La fraternité de la prêtrise
Henry D. Moyle
Nous avons tous été enthousiasmés par le merveilleux témoignage, inspiré, de frère Marion G. Romney. Chaque parole qu'il a prononcée a trouvé en moi une corde qui répondait. Et je voudrais dire amen à tout ce qu'il a dit. ¶
J'éprouve un sentiment proche de sa dernière déclaration, au sujet de la nécessité pour nous de montrer dans notre vie, par nos œuvres, la foi que nous avons en l'Évangile de Jésus-Christ. ¶
Si nous croyons, comme nous le professons, nous devrions constituer le plus grand groupe d'amis que la terre ait jamais connu. J'ai lu récemment la déclaration d'un grand écrivain qui devait avoir une profonde intuition du sujet de l'amitié, bien que son attitude à cet égard ait pu être quelque peu cynique. Il a dit, et je cite Emerson : ¶
Plus nous exigeons de l'amitié un style élevé, plus, naturellement, il est difficile de l'établir avec des êtres de chair et de sang. Nous marchons seuls dans le monde. Les amis tels que nous les désirons sont des rêves et des fables. Mais un espoir sublime réconforte même le cœur fidèle : qu'ailleurs, dans d'autres régions de la puissance universelle, des âmes agissent, endurent et osent en ce moment, qui peuvent nous aimer et que nous pouvons aimer. Nous pouvons nous féliciter que l'âge de la minorité, des folies, des bévues et de la honte se passe dans la solitude, et que, lorsque nous serons des hommes accomplis, nous étreindrons des mains héroïques dans des mains héroïques. ¶
Que ce que vous voyez déjà vous avertisse seulement de ne pas conclure des ligues d'amitié avec des « gens de peu » là où nulle amitié ne peut être. ¶
Notre impatience nous trahit en nous jetant dans des alliances téméraires et insensées auxquelles aucun dieu ne préside. En persévérant dans votre voie, bien que vous perdiez le peu, vous gagnez le plus grand. ¶
Je suis conscient aujourd'hui que, si était entré dans la vie d'Emerson ce qui est entré dans la vôtre et dans la mienne, la puissance de la prêtrise de Dieu, il aurait eu une idée différente, une conception différente de l'amitié. Nous avons souvent parlé, durant cette conférence, de notre témoignage de la divinité de l'œuvre à laquelle nous participons. ¶
Nous savons que Dieu vit, que Jésus est le Christ. Nous savons que le Sauveur de l'humanité est le Fils unique du Père. Je rends témoignage de ces faits en toute solennité, et je veux également rendre témoignage du fait qu'il existe une fraternité des hommes, que, de même que Jésus est notre frère aîné, nous sommes nous-mêmes frères. Nous appartenons à une société dans laquelle peut exister une parfaite amitié. Elle ne nous demande qu'une seule chose, à savoir que nous gardions les commandements de Dieu. C'est cette communion, cette fraternité, qui nous permet de magnifier la prêtrise de Dieu qui nous a été conférée, à nous, hommes d'Israël, en ces derniers jours. ¶
Je veux vous rendre témoignage aujourd'hui, mes frères, qu'aucun de nous ne peut magnifier son appel dans la prêtrise, qu'aucun de nous ne peut exercer efficacement le pouvoir de la prêtrise, et qu'aucun de nous ne peut voir entrer dans son cœur ce témoignage qui nous donne la connaissance suprême de l'existence de Dieu et de son Fils Jésus-Christ, à moins que nous ne soyons de vrais frères, à moins que nous n'appartenions à une société d'hommes qui s'aiment les uns les autres, qui sont dévoués les uns aux autres, qui ont confiance les uns dans les autres, et qui sont beaucoup plus enclins à pardonner les erreurs les uns des autres qu'à critiquer ce que nous pouvons voir de défectueux chez notre prochain. ¶
Emerson poursuit, dans ce bel essai qu'il a écrit sur l'amitié, j'aime le lire, en disant qu'il est difficile, sinon impossible, qu'une véritable amitié existe entre plus de deux personnes. Il écrit plus loin : ¶
L'amitié exige un traitement religieux. ¶
Nous parlons de choisir nos amis, mais les amis s'élisent eux-mêmes. Que je sois seul jusqu'à la fin du monde plutôt que de voir mon ami outrepasser, par une parole ou un regard, sa sympathie véritable. L'antagonisme me contrarie autant que la complaisance. Qu'il ne cesse pas un instant d'être lui-même. Je déteste, lorsque j'attendais un appui viril ou du moins une résistance virile, trouver une bouillie de concessions. ¶
Oh, combien je voudrais qu'il eût connu cette fraternité de Dieu qui existe dans la vie, dans le cœur et dans l'esprit des hommes d'Israël d'aujourd'hui, qui magnifient leur appel dans la prêtrise. ¶
Lorsque le président McKay, à l'ouverture de cette grande conférence, a parlé du foyer, je n'ai pu m'empêcher de penser que le degré de fraternité, ce degré d'amitié que vous et moi montrons dans notre vie, peut fort bien manifester les contacts, les expériences, les influences des foyers dans lesquels nous avons été élevés. Je sais, aussi vrai que je vis, que si je reflète dans ma vie l'amour et l'affection, le dévouement que mon père avait pour ma mère, alors je dois constamment prier mon Père céleste pour obtenir la force et le courage de faire sa volonté et de garder ses commandements. Je suis certain qu'il n'y a rien que nous puissions faire de plus important dans notre vie, frères qui détenez la prêtrise, que d'apporter dans nos foyers la plus grande de toutes les puissances, l'amour. Nous devrions prodiguer l'amour, l'affection et le dévouement à nos épouses et laisser cela rayonner de nous dans la vie de nos enfants. Puissions-nous tous, en sortant de nos foyers et tout au long de notre vie, dans nos contacts avec nos semblables, rayonner de cet amour, de cette affection pour l'humanité qui donnera aux hommes une confiance, un respect, voire une obéissance envers ce que nous professons. ¶
J'ai été impressionné ce matin lorsque frère Harold B. Lee parlait à la réunion des missionnaires, dans l'Assembly Hall, des qualités requises des missionnaires. Je vous le dis, frères, il n'existe sur terre aucune puissance par laquelle nous puissions pénétrer l'âme des hommes qui soit égale à ce rayonnement d'amour et d'affection qui passera naturellement de nous à ceux à qui nous apportons la vérité, la lumière, la connaissance et l'intelligence. ¶
Nous devons ce genre d'amitié dans la famille, cet amour et cette affection, à nos propres frères et à nos propres sœurs au foyer, afin que cela se reflète dans notre vie, dans nos contacts avec le monde. ¶
Ce que nous sommes rendra témoignage à nos amis plus éloquemment que toutes les paroles ou tous les témoignages que nous pouvons prononcer. ¶
Le témoignage de frère Romney cet après-midi n'aurait pas eu sur moi l'effet qu'il a eu si je n'avais pas su que, dans son cœur, il a de l'amour pour ses semblables, qu'il est disposé à se consacrer, lui-même, sa vie, tout ce qu'il a et tout ce qu'il est, tout ce qu'il espère jamais être, pour leur apporter la satisfaction que son témoignage lui a apportée. ¶
Je suis reconnaissant de l'occasion qui m'est donnée de côtoyer des hommes qui savent ce que c'est que d'appartenir à une association de vrais amis, liés comme nous le sommes par les liens de la sainte prêtrise. ¶
Je vous rends témoignage aujourd'hui qu'à mesure que nous créons ces amitiés et ces affections que nous avons les uns pour les autres, nous pouvons les continuer éternellement par notre obéissance aux principes de vérité et de justice. Lorsque vous, frères, venez à moi, me serrez la main comme à votre frère et rendez hommage à la charge à laquelle j'ai été appelé, il vient en moi la conscience que cette amitié n'est pas d'une durée limitée, mais qu'elle est tout aussi éternelle par nature que la prêtrise que nous détenons et qui nous fait nous assurer les uns les autres, par cette poignée de main, que nous nous aimons véritablement comme fils de notre Père céleste. ¶
Je prie que nous puissions repartir de cette réunion, de cette grande conférence, avec nos témoignages renouvelés et avec un désir accru de servir le Seigneur et de garder ses commandements. Peut-être, après tout, n'y a-t-il que deux grands commandements. Nous avons beaucoup parlé de l'un et de l'autre. J'aime le Seigneur de tout mon cœur et de toute mon âme, et je n'ai pas d'autre désir dans la vie que de le servir. J'espère pouvoir poursuivre ma route dans la vie jusqu'au terme de mon voyage, en conservant cet amour que j'ai dans mon cœur pour lui. Je n'ai pas de plus grand désir que d'avoir ce même amour pour tous mes semblables. J'espère pouvoir être étroitement lié à mes frères et à mes sœurs dans le royaume de Dieu, et que cette relation soit éternelle et juste, c'est ce que je prie humblement, au nom du Seigneur Jésus-Christ. ¶
Amen. ¶