Charité et pardon
Anthon H. Lund
J'ai écouté avec beaucoup d'attention les remarques de notre président, et j'espère que chaque cœur retiendra les bons conseils qu'il a donnés, et que tous s'en souviendront et en feront le principe moteur de leur vie. ¶
Les mots clés de la conférence
L'amour et la charité, le pardon, et l'accomplissement des devoirs que le Seigneur nous a imposés sont les mots clés, ou la note dominante, de cette conférence. Vous qui avez beaucoup d'expérience de la vie savez combien ce que le président a exprimé est vrai. Dans nos relations les uns avec les autres, il arrive souvent qu'une parole nous déplaise, ou que l'acte de notre frère nous amène à le blâmer, et peut-être à amplifier ce qu'il a fait jusqu'à en faire presque un crime. Nous devrions veiller à ne laisser rien de tel engendrer l'amertume et la haine dans nos cœurs, car, comme le président nous l'a lu, le Seigneur pardonnera à qui il pardonnera, mais il nous commande de nous pardonner les uns aux autres. C'est un beau principe. Quand nous nous souvenons du lien qui nous unit à notre Père céleste et à ses enfants, nous devrions pratiquer le principe de la charité les uns envers les autres. Nous aimons généralement nos propres frères et sœurs, nous sommes sensibles à ce qui se dit à leur sujet, nous ressentons même tout propos désobligeant sur leur caractère presque comme s'il était dit sur le nôtre. Ce que nous ressentons envers nos propres frères et sœurs, nous devrions le ressentir de la même façon envers nos frères et sœurs dans l'alliance et envers tous les hommes. Nous ne devrions pas laisser la haine entrer dans nos cœurs. Pardonnons aux autres leurs offenses dans l'espoir d'obtenir le pardon des nôtres. ¶
Le bonheur de la charité et du pardon
Les Écritures nous donnent de nombreux exemples du bonheur que procurent la charité et le pardon. Je me souviens de l'histoire de David et de Saül. Saül avait appris que David avait été oint pour devenir roi d'Israël. Bien qu'il eût aimé David à une époque, et que David eût pu, par son chant et sa harpe, chasser l'esprit mauvais du vieux roi, pourtant, lorsque le roi apprit le destin de sa propre maison, que son fils ne devait pas régner sur Israël, que le royaume devait être donné à David, son cœur se remplit de haine. Il prit trois mille hommes et descendit dans la partie méridionale de la Palestine, parmi les montagnes, à la recherche de David et des quelques partisans qui étaient avec lui, résolu à le tuer. Saül entra dans une caverne où David et ses compagnons se cachaient. David savait que le roi était venu pour le faire prisonnier et lui ôter la vie ; pourtant il ne voulut pas faire de mal à Saül, parce qu'il était l'oint du Seigneur. Il coupa le pan du manteau de Saül et sortit de la caverne. Le matin, lorsque le roi quitta la caverne, David lui cria et lui montra ce qu'il avait fait. Le roi éprouva du repentir pour un moment. Il savait qu'il avait été au pouvoir de l'homme dont il cherchait la vie, et il reconnut que David était plus juste que lui. Il vit que David n'avait pas usé du pouvoir qu'il avait de tuer celui qui cherchait sa vie. David éprouvait de la révérence pour l'homme qui avait été oint par un prophète de Dieu. Je regrette de dire que la bonne disposition de Saül ne dura pas longtemps, mais il y eut néanmoins un moment où il sentit la puissance du pardon agir sur lui. ¶
Exemples scripturaires
Jésus, dans l'une de ses paraboles, parle du serviteur qui devait à son maître une grande somme d'argent, si grande qu'il ne pourrait jamais la payer, mais qui, à cause de ses supplications, fut pardonné par son maître et renvoyé libre. En quittant la maison de son maître, il rencontra un homme qui lui devait une très petite somme. Le serviteur à qui l'on avait pardonné tant ne voulut pas pardonner à cet autre homme la petite somme qu'il lui devait, et comme celui-ci ne pouvait pas payer, le méchant serviteur le jeta en prison jusqu'à ce qu'il eût payé sa dette. Lorsque le maître apprit l'acte de cet homme sans pitié, il le rappela et lui infligea le châtiment mérité pour avoir eu le cœur si dur et s'être montré si ingrat envers les bénédictions qu'il avait reçues. ¶
Jésus enseigna à ses disciples comment prier, et une partie de cette prière est : « pardonne-nous nos offenses, comme nous aussi nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. » Voilà le principe. Nous savons tous combien nous sommes redevables envers notre Père céleste, et, nous en souvenant, nous devrions être disposés à pardonner à tous les hommes leurs offenses envers nous. ¶
Le Christ a donné le plus grand exemple de tous
Ne nourrissons de haine contre personne, qu'il soit lié à l'Église ou non. Ce sentiment ne devrait pas être entretenu dans nos poitrines. Cherchons plutôt à imiter notre grand Maître. Non seulement il a enseigné, comme il l'a fait dans la parabole que je viens de rapporter, la nécessité et l'importance de pardonner aux autres comme nous voulons être pardonnés, mais il a manifesté cet esprit dans sa vie. Lorsqu'il fut crucifié au Golgotha -- et l'on dit que la souffrance de la crucifixion est la plus cruelle des tortures -- souffrant intensément et sachant qu'il était innocent, et que ceux pour qui il avait travaillé et qu'il désirait ardemment sauver l'avaient suspendu à cet arbre maudit, il ne demanda pas au Seigneur de se venger d'eux, mais demanda à son Père céleste : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font. » Songez seulement qu'il demandait leur pardon alors qu'il subissait une souffrance aussi intense sur la croix ! Voilà l'exemple qui nous est donné. Nous devons exercer la charité les uns envers les autres et éviter de laisser des ressentiments s'envenimer dans nos cœurs contre qui que ce soit. ¶
Que la charité chasse l'amertume
Nous n'avons pas le droit de haïr aucune des créatures de Dieu, mais il nous a été commandé de les aimer, et aussi de leur pardonner si elles nous ont offensés. Je crois que l'on peut poser en principe que, pour commencer, très peu d'offenseurs ont l'intention délibérée d'offenser, n'ayant pas pleinement réfléchi à leurs actes. Ils font quelque chose qui nous offense, et nous nous sentons aussitôt offensés et en colère, et peut-être laissons-nous cela grandir jusqu'à cette colère plus grande que nous appelons la haine. Il ne devrait pas en être ainsi. Peut-être que si nous avions parlé aussitôt à notre frère, nous aurions appris qu'il ne pensait pas vraiment ce que nous croyions, et que nous nous sommes offensés trop hâtivement. Ayons assez de charité les uns envers les autres pour ne laisser aucune offense endurcir notre cœur. ¶
Le pardon et la charité apportent le bonheur
Je me souviens qu'une fois je suis allé avec le président Grant et deux autres apôtres enquêter sur des plaintes portées contre un certain évêque. Parmi ceux qui s'opposaient à l'évêque se trouvait un homme qui avait beaucoup d'influence sur le peuple. Lui et l'évêque se haïssaient presque l'un l'autre. Nous les avons réunis, ils ont exprimé librement leurs sentiments et ce qui les avait causés. Nous avons agi comme des pacificateurs, et lorsqu'ils virent leur erreur, les larmes aux yeux, ils se serrèrent la main et se pardonnèrent mutuellement. Ce fut une scène touchante, et la joie remplit tous nos cœurs. Après cela, l'évêque se réconcilia avec ses opposants. Or, frères et sœurs, ces hommes se sont sentis heureux par la suite. Ils sentaient qu'ils avaient longtemps souffert de quelque chose qu'ils n'auraient pas dû porter dans leur cœur. Comme le président Grant nous l'a dit, quiconque pardonne à son ennemi ou à son frère ce qu'il a fait contre lui ressent de la joie dans son cœur, et l'Esprit lui murmure qu'il a bien agi. ¶
Maintenant, apprenons à avoir de la charité les uns pour les autres, et mettons-la en pratique dans notre vie quotidienne, et nous rendrons la vie heureuse pour nous-mêmes et pour notre prochain, et notre chemin en sera beaucoup plus aisé. ¶
Que le Seigneur nous aide à accomplir nos devoirs dans tous les différents domaines de travail qui nous sont confiés, et puissions-nous toujours nous souvenir de ce que nous devons à notre Père céleste et chercher à montrer de l'amour à nos frères et sœurs. Je demande au Seigneur de nous aider en cela, au nom de Jésus-Christ. Amen. ¶