Moins coupables, nous instruisons nos enfants ainsi...
Thomas S. Monson
Mes frères et sœurs, la paix que nous ressentons dans ce tabernacle historique ce matin forme un contraste saisissant avec la situation qui régnait à de nombreux kilomètres d'ici le 5 juin dernier. En ce jour, l'air paisible du désert du Sinaï fut déchiré par les avions à réaction fonçant vers leurs cibles, les canons tonnèrent, les blindés s'ébranlèrent, des hommes combattirent et moururent, des femmes pleurèrent, des enfants gémirent. La Terre Sainte, jadis domaine personnel du Prince de la Paix, fut de nouveau ravagée par la guerre. ¶
Bruits de conflit et de guerre Cette terre troublée a connu bien des conflits ; ses habitants ont enduré de terribles épreuves et tribulations. Aucune bataille n'est cependant plus mémorable que celle qui se déroula dans la vallée d'Éla en l'an 1063 av. J.-C. Sur les montagnes d'un côté, les armées redoutées des Philistins s'étaient rassemblées pour marcher directement vers le cœur de Juda et la vallée du Jourdain. De l'autre côté de la vallée, le roi Saül avait rangé ses armées en bataille face à elles. ¶
Les historiens nous disent que les forces en présence étaient à peu près d'égale valeur en nombre et en compétence. Cependant, les Philistins avaient réussi à garder secrète leur précieuse connaissance de la fonte et du travail du fer pour forger de redoutables armes de guerre. Le bruit des marteaux frappant les enclumes et la vue de la fumée montant vers le ciel depuis de multiples soufflets tandis que les forgerons s'affairaient à aiguiser les armes et à en fabriquer de nouvelles devaient glacer d'effroi le cœur des guerriers de Saül ; car le plus novice des soldats savait la supériorité des armes de fer sur celles d'airain. ¶
Comme cela arrivait souvent lorsque deux armées se faisaient face, des champions individuels défiaient des combattants du camp opposé en combat singulier. Il existait de nombreux précédents pour ce genre d'affrontement ; et en plus d'une occasion, notamment à l'époque où Samson était juge, des batailles avaient été décidées par un combat individuel. ¶
Combat singulier — Goliath contre David À présent, cependant, la situation était inversée en ce qui concernait Israël, et c'était un Philistin qui osait défier tous les autres — un véritable géant nommé Goliath de Gath. Les anciens récits nous rapportent que Goliath mesurait dix pieds de haut. Il portait une armure d'airain et une cotte de mailles. Et le bois de sa lance aurait fait chanceler un homme fort rien qu'à le soulever, sans même parler de le projeter. Son bouclier était le plus long qu'on ait jamais vu ou mentionné, son épée une lame effrayante. ¶
Ce champion issu du camp des Philistins se tint debout et cria aux armées d'Israël : « Pourquoi sortez-vous pour vous ranger en bataille ? Ne suis-je pas le Philistin, et n'êtes-vous pas des esclaves de Saül ? Choisissez un homme qui descende contre moi ! » (1 Samuel 17:8.) ¶
Son défi était que s'il était vaincu par le guerrier israélite, tous les Philistins deviendraient serviteurs des Israélites. En revanche, s'il l'emportait, les Israélites deviendraient leurs esclaves. Goliath rugit : « Je jette en ce jour un défi à l'armée d'Israël ! Donnez-moi un homme, et nous nous battrons ensemble. » (1 Samuel 17:10.) ¶
Et ainsi, pendant 40 jours retentit ce défi, accueilli uniquement par la peur et le tremblement. Et tous les hommes d'Israël, à la vue de l'homme Goliath, « s'enfuirent devant lui et furent saisis d'une grande frayeur ». ¶
La foi d'un jeune berger Il y en eut un, cependant, qui ne trembla point d'effroi ni ne s'enfuit en panique. Bien au contraire, il raffermit le courage des soldats d'Israël par sa question percutante en guise de reproche : « ... Y a-t-il pas là une cause ?... Que personne ne se décourage à cause de cet homme ! Ton serviteur ira se battre avec ce Philistin. » (1 Samuel 17:29, 32.) David, le jeune berger, avait parlé. Mais il ne parlait pas simplement en berger, car les mains de Samuel, le prophète de Dieu, s'étaient posées sur sa tête pour l'oindre, et l'Esprit du Seigneur était descendu sur lui. ¶
Saül dit à David : « Tu ne peux pas aller te battre avec ce Philistin, car tu es un enfant, et il est un homme de guerre dès sa jeunesse. » (1 Samuel 17:33.) Mais David persévéra et, revêtu de l'armure de Saül, se prépara à affronter le géant. Réalisant son impuissance ainsi harnaché, David rejeta l'armure, prit plutôt son bâton à la main, choisit cinq pierres polies dans le torrent et les mit dans sa gibecière de berger ; et, sa fronde à la main, il s'avança vers le Philistin. ¶
Nous nous rappelons tous l'exclamation indignée de Goliath : « Suis-je un chien, pour que tu viennes à moi avec des bâtons ?... Viens vers moi, et je donnerai ta chair aux oiseaux du ciel et aux bêtes des champs. » (1 Samuel 17:43-44.) ¶
David dit alors : « Tu marches contre moi avec l'épée, la lance et le javelot ; et moi, je marche contre toi au nom de l'Éternel des armées, du Dieu de l'armée d'Israël, que tu as insultée. ¶
« Aujourd'hui l'Éternel te livrera entre mes mains... et toute la terre saura qu'Israël a un Dieu. ¶
« Et toute cette multitude saura que ce n'est ni par l'épée ni par la lance que l'Éternel sauve. Car la victoire appartient à l'Éternel. Et il vous livre entre nos mains. ¶
« Aussitôt que le Philistin se mit à marcher pour aller au-devant de David, David courut vers la ligne de bataille à la rencontre du Philistin. ¶
« Il mit la main dans sa gibecière, y prit une pierre, et la lança avec sa fronde ; il frappa le Philistin... et la pierre s'enfonça dans son front, et il tomba le visage contre terre. ¶
« Ainsi, avec une fronde et une pierre, David fut plus fort que le Philistin ; il le terrassa et lui ôta la vie... » (1 Samuel 17:45-50.) ¶
La bataille avait donc été livrée. La victoire avait été remportée. David émergea en héros national, sa destinée ouverte devant lui. ¶
Un héros acclamé Certains d'entre nous se souviennent de David comme du jeune berger divinement investi par le Seigneur par l'intermédiaire du prophète Samuel. D'autres le connaissent comme un vaillant guerrier, car les Écritures ne rapportent-elles pas le refrain des femmes admiratrices à la suite de ses nombreuses batailles victorieuses : ¶
« Saül a frappé ses mille, et David ses dix mille » ? (1 Samuel ¶
18:7.) D'autres encore le considèrent comme le poète inspiré ou comme l'un des plus grands rois d'Israël. D'autres enfin se rappellent qu'il a transgressé les lois de Dieu et pris ce qui appartenait à autrui — la belle Bath-Schéba. Il provoqua même la mort de son mari, Urie. ¶
Pour ma part, j'aime penser à David comme au jeune homme intègre qui eut le courage et la foi d'affronter des obstacles insurmontables alors que tous les autres hésitaient, et de racheter l'honneur d'Israël en affrontant ce géant sur sa route — Goliath de Gath. ¶
Un Goliath dans votre vie ? ¶
Nous ferions bien d'examiner attentivement notre propre vie et de juger de notre courage, de notre foi. Y a-t-il un Goliath dans votre vie ? Y en a-t-il un dans la mienne ? Se dresse-t-il directement entre vous et le bonheur auquel vous aspirez ? Oh, votre Goliath ne porte peut-être pas d'épée ni ne lance d'insultes publiques que tous puissent entendre pour vous forcer à la décision. Il ne mesure peut-être pas trois mètres de haut, mais il semblera probablement tout aussi redoutable, et son défi silencieux peut couvrir de honte et d'embarras. ¶
Pour tel homme, Goliath peut être l'emprise étouffante de la cigarette ou une soif inextinguible d'alcool. Pour tel autre, son Goliath peut être une langue indomptée ou un penchant égoïste qui le pousse à mépriser les pauvres et les opprimés. ¶
La jalousie, la cupidité, la peur, la paresse, le doute, le vice, l'orgueil, la convoitise, l'égoïsme, le découragement — tous s'appellent Goliath. ¶
Le géant auquel vous faites face ne diminuera ni en taille, ni en puissance, ni en force parce que vous espérez, souhaitez ou attendez vainement qu'il le fasse. Bien au contraire, il gagne en force à mesure que son étreinte sur vous se resserre. ¶
Le poète Alexander Pope décrit fidèlement cette vérité : ¶
« Le vice est un monstre aux traits si hideux que, pour être haï, il n'a qu'à être vu ; mais vu trop souvent, accoutumés à son visage, nous commençons par l'endurer, puis nous le prenons en pitié, et finissons par l'embrasser. » ¶
La bataille pour nos âmes immortelles n'est pas moins importante que le combat mené par David. L'ennemi n'est pas moins redoutable, le secours du Dieu Tout-Puissant n'est pas plus éloigné. Que sera notre action ? Comme David jadis, « notre cause est juste ». Nous avons été placés sur terre non pour échouer ou tomber victimes du piège de la tentation, mais plutôt pour réussir. Notre géant, notre Goliath, doit être vaincu. ¶
David alla au torrent et choisit soigneusement cinq pierres polies avec lesquelles affronter son ennemi. Il mit du soin dans son choix, car il ne pouvait y avoir de retour en arrière, aucune seconde chance — ce combat devait être décisif. ¶
L'équipement indispensable à la victoire Tout comme David est allé au ruisseau, nous ferions bien d'aller à notre source d'approvisionnement — le Seigneur. Quelles pierres polies choisirez-vous pour terrasser le Goliath qui vous dérobe votre bonheur en étouffant vos perspectives ? Permettez-moi de vous faire des suggestions : ¶
La pierre du courage sera indispensable à votre victoire. Lorsque nous contemplons les défis de l'existence, ce qui est facile est rarement juste. En fait, la voie que nous devrions suivre avec droiture semble parfois impossible, impénétrable, désespérée. ¶
Telle apparut la voie à Laman et Lémuel. Lorsqu'ils considérèrent la tâche d'aller à la maison de Laban et d'obtenir les annales conformément au commandement de Dieu, ils murmurèrent, affirmant que c'était une chose difficile qui était exigée d'eux. Ainsi, un manque de courage leur ravit leur occasion ; et celle-ci fut accordée au courageux Néphi, qui répondit : « J'irai et je ferai la chose que le Seigneur a commandée, car je sais que le Seigneur ne donne pas de commandements aux enfants des hommes sans leur préparer la voie pour qu'ils puissent accomplir ce qu'il leur commande. » (1 Néphi 3:7.) Oui, la pierre du courage est nécessaire. ¶
Ne négligeons pas la pierre de l'effort — effort intellectuel et effort physique. ¶
« Les hauteurs atteintes et conservées par les grands hommes ne le furent point d'un vol soudain, mais ils peinaient vers les hauteurs dans la nuit, pendant que leurs compagnons dormaient. » ¶
(« L'Échelle de saint Augustin ».) Action décisive La décision de surmonter un défaut ou de corriger une faiblesse est une étape effective dans le processus même d'y parvenir. « Lance ta faucille de toutes tes forces » ne s'appliquait pas seulement à l'œuvre missionnaire. ¶
Puis il doit y avoir dans notre sélection la pierre de l'humilité, car ne nous a-t-il pas été dit par révélation divine que lorsque nous sommes humbles, le Seigneur, notre Dieu, nous prendra par la main et répondra à nos prières ? ¶
Et qui oserait partir au combat contre son Goliath sans la pierre de la prière, se souvenant que reconnaître un pouvoir supérieur à soi-même n'est en rien dégradant ; c'est au contraire une source d'élévation. ¶
Enfin, choisissons la pierre du devoir. Le devoir ne consiste pas simplement à faire ce que nous devrions faire, mais à le faire au moment où nous devons le faire, que cela nous plaise ou non. ¶
Armés de cette sélection de cinq pierres polies propulsées par la puissante fronde de la foi, il ne nous reste plus alors qu'à prendre le bâton de la vertu pour nous affermir ; et nous sommes prêts à affronter le géant Goliath, où que ce soit, quand que ce soit et quelle que soit la forme sous laquelle nous le trouvons. ¶
Rassembler les ressources pour la bataille La pierre du courage fera fondre le Goliath de la peur ; la pierre de l'effort abattra les Goliath de l'indécision et de la procrastination. Et les Goliath de l'orgueil, de l'envie, du manque d'estime de soi ne tiendront pas devant la puissance des pierres de l'humilité, de la prière et du devoir. ¶
Par-dessus tout, puissions-nous toujours nous rappeler que nous ne partons pas seuls au combat contre les Goliath de nos vies. ¶
Comme David l'a déclaré à Israël, nous pouvons faire écho à cette certitude : « ... la bataille appartient à l'Éternel, et il livrera [Goliath] entre nos mains. » (1 Samuel ¶
17:47.) Aucune victoire par défaut La bataille doit être livrée. La victoire ne s'obtient pas par défaut. Il en est ainsi dans les combats de la vie. La vie ne se déroulera jamais sous nos yeux sans encombre ni obstacle. Nous devons anticiper les bifurcations et les tournants de la route qui approchent. ¶
Cependant, nous ne pouvons espérer atteindre le terme souhaité de notre voyage si nous nous demandons sans but s'il faut aller à l'est ou à l'ouest. Nous devons prendre nos décisions avec résolution. Nos plus belles occasions se présenteront dans les moments de plus grande difficulté. ¶
L'immense étendue inexplorée de l'océan Atlantique se dressait comme un Goliath entre Christophe Colomb et le Nouveau Monde. Le cœur de ses compagnons faiblit, leur courage s'émoussa, le désespoir les submergea ; mais Colomb tint bon avec son mot d'ordre : « Vers l'ouest, toujours vers l'ouest, voguez, voguez toujours. » ¶
Le pouvoir d'une conscience sereine La prison de Carthage ; une foule en furie aux visages barbouillés ; une mort certaine attendait le prophète Joseph Smith. Mais puisant aux sources profondes de son abondante foi, il affronta sereinement le Goliath de la mort : « Je vais comme un agneau à la boucherie, mais je suis calme comme un matin d'été. J'ai la conscience vide d'offense envers Dieu et envers tous les hommes. » ¶
Gethsémané, Golgotha, une douleur et des souffrances intenses dépassant la compréhension de l'homme mortel se dressaient entre Jésus le Maître et la victoire sur la tombe. Pourtant, avec amour, il nous a rassurés : « ... ¶
prenez courage, j'ai vaincu le monde. » (Jean 16:33.) « Je vais vous préparer une place... afin que là où je suis vous y soyez aussi. » (Jean 14:2, 3.) Et quelle est la signification de ces récits ? S'il n'y avait pas eu d'océan, il n'y aurait pas eu de Colomb. ¶
Pas de prison, pas de Joseph. Pas d'émeutiers, pas de martyr. ¶
Pas de croix, pas de Christ ! ¶
S'il se trouve un Goliath dans nos vies ou un géant sous un autre nom, nous n'avons pas à « fuir » ni à être « saisis d'une grande frayeur » en marchant au combat contre lui. Nous pouvons au contraire trouver assurance et secours divin dans ce psaume inspiré de David : « L'Éternel est mon berger : je ne manquerai de rien... ¶
« Quand je marche dans la vallée de l'ombre de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi... » ¶
(Psaume 23:1, 4.) Puisse cette certitude être la nôtre, je prie, au nom de Jésus-Christ. Amen. ¶