la vérité notre carte, les hommes auraient depuis longtemps détruit l'Église. Nous savons que la tolérance vient de Dieu ; l'intolérance, du diable. Nous sommes et devons demeurer un peuple tolérant. ¶
Le vrai sens de la tolérance
Cependant, le vrai sens de la tolérance est souvent mal compris. La tolérance a des limites bien précises. Accorder à nos voisins le privilège de croire et de vivre comme ils le choisissent, dans les limites de la loi, ne signifie pas que, pour garder la paix, nous devions vivre comme eux. ¶
La tolérance n'est pas la conformité aux vues et aux pratiques du monde. Nous ne devons pas abandonner nos croyances pour nous entendre avec les gens, si aimés ou influents soient-ils. On peut payer trop cher pour la position sociale, ou même pour l'harmonie. L'apaisement a récemment été tenté dans le monde, et la guerre la plus hideuse de l'histoire en est le résultat. L'Évangile repose sur une vérité éternelle ; et l'on ne peut jamais abandonner la vérité sans danger. L'allégeance à la vérité, tout comme la tolérance, vient du Seigneur. ¶
Il est vrai qu'il y a des questions de moindre importance auxquelles tous peuvent sagement se conformer. Telles sont les conventions ou les modes sans cesse changeantes du vêtement, du langage et des convenances. Qu'une femme porte les cheveux longs ou courts, ou qu'un homme porte un col souple ou empesé, ce ne sont pas là des questions vitales. Elles ne violent pas la loi de Dieu, et personne ne les prend au sérieux. La sagesse dicte à tous, selon les mots de Pope : ¶
Ne sois pas le premier sur qui l'on essaie la nouveauté, ni non plus le dernier à abandonner l'ancien. ¶
Le danger de ne pas vivre selon les normes
Mais les écarts, même légers, du droit chemin de l'Évangile deviennent des questions majeures dans la vie. Tout ce qui est contraire à la doctrine ou aux règlements de l'Église, ou qui viole nos alliances avec le Seigneur, dans le baptême, dans le temple, ou ailleurs, est du mal et doit donc être rejeté avec mépris. Il est dangereux de jouer avec la vérité et nos alliances sacrées. La désintégration spirituelle et morale commence quand nous sacrifions la vérité pour nous conformer à la voie de la foule. Le mal insidieux qui s'installe alors engendre l'indifférence et se termine souvent par l'apostasie. Il conduit à un malheur certain. ¶
De toute évidence, dans un monde composé d'hommes nombreux aux opinions nombreuses, il faut parfois quelque courage pour rester fidèle à ses convictions. Celui qui ne fume pas, qui ne boit pas, ou qui ne joue pas aux cartes, peut se sentir seul dans une compagnie de fumeurs, ou à une réception où l'on boit des cocktails, joue aux cartes ou parie. Le lâche qui est en nous recule toujours à l'idée d'être une cible d'observation ou de critique. En fait, cependant, la personne qui reste fidèle à ses convictions honnêtes gagne le respect de toutes les personnes honorables. Le courage honnête est toujours admiré. Au contraire, celui qui trahit ses professions de foi pour gagner la faveur de la foule est tenu en mépris, souvent tacite mais tout aussi réel, par ses proches. Les jeunes gens d'ascendance saint des derniers jours qui fument ou boivent sont rarement bien accueillis par des employeurs qui fument et boivent. Celui qui trahit ses convictions peut manquer d'intégrité en affaires. Ainsi raisonne l'homme sage de ce monde. ¶
L'Évangile du Christ fondé sur la vérité
Les saints des derniers jours n'ont aucune raison d'abandonner leurs croyances pour les applaudissements de la foule. Il devrait plutôt y avoir une immense gratitude dans le cœur des saints des derniers jours. L'Évangile est fondé sur une vérité inébranlable ; il fait la lumière sur ce qui est obscur ; il est inégalé pour répondre aux questions profondes de l'âme humaine ; son autorité d'agir, la prêtrise, distingue ce peuple de tous les autres par son pouvoir d'accomplir une œuvre pour le bien privé et public. Chaque principe est divinement conçu pour le bien de l'homme. L'expérience a montré que les hommes se portent mieux lorsqu'ils observent la Parole de Sagesse, ou paient la dîme au Seigneur, ou se conforment à toute autre pratique de l'Évangile. Au milieu des philosophies du monde, l'Évangile de Jésus-Christ demeure invaincu. Nous devrions être si fiers de notre appartenance à l'Église du Christ que nous refuserions, avec dédain, de désobéir, pour l'acclamation publique ou l'appétit personnel, à quelque principe d'action que ce soit au sein de l'Église. ¶
Ceux qui sont vaillants pour la vérité sont des vainqueurs
Les saints des derniers jours devraient être totalement loyaux envers le cours de vie tracé par le plan de l'Évangile. Une allégeance tiède tue ; tandis qu'un dévouement passionné donne vie et âme à toute cause et à ses adeptes. Les malheurs du monde peuvent, en grande partie, être imputés à ceux qui ne sont ni chauds ni froids, qui suivent toujours la ligne de moindre résistance, dont le cœur timide tremble à l'idée de prendre parti pour la vérité. Comme dans le grand conseil dans les cieux, de même dans l'Église du Christ sur la terre, il ne peut y avoir de neutralité. Nous sommes, ou nous ne sommes pas, du côté du Seigneur. Une foi inflexible, méprisant tout compromis, conduira l'Église et chacun de ses membres au triomphe et à l'accomplissement de notre haute destinée. ¶
Les vainqueurs finaux du monde seront les hommes et les femmes, peu importe s'ils sont peu ou nombreux, qui s'attachent sans crainte et sans fléchir à la vérité, qui savent dire non aussi bien que oui, sur l'étendard élevé desquels est inscrit : Pas de compromis avec l'erreur. À l'heure actuelle, c'est une foi ardente en la liberté, une facette de la vérité, qui permet à l'Angleterre de résister à ses ennemis malgré la pluie de poudre et d'acier. ¶
L'esprit du mal déchaîné
Notre monde est malade. Des millions d'hommes se sont rendus, ou ont été contraints de se rendre, à un esprit mauvais -- l'esprit de Satan. Ceux qui sont atteints par ce mal écument avec une férocité brutale et grondante. Ils ont oublié la royauté de l'homme ; ils sont descendus au-dessous des bêtes. Ils invoquent et appliquent la loi de la jungle. Le prince des ténèbres a des ambitions qui ceignent le monde entier. Les dirigeants des nations, stupéfaits par l'incroyable effondrement de notre civilisation si chèrement acquise, se tiennent impuissants au milieu de leurs bombes, de leurs dirigeables et de leurs sous-marins. Ils savent que la question n'est pas matérielle, mais spirituelle. Ils savent que seul un cœur changé peut rendre la paix à la terre. Au plus profond d'eux-mêmes, ils appellent des hommes de vérité, qui ne vendront pas leur droit d'aînesse pour un plat de lentilles, qui ne connaissent pas le sens du compromis. Et le monde entier, les foules des hommes ordinaires, appellent de leurs vœux une telle direction. L'humanité ne désire pas vivre, ni mettre des enfants au monde, dans un monde régi par l'ignorance, la haine, la perfidie et le blasphème. ¶
Les croyants au Christ, dirigeants ultimes du monde
Cette direction, le besoin premier du monde, doit venir, nous le savons, de ceux qui acceptent l'Évangile de Jésus-Christ, et qui, avec courage et sans s'excuser, s'attachent à sa vérité et à sa pratique. Ils seront le levain dans la pâte ; ils seront les artisans des merveilles du monde ; ils seront les vainqueurs ultimes, bien qu'ils ne soient peut-être qu'une poignée en nombre. L'épée forgée par l'homme de Goliath ne pouvait rivaliser avec le caillou dirigé par la foi de David. ¶
Cela nous impose un lourd fardeau, à nous, membres de l'Église rétablie du Christ ; détenteurs autorisés de la prêtrise ; porteurs de lumière et dispensateurs de vérité pour le monde. Assumer la direction pour indiquer le chemin de la paix a toujours été la haute mission, peut-être la plus haute, de l'Église du Christ. En fin de compte, la paix du monde dépend de nous. Cela peut sembler une prétention prodigieuse ; nous l'affirmons humblement ; mais la parole du Seigneur ne fait pas défaut. De Sion sortira la puissance qui changera les épées en socs de charrue, et fera de la terre une heureuse demeure pour les hommes. ¶
Nous, membres de l'Église, maintenant dispersés au loin sur la terre, devons nous rendre et nous maintenir aptes, par l'obéissance, à la mission qui nous est assignée -- la régénération du monde. C'est un appel adressé à chaque membre de l'Église. Selon que nous obéirons aux commandements, telle sera la force de l'Église. Selon que nous vivrons la loi sans crainte, l'influence de l'Église couvrira la terre et la préparera pour la paix. Le retard et la vexation, la douleur et l'effusion de sang, nous atteindront si nous abandonnons nos convictions et entrons en compromis avec le monde. Il vaut mieux observer la loi, même dans ses moindres détails. Alors nous aurons une plus grande prétention à la satisfaction personnelle pendant les jours de notre vie. ¶
Tout cela a été dit par notre Seigneur, le Rédempteur de l'humanité. Peu avant sa mort sacrificielle, il pria son Père pour ceux qui devaient demeurer après lui, afin de poursuivre l'œuvre qu'il avait établie. L'essentiel de cette prière immortelle était que ses disciples ne soient pas ôtés du monde, car leur message était destiné au monde, mais que, bien qu'ils fussent dans le monde, ils ne fussent pas du monde. ¶
Je ne te prie pas de les ôter du monde mais de les préserver du mal. Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde. (Jean 17:15, 16.) ¶
Tel est le problème de chaque saint des derniers jours, surtout à mesure que nous nous répandons sur la terre, et que l'humanité appelle à l'aide : être dans le monde, mais non du monde ! Être toujours un peuple unique, un peuple particulier, dans l'observance de la justice. Ceux qui n'y parviennent pas souffriront d'une âme rongée, mettront en doute la valeur de la vie, et finiront par connaître la mort spirituelle. ¶
Nous regardons tous l'avenir avec appréhension. Nul pays n'est entièrement à l'abri. Le désastre peut atteindre l'un ou tous. C'est une folie que d'échanger les joies permanentes de l'Évangile contre des offrandes faites de main d'homme, passagères, insatisfaisantes et souvent nuisibles. Israël ferait preuve d'une sagesse plus élevée si nous mettions tous de côté les choses qui ne sont pas en harmonie avec la loi de l'Évangile, qui nous distraient, prennent notre temps et nous laissent vides une fois le jour terminé ; si chacun d'entre nous mettait sa maison en ordre jusqu'à pouvoir dire avec Josué d'autrefois : « Moi et ma maison, nous servirons l'Éternel. » ¶
Aujourd'hui, peut-être plus que jamais, le cri de guerre de l'Israël moderne, le peuple du Seigneur, doit être, à l'égard des vérités de l'Évangile : « Pas de compromis. » ¶
Puisse le Seigneur nous bénir et nous donner la foi, le courage, la clarté de vision et la force de volonté pour vivre sa loi, garder nos alliances, et être des serviteurs pleinement acceptables dans sa grande cause, je le prie au nom du Seigneur Jésus-Christ. Amen. ¶